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Henri Godard (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070393312
632 pages
Éditeur : Gallimard (12/05/1995)
3.91/5   114 notes
Résumé :
Cette éditions est la première qui réunisse en un seul volume et sous le même titre, conformément à l'intention initiale de Céline, les deux parties de Féerie pour une autre fois. Depuis leur édition originale, respectivement en 1952 et 1954, et jusqu'à la publication, en 1993, du T4 des Romans de Céline dans la Bibliothèque de la Pléiade qui les contient, elles avaient été éditées à part, la seconde, qui plus est, sous le titre de "Normance", alors que c'est aux ép... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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michfred
  27 février 2017
Féerie, c'est un antidote. Un anti-poison.
Écrit en deux fois, la première partie en 1952, la seconde, Féerie II, aussi appelée Normance, en 1954, toutes deux publiées ensemble, comme le voulait Céline, pour la première fois seulement en 1993.
Céline y ouvre comme le dit si bien Henri Godard, un « porche" sur la seconde partie de son oeuvre romanesque, après Voyage et Mort à crédit. Un" porche " sur la trilogie allemande, les errances pathétiques de Céline, Lili et Bébert dans l'Allemagne chaotique de la fin de la guerre, sur l'arrestation au Danemark et les deux ans de prison, sur le séjour dans la cabane « baltave ».
C'est là, justement , à Korsor, que Céline reprend la plume pour écrire Féerie , une fois sorti de prison. Il sait quelles charges pèsent contre lui : son antisémitisme viscéral, ses pamphlets, la collaboration par les mots plus que par les actes. Il craint le retour en prison.
Alors pour se défendre, il frappe.

Il provoque, il délire, il extrapole, il hyperbole, il vaticine, il entraîne dans une apocalypse gigantesque son lecteur, le saoule, l'étourdit, l'hypnotise, lui tire le feu d'artifices de son style. Plus fou, plus bleu, plus rouge, plus phosphoré que ça, tu meurs !
Le prétexte : un petit coup de nostalgie, et Céline retrouve sa Butte Montmartre en été 44, son appartement céleste au 5ème étage de l'avenue Junot, avec une vue imprenable sur tout Paris, il y revoit une visite, celle de Clémence Arlon, venue le prévenir que ça va mal, qu'il faut partir…ou alors venue repérer déjà ce qu'elle prendra chez Céline après sa fuite précipitée ?
Très vite, ce prétexte se perd, le fil se rompt et Céline raconte avec force détails scabreux son incarcération danoise, les bruits , les cris, les odeurs et les poisseurs de la taule, les douleurs de la pellagre, le harcèlement des gardiens, la promiscuité des voisins fous ou torturés…puis revient en 44, à Montmartre, le jour mémorable d'une embrouille avec son meilleur ami, le peintre montmartrois expressionniste Gen Paul, devenu dans le roman Jules, un sculpteur cul-de-jatte- scène qui est elle-même interrompue par un bombardement dantesque de la Butte.
Un tiers de prison, de plaintes et de ressassements exaspérés et douloureux, et deux-tiers de grand-guignol apocalyptique. Rien d'autre. Une nuit et un début de matinée. Plus de 600 pages, en tout.
Et pourtant, la magie opère.
Car cette Féerie, c'est du grand art !
Une Grande Chronique à la façon des récits médiévaux ou plutôt de leur pastiche le plus célèbre : les romans de Pantagruel et Gargantua de notre bon François Rabelais.
Les géants sont là. Un Géant passif, Normance, sorte d'Hippopotame placide et flasque, dont l'obésité fait écran aux écroulements, fait masse dans les failles et les crevasses ouvertes par les bombes et dont la tête enturbannée fait office de bélier pour enfoncer les portes. Et un Géant actif, le vigilant Ottavio de la défense …passive pourtant, sorte de Saint Christophe lumineux, enfantin, italien, qui porte les blessés, dans les escaliers branlants, écartant les ruines et qui les sauve avant de retourner à sa sirène d'alarme, une fois le calme revenu.
La Dive Bouteille est là : c'est le « vulnéraire » qui sauve, la potion magique qui revigore et qu'il faut aller quérir au péril de sa vie de l'autre côté du monde- c'est-à-dire de l'autre côté du couloir de la bignolle, Mme Toiselle, la pipelette, sorte de Charon des âmes perdues, figure tutélaire tantôt ridicule, tantôt effrayante avec ses clefs qui interdisent et sa clochette qui dénonce.
