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Marielle Leroy (Traducteur)
EAN : 9782376650775
352 pages
Contre Allée (19/08/2022)
3.84/5   19 notes
Résumé :
Structurée par les 77 mouvements de la partie Fischer - Pomar, se trame au fil de cette confrontation une histoire à la forme originale offrant une réflexion quant à l’engagement personnel et, plus largement, sur la façon dont les deux joueurs ont été instrumentalisés par leurs gouvernements respectifs.
Aux portraits des deux joueurs d’échec s’ajoutent ceux de nombreux autres « pions » voués à une cause politique durant cette année de turbulence où, lors de l... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique

« Les pions sont l'âme des échecs »

François-André Danican Philidor

Digne d'un génie évident, « Le pion » est le piédestal de la littérature.

« Un pion n'est jamais qu'un pion. Confiné sur un échiquier et limité dans ses mouvements par sa condition grégaire, il intègre un camp, il sert un roi, il obéit à une main. »

Ainsi l'incipit immensément prometteur dévoile un récit « en majuscules de sept lettres Fischer ».

Paco Cerdà est le maître du jeu, par lui, tout advient. Il décèle le langage échiquier, pion, prisme politique. Il interroge les fascinantes personnalités qui ornent et honorent ce livre certifié dès l'aube-née à l'instar d'un grand classique. « Le pion » s'élève. Stratégies, et bien au-delà, la rémanence de l'instant, de ce qui fût et de ce qui résiste. Croire en la capacité hors norme de ce chef-d'oeuvre résolument grave dont l'enjeu mémoriel claque sur l'échiquier.

77 mouvements de la partie Fischer. Deux hommes, duel cornélien, en défi immuable. Arturo Pomar affronte Bobby Fischer et ce en 1962 à Stockholm. La passion spéculative, l'heure arrêtée au cadran de la fébrilité et de la réflexion vitale.

Arturo Pomar est espagnol. Depuis sa plus tendre enfance il est le sylphe des échiquiers. Bouc-émissaire d'un régime politique aux abois et totalitaire.

« La grande histoire de l'enfant prodige des échecs a commencé, mythe arthurien de l'après-guerre. »

Quant à Bobby Fischer, américain, « dans le jeu de Bobby quelque chose de plus herculéen et concret : l'instinct de survie, tout simplement. »

Les pions se déplacent dans l'orée d'une confrontation géopolitique, orgueilleuse, primordiale et intime. Ils sont observés, scrutés, pions soumis aux diktats, marionnettes désarticulées, formidablement altières et confondantes.

Un double-jeu (je) au fronton des gloires faussées, pions renversés. Formatés et aguerris, pions du régime franquiste, pion de la guerre froide. L'échiquier, la bataille des intelligences. L'antidote aux désillusions, l'arme égocentrique et immuable.

« Le pion » arborescence, entrelacs. Les fragments tels des avancées, braises brûlantes. Tous en polyphoniques soulèvements, toniques et prises en direct. Ils font trembler l'échiquier historique et remettent d'équerre la réalité. Communistes, Franquistes, militaires, membres de L'ETA, passante, mère, soldat, torturé..., microcosme implacable tiré au cordeau, dont les voix transpercent ce grand livre. Pions assignés à la clandestinité, l'exil, aux pièges tendus par les oppresseurs. Mécanismes implacables où l'homme est un pion, à la vie, à la mort. Indicible.

« Le général sourit. Il sait bien que malgré la théorie aucun pion ne se transformera en dame. »

Chacun, ici, à la puissance de son rôle attribué. La trame est une gageure, un renversement, comme la symbolique première de couverture honorée par Renaud Buénard.

« Réponse de Boris Spassky : Les échecs, c'est comme la vie. Réponse de Bobby Fischer : Les échecs, c'est la vie. »

Ce livre-monde n'est pas une étape. Sa beauté-écorce est un atout. Deux hommes et d'aucuns sur les murailles des règles du jeu, retournement, malice et intuition, survivance.

