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ISBN : 2330068956
Éditeur : Actes Sud (09/11/2016)

Note moyenne : 4.44/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Ce recueil rassemble les conférences données par l'auteur à l'université d'Oxford. Sur les questions sans réponses, les énigmes insolubles et les ambigüités nécessaires qui font l'essence du roman et placent le lecteur en son centre : le point aveugle.

Écrire un roman consiste à plonger dans une énigme pour la rendre insoluble, non pour la déchiffrer (…). Cette énigme, c’est le point aveugle, et le meilleur que ces romans ont à dire, ils le disent à t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
michfred
  29 septembre 2018
J'ai toujours trouvé les romans de Javier Cercas passionnants, originaux, s'entêtant à marcher loin des sentiers battus, parfois si proches de l'essai, parfois factuels et obstinés comme du journalisme d'investigation, souvent d'une apparente objectivité et documentés comme des archives historiques...mais ménageant tous des surprises de construction, des renversements de point de vue qui vous plongent dans des abimes de perplexité.
J'ignorais qu'il avait aussi écrit un essai litteraire sur la nature complexe du roman "moderne"- c'est-à-dire ceux écrits après après le Quichotte- où il explicite clairement -cet essai est constitué de conférences destinées à des étudiants americains- son point de vue sur ce qui fait la modernité et la qualité des grands romans de la littérature, toutes nations confondues.
Les grands romans modernes recèlent tous un point d'ombre, un point aveugle , une question dont l'auteur n'a pas- ou ne donne pas la réponse.
Tout le roman lui-même est une quête infinie, à tous les sens du mot, de cette énigme: il est une tentative de réponse , implicite ou irrésolue, à la question posée.
Et ce faisant, il ouvre au lecteur une marge de liberté et d'interprétation qui donne aux grands livres la richesse de polysémie qui les rend si éternellement vivants.
Un essai convaincant..même si la passionnée du Guépard que je suis y a cherché ce qui disqualifiait ce roman magistral aux yeux de l'impitoyable Javier Cercas: une malheureuse petite phrase échappée, à la fin du roman, au narŕateur, ce "débutant" de Lampedusa (!!!) et à son éditeur inattentif, Giorgio Bassani himself.
Petite phrase qui m'avait d'ailleurs, je l'avoue, totalement échappé à la lecture -je vais donc rejoindre Lampedusa et Bassani au fond de leur purgatoire littéraire, quelle bonne compagnie!- et qui donnerait la réponse à l'énigme du Guépard,et inonderait d'une.. aveuglante lumiere le point aveugle du Guépard, lui refusant du même coup l'entrée au panthéon des grands romans..
Là se trouve, je pense, la limite de ce genre d'exercice-brillant- : forcer son système, sa grille d'analyse jusqu'à. ..s'aveugler soi même avec sa théorie!
Le point aveugle de Cercas c'est son jugement outrecuidant de myrmidon sur le grand fauve de Lampedusa.
Dommage... n'empêche que lire cet essai donne une furieuse envie de lire ou relire quelques grands romans et de se perdre en conjectures pour éclairer-ou trouver-leur "point aveugle".
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Adenolia
  03 décembre 2016
Recueil des conférences données par Javier Cercas à l'invitation de l'Université d'Oxford en 2014. Il y explore ce qui définit le roman et comment il a évolué avec le temps, de Don Quichotte de Cervantes et Moby Dick de Melville aux romans de Kafka, Vargas Llosa, Borges, et de nombreux autres auteurs contemporains.
Le point aveugle, c'est ce qu'on ne saura jamais, les questions laissées sans réponses, les ambiguïtés qui ne seront jamais levées. J'ai enfin compris ce qui quelque part m'avait déçu dans Le Guépard de Tomasi di Lampedusa. Passionnant.
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MarianneL
  16 novembre 2016
Le roman moderne, genre cannibale indispensable pour rendre compte de la complexité du monde.
Il existe dans l'oeil humain une petite portion de la rétine totalement dépourvue de photorécepteurs et qui est ainsi complètement aveugle. de même il existe depuis le Quichotte un type de romans que Javier Cercas appelle les romans du point aveugle, qui recèlent en leur centre une indétermination, à partir de laquelle tout le livre rayonne. Cette indétermination centrale est une question morale, et la finalité du roman n'est pas d'apporter une réponse à cette question ; il est l'exploration de la question elle-même.