Panurge- l'artisan de tout, en grec- est là : le Grand Fornicateur- il a même essayé de peloter l'incorruptible Lili !- et le Grand Dénonciateur : juste avant le Bombardement Dernier n'a-t-il pas traité Céline de Boche devant tout le monde ? Et surtout le Grand Orchestrateur : c'est lui le fou céleste, le cul-de-jatte à roulettes, qui monté, dieu sait comme, sur le moulin de la Galette, commande aux bombardiers alliés et orchestre de sa canne d'infirme le tir des bombes sur la Butte, tout en virevoltant dans sa caisse roulante, sur l'étroite plate-forme du moulin, sans rambarde, au-dessus du vide en flammes !
Dans ce maelstrom rabelaisien, une petite humanité pitoyable. Les moutons de Panurge réfugiés sous la table de la concierge, sous la garde vigilante du bon chien Pirame, gentil Cerbère - c'est le petit peuple de l'immeuble : résistants aux aguets, petites filles pisteuses et vicieuses, vieilles chipies, pleutres, évanescentes ou ivrognesses, hommes sans tête et sans couilles - et le docteur Destouches sans seringue- ou faut-il dire Céline sans papier – la pénurie de l'écrivain- bientôt sans éditeur et peut-être sans lecteur, le chat Bébert, introuvable et fugace diablotin qui se joue du feu et des bombes, et la belle danseuse intrépide, agile, forte et rieuse, Lili, Lucette- ici baptisée Arlette, en hommage peut-être à Arletty, amie de Céline.
J'allais oublier le Fantôme de cette Grande Chronique fantasque et épique : Norbert alias le Vigan, alias La Vigue, acteur fascinant au regard fixe et fou, le seul à ne rien percevoir de l'Apocalypse ambiante car il PRÉPARE UN RÔLE !! Il s'apprête à recevoir le Pape -tiens, tiens, revoilà Rabelais !- et aussi Churchill !
Du grand délire ! Et pourtant que de finesse - que d'habileté !
C'est à la féerie de son style que Céline, l'écrivain aux abois, convie son lecteur, c'est à ce lecteur qu'il s'adresse, avec lui qu'il dialogue- esquivant ou prévenant les reproches et les coups!
Vous trouvez que j'en fais trop ?... que j'exagère ? …que je perds le fil ? … que je yoyote ? …z'en verrez des chroniqueurs comme mézigue ! …fidèle ! …précis ! …sérieux et tout ! comment que je m'évertue à la rigueur scientifique ! … que je m'applique !.. que c'est perdu pour vous autres, un « marrateur »pareil !
Et que je dynamite la syntaxe ! …que je féconde la morphologie !.. que j'ensemence le vocabulaire !...comment j'invente un parler racaille ! …comment je me fous du conditionnel : vous en perderiez votre latin, tout Pline que vous êtes !
Et puis du rythme !... une façon de vous déplacer frivole l'adjectif !...de faire danser les énumérations !...de faire planer les petits points !... de syncoper l'exclamative !...une petite polka des mots… rien que pour vos esgourdes ! la goualante popu' et la Grande Musique aussi !... ma chanson du Règlement pour toute la première partie, histoire de mettre un peu de joyeuseté à la Bruant dans le prélude- et de piger qui c'est la « carogne » à qui je « ferai dans les mires deux grands trous noirs » !...et pour la Musique la Grande, des airs d'opéra - la lettre de la Périchole et les duos de Mimi-Rodolphe entre les broum- broum tonnant des bombes !... Toute la gomme on vous dit !...on ne lésine pas !...
Mais voilà que je m'emballe, moi ! Tout doux, Michfred ! n'est pas Céline qui veut ! …c'est que je suis emballée, aussi !...
Un vrai morceau d'anthologie !...rabelaisien, outrancier, baroque ! Un régal stylistique, des personnages épiques, une chronique fantastique, qui font oublier l'exil, la prison, les lendemains qui déchantent- et redonnent à l'écrivain traqué, au paria parano l'estime de ses lecteurs et, il le dit, celle de lui-même. Mériterait une ville, tiens : Célingrad !

Féerie, oui, c'est un antidote à la réalité, un élixir de Création, une décoction de Vie, un vulnéraire contre la poisse : la Dive Bouteille du Style, rien qu'elle, surtout elle, elle encore et par-dessus tout !

