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ISBN : 2070366022
Éditeur : Gallimard (12/07/1974)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 137 notes)
Résumé :
"Rij était une pouffiasse, une femme-tonneau qui devait peser dans les 110, les 120 kilos. Je n'ai jamais vu un tel monument de chairs croulantes, débordantes. Elle passait sa journée et sa nuitée dans un fauteuil capitonné, fabriqué spécialement pour elle et qu'elle ne cessait d'ornementer, d'enrubanner, lui tressant des faveurs, des nœuds, des lacets d'or et d'argent..."
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
DanD
  09 octobre 2017
J'aime lire Cendrars. Il a une prose vertigineuse. Et ce livre je l'ai deguste a petites doses, pour en apprecier toutes les saveurs sans m'en lasser. Je comprends qu'il peut exceder certains lecteurs, les epuiser a force de passer du coq a l'ane, d'une histoire a une autre, de souvenirs a des elucubrations tant soit peu philosophiques. A force de longues, longues phrases, d'amoncellement de mots, d'enumerations qui deviennent litanies. Un exemple? "Les bêtes de charge trimbalaient dans des petits sacs de cuir du café en tous petits grains et d'une qualite unique au monde, ainsi que des graines de cacao, des ballots de laine, de crin vegetal, des chargements de coton, des peaux de vison et de chinchilla fourrees dans de longs sacs de toile en cacolet sur l'echine, des fourrures de vigogne, des lainages precieux dans des housses, et jusqu'a des boules de caoutchouc venant des forets du Matto Grosso et de l'Amazonie dans des cageots, de la farine de manioc, du mais en des paniers tresses fin, du coca, de la quinine en fagots d'ecorce ou quill's, des piments plus recherches que ceux de Tucuman, de la cochenille, des cantharides, des champignons de longue-vie en poudre dans des calebasses cachetees, du miel sauvage en barillets, des pains de sucre, de la cire, de la resine odoriferante, de la gomme en barres et en morceaux et en mottes, et il y avait toujours dans le convoi quelques bêtes lourdement chargees de blocs de cristal de roche ou de quartz qui faisaient crever leur bat." N'en jetez plus! Mais avouez que ca evoque de facon incantatoire des contrees de reve.
Bourlinguer est plein d'histoires de voyages, de bateaux, de ports,de souvenirs d'enfance, d'evocations d'amis et de maîtres en ecriture (Remy de Gourmont? Qui l'eut cru?), de celebrations de livres, de bibliotheques et de caissons de bouquinistes. Des histoires qui ne se suivent pas mais se perdent les unes dans les autres, melant souvenirs reels et affabulation, recits de voyage, reportages et poesie. Car Cendrars intercale de la poesie dans sa prose. En fait toute sa prose est poesie.
Un regal.
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Zebra
  24 septembre 2015
Édité en Livre de Poche, « Bourlinguer » -qui fut écrit par Blaise Cendrars en 1946-1947- constitue le troisième des 4 volumes de Mémoires de l'auteur ; Blaise Cendrars dira que ce « sont des Mémoires sans être des Mémoires ». A la base, « Bourlinguer » est une oeuvre de commande, chaque récit (11 récits de dimension très variable, portant le nom d'un port, réel ou fictif, le port de « Gênes », où Cendrars nous livre des confidences sur son enfance à Naples, représentant à lui seul un tiers de l'ouvrage) devait être accompagné d'une gravure de Valdo Barbey, peintre et décorateur français d'origine suisse, comme Cendrars. le développement considérable de certains récits a toutefois transformé le projet initial et produit une oeuvre singulière, non par sa taille (440 pages) mais par le souffle qui la porte, par le côté singulier du style de son auteur, par l'originalité du propos, par l'érudition qui sous-tend l'ouvrage et par la leçon d'humanité qui nous est donnée.
De son vrai nom Frédéric Louis Sauser, Blaise Cendrars s'est inventé son pseudonyme car il était convaincu que « l'acte de création artistique a lieu lorsque le poète est tel une braise, qui se consume au cours de la création, puis s'éteint pour se transformer en cendres »: de là, Blaise comme braise, et Cendrars comme cendre. Et, à n'en pas douter, « Bourlinguer » est l'oeuvre d'un poète et la preuve incontestable de cet acte de création artistique, de cette braise qui animait l'auteur. Placé sous le signe du voyage (Blaise Cendrars nous conduit de port en port à travers le monde entier), de l'aventure, de la découverte et de l'exaltation du monde où l'imaginaire se mêle au réel de façon inextricable, « Bourlinguer » constitue un mélange complexe de poésie, de reportage et de souvenirs personnels.