« Il n'y a que la vie qui nous apprenne à perdre, seule maîtresse à nous enseigner à temps là suprême valeur des parties nulles. Froides et inutiles ; mais placides et analgésiques. »

Que dire de plus respectueux, au plus proche de l'impalpable.

« Un don Quichotte, lance au poing, prêt à en découdre seul et sans aucune aide avec les moulins des échecs. »

Salutaire, indestructible, engagé, symbolique et souverain, le jeu, les batailles rangées et actions, un devoir et une urgence de lecture.

Ce livre est une ode aux résistances, un choc, tel de Florence ou Stendhalien tant sa beauté révèle un livre millénaire. Un témoignage au fronton des gloires nobles et des endurances. Lisez ce livre, offrez-le son pouvoir est immense.

Éditeur et journaliste Paco Cerdà après un premier roman « qui a donné voix aux délaissé-es de la diagonale du vide de la Laponie espagnole dans « Les Quichottes », « Le Pion » a reçu le prestigieux prix Càlamo du meilleur livre publié en Espagne en 2020. Voyez cette chance infinie d'une traduction d'orfèvre par Marielle Leroy. Publié par les majeures éditions La Contre Allée .

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Le Pion de Paco Cerda (La Contre-Allée, août 2022), premier roman d'un journaliste qui nous avait déjà captivés l'an dernier avec une enquête remarquable, Les Quichottes (editions La Contre-Allée), sur « l'Espagne du vide », se présente en 77 chapitres, comme autant de coups – et les vrais coups, si bien que l'on peut, lecteur, si l'on est amateur du grand jeu, se refaire le match !- dans la partie d'échecs qui opposa en 1962 l'espagnol « Arturito » - un diminutif hypocoristique à la mesure de l'amour que ses concitoyens lui portaient - Pomar à l'américain Bobby Fischer, comme une exploration de toutes les manières d' « être pions », bons petits soldats sur l'échiquier du monde, simple pièce de jeu ou chair à canon de guerres qui dépassent leurs acteurs, manipulés et trop souvent perdants...

Arturo Pomar, dont au début du roman, on évoque l'étonnant talent de joueur révélé dès l'enfance, est devenu au fil du temps « l'idole qui a conquis la sympathie de tous » et l'un des meilleurs porte-drapeaux du régime franquiste, grâce à son aura sur la scène internationale du jeu. Mais en face de lui, l'américain, qui n'en est pourtant encore qu'au début de sa carrière, est le plus redoutable des adversaires. Derrière la partie d'échecs, dans un monde où la guerre froide entre dans l'une de ses phases les plus dangereuses et violentes (cette même année 1962, quelques mois après cette partie, se déroulera la crise des Missiles à Cuba), ce sont d'autres conflits, plus politiques, plus meurtriers qui se jouent, d'autres pions que l'on avance, que l'on bouscule… Si l'on évoque les mouvements des « rois », les Franco, Kennedy ou Khrouchtchev, on parle ici, encore beaucoup plus, des obscurs de tous bords, militants de diverses obédiences de gauche ou soldats bornés, phalangistes ou révolutionnaires, américains noirs et pacifistes, indigènes luttant pour la reconnaissance, tous autant qu'ils sont les petites mains, les « pions » plus ou moins conscients du jeu de l'histoire, et chaque coup, chaque chapitre, chaque rencontre – avec Pedro Sanchez Martinez, Gary Powers, Clyde Bellecourt, James Meredith, pour ne citer qu'eux parmi la foule des « pion(ne)s »- est riche d'enseignement. Car, comme il est dit dès la première phrase, « un pion n'est jamais seulement un pion ». Un livre qui rappelle irrésistiblement le poème de Brecht « Questions que se pose un ouvrier qui lit », où le grand Bertold montrait toute l'importance des bras du petit peuple dans l'architecture des civilisations. Un livre passionnant pour que nous tous, les pions, apprenions, au-delà du plaisir de lecture à gagner la partie !