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Woland
  04 novembre 2015
Préface indédite : Henri Godard
ISBN : 9782070393312
Nous parlions, l'autre jour, du très modeste tremblement de terre qui a pris Brest comme épicentre. Eh ! bien, "Féerie Pour Une Autre Fois", c'est, comme qui dirait, un tremblement de terre qui amènerait une sorte de "Chute de la Maison Usher" mais sans le côté maléfique de la nouvelle de Poe puisque la maison en question n'est autre que l'immeuble habité par Céline alors que les Alliés bombardent Paris et qu'il hésite à quitter la capitale et, à plus forte raison, la France.
"Mais," me ferez-vous observer, "quand il y avait des bombardements, les civils descendaient tous dans les abris !" Ah ! Les gens "normaux", oui, sans doute . Mais sachez que ceux de l'univers célinien ont des coutumes bien plus originales. Oh ! Pour parler de descendre, dans les caves ou dans les abris, ils en parlent et ils en discutent. Mais, qu'ils soient pro ou anti-Céline, ça ne les empêche en rien de se cramponner, avec un âpre désespoir, aux appartements de l'immeuble pendant une alerte qui durerait presque six-cent-trente-deux pages si la première partie du livre n'évoquait surtout les années durant lesquelles Céline demeura prisonnier.
Si la guerre est une tragédie, elle est avant tout pour Céline, et ce depuis la Première, la Grande, une absurdité et sa "Féerie pour une autre fois" le démontre avec génie. Si tout débute dans un calme relatif, avec la visite d'une amie de jeunesse, Clémence Arlon, en la seule compagnie de son fils (le mari, Marcel, étant resté chez lui), que Céline suspecte tout de suite des pires intentions à son sujet (la guerre est finie mais les rancoeurs demeurent et le Breton de Courbevoie est toujours un paria), on se retrouve vite sous les bombes et dans les explosions. Les locataires de l'appartement de la rue Girardon, que l'auteur occupait à Montmartre avant sa fuite devant les vainqueurs, s'affolent, élisent pour la plupart comme refuge, d'ailleurs bien exigu, un dessous de table qui restera à jamais dans toutes les mémoires et se lancent à qui mieux mieux dans un spectacle dominé par l'absurde et commenté par un Céline parano mais en pleine forme.
Il n'en rate pas un, il n'en rate pas une et au milieu, nous avons la Crevasse qui s'est creusée (surtout, ne nous demandez pas comment ) probablement sous l'immeuble, amenant les appartements du haut au même niveau ou presque que ceux du bas. Les appartements et leurs occupants, bien entendu. Tantôt la Crevasse se referme, tantôt elle s'ouvre en un zig-zag qui, glaçant au début, finit par s'intégrer dans l'ordre des choses. Mais il y a mieux encore : il y a Normance.
Normance, c'est l'un des habitants de l'immeuble, un anti-Céline résolu, marqué en outre par une obésité prodigieuse et un appétit de sommeil que je n'ai encore jamais rencontré ailleurs. Mais Normance donne aussi son nom à la seconde partie du roman que les Editions Gallimard ont réunie ici à la première, laquelle, éditée en 1952 je crois, reçut un accueil glacial de la part du public et de la majorité des critiques. Cette première partie constitue d'ailleurs une sorte de kaléidoscope où se mêlent le passé et le présent et qui se focalise, nous l'avons déjà dit, sur les années que Céline passa en prison, de 1945 à 1947. L'écrivain y est au zénith de sa verve pamphlétaire, de son mépris de la bien-pensance, de sa haine aussi envers ceux qui l'ont trahi et enfin de sa revendication absolue des années et des oeuvres de l'Occupation.
Céline revendique, Céline se bat, Céline se défend bec et ongles, Céline se montre tel qu'il fut en prison, sans aucune complaisance, c'est-à-dire souffrant entre autres de la pellagre et ne bougeant pas de son tabouret jusqu'à y être collé. Il se met alors à aboyer - c'est le terme utilisé et nul ne doutera de sa sincérité - pour faire venir ses gardiens afin qu'ils le conduisent à l'infirmerie pour y recevoir un lavement dont on s'amusait, pour "le punir", à faire grimper la température jusqu'à 50°. Céline éructe, Céline vomit, Céline défèque - et l'on est parfois tenté de croire qu'il se représente lui-même comme un étron, qu'il l'ait réellement pensé ou qu'il se soit contenté de dépeindre l'opinion de ses geôliers - Céline souffre, Céline interpelle le lecteur, Céline le supplie d'acheter son livre pour le faire vivre car il n'a plus rien et tout le monde lui en veut et puis, insensiblement, Céline, l'homme que l'on peut juger si vraiment l'on y tient (mais, dans ce cas, pourquoi oublier d'en juger bien d'autres de ses contemporains et confrères en littérature ? ) retourne à son état naturel : celui de Céline, l'écrivain qui vous raconte le pire de manière féroce et drôlatique, baroque et simple, naïve et cynique, réaliste et paranoïaque ...
