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Critique de LoupAlunettes


LoupAlunettes
01 mars 2013
Quel grand destin pourrait imaginer ce brave Robert Bradley troisième du nom ?
Dans le bouge où Robert grandit, les gens y naissent, y vivent et y meurt sans avoir l'envie de grande aventure et l'exotisme simple au delà des frontières de la ville.
Rien de très excitant.
D'ailleurs, « Bibow » car tel est le pauvre surnom de ce petit prince des bougres cul-terreux et analphabètes de son entourage, ne connaît rien de l'excitation, du frisson .
Tout le laisse de go et ce, dû à une anomalie génétique qui le laissera complètement de marbre quelle que soit la situation.
Son départ à la guerre du Vietnam pourrait lui obtenir un grand moment de fierté familial , son grand-père perdit un oeil avec honneur lors d'une guerre et son père y laissa une jambe pour une autre. le destin lui dessinera d'autres desseins fort heureusement.
La chance frappera bel et bien et dans d'étranges circonstances.
Bibow Bradley sera recruté par la CIA après une bavure au Vietnam, en tant que super agent d'infiltration. Une pure aubaine pour l'organisation secrète américaine qui voit en lui un agent exceptionnel sans inhibitions pour des missions extrêmes. Bibow voit en cela le moyen de faire le grand saut vers l'inconnu et refaire sa vie tout simplement.
Bien que réussissant parfois ses missions malgré lui et tuant sans états d'âme, Bibow ne se montrera pas l'élément attendu car surtout à la recherche de son propre destin et avide de profiter des opportunités qu'offrent ses rencontres.
On ne fraie pas avec l'ennemi, Bibow.
Une drôle de vie que celle de Bibow Bradley.


: Un roman qui a gagné de manière Ex-Aequo avec un autre titre « la pépite du Roman Adolescent Européen de l'année 2012 » au Salon de la littérature jeunesse à Montreuil.

Le personnage de Bibow est un personnage atypique qui a droit à une seconde chance dans des conditions dramatiques et d'un humour noir. Il se débarrasse de ses camarades, en plus des « ennemis », lors d'une embuscade au Vietnam car mourir pour la patrie, telle était la volonté de ces premiers de façon absurde. Il en fut donc très logiquement ainsi.

Cette grosse bévue étouffée par la hiérarchie lui attire les faveurs de sa patrie qui secrètement en fait un agent secret de la CIA, réalisant tous les avantages d'avoir un tueur à leur solde pathologiquement sans inhibitions.

Bibow est présenté au début du roman comme une âme égarée, se posant dans divers décors américains et catégories sociales décadentes. Nous pouvions penser à la lecture des premières pages que ce pauvre bougre file son chemin comme un « Forest Gump » de Spielberg et rencontre l'Histoire de façon humoristique, tant les profils semblaient se ressembler et au regard des anecdotes véridiques très intéressantes intervenant ci et là.

Mais Bibow n'est pas un sot et cela fait une différence. C'est un esprit en devenir que son « handicap » a « protégé » de la tristesse de la bêtise humaine jusqu'alors et qui va faire naïvement ses propres choix. Il a pleinement conscience de l'absurdité du monde qui l'entoure, il questionne autour de lui comme un enfant mais il n'a pas de réponses à ses questions. Il peut réagir en ce sens de façon très surprenante dans une logique qui lui est propre puisque le monde semble en manquer pour lui.

Bibow partira à la rencontre de sa propre histoire dans l'Amérique de l'après-Guerre Froide des années 60. Nous retrouvons historiquement l'ambiance paranoïaque de l'Amérique du Président Nixon et de J. Edgar Hoover, chef du FBI. Celle qui fédère et protège la nation de la menace « invisible » venant de l'extérieur, traquant, espionnant et éliminant toutes idées déviantes à l'insu de tous, afin de conserver intact les valeurs et la tradition, socle d'une société "parfaite".

Bibow va se laisser aller à trinquer avec le russe, sympathiser joyeusement et amoureusement avec la hippie, parce que la chaleur et la bienveillance des rencontres lui procurent un bien supérieur à la suspicion et le font évoluer. Il rejette donc la xénophobie et racisme familiale et institutionnelle. Cela donne donc une petite comédie décalée, jubilatoire et percutante. C'est aussi vous le verrez clairement un message doux-amer contre la guerre et ses conséquences sur la société américaine.

le regard désabusé de Bibow, « extraterrestre » parmi les hommes, découvrant l'amitié et l'amour de l'autre, est à la fois piquant et touchant. le langage est crû, brut de décoffrage, dérangeant volontairement certe, il illustre la vulgarité d'un milieu duquel il s'extirpe. Mais la vulgarité peut aussi revêtir de jolies cravates et de beaux costumes onéreux, on le constate hélas. En tout cas, nous pouvons nous dire simplement à la lecture de l'aventure du personnage que rien n'est écrit dans le marbre heureusement. Bibow ne sortira pas indemne de cette aventure mais il aura le moyen à la fin de briser la chaîne d'une lignée triste et pathétique .

Axl Cendres offre une satire originale de l'Amérique d'hier et un peu d'aujourd'hui en peu de pages. A recommander à un public averti d'ados. Les « Young Adultes » et les autres vont « mourir » de rire et s'émouvoir tout autant.
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