«Le roman n'est pas un genre responsif mais interrogatif : écrire un roman consiste à se poser une question complexe et à la formuler de la manière la plus complexe possible, et ce, non pour y répondre ou pour y répondre de manière claire et certaine ; écrire un roman consiste à plonger dans une énigme pour la rendre insoluble, non pour la déchiffrer (à moins que la rendre insoluble soit précisément, la seule manière de la déchiffrer). Cette énigme, c'est le point aveugle, et le meilleur que les romans ont à dire, ils le disent à travers elle : à travers ce silence pléthorique de sens, cette cécité visionnaire, cette obscurité radiante, cette ambiguïté sans solution. Ce point aveugle, c'est ce que nous sommes.»
La suite sur mon blog ici :
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Charybde2
  22 novembre 2016
L'auteur élaborant sous nos yeux une théorie du roman moderne, robuste, sagace et joueuse.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2016/11/22/note-de-lecture-bis-le-point-aveugle-javier-cercas/
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   20 janvier 2017
Un livre n'existe pas par lui-même, mais uniquement dans la mesure où quelqu'un le lit ; un livre sans lecteur n'est qu'un tas de lettres mortes et c'est quand nous autres lecteurs l'ouvrons et commençons à le lire qu'une magie perpétuelle s'opère et que la lettre ressuscite, dotée d'une vie nouvelle. Nouvelle et, bien entendu, à chaque fois différente. Un livre n'est, en somme, qu'une partition que chacun interprète à sa manière. (..)
En définitive, c'est le lecteur, et pas seulement l'écrivain, qui crée le livre.
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Charybde2Charybde2   22 novembre 2016
Les lecteurs pourront s’interroger sur le bien-fondé de ces explications. Quelle importance si les romans continuent d’être les mêmes depuis un siècle et demi, du moment qu’ils sont bons ? Pourquoi ce besoin de rénovation, de nouvelles recherches formelles, de conquêtes de nouveaux territoires ? La seule obligation d’un roman n’est-elle pas de raconter une histoire de la meilleure des façons afin que le lecteur la vive avec la plus grande intensité possible ? Peut-on mieux y parvenir que ne le fit le roman du XIXe siècle ou les romans du XXe ou XXIe siècle, qui ont suivi ce même modèle ? N’avons-nous pas dit que, même si les temps changent, les hommes demeurent en substance les mêmes, que l’art n’avance ni ne recule et que Picasso et Kafka ne sont pas meilleurs que Velasquez et Cervantès ? Pourquoi vouloir changer des choses qui sont très bien comme elles sont ?
Aucune de ces questions n’est triviale ; on peut, me semble-t-il, répondre à toutes, et par la réponse suivante : le roman n’est pas un divertissement (ou il n’est pas que cela) ; il est avant tout un outil de recherche existentielle, un outil de connaissance de la nature humaine. Il est vrai qu’en tant qu’individu, Velasquez est substantiellement identique à Picasso et Cervantès à Kafka, de même qu’il est vrai qu’en tant qu’artiste, Picasso n’est pas supérieur à Velasquez ni Kafka à Cervantès ; mais Picasso voit dans la réalité des choses que Velasquez n’a pas vues et Kafka découvre chez les êtres des caractéristiques que Cervantès n’a pas découvertes. La découverte de Kafka n’annule pas celle de Cervantès, comme la découverte de l’Australie n’annule pas celle de l’Amérique : celle-ci complète la carte du monde ; celle-là, la carte de l’homme. Il n’est pas vrai que la seule obligation d’un roman soit de raconter une bonne histoire et de la faire vivre au lecteur ; la seule obligation d’un roman (ou du moins la plus importante) consiste à amplifier notre connaissance de l’humain et c’est pourquoi Hermann Broch disait que tout roman qui ne découvre aucune parcelle jusqu’alors méconnue de l’existence est immoral. Cela dit, nous savons que le roman est forme et que, dans un roman, une mauvaise histoire bien racontée est une bonne histoire, alors qu’une bonne histoire mal racontée est une mauvaise histoire ; de même, utilisant de vieilles formes, le roman est condamné à dire de vieilles choses ; c’est seulement en s’appropriant de nouvelles formes qu’il pourra dire de nouvelles choses. D’où l’impératif d’innovation formelle. Le roman du XIXe siècle n’est pas le modèle parfait et insurpassable du roman, parce que la forme parfaite du roman n’existe pas ; plus précisément : la seule forme parfaite du roman est, à la rigueur, la forme imparfaite mais infiniment perfectible que Cervantès a conçue. Le roman a besoin de changer, de revêtir un aspect qu’il n’a jamais revêtu, d’être là où il n’a jamais été, de conquérir des territoires vierges, afin de dire ce que personne n’a encore dit et ce que personne à part lui ne peut dire. C’est un mensonge, je le répète, que de prétendre que les romans servent seulement à passer un moment, à tuer le temps ; au contraire : ils servent à faire vivre le temps, pour le rendre plus intense et moins trivial. Mais surtout, ils servent à changer la perception du monde ; c’est-à-dire qu’ils servent à changer le monde. Le roman a besoin de se renouveler pour dire des vérités nouvelles ; il a besoin de changer pour nous changer : pour nous rendre tels que nous n’avons jamais été.