En ce sens, la jaquette du volume de la Collection Folio est particulièrement bien choisie : tout s'écroule, tout s'effondre, tout se brise, tout se mélange - tout semble aspiré vers l'abîme (la fameuse "Crevasse" qui deviendrait ici un symbole marquant les erreurs politiques céliniennes, le châtiment trop dur qu'on lui infligea (mais c'est toujours bien vu de s'attaquer au génie et les vers de terre n'aiment rien tant que cela) et l'affirmation d'une misanthropie et de troubles qui, nous le savons, nous qui l'avons suivi jusqu'ici, existaient bien avant les années quarante chez l'homme comme chez l'écrivain.
Plus que les volumes précédents, "Féerie pour une autre fois" se rebelle à l'idée d'être raconté ou résumé. On peut saisir au passage quelques morceaux de ce puzzle extraordinaire comme le défilé de ceux qui viennent voir Céline vaincu et interdit de parution, la haine que lui vouent tant de gens qui ne le connaissent même pas, l'hallucinante pluie de bombes, cette alerte qui dure, qui dure ... à n'en plus finir, la Crevasse-Symbole, à la fois réelle et imaginaire, la tête, énorme et sanglante, de Normance, résistant de la Onzième heure, qui envoyait des lettres anonymes à Céline "le Collabo", les meubles qui dégringolent, les murs qui s'effondrent, les appartements qui se reconstituent, les Alliés qui approchent, l'Occupant qui recule, les "belles rouges, jaunes, bleues ..." qui transfigurent un ciel devenu tonnerre permanent ...
Et Jules, Jules le Démoniaque, que j'allais oublier et qui représenterait, d'après ce que j'ai pu en savoir, le double du peintre Gen Paul ! Jules, dans sa caisse de cul-de-jatte, Jules, blessé à la guerre comme Céline, Jules que celui-ci, dans un délire somptueux, voit comme le chef d'orchestre de la valse des bombardiers ! ...
Et, bien sûr, on peut assurer aux lecteurs que l'intrigue et les personnages, voire les plus minuscules silhouettes, sont bien dans la veine de ce qu'il connaît ici de Céline. Il y a aussi Bébert, le chat bien-aimé, qu'on aperçoit à peine mais qui est là en permanence : ses "humains", qui le cherchent, épouvantés, ont beau l'appeler à cor et à cri, Bébert se tapit dans un coin et observe tout, un peu comme son maître mais avec plus de sérénité, c'est sûr, avant de réapparaître triomphalement dans les bras de Lili.
"Féerie pour une autre fois", un titre de Céline qu'on a tendance à ignorer ou à passer sous silence - enfin, c'est mon opinion - mais qu'il est absolument indispensable de lire pour mieux suivre l'incroyable parcours littéraire d'un homme qui ne fut certes pas un ange mais qui, au moins, n'hésita jamais à l'admettre. Et puis, ce style, cette puissance, ce génie imposant en marche, qui broie tout sur son passage, envers et contre tous ...
