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Citations sur Moravagine (32)

Grapheus
Grapheus   12 juin 2010
L'amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d'angoisse des amants, cet état d'attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l'absence de l'être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d'humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l'amour-propre sont en jeu, l'honneur, l'éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l'imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillent et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu'à la complète inhibition, la complète annihilation de l'âme, jusqu'à l'atonie des sens, jusqu'à l'épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu'à la sécheresse du cœur, ce besoin d'anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d'effusion, d'adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l'hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l'amour d'après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d'une main sûre le tableau clinique du masochisme ?

Blaise Cendrars
Moravagine, p.61
Le Livre de Poche, n° 275, Paris, 1960
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Aaliz
Aaliz   19 mai 2012
‎On ne pourra donc jamais me fiche la paix et me laisser vivre à ma guise, comme je l'entends ! Si ma liberté gêne quelqu'un ou le monde, moi, je m'en fous, vous savez, on peut me fusiller, je préfère ça. D'ailleurs, ça ou autre chose, ou rien, ça m'est égal. Etre ici, ou ailleurs, en liberté ou en prison, l'important c'est de se sentir heureux ; d'extérieure, la vie devient intérieure, son intensité reste la même et, vous savez, c'est bizarre où le bonheur de vivre va parfois se nicher.
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TREMAOUEZAN
TREMAOUEZAN   22 mai 2016
Nous restions introuvables, insaisissables, mystérieux, mythiques, au point qu'en haut lieu on ne croyait pas à notre existence. Mais le peuple, qu'un instinct très sûr avertissait et qui nous éventait partout dans les coulisses d'un millier de drames obscurs, le peuple nous craignait comme la peste noire et nous avait baptisés les Enfants du Diable.
Et le peuple avait raison ! Nous avions toujours été des parias, des bannis, des condamnés à mort, il y avait longtemps que nous n'avions plus aucun lien avec la société, ni avec aucune famille humaine; mais aujourd'hui nous descendions volontairement faire un stage en enfer. (...)
Nous étions abandonnés de tous et chacun de nous vivait tout seul, dans une atmosphère raréfiée, penché sur soi-même comme sur du vide, en proie au vertige ou à quelle sombre jouissance ? Depuis longtemps déjà ni moi ni mes camarades, nous ne connaissions plus le sommeil. C'était fatal. Le sang veut du sang et ceux qui, comme nous, en ont beaucoup répandu, sortent du bain rouge comme blanchis par un acide. Tout en eux est flétri, mort. Les sentiments s'écaillent, tombent en poussière; les sens vitrifiés ne peuvent plus jouir de rien et se cassent net à la moindre tentative. Intérieurement, chacun de nous était comme dévoré par un incendie et notre coeur n'était plus qu'une pincée de cendres. Notre âme était dévastée.
(pp 71-72)
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Loutre_des_Rivieres
Loutre_des_Rivieres   19 mars 2013
Vous me faîtes rire avec votre angoisse métaphysique, c'est la frousse qui vous étreint, la peur de la vie, la peur des hommes d'action, de l'action, du désordre. Désordre que les végétaux, les minéraux et les bêtes ; désordre que la multitude des races humaines ; désordre que la vie des hommes, la pensée, l'histoire, les batailles, les inventions, le commerce, les arts ; désordre que les théories, les passions, les systèmes. C'a toujours été comme ça. pourquoi voulez-vous y mettre de l'ordre ? Quel ordre? Que cherchez-vous ? Il n'y a pas de vérité. Il n' y a que l'action, l'action qui obéit à un million de mobiles différents, l'action éphémère, l'action qui subit toutes les contingences possibles et inimaginables, l'action antagoniste. La vie. La vie c'est le crime, la vol, la jalousie, la faim, le mensonge, le foutre, la bêtise, les maladies, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, des monceaux de cadavres.
Tu n'y peux rien, mon pauvre vieux, tu ne vas pas te mettre à pondre des livres, hein?
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Fremen
Fremen   29 mars 2010
L'important c'est de se sentir heureux, d'extérieure, la vie devient intérieure, son intensité reste la même et vous savez, c'est bizarre où le bonheur de vivre va parfois se nicher.
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TREMAOUEZAN
TREMAOUEZAN   24 mai 2016
Nous savions d'avance ce que la journée nous réservait. Derrière nous, le fleuve fumant se trouait de déchirures, devant nous, il s'ouvrait béant, floconneux, sale. Des draps et des rideaux claquaient au vent. Une seconde, on voyait le soleil nu, tout nu, comme en chair de poule, puis un immense édredon nous tombait dessus, un édredon de moiteur qui nous bouchait la vue, les oreilles, un édredon qui nous étouffait. (...) Le soleil avait la lèpre. Nous étions comme encapuchonnés, avec six mètres d'air autour de nous et un plafond de douze pieds, un plafond d'ouate, un plafond matelassé. Inutile de crier. Des gouttes de sueur nous coulaient le long du corps, se détachaient, nous tombaient sur l'estomac, grosses, tièdes, lentes, grosses comme des œufs sur le point d'éclore, lentes comme la fièvre en éclosion. Nous nous bourrions de quinine. Nous avions la nausée. Nos avirons mollissaient dans la chaleur. Nos vêtements se recouvraient de moisissures. Il pleuvait toujours, et quand il pleuvait, il tombait de l'eau chaude et nos dents se déchaussaient. Quel rêve, quel rêve d'opium ! Tout ce qui surgissait dans notre étroit horizon était corallin, c'est-à-dire verni, reluisant, dur, avec un relief ahurissant dans le détail, et comme dans un rêve, ce détail était toujours agressif, méchant, plein d'une sourde hostilité, logique et à la fois invraisemblable. (...)
Nous étions maudits.
("Les Indiens Bleus", pp 163-164).
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Allantvers
Allantvers   16 février 2019
Je ne suis pas de votre race. je suis du clan mongol qui apportera une vérité monstrueuse : l'authenticité de la vie, la connaissance du rythme, et qui ravagera toujours vos maisons statiques du temps et de l'espace, localisées en une série de petites cases (...)
Je suis indifférent.
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mouette_liseuse
mouette_liseuse   14 octobre 2014
Connaissant ma curiosité des choses du ciel. Moravagine a établi, à mon usage, un dictionnaire des deux cents mille principales significations de l'unique mot de la langue martienne, ce mot étant une onomatopée ...

