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ISBN : 2070366022
Éditeur : Gallimard (12/07/1974)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 130 notes)
Résumé :
"Rij était une pouffiasse, une femme-tonneau qui devait peser dans les 110, les 120 kilos. Je n'ai jamais vu un tel monument de chairs croulantes, débordantes. Elle passait sa journée et sa nuitée dans un fauteuil capitonné, fabriqué spécialement pour elle et qu'elle ne cessait d'ornementer, d'enrubanner, lui tressant des faveurs, des nœuds, des lacets d'or et d'argent..."
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Critiques, Analyses & Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
DanD
  09 octobre 2017
J'aime lire Cendrars. Il a une prose vertigineuse. Et ce livre je l'ai deguste a petites doses, pour en apprecier toutes les saveurs sans m'en lasser. Je comprends qu'il peut exceder certains lecteurs, les epuiser a force de passer du coq a l'ane, d'une histoire a une autre, de souvenirs a des elucubrations tant soit peu philosophiques. A force de longues, longues phrases, d'amoncellement de mots, d'enumerations qui deviennent litanies. Un exemple? "Les bêtes de charge trimbalaient dans des petits sacs de cuir du café en tous petits grains et d'une qualite unique au monde, ainsi que des graines de cacao, des ballots de laine, de crin vegetal, des chargements de coton, des peaux de vison et de chinchilla fourrees dans de longs sacs de toile en cacolet sur l'echine, des fourrures de vigogne, des lainages precieux dans des housses, et jusqu'a des boules de caoutchouc venant des forets du Matto Grosso et de l'Amazonie dans des cageots, de la farine de manioc, du mais en des paniers tresses fin, du coca, de la quinine en fagots d'ecorce ou quill's, des piments plus recherches que ceux de Tucuman, de la cochenille, des cantharides, des champignons de longue-vie en poudre dans des calebasses cachetees, du miel sauvage en barillets, des pains de sucre, de la cire, de la resine odoriferante, de la gomme en barres et en morceaux et en mottes, et il y avait toujours dans le convoi quelques bêtes lourdement chargees de blocs de cristal de roche ou de quartz qui faisaient crever leur bat." N'en jetez plus! Mais avouez que ca evoque de facon incantatoire des contrees de reve.
Bourlinguer est plein d'histoires de voyages, de bateaux, de ports,de souvenirs d'enfance, d'evocations d'amis et de maîtres en ecriture (Remy de Gourmont? Qui l'eut cru?), de celebrations de livres, de bibliotheques et de caissons de bouquinistes. Des histoires qui ne se suivent pas mais se perdent les unes dans les autres, melant souvenirs reels et affabulation, recits de voyage, reportages et poesie. Car Cendrars intercale de la poesie dans sa prose. En fait toute sa prose est poesie.
Un regal.
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Zebra
  24 septembre 2015
Édité en Livre de Poche, « Bourlinguer » -qui fut écrit par Blaise Cendrars en 1946-1947- constitue le troisième des 4 volumes de Mémoires de l'auteur ; Blaise Cendrars dira que ce « sont des Mémoires sans être des Mémoires ». A la base, « Bourlinguer » est une oeuvre de commande, chaque récit (11 récits de dimension très variable, portant le nom d'un port, réel ou fictif, le port de « Gênes », où Cendrars nous livre des confidences sur son enfance à Naples, représentant à lui seul un tiers de l'ouvrage) devait être accompagné d'une gravure de Valdo Barbey, peintre et décorateur français d'origine suisse, comme Cendrars. le développement considérable de certains récits a toutefois transformé le projet initial et produit une oeuvre singulière, non par sa taille (440 pages) mais par le souffle qui la porte, par le côté singulier du style de son auteur, par l'originalité du propos, par l'érudition qui sous-tend l'ouvrage et par la leçon d'humanité qui nous est donnée.