Sans oublier la dédicace, si simple et si belle :
"Aux animaux
Aux malades
Aux prisonniers"
Jamais jusqu'ici je n'avais lu ou vu un livre dédié avant tout aux animaux. Maintenant, c'est fait. Merci encore, Monsieur Céline. ;o)
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Aficionado
  07 novembre 2009
Rares sont les auteurs de la trempe de Céline qui ont pondu de pareil monument étranger difforme, tors, profond à n'en déceler le fond, hérissé, vallonné, bouillant, bruyant. Ici, Féerie pour une autre fois révèle Céline au summum de son Art. Folkloriquement parlant, l'homme se porte bien lorsqu'il imagine, très certainement au mieux. Face au réalité, quelque complication s'immisce gentiment. Céline, Louis-Ferdinand Céline, lui, Louis Destouches est un grand dans le second domaine, très grand, LE grand. Il vous cloue imaginairement devant la véracité humaine métaphysique… il vous la rive, fond, fusionne à la conscience. Les situations peintes, énoncées, décortiquées, détaillées par ses « héros » et personnages rendent transparentes les natures, les profondes métaphysiques. « C'est des filigranes la vie, ce qu'est écrit net c'est pas grand-chose, c'est la transparence qui compte », je ne croyais pas tant mieux tomber, dans Féerie pour une autre fois, pour illustrer toute son oeuvre, sa philosophie et ses aspirations psychologiques. Il y a de quoi vous en aliéner, vous biaiser, en vous ouvrant, écarquillant les yeux, seulement. Gare ! les hommes ont peur des vérités, c'est vérifié, la nouvelle est séculaire, ancrée, fossile, génétique. Ils fuient, mentent, esquivent, alibigent, pretextent, contrecarrent à qui mieux mieux, déjouent, évitent, détournent. le bal de l'égoïsme ratiocinant, conscientisé est né. À trop manger de Céline, c'est la surdose, vraiment. Overdose de perversion humaine. Il vous la sert avec humour dans Féerie. Son petit jeu de radotage excessif est drolatique. le langage néologistique prolifère et cela divertie, empêche de s'ennuyer. Il a ce pouvoir transcendantal de fasciner celui qui veut se détourner de la vérité, la contourner pertinemment, puis de le ronger de l'intérieur par l'objet de son faux-fuyant. Tellement il reçut, engrangea, essuya vingt, trente, quarante sortes et variétés de haine à coup de flagelle, d'autoputréfaction infligée, d'angoisse et de calomnie, qu'il put être devin et représentant haut la main, haut la "branlée d'une vie" en tous ses termes, et le sera toujours grâce à ce style intemporel, ce don pour saisir et décrire l'ontologique et le psychologique précis plus que le superficiel grossier – et futile. le contexte spatio-temporel peut être bâclé, car cela sert la description de l'homme et de ses caractères bien spécifiques. Écrivit-il alors en haine humaine caustique, encre de laquelle il fut l'exclusif possesseur. Les autres écrivains n'écrivent que des euphémismes à ses côtés ou bien mentent-ils, fictionnent-ils alors ; il fut exhaustif en persécution pour des siècles. Lorsqu'il nous dit : « il faut avoir payé pour pouvoir écrire », dans une de ses interviews, il utilise la formule idoine qui se suffit à elle-même, il a tout compris. le reflet de cette citation est visible tout au long de Féerie, il a décidé de payer et le fait comprendre! Vous n'avez qu'à le lire, vous verrez. Forcez la main comme pour beaucoup de chose, mettez le train en marche, suivez son rythme à lui. Gare encore ! vous allez vous aliéner pour quelques heures, mois, années, qui sais… Ah ! le docteur Destouches n'est pas dans l'hyperbole, ah ! nenni-da, dans la justesse pure, le fil au funambule derviche, fakir, mitraillé, les plantes sur des lames de rasoir qu'il avance, écrit, car c'est sa plume qui avance, avec l'engagement de son entier être derrière. C'est une quintessence de Vrai, du sang qui parle. Très uniquement vérace, ce que vous avez devant les yeux, certes un peu caché à l'absence d'effort, parfois, dans le fin fond des hommes, là, devant, partout, demain, hier, toujours ! Il traduit de la nature à même le papier, puis il fignole beaucoup par raffinement, coquetterie. Son style nonpareil est envoûtant. La sienne est fourbie, de nature, puis, avec son incroyable talent, il y va comme ça, force de travail, lectures, ratures, relectures, écrémage, élagage. Il a compris ! bon Dieu ! Lisez ! Lisez ! Lisez Féerie!
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Luniver
  11 avril 2013
Premier roman publié par Céline à son retour en France, Féérie pour une autre fois raconte deux épisodes de sa vie : ses derniers mois dans son appartement parisien avant la Libération, et son séjour dans les prisons danoises.
Sa rancoeur s'étale tout au long de l'histoire : ses derniers patients qui sentent son départ imminent et viennent lorgner ses meubles pour savoir quoi prendre lors du pillage à venir, la jalousie des autres écrivains qui l'agressent sans lui arriver à la cheville, le manque de reconnaissance des Français quand il a cherché à leur éviter la guerre, ...
Sauf que c'est le pauvre lecteur, qui a pourtant acheté son livre, qui se prend toutes les récriminations en pleine figure et paie pour les autres. le style est haché, halluciné, et vraiment difficile à suivre. Si certaines critiques avaient reproché à l'auteur de « piétiner dans la merde », cela peut s'appliquer ici au sens propre, Céline nous parlant à n'en plus finir des lavements qu'il a reçu en prison, ou de son ami cul-de-jatte qui se soulage dans sa caisse, ...
La seconde partie, Normance, semble avoir un plus grand succès. J'espère vivement qu'il sera meilleur, parce que ce premier volume n'est pas vraiment à la hauteur de mes espérances...