Le souffle qui porte l'ouvrage est puissant : « je veux vivre et j'ai soif, toujours soif ». le style de l'auteur est singulier, Blaise Cendrars produisant assez facilement des phrases qui font près d'une page (cf. ma citation). l'originalité du propos est évidente : un port, c'est un peu comme « un navire qui peut vous mener partout » et il y a « des phares qui scintillent comme une lampe dans un cercle de famille » ; c'est en quelque sorte « une bouteille sans millésime ». La poésie est à fleur de pages, en permanence. L'érudition qui sous-tend l'ouvrage ne manquera pas d'impressionner : il y a des anecdotes historiques originales et parfois saugrenues, mais parfois aussi de superbes pépites. Dans certains cas, on ne sait plus si elles relèvent de la fiction ou de la réalité (exemple des homoncules de Kueffstein, page 154). Blaise Cendrars nous donne également une leçon d'humanité : la vie et le monde vont de l'avant, alors « il ne faut jamais revenir au jardin de son enfance qui est un paradis perdu, le paradis des amours enfantines » même si y revenir c'est tenter de « retrouver son innocence » (page 115). Or, cette innocence, Blaise Cendrars l'a perdue très tôt : il fut tout d'abord confronté à l'itinérance de sa propre famille, son père, homme d'affaires un peu niais et instable, déménageant sans cesse avec femme et enfants au gré de ses voyages ; puis, engagé volontaire, Blaise Cendrars a subi l'épreuve du feu jusqu'à ce qu'une rafale de mitrailleuse lui arrache le bras droit et le conduise, après amputation (en 1915), à vivre une vie pour le moins différente. Fuyant sans cesse de par le monde, l'auteur s'est rempli d'impressions, telle une éponge. Confronté à la montée du progrès, essentiellement technique, social à la marge, l'auteur a de curieuses réactions, que ce soit devant l'ineptie des « photos de la nature vendues à des millions d'exemplaires en cartes postales » ou devant le Photomaton qu'il qualifie de « délégué de Satan ».
En lisant « Bourlinguer », le lecteur découvre un homme passionné et meurtri. Des questions fondamentales hantent en effet l'auteur : au final, que doit être l'homme et que doit être le monde ? Un contemplatif luttant comme un boxeur rencontrant un adversaire furieux, voilà ce qu'est Blaise Cendrars et le lecteur pourra compter ses cicatrices : « on ne les voit pas toutes et il n'y a pas de quoi en être fier ». L'auteur ne souhaitait ni poétiser ses sensations, ni poétiser l'exotisme qui transpire tout au long de l'ouvrage : il voulait « dans la cacophonie générale, restituer le silence humain ». Meurtri ou désespéré ? Ne vous y trompez pas : « il faut aimer les hommes fraternellement » (page 212) et vivre avec exubérance car « la folie est le propre de l'homme » (page 207). Pour cette oeuvre singulière et forte, je mets quatre étoiles.

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Renod
  30 mars 2015
« Bourlinguer » est un recueil de onze récits portant chacun le nom d'un port : Venise, Naples, La Corogne, Bordeaux, Brest, Toulon, Anvers, Gênes, Rotterdam, Hambourg et « Paris Port-de-mer ». le premier et le dernier récit ont en commun la fascination pour une bibliothèque et les livres anciens. Dans « Venise », qui ouvre le livre, Cendrars raconte la vie de l'aventurier Niccolao Manucci, embarqué clandestinement dès son plus jeune âge sur un bateau et qui livra ses mémoires après cinquante années de bourlingue à travers l'orient. Les destins de Manucci et de Cendrars sont similaires. Ils partagent la même passion du voyage, la même frénésie qui pousse à partir à l'aventure. Il est essentiel de vivre. Et pour écrire, il est indispensable d'avoir vécu. Cette existence passée à bourlinguer sur tous les continents est la matière première du récit autobiographique. le vécu s'enrichit d'éléments oniriques et livresques pour se transfigurer en une fiction ensorcelante. La description amorce une explosion de l'imaginaire. le récit est parfois difficile à suivre tant les disgressions s'accumulent : les réminiscences, les anecdotes et les considérations philosophiques s'entremêlent au fil de l'histoire. Certains passages sont de vrais poèmes en prose d'une très grande beauté. Cendrars sait décrire avec un immense talent un quartier populaire de Naples (à travers ses yeux d'enfant), le bombardement de Hambourg pendant la seconde guerre mondiale (à travers le témoignage d'un fugitif), une émeute à Rotterdam, les étagères d'un bibliophile parisien ou la défense aérienne de l'Angleterre. Son écriture est vivante, animée, pleine d'ardeur, et s'approche du langage parlé. Cendrars a toute sa place dans le panthéon de la littérature française, aux côtés de Céline, leurs styles partageant de nombreux point communs ; même si, à sa différence, il est porté par un profond amour de l'homme, du peuple, quel que soit le pays ou l'origine, avec qui il partage volontiers ses histoires et des verres d'eau de vie.