L'unique mot de la langue martienne s'écrit phonétiquement :
Ké-ré-keu-keu-ko-kex.
Il signifie tout ce que l'on veut. (page 247)
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blandine5674
blandine5674   25 juillet 2014
C'est ainsi que nous apprîmes les événements de la journée par des on-dit. Et nous fûmes, ma foi, très bien renseignés, mieux que par les journaux, car l'oeil du petit peuple des rues est toujours à l'affût, avide, insatiable, féroce.
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Caligari
Caligari   18 juin 2011
Nous remontions l'Orénoque sans parler. Cela dura des semaines, des mois. Il faisait une chaleur d'étuve. Deux d'entre nous étaient toujours en train de ramer, le troisième s'occupait de pêche et de chasse. A l'aide de quelques branchages et des palmes, nous avions transformé notre chaloupe en carbet'. Nous étions donc à l'ombre. Malgré cela, nous pelions, la peau nous tombait de partout et nos visages étaient tellement racornis que chacun de nous avait l'air de porter un masque. Et ce masque nouveau qui nous collait au visage, qui se rétrécissait, nous comprimait le crâne, nous meurtrissait, nous déformait le cerveau. Coincées, à l'étroit, nos pensées s'atrophiaient. Vie mystérieuse de l'oeil. Agrandissement. Milliards d'éphémères, d'infusoires, de bacilles, d'algues, de levures, regards, ferments du cerveau. Silence. Tout devenait monstrueux dans cette solitude aquatique, dans cette profondeur sylvestre, la chaloupe, nos ustensiles, nos gestes, nos mets, ce fleuve sans courant que nous remontions et qui allai s'élargissant, ces arbres barbus, ces taillis élastiques, ces fourres secrets, ces frondaisons séculaires, les lianes, toutes ces herbes sans nom, cette sève débordante, ce soleil prisonnier comme une nymphe et qui tissait, tissait son cocon, cette buée de chaleur que nous remorquions, ces nuages en formation, ces vapeurs molles, cette route ondoyante, cet océan de feuilles, de coton, d'étoupe, de lichens, de mousses, ce grouillement d'étoiles, ce ciel de velours, cette lune qui coulait comme un sirop, nos avirons feutrés, les remous, le silence. Nous étions entourés de fougères arborescentes, de fleurs velues, de parfums charnus, d'humus glauque. Écoulement. Devenir. Compénétration. Tumescence. Boursouflure d'un bourgeon, éclosion d'une feuille, écorce poisseuse, fruit baveux, racine qui suce, graine qui distille. Germination. Champignonnage. Phosphorescence. Pourriture. Vie. Vie, vie, vie, vie, vie, vie, vie, vie. Mystérieuse présence pour laquelle éclatent à heure fixe les spectacles les plus grandioses de la nature. Misère de l'impuissance humaine, comment ne pas en être épouvanté, c'était tous les jours la même chose !
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