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taganga2000
  15 décembre 2019
Il est en colère le Ferdinand, il éructe, vocifère, crie, gueule, invective. du fond de sa cellule au Danemark, il est temps de régler ses comptes avec tous ces moralisateurs et résistants de la dernière heure qui le condamne lui le héros de la première guerre mondiale, médaillé de la légion d'honneur.
"Tous les lâches sont romanesques et romantiques, ils s'inventent des vies à reculons, pleines d'éclats, Campéadors d'escaliers !"
C'est un florilège de mots inventés déformés, d'adjectifs, de points d'exclamations, d'injures qui défile sous mes yeux de lecteur qui réalise immédiatement qu'il lit un olni indescriptible. Il raconte son enfermement, ses constipations et comment il aboie pour qu'on l'emmène à l'infirmerie lui faire des lavements pour le libérer de ses souffrances. Son voisin de cellule (surnommé l'otarie) qui se cogne la tête contre le mur en prend plein son grade également, Ferdinand voudrait qu'il se la cogne plus fort sa putain de tête pour qu'enfin il se taise à jamais. On lui a tout pris au Ferdinand, les vautours étaient là avant les forces de l'ordre pour alléger son appartement parisien de ses meubles et autres effets personnels. Cela le rend fou alors il écrit, des pages et des pages dans un état paranoïaque extrême. Et le lecteur dans tout ça, il le conjure, l'implore, le maltraite :
"Vous achetez donc Féerie 3 francs ! Mettons trois francs ! Trois francs d'avant la Grande Guerre ! Autant dire cadeau ! Moi au cadeau alors j'en suis ! Voilà ! D'une petite concession à l'autre ! Oh pas que je vous aime ! Vous m'avez fait beaucoup trop de mal ! de félonie en félonie, lâcheté moutonne ! Vous pouvez crever ! Je dirai : Coréens les voici ! de tout coeur ! Mais enfin la librairie compte ! Vous achetez Féerie ! le texte vous vexe ? Ça vous regarde ! C'est de moi que je ris, c'est moi le squelette à croûtes, lichens ! le marrant le sort où je suis chu ! En cinquante ans de labeur féroce, inventions, conscience et honneur, héroïque, moi médaillé avant Pétain, pilorisé par des pillards !"
Le rythme est totalement hallucinant et ce n'est que la première partie du roman. Car ce qui suit c'est "Normance" où dans un délire absolu Céline raconte le bombardement de l'usine Renault par les aravions de RAF et plonge le lecteur au coeur de l'immeuble dans lequel les habitants sont coincés sous une pluie de phosphore.
"Il rigolera !...nous aussi, on rira fort ! Jaune ! Rouge ! Bleu !... une féerie pareille!... d'autres encore avions, qui foncent !... qui poudroyent !... et broyent!...rouge ! Jaune ! Bleu ! Vert ! Ça c'est un petit plus que Pline ! Nous, c'est cent Vésuve à la fois !...et de tous , les côtés de l'horizon ! Il a suffoqué des sulfures, Pline ! Nous alors ? Alors ?...ah, naturaliste de mes choses ! C'est qu'un petit cratère le Vésuve à côté de la terre nous qui hausse, érupte, bouillonne, d'au-delà des Andelys à l'ouest, à Créteil au nord ! Et bien vingt geysers ! Que Vincennes, le Château, surgit, vous diriez d'une houle de flammes ! Qu'il ressort tout noir, absolument noir sur le feu ! Telle l'apparition du Château !"
Mais c'est moi lecteur ahuri qui suit bombardé par les mots de Céline, c'est une éruption volcanique d'inventions, de digressions, d'injures ; il écorche, distord, bistourne, argote, jargouine, triture et surtout régénère, rénove, bonifie le langage. La petite musique de Céline est grotesque, carnavalesque mais tellement jouissive.
Un roman sur l'absurdité de la guerre que je ne suis pas prêt d'oublier. Quel panard !