A noter que «Gênes », le récit le plus long qui pourrait être un roman à part entière, tient une place particulière dans le recueil. Cendrars revient à Naples où il a passé de nombreuses années de son enfance. Il souhaite se ressourcer dans un jardin fermé, le clos de Vomero qui abriterait le tombeau de Virgile. Ce moment de recueillement, puis la traversée qui suivra sur un bateau cherchant à importer frauduleusement du vin en Italie, permettent à l'auteur d'évoquer ses souvenirs d'enfance, d'effectuer une longue introspection et de s'interroger sur sa vie, son identité et l'écriture.
"Bourlinguer" est un brassage de témoignages, de poésie, de récits de voyages qui frappe par son authenticité et sa beauté. C'est un chef d'oeuvre que je vous le conseille vivement.
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Myriam3
  23 avril 2014
Trahi enfant par son ami Pascuali qui a révélé sa cachette alors qu'il s'apprêtait à partir clandestinement à New York sur un bateau, Frédéric Sauser alias Blaise Cendrars - la braise et la cendre, le Phénix - n'en finit pas de partir, toute sa vie durant.
"Quand on aime, il faut partir". Dans Bourlinguer, Cendrars évoque, à partir de ses chapitres portant le nom de villes portuaires - Rotterdam, Anvers, Naples, Hambourg - ses nombreux voyages de par le monde. Ici la destination, finalement, compte peu, mais c'est le voyage lui-même qui crée l'aventure et par son récit, qui provoque les réminiscences, les relations paternelles douloureuses, les amours, l'amitié, ainsi que tout ce monde des bas-fonds, cette vie portuaire populaire, interlope. Parce que Cendrars s'intéresse surtout à cet univers, celui du passage, du changement, du vagabondage, des voyous et des prostituées, des artistes et des voyageurs.
La partie centrale de Bourlinguer s'appelle Gênes; il s'agit d'un long chapitre, le plus long de tous, dans lequel Cendrars raconte son retour temporaire sur les anciennes terres de son père, épuisé, pourchassé pour avoir participé à la contrebande de perles à Téhéran. Là, il s'isole, tel Kim dans le roman éponyme de Kipling qu'il prend pour modèle - Bourlinguer est truffé de références littéraires sous forme d'incipits et de dédicaces qui permettent à Cendrars de s'inscrire dans une certaine lignée littéraire -. Cet isolement fait ressurgir des événements traumatiques de son enfance ainsi qu'un fort sentiment de culpabilité. Cendrars a alors 20 ans. Gênes est ainsi sa propre descente aux enfers, son lieu de mort et de renaissance, un thème cher à Cendrars.
D'autres chapitres sont plus légers, volontiers bagarreurs, frondeurs, mais également très érudits et permettent souvent à Cendrars de replonger momentanément dans ces émotions, instants pénibles - pour l'auteur - que l'écriture retranscrit par des phrases soudain très courtes et elliptiques qui finalement closent le chapitre pour permettre l'ouverture d'un autre repartant sur de nouvelles bases.
Ce livre, parfois difficile à suivre, est en même temps fascinant par sa richesse.
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zabeth55
  29 janvier 2012
étrangement, je n'ai pas réussi à lire ce grand succès. J'ai survolé, pour qu'il ne soit pas dit que je n'allais pas jusqu'au bout. J'ai trouvé presque tout ennuyeux, vantard, étalage...... peut-être faut-il un esprit masculin pour s'y retrouver ?
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   18 novembre 2017
Je n'ai rien oublié de ce que Domenico racontait de son pays natal, Taormina, la ville peinte, le soir, quand j'avais obtenu la permission d'aller coucher avec lui au poste de l'équipage après avoir fait une scène à maman.