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Grand coup de coeur !

77 chapitres correspondants aux 77 mouvements de la partie d'échecs entre le jeune prodige espagnol Arturo Pomar et l'américain Bobby Fisher a Stockholm en 1962.

Sur fond de guerre froide, l'un est le pion du régime franquiste, l'autre celui des États Unis.

La partie est le fil rouge du roman. Mais qui sont tous les autres « Pions » de l'Histoire ?

Les destins brisés ? Les oubliés ? Les manipulés de l'histoire servant les intérêts d'autrui.

On découvre avec délectation la vie des deux joueurs au coeur de l'Histoire, l'espoir que leurs pays mets en eux, leurs intelligences, leurs caractères mais aussi la politique avec cet appel d'Henri Kissinger (conseiller de la Sécurité nationale du président des États-Unis) demandant à Bobby Fisher de battre les Russes !

L'auteur nous raconte parfaitement l'histoire de l'Espagne sous le régime de Franco et ses atrocités ainsi que la guerre froide, le KGB, la CIA…..mais c'est surtout le destin de ces inconnus et oubliés de l'histoire qui rend ce roman inoubliable et à qui l'auteur rend hommage !

De Poulidor à Maryline Monroe et le célèbre « Happy birthday, mister Président » mais aussi Julián Grimau, Gary Powers, James Meredith, Salvador Barluenga, les 7 pions de Mieres, Dolorès Medio……

J'ai tout adoré !

La forme, le fond, l'écriture, les histoires des différents « Pion » de l'Histoire, la vie de ces deux champions d'échecs…..

C'est passionnant ! Riche, documenté !

Un grand grand coup de ❤️

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Roman espagnol primé en 2020 du prestigieux prix Cálamo, voit s'affronter à Stockholm en hiver 1962 les 2 célèbres joueurs d'échec Arturo Promar, l'ex enfant prodige espagnol et le jeune américain excentrique et ambitieux Bobby Fischer. La partie va se dérouler en 77 mouvements les opposant sur l'échiquier. Chacun de ceux ci verra s'intercaler plusieurs épisodes de la vie des différents pions qui se sont opposés aux régimes franquiste ou américain tout au long de cette année, pour des raisons sociales politiques et qui en paieront le prix fort. Véritable mine historique nous permettant de mieux nous approprier le contexte historique de l'époque ainsi que les témoignages de vie des 2 joueurs au fur et à mesure de l'avancée éprouvante de la partie, dans laquelle on rentre,sans même pour autant être initié aux échecs. A lire je recommande!

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Le pion n'est pas une oeuvre de fiction mais bel et bien une oeuvre historique hautement et précisément documentée dans laquelle Paco Cerdà prend comme prétexte la partie d'échecs de Stockholm en 1962, entre Arturo Pomar, l'ex-enfant prodige espagnol, pion du régime franquiste, et Bobby Fisher, un jeune américain excentrique ambitieux, pion des États-Unis, pour disséquer deux mondes adverses qui se font face en pleine guerre froide.

La structure du roman en 77 chapitres - correspondant aux 77 coups joués tout au long de cette partie - est pour le moins originale et retrace la complexité et l'horreur d'une époque à l'aune de récits individuels, s'attachant ainsi à montrer combien chacun est manipulé et combien il est difficile de garder sa propre liberté.

Un véritable tour de force mais une oeuvre d'un accès complexe.