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
TibereTibere   15 mars 2012
J'accepte vos critiques, vos insultes, mais à la condition expresse que vous soyez pas de ces gens qu'empruntent, resquillent, parpillent les livres ! peste de l'espèce ! si vous l'avez foiredempoigné au "prêtez-le-moi-je-vous-le-rendrai" ça serait mieux de vous taire... bien sûr, les moeurs sont avec vous !... on peut affirmer tranquillement qu'un livre ça s'achète plus, ça se vole... c'est même une sorte de "point d'honneur" de plus jamais acheter un livre. Pas un sur vingt qui vous a lu qui vous a payé ! c'est pas triste ? allez demander question jambon si une tranche peut faire vingt personnes ? si un fauteuil au cinéma tient quarante fesses ?... bonjour à vous, pauvre pillé ! écrivaineux ! encore le pire du pire peut-être c'est le mépris qu'ils ont que c'est gratuit !... la façon qu'ils abîment votre œuvre, la détestent, s'en torchent, comprennent balle, sautent fourguer ce qu'il en reste au Quai... vous me direz : y a un remède ! y a qu'à noyer les prêteurs ! emprunteurs avec ! que ceux qu'on douillé grimacent !... soit ! l'épicier trouve tout naturel qu'on lui chine un peu son hareng... mais allez lui secouer ? la Police !... moi, là, que j'aille débagouler, clowner pour rien, c'est pas l'horreur ? qu'ai tant payé !... de penser qu'on m'artiche, je blêmis, je suffoque pire qu'entre les poignes de l'ogre !... je coagule sang cœur nerfs... Muse dilapideuse salope, marre !
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WolandWoland   04 novembre 2015
[...] ... Tout ça c'est des bonnes histoires mais personne veut là me remplacer, au fond du trou ! ... s'ils me laissent crever les admireurs ! ... chansons, pas chansons ! ... Tous d'accord ! ... Cul en pus, aveugle et sourd ! ... haineux, enthousiastes, ennemis, kif ! la Corrida c'est tout ce qu'ils veulent ! ... le traître pourvoyeur de poteaux, le Judas en chef : moi ! ... J'ai vu tous leurs crocs dehors ! ennemis, gueules d'hallali ! mufles à curée ! les vicieuses le crac en sang de jouir ! J'ai vu tout ça ! La preuve encore : la Cour des Mises ! jeudi dernier ! Je veux qu'on grave leurs noms ceux-là, en or ! en plein granit de Sainte-Chapelle ! pour l'enseignement des benêts cons trop généreux trop chauds trop francs, pour la preuve ce qui leur arrivera n'importe quelle époque quand ils voleront au canon, au clairon, au sacrifice ! ... Une autre pierre encore là, gravée, je veux, pour ceux qu'auront vendu des Odes des deux côtés, qu'auront eu sur leurs genoux toute la Cour Ultime ... Ca c'est de l'enseignement historique ! Ca c'est du tourisme pas perdu ! ... comment elle traite les engagés des deux guerres qu'ont cent fois sauté au feu pour que la putaine de Patrie resplendisse autre chose que de braderies, foires à cocus, bals des petits lits ! Ah, soixante-quinze pour cent héros si elle va vous casser le bon coeur, la Cour Ultime ! votre Amnistie torche-chose ! Sitôt que le clairon appelle les mutilés des deux guerres, les soixante-quinze pour cent de 14 ! si c'est la rigolade des marles ! la grande jouissance des Constructeurs ! Ils en disent rien dans le Digest ! mais moi qui durerai plus que tout je les ferai inscrire en or dans le marbre ! Admirateurs, gogos, haineux ! personne veut me remplacer au gniouf ! Ils me laissent bien crever ! Tous d'accord ! Cul en pus, plus de dents, aveugle, sourd ! la Corrida c'est tout ce qu'ils veulent ! Le traître pourvoyeur de poteaux, le Judas en chef empalé et puis lacéré très menu ! Ils avoueront pas, trop lâches ! Je veux leurs noms leurs promotions leurs grades de sadiques, leurs sécurités, leurs tantièmes, tout en lettres d'or, en plein granit, en Sainte-Chapelle ! Comment ils traitent les héros, quelle haine ils y mettent ! quelle vengeance ! Eux tout couverts de rentes et d'or ! Le faible les excite ! Ils veulent qu'il hurle ! J'hurle ! Je râle ! faible ! J'hurlerai dans la Sainte-Chapelle ! Martin Ciboire hurle pas lui ! il touche tous ses jetons Gram et Brôme sans hurler ! Il livre des moteurs sans hurler, il éprouve aucune petite honte ! que des orgueils ! La Cour Ultime non plus chique pas, elle fait rouer les héros de 14 sans sourciller ! Ceux qu'ont ramassé des milliards dans l'Occupation hurlent pas ! Ils attendent l'autre guerre la prochaine ! Ils ont eu des pelisses en chinchilla ! déjà ! Ils se regardent le fond du rectum, ils se réunissent en clubs exprès pour se comparer les bourrelets ! "Vous saignez-t-y ? Vous saignez pas ?" Tout est prêt pour la prochaine guerre ! Leurs relations, leurs mandats, leurs députés salariés, leurs arrêts en blanc d'Haute Cour ! Leurs hélicoptères ! Leurs Odes ! Ils siègent, ils gagnent, ils condamnent. Ils m'ont tout pris moi ! ma chemise ! ma peau ! mes années ! ... ma virilité ! je bande plus ! ... tout est parti à la pellagre !