De son vrai nom Frédéric Louis Sauser, Blaise Cendrars s'est inventé son pseudonyme car il était convaincu que « l'acte de création artistique a lieu lorsque le poète est tel une braise, qui se consume au cours de la création, puis s'éteint pour se transformer en cendres »: de là, Blaise comme braise, et Cendrars comme cendre. Et, à n'en pas douter, « Bourlinguer » est l'oeuvre d'un poète et la preuve incontestable de cet acte de création artistique, de cette braise qui animait l'auteur. Placé sous le signe du voyage (Blaise Cendrars nous conduit de port en port à travers le monde entier), de l'aventure, de la découverte et de l'exaltation du monde où l'imaginaire se mêle au réel de façon inextricable, « Bourlinguer » constitue un mélange complexe de poésie, de reportage et de souvenirs personnels.
Le souffle qui porte l'ouvrage est puissant : « je veux vivre et j'ai soif, toujours soif ». le style de l'auteur est singulier, Blaise Cendrars produisant assez facilement des phrases qui font près d'une page (cf. ma citation). l'originalité du propos est évidente : un port, c'est un peu comme « un navire qui peut vous mener partout » et il y a « des phares qui scintillent comme une lampe dans un cercle de famille » ; c'est en quelque sorte « une bouteille sans millésime ». La poésie est à fleur de pages, en permanence. L'érudition qui sous-tend l'ouvrage ne manquera pas d'impressionner : il y a des anecdotes historiques originales et parfois saugrenues, mais parfois aussi de superbes pépites. Dans certains cas, on ne sait plus si elles relèvent de la fiction ou de la réalité (exemple des homoncules de Kueffstein, page 154). Blaise Cendrars nous donne également une leçon d'humanité : la vie et le monde vont de l'avant, alors « il ne faut jamais revenir au jardin de son enfance qui est un paradis perdu, le paradis des amours enfantines » même si y revenir c'est tenter de « retrouver son innocence » (page 115). Or, cette innocence, Blaise Cendrars l'a perdue très tôt : il fut tout d'abord confronté à l'itinérance de sa propre famille, son père, homme d'affaires un peu niais et instable, déménageant sans cesse avec femme et enfants au gré de ses voyages ; puis, engagé volontaire, Blaise Cendrars a subi l'épreuve du feu jusqu'à ce qu'une rafale de mitrailleuse lui arrache le bras droit et le conduise, après amputation (en 1915), à vivre une vie pour le moins différente. Fuyant sans cesse de par le monde, l'auteur s'est rempli d'impressions, telle une éponge. Confronté à la montée du progrès, essentiellement technique, social à la marge, l'auteur a de curieuses réactions, que ce soit devant l'ineptie des « photos de la nature vendues à des millions d'exemplaires en cartes postales » ou devant le Photomaton qu'il qualifie de « délégué de Satan ».
En lisant « Bourlinguer », le lecteur découvre un homme passionné et meurtri. Des questions fondamentales hantent en effet l'auteur : au final, que doit être l'homme et que doit être le monde ? Un contemplatif luttant comme un boxeur rencontrant un adversaire furieux, voilà ce qu'est Blaise Cendrars et le lecteur pourra compter ses cicatrices : « on ne les voit pas toutes et il n'y a pas de quoi en être fier ». L'auteur ne souhaitait ni poétiser ses sensations, ni poétiser l'exotisme qui transpire tout au long de l'ouvrage : il voulait « dans la cacophonie générale, restituer le silence humain ». Meurtri ou désespéré ? Ne vous y trompez pas : « il faut aimer les hommes fraternellement » (page 212) et vivre avec exubérance car « la folie est le propre de l'homme » (page 207). Pour cette oeuvre singulière et forte, je mets quatre étoiles.