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PiatkaPiatka   07 février 2017
C’est un mensonge, je le répète, que de prétendre que les romans servent seulement à passer un moment, à tuer le temps ; au contraire : ils servent à faire vivre le temps, pour le rendre plus intense et moins trivial. Mais surtout, ils servent à changer la perception du monde ; c’est-à-dire qu‘ils servent à changer le monde.
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Charybde2Charybde2   22 novembre 2016
Le roman moderne est un genre unique parce que, du moins en germe, toutes ses possibilités se trouvent contenues dans un seul livre : Cervantès fonde et épuise le genre dans son Quichotte, tout en le rendant inépuisable. En d’autres termes : dans le Quichotte, Cervantès définit les règles du roman moderne en balisant le territoire sur lequel les autres romanciers ont depuis évolué et qu’ils n’ont probablement pas encore achevé de coloniser. Qu’est-ce donc que ce genre unique ? Ou, du moins, qu’est-il pour son créateur ?
Pour Cervantès, le roman est le genre des genres : et aussi, ou surtout, un genre dégénéré. (…) Curieusement, c’est cette tare congénitale qui finit par constituer le centre névralgique et la vertu principale du genre : son caractère éminemment libre, hybride, malléable presque à l’infini ; le fait qu’il soit, comme le disait Cervantès, un genre des genres où entrent tous les genres et qui se nourrit de tous. Il est évident que seul un genre dégénéré pouvait devenir un tel genre, parce qu’il est évident aussi que seul un genre plébéien, un genre sans obligation de protéger sa pureté et sa vertu aristocratique, pouvait se mêler à tous les autres genres, se les appropriant et devenant ainsi un genre hybride. C’est exactement ce qu’est le Quichotte : un grand fourre-tout où, reliés par le fil ténu des aventures de don Quichotte et de Sancho Panza, s’unissent dans un amalgame inédit, comme s’ils constituaient l’encyclopédie de toutes les possibilités narratives et rhétoriques connues par l’auteur, tous les genres littéraires de son époque, de la poésie jusqu’à la prose, du propos judiciaire jusqu’au discours historique ou politique, du roman pastoral jusqu’au roman sentimental, du roman picaresque jusqu’au byzantin. Et, si c’est exactement ce qu’est le Quichotte, c’est exactement ce qu’est aussi le roman ou, du moins, un aspect fondamental du roman, celui qui va de Lawrence Sterne à James Joyce, de Henry Fielding ou Denis Diderot à Georges Perec ou Italo Calvino.
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Charybde2Charybde2   22 novembre 2016
Les réponses des romans du point aveugle – ces réponses sans réponse ou sans réponse claire – sont pour moi les seules réponses véritablement littéraires, ou pour le moins les seules que proposent les bons romans. Le roman n’est pas un genre responsif mais interrogatif : écrire un roman consiste à se poser une question complexe et à la formuler de la manière la plus complexe possible, et ce, non pour y répondre ou pour y répondre de manière claire et certaine ; écrire un roman consiste à plonger dans une énigme pour la rendre insoluble, non pour la déchiffrer (à moins que la rendre insoluble soit, précisément, la seule manière de la déchiffrer). Cette énigme, c’est le point aveugle, et le meilleur que ces romans ont à dire, ils le disent à travers elle : à travers ce silence pléthorique de sens, cette cécité visionnaire, cette obscurité radiante, cette ambiguïté sans solution. Ce point aveugle, c’est ce que nous sommes.
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Écrivain multi-récompensé, chroniqueur pour El País, traducteur et professeur de littérature, Javier Cercas est l?un des plus grands auteurs hispanophones de notre temps. Retour sur le parcours et l'engagement de cet intellectuel européen.
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