- "Tu paieras pour tous !" qu'ils ont dit ! ... [...]
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michfredmichfred   27 février 2017
... et des myriades de moineaux! plein le ciel! plein l'air! et des papiers! avec les papiers!... oui!... plein de papiers! tout ça venait de très haut!... à moi, encore des papiers?... de très au-dessus de notre propre maison!... et des autres maisons... je le voyais le toit de notre maison!... enfin, la grande crevasse du toit... il s'en échappait plein de papiers!... ce qu'elle avait pris notre maison!... vous auriez vu ce délabrement!...
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WolandWoland   04 novembre 2015
[...] ... Mais qu'est-ce qu'ils me veulent précisément ? Marcel, le fils, la famille, ils sont tous d'accord ... c'est elle, la témérité ! ... Gaullistes c'est, tout ça ! bien sûr ! ... gaullistes résistants tonnerre ! ... Marcel a repris un bistrot, un bistrot de Juifs, en doublure, plus qu'un bistrot, un dépôt ! ... Il m'a expliqué ... Y a deux ans, avant Stalingrad ... il est pas revenu me voir depuis ... depuis Stalingrad ... Maintenant tout devient un peu drôlet depuis Stalingrad ... C'est pas méchant ... Mais comme ça se sait dans son quartier il diversifie ... il parle plus que de moi ... Il est bavard, il est buveur, il est hâbleur ... Il raconte à travers tout Vanves le cochon vendu que je suis ! Qu'on a été vieux camarades ... Mais que depuis mon "nazisme" ... ah ! si c'est finish ! finibus !

C'était flatteur avant la guerre ... "Céline, mon pote !" ... Maintenant c'est toc ! C'est vrai qu'on est amis de vieille date ... On a été au Val ensemble. Opérés, cités, médaillés, pour des vraies blessures de vraie guerre, sans arrière-pensée on peut le dire, pas pour un centime de profit ... maintenant les temps sont différents. Il peut même plus venir me regarder ... Je peux vous dire ce que je pense ! ... Sur le coeur ! ... Je suis pas à une confidence près ... La France là, avoué simplement, ça va de Sainte-Geneviève sur son mont à Verdun 17, après, c'est plus que du drôle de monde, des personnes plus très catholiques. Je les regarde là, louches, le môme, la mère, c'est des saloperies ! ... c'est des exemples ... Avec eux, là, entre mille, j'ai toujours été généreux, amical, sentimental ... et ils m'arrivent en fossoyeurs ! Eux et les autres ! Je tiens pas registre de mes bontés, foutre diantre Dieu c'est impossible ! Tout m'est parti ! d'un bord à l'autre, de vive force, à la douceur ... preuve : passe et peau ! Cachot pour finir ! Normal !

- Vous avez joui !

- C'est possible !

- Vous avez raison !

- Quel mérite ?"

Grand bien leur fasse ! Je réfléchis là, c'est le moment, je les regarde. Je vous coupe mon récit. Les gens m'ont traité pas très bien. C'était la curée bordel sang ! Ca a commencé en 14 ! Tous les prétextes ! Au canon d'abord puis aux ragots, à la Police ! J'ai voulu leur sauver la glotte, compatriotes ! leurs gueules infectes, leurs gueules de merde, leur faire esquiver l'Abattoir ... mes livres pour ça.

- "Orgueilleux !" qu'ils renaudent. "Crève premier !" ... [...]
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Nicohk06Nicohk06   13 avril 2010
« Et puis Bébert, autre innocent, mon chat... Vous direz un chat c'est une peau! Pas du tout! Un chat, c'est l'ensorcellement même, le tact en ondes... c'est tout en "brrt", "brrt" de paroles... Bébert en "brrt" il causait, positivement. Il vous répondait aux questions... »
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Vidéo de Louis-Ferdinand Céline
ARTAUD/CÉLINE – Destins croisés : la guerre continuée (Fondation Singer-Polignac, 2014) Conférence prononcée par Florence de Mèredieu, le 4 juillet 2014, à la Fondation Singer-Polignac, dans le cadre du séminaire annuel des Études céliniennes.
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