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Renod
  30 mars 2015
« Bourlinguer » est un recueil de onze récits portant chacun le nom d'un port : Venise, Naples, La Corogne, Bordeaux, Brest, Toulon, Anvers, Gênes, Rotterdam, Hambourg et « Paris Port-de-mer ». le premier et le dernier récit ont en commun la fascination pour une bibliothèque et les livres anciens. Dans « Venise », qui ouvre le livre, Cendrars raconte la vie de l'aventurier Niccolao Manucci, embarqué clandestinement dès son plus jeune âge sur un bateau et qui livra ses mémoires après cinquante années de bourlingue à travers l'orient. Les destins de Manucci et de Cendrars sont similaires. Ils partagent la même passion du voyage, la même frénésie qui pousse à partir à l'aventure. Il est essentiel de vivre. Et pour écrire, il est indispensable d'avoir vécu. Cette existence passée à bourlinguer sur tous les continents est la matière première du récit autobiographique. le vécu s'enrichit d'éléments oniriques et livresques pour se transfigurer en une fiction ensorcelante. La description amorce une explosion de l'imaginaire. le récit est parfois difficile à suivre tant les disgressions s'accumulent : les réminiscences, les anecdotes et les considérations philosophiques s'entremêlent au fil de l'histoire. Certains passages sont de vrais poèmes en prose d'une très grande beauté. Cendrars sait décrire avec un immense talent un quartier populaire de Naples (à travers ses yeux d'enfant), le bombardement de Hambourg pendant la seconde guerre mondiale (à travers le témoignage d'un fugitif), une émeute à Rotterdam, les étagères d'un bibliophile parisien ou la défense aérienne de l'Angleterre. Son écriture est vivante, animée, pleine d'ardeur, et s'approche du langage parlé. Cendrars a toute sa place dans le panthéon de la littérature française, aux côtés de Céline, leurs styles partageant de nombreux point communs ; même si, à sa différence, il est porté par un profond amour de l'homme, du peuple, quel que soit le pays ou l'origine, avec qui il partage volontiers ses histoires et des verres d'eau de vie.
A noter que «Gênes », le récit le plus long qui pourrait être un roman à part entière, tient une place particulière dans le recueil. Cendrars revient à Naples où il a passé de nombreuses années de son enfance. Il souhaite se ressourcer dans un jardin fermé, le clos de Vomero qui abriterait le tombeau de Virgile. Ce moment de recueillement, puis la traversée qui suivra sur un bateau cherchant à importer frauduleusement du vin en Italie, permettent à l'auteur d'évoquer ses souvenirs d'enfance, d'effectuer une longue introspection et de s'interroger sur sa vie, son identité et l'écriture.
"Bourlinguer" est un brassage de témoignages, de poésie, de récits de voyages qui frappe par son authenticité et sa beauté. C'est un chef d'oeuvre que je vous le conseille vivement.
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Myriam3
  23 avril 2014
Trahi enfant par son ami Pascuali qui a révélé sa cachette alors qu'il s'apprêtait à partir clandestinement à New York sur un bateau, Frédéric Sauser alias Blaise Cendrars - la braise et la cendre, le Phénix - n'en finit pas de partir, toute sa vie durant.
"Quand on aime, il faut partir". Dans Bourlinguer, Cendrars évoque, à partir de ses chapitres portant le nom de villes portuaires - Rotterdam, Anvers, Naples, Hambourg - ses nombreux voyages de par le monde. Ici la destination, finalement, compte peu, mais c'est le voyage lui-même qui crée l'aventure et par son récit, qui provoque les réminiscences, les relations paternelles douloureuses, les amours, l'amitié, ainsi que tout ce monde des bas-fonds, cette vie portuaire populaire, interlope. Parce que Cendrars s'intéresse surtout à cet univers, celui du passage, du changement, du vagabondage, des voyous et des prostituées, des artistes et des voyageurs.
La partie centrale de Bourlinguer s'appelle Gênes; il s'agit d'un long chapitre, le plus long de tous, dans lequel Cendrars raconte son retour temporaire sur les anciennes terres de son père, épuisé, pourchassé pour avoir participé à la contrebande de perles à Téhéran. Là, il s'isole, tel Kim dans le roman éponyme de Kipling qu'il prend pour modèle - Bourlinguer est truffé de références littéraires sous forme d'incipits et de dédicaces qui permettent à Cendrars de s'inscrire dans une certaine lignée littéraire -. Cet isolement fait ressurgir des événements traumatiques de son enfance ainsi qu'un fort sentiment de culpabilité. Cendrars a alors 20 ans. Gênes est ainsi sa propre descente aux enfers, son lieu de mort et de renaissance, un thème cher à Cendrars.