- C'est la ville des monstres, disait-il en étrennant sa chique qu'il avait longuement malaxée entre ses paumes et qui devait durer toute la nuit et jusqu'au lendemain soir, c'est la ville des monstres marins comme on peut en voir des vivants, à Naples, à l'Aquarium, et partout ailleurs dans le monde, dans les baraques foraines où l'on expose, les petits, à l'état de mort dans des locaux gélatineux ou à l'état desséché, les plus grands, sur un lit de varech derrière une vitrine avec défense d'y toucher ! À Taormina, il n'y a pas de caves à vin. Chez nous, sous chaque maison s'étend une grotte sous-marine pleine du va-et-vient et du frissoulis ou du mugissement des vagues. Ces grottes sont profondes. Depuis toujours on y jette les petits enfants qui viennent au monde. Ceux qui ne savent pas nager sont mangés par les murènes. Les autres se sauvent au large et reviennent adultes sur les côtes ; ce sont les thons, les marsouins, les narvals, tous ces mabouls qui rigolent dans la tempête et qui se laissent prendre par temps calme par centaines de mille. Les filles qui sont malignes se laissent couler à pic et remontent à la surface quand elles sont nubiles. Elles ont alors la tête molle, les dents pourries, un drôle de museau et une voix d'or. On les appelle les sirènes, et elles passent pour être princesses. Mais malheur au pêcheur qui fait l'amour avec une sirène, il engendre le requin-marteau, le poisson-scie ou à vilebrequin, rien que des êtres à deux têtes car les sirènes n'ont pas de cervelle et chantent des foutaises. Quant aux petits enfants qui reviennent dans leur berceau après avoir livré combat aux murènes, ils sont souvent défigurés pour le restant de leurs jours, ou portent d'étranges cicatrices, ou font d'étranges maladies qui leur marbrent le corps, mais les survivants forment plus tard les meilleurs marins de la Méditerranée et les plus hardis pilotes, et, quand ils reviennent, hommes, de leur longue circumnavigation pour prendre femme à Taormina, ce sont eux qui peignent les maisons et couvrent les murs de la ville de graffiti indéchiffrables qui racontent leurs aventures de mer et sont des prophéties. Mais Taormina se dépeuple. L'eau est un songe, et le ciel et tout ce qu'il contient matin et soir d'astres, de vents, d'oiseaux et de fumées est un leurre qui trompe sur la fuite du temps. Il y a des hommes de chez nous qui sautent par-dessus bord pour aller chercher une étoile dans l'eau. L'océan est un mensonge...
(II - "Naples", pp. 33 à 35)
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   24 décembre 2017
- Ne crie pas, Tontje, dis-je au gosse hurleur. Tais-toi. Regarde, ton oncle t'a apporté des beaux joujoux pour la Noël. Approchez tous, voyez, il y en a pour tout le monde. L'automobile rouge des pompiers de New York et la grande échelle..., ça c'est pour toi, Tontje... Calme-toi, donc !... Et voici des grenouilles qui sautent et qui coassent..., je vais les donner à Flip qui pleure et à Guust qui rit... Tiens, voici des masques d'Afrique pour Peer la Grosse tête ; l'arc et les flèches sont pour toi, Fons, tu es costaud, et ces statuettes te serviront de cible... Vous n'avez pas une petite soeur, Jantje ?
- Non, pourquoi ? Nous ne tenons pas à avoir une petite soeur !
- Parce que j'ai encore des poupées, des colliers, des anneaux, des bracelets, des bagues, et de la verroterie. (...)
Et je vidai le sac à même le sol en terre battue, alignant les fétiches d'Océanie et de Guinée, mettant les poupées en rang, poussant la menue camelote et la bimbeloterie féminine en tas pour qu'elle ne s'éparpillât pas, remontant et faisant rouler les petites autos américaines. Les enfants étaient sidérés, mais Tontje ne se taisait toujours pas et ne voulait rien voir.
- Regardez tous, dis-je, regardez les oiseaux de feu qui volent la nuit !
Et je suspendis les oiseaux des Indiens du Guatemala au quinquet, où ils se mirent à planer et à tournoyer dans la fumée. Cela tenait du prodige. Jamais la misérable cahute n'avait été illuminée d'une pareille féerie.
(...)
Mais les gosses [ne] touchaient pas [aux confiseries]. Ils n'avaient jamais vu ça. Ils ne savaient pas ce que c'était. De même, les jouets étalés les épataient trop, pour ne pas dire qu'ils les épouvantaient. Tontje leur envoyait sournoisement des coups de pied. Flip, qui n'avait cessé de pleurnicher, se mit soudainement à brailler et Fons et Peer l'imitèrent, poussant des sanglots à fendre l'âme. Je ne savais que faire. (...) L'aîné, Jan, me défiait. Il serrait les poings, et je crois bien qu'il se serait jeté sur moi pour me sommer d'avoir à ramasser "toute cette saloperie déballée" si, au moment même où il allait bondir, exaspéré, la porte ne s'était ouverte (...).