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critiques presse (2)
LeMonde
09 septembre 2022
L’écrivain retrace le parcours d’un prodige espagnol des échecs, et à travers lui l’année 1962, acmé de la guerre froide. Joli coup.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Liberation
25 juillet 2022
C’est la chronique de ces deux vies qui, dans un monde où les hommes sont des pions manipulés par des forces et des États sanguinaires, aboutissent ici à la partie qui oppose les deux hommes : 77 chapitres, brefs, nets, denses, chacun titré, dans l’ordre, par l’un des 77 coups de la partie.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation

Le proverbe italien titille : A la fin de la partie, le roi et le pion retournent dans la même boîte. Une boîte fermée, sans compartiment de classe, où l'obscurité lugubre fait disparaître les prééminences et efface toute distinction. Pour qui ne possède qu'un socle, un cou et une tête, sans défense devant les assauts de la partie, les royales couronnes ne scintillent plus et la simple nudité n'effraie plus. La métaphore est belle. Omar Khayam, mathématicien perse du XIe siècle, l'a résumée dans ses "Rubayat" en quatre vers :

"Pour parler selon le vrai, pas de métaphores,

Nous sommes les pièces d'un jeu, le Ciel est le joueur; que joue le ciel;

Nous jouons un petit jeu sur l'échiquier de l'existence,

Puis, un par un, nous rentrons dans la boîte de la non-existence."

Ennemi des doctrines qui enferment et autres moutons de Panurge, Khayam laissa un message destiné aux rois et aux pions. Il s'adresse peut-être davantage à ces derniers, ceux qui ont toujours le regard fixé sur le huitième rang de la métamorphose ou l'esprit prisonnier de leur devoir de protection au roi. Ce libre-penseur accusé de nihilisme hédoniste dit que l'espérance mondaine dans laquelle les hommes mettent tout leur coeur se transforme en cendres ou, au contraire, porte ses fruits; mais bientôt, comme la neige sur la surface poussiéreuse du désert, après avoir brillé une heure ou deux , tout s'évanouit. La seule chose qui reste alors c'est l'obscurité lugubre de la caisse. Le noir, la poussière, le néant, la non-existence.

(pp.54-55)

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La Cour Suprême lui a donné raison et a obligé l’université à lui ouvrir ses portes aujourd’hui, 1er octobre 1962, et ainsi permettre qu’il devienne le premier noir à s’inscrire et étudier dans ce cadre enclavé du Sud, dans le bastion de la suprématie blanche ; le cœur de l’Amérique raciste, l’Amérique à la cagoule blanche et aux trois K.

Lundi. le pion noir, le plus noir de toute l’Amérique, avance sans peur. On le hue, on lui crache dessus, on lui jette des pierres. La foule, le bruit et la fureur. Mais lui, costume-cravate, mallette dans la main droite, un pas après l’autre, visage serein, ne se démonte pas. En réalité, il ne voit personne, il n’entend rien. Le silence, l’esprit vide. Aucune once de crainte,. Je n’ai pas peur, se dit-il, car je suis un noir du Mississippi, s’explique-t-il, et cette condition à elle seule signifie que je suis déjà mort. Et un homme mort n’a pas peur.

(Page 140)

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On tuait froidement, systématiquement. C’était l’idéologie gouvernementale : tuer, détruire l’esprit démocratique du peuple, écraser la tête à coups de culasse, le cœur de la classe ouvrière et des forces progressistes. Le général Franco s’imaginait qu’enveloppé dans ce bain de sang, il pouvait dormir tranquille. Mais il s’est trompé. Ni la prison ni la mort n’ont pu venir à bout de la lutte et de la résurgence d’un peuple.

(136)

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Le héros ne profite jamais de sa victoire, car en règle générale, sauf à de rares exceptions, il meurt dans son effort. C’en est d’autres qui tirent l’usufruit de la victoire : les calculateurs, ces imperturbables lâches, restés à l’arrière, bien à l’abri.

(Page 15)

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Le proverbe italien titille : à la fin de la partie, le roi et le pion retournent dans la même boîte. Une boîte fermée, sans compartiment de classe, ou l’obscurité lugubre fait disparaître les prééminences et efface toute distinction.

(Page 54)

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