D'autres chapitres sont plus légers, volontiers bagarreurs, frondeurs, mais également très érudits et permettent souvent à Cendrars de replonger momentanément dans ces émotions, instants pénibles - pour l'auteur - que l'écriture retranscrit par des phrases soudain très courtes et elliptiques qui finalement closent le chapitre pour permettre l'ouverture d'un autre repartant sur de nouvelles bases.
Ce livre, parfois difficile à suivre, est en même temps fascinant par sa richesse.
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zabeth55
  29 janvier 2012
étrangement, je n'ai pas réussi à lire ce grand succès. J'ai survolé, pour qu'il ne soit pas dit que je n'allais pas jusqu'au bout. J'ai trouvé presque tout ennuyeux, vantard, étalage...... peut-être faut-il un esprit masculin pour s'y retrouver ?
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Citations & extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
DanDDanD   01 octobre 2017
"L'argent est fait pour etre remue!", disait mon pere. Tantot on en avait trop a la maison et tantot pas assez. Ma mere devenait folle. Et c'est pourquoi je tiens l'argent en mepris.
La vie est ailleurs.
Le tien, le mien, le mien, le tien, jamais le sien, sinon pour l'en depouiller!
Je m'etonne que les gens se passionnent pour ce truc-la et s'empoisonnent l'existence pour laisser ou toucher un heritage.
La mort les cueillera tous a temps, selon l'apophtegme pragmatique des grands boss americains, ces idolatres: Le Temps, c'est de l'Argent!
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ZebraZebra   22 septembre 2015
page 277 [...] Rotterdam. Une foule taciturne et plutôt triste, mais bruyante des pieds car tout le monde allait chaussé de sabots et de soquettes de bois qui claquaient sur les pavés en ronde-bosse, trainaillait dans les rues étroites autour des petites voitures des poissonnières et des marchandes des quatre-saisons, faisant son marché du samedi soir, dont beaucoup de ménagères, pas du tout tirées à quatre épingles ce soir de veille de fête sainte, mais débraillées, en pilou, sans fichu, les mèches moisissantes dans le crachin, la jupe crottée, les bas défaits, trempés, qui retombaient sur les chevilles, le cabas ou le filet à provisions au bras, le porte-monnaie à la main, faisant la queue, bousculées par toute une marmaille, devant les charcuteries particulièrement bien approvisionnées pour le Réveillon, avec des choucroutes copieusement garnies en montre, des grands plats de galantine truffée et des morceaux de pâté décorés de fleurs en papier, de guirlandes, de petits drapeaux, des écheveaux de gros boudins noués d'une faveur, des quenouilles de saucissons de foie succulents, des chaines de saucisses rouges suspendues à tous les crocs de la boutique écrasée de lumières et des jambons joufflus empilés en pyramides luisantes jusqu"à hauteur du plafond ... [...]
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DanDDanD   15 septembre 2017
Note (pour le Lecteur inconnu).
Je reprends dans le present ouvrage les Notes redigees a l'intention du Lecteur inconnu, inaugurees dans le Vieux Port en 1946 et qui m'ont valu de la part de certains Inconnus diligents un curieux courrier, grace auquel j'ai echappe a cette sensation d'ecrire dans le vide, sensation vertigineuse a la longue, qui est trop souvent le lot de l'Auteur. Merci, donc, a l'Inconnu qui m'accompagne et reste en communication.
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DanDDanD   04 octobre 2017
Quelle torree que la derniere guerre! Les generaux ont trouve cette astuce de faire bruler vif les populations civiles! C'est le progres, dissent les militaires et de se complimenter entre eux…

Peut-on s'en consoler en se disant que la Terre tourne?
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DanDDanD   20 septembre 2017
Or, qui maudit son pere est un demon.
La condamnation de saint Cassien est formelle.
C'est aussi l'opinion des Peres du desert et le premier article de foi de la theologie.
C'est le peche de Lucifer.
L'orgueil.
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