(IX- "Rotterdam", pages 324-327)
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   13 décembre 2017
Ce qui comptait, c'était la vieille maison de La Paz, quasi déserte, dans une rue abandonnée, une espèce de palais de bois presque aussi sonore qu'immense, de guingois sur la rue en pente, sa façade dorée et digne du vice-roi toute surchargée de balustres et de balcons ouvragés comme les jalousies d'Orient, où elle entraînait, espiègle, ses soeurs en des parties folles, chacune son babiche sous le bras et la bouche pleine de sucreries, à ne pouvoir parler, étouffant de rire ; la bâtisse vertigineuse donnant par-derrière comme une lamasserie sur un à-pic de plus de mille mètres de profondeur, chaque fenêtre, et il y en avait des centaines, grandes et petites, percées au hasard dans cette effrayante surface de planches obliques glissant dans le vide et toute barbouillée de soleil, chaque lucarne découvrant les montagnes nues d'en face, un ciel en entonnoir où tournait toujours un condor et d'où l'on guettait, en saison, sur le sentier en lacet qui descendait de la cordillère la longue file de la caravane des Andes qui venait des lointaines plantations, leur père, monté sur un cheval blanc, en tête de centaines et de milliers de mules, pas plus grand que ça dans le paysage, et lui tirait des coups de fusil en l'air pour signaler son arrivée. On guettait parfois de si longs jours qu'on en était désespéré. Il y avait bien des détonations, mais c'était des pierres qui se détachaient des sommets pour rouler dans le précipice. Il y avait bien des silhouettes sur le sentier, mais c'était le vent, le vent des hauteurs, le méchant vent qui faisait danser des tourbillons de poussière et qui les rabattait en sifflant. Quelle désolation ! Et là-haut, le condor tournait, tournait toujours, solitaire.

(XI- "Paris, Port-de-Mer", pp. 467-468)
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DanDDanD   01 octobre 2017
"L'argent est fait pour etre remue!", disait mon pere. Tantot on en avait trop a la maison et tantot pas assez. Ma mere devenait folle. Et c'est pourquoi je tiens l'argent en mepris.
La vie est ailleurs.
Le tien, le mien, le mien, le tien, jamais le sien, sinon pour l'en depouiller!
Je m'etonne que les gens se passionnent pour ce truc-la et s'empoisonnent l'existence pour laisser ou toucher un heritage.
La mort les cueillera tous a temps, selon l'apophtegme pragmatique des grands boss americains, ces idolatres: Le Temps, c'est de l'Argent!
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   01 décembre 2017
"Cendrars, le ventre te sauvera !" devait me dire un jour Max Jacob qui avait tiré mon horoscope.
En effet, j'avais la fringale.

Je suis assis devant une auberge de Puzzoles, derrière le promontoire du Pausilippe, sous une treille. Je bois. Je mange. Je fume. Je fume. Dans l'avant-port, amarrée à une bouée, se balance une barque au gréement étranger. La mer est déserte, la mer qui roule des galets, la mer qui n'a pas de limites et qui enrobe les cinq parties du monde. Je bois, je fume, je mange. La mer nervalienne à travers les feuilles de vigne. Je me tiens à l'ombre. Avec mon épine d'Ispahan je trace distraitement des signes sur le sable, des demi-cercles, des quarts de cercle, les parois d'un vagin, un trait perpendiculaire et alors je fore un trou avec ma badine, un petit entonnoir qui s'évase et que j'écrase d'un coup de talon. Ce bruit d'osselets tout le long de la plage quand la vague se retire. Le temps passe. Je mange, je fume, je bois et je cherche au large. Au large, la mer est déserte et fait un pli sombre. Je bois. Le vin de Puzzoles est bon. Je fume et je me remets à tracer des signes sur le sable, que j'efface immédiatement, et je me remets à boire ce vin de Puzzoles, épais et noir comme de l'encre d'imprimerie. À quoi bon écrire, tout s'imprime en moi et c'est peut-être la pure poésie que de se laisser imprégner et de déchiffrer en soi-même la signature des choses. La mer et la poésie. La poésie et la mort. Je m'en fous. Je fume. Je bois.

("VIII - Gênes ", page 208)
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