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EAN : 9782359051964
350 pages
Éditeur : Ecriture (09/03/2016)
2/5   3 notes
Résumé :
Un roman à Anet (Eure-et-Loir) : le magnifique château de Diane de Poitiers, un village ravissant, des sourires, des visages fermés, des silences et des rumeurs.
Ici, deux sœurs, Saskia et Lara Schiller, l’une blonde, belle et brillante, l’autre brune, replète et sauvageonne, vivent auprès d’une mère alcoolique et démente, Freda. Sourde et muette face à la violence de son second mari Tcharkov, bourgeois d’origine russe, portefeuille garni et appétit sexuel dé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
MlleJuin
  19 juin 2016
Dans « Brillants soleils », Muriel Cerf installe son récit au coeur de l'Eure et Loir, à Anet, où elle a elle même fini sa vie. Dans ce décor rural, entre châteaux et forêts, elle met en lumière le destin de deux jeunes filles, Saskia et Lara, soeurs au combien proches mais que tout oppose physiquement. L'une, l'ainée, est blonde, jolie et longiligne, l'autre, la cadette, est brune, ingrate et potelée.
Toutes deux ont grandi auprès d'un père bon mais effacé et d'une mère instable mentalement qui, sur fond de frustration et de résignation, jalouse la beauté de son aînée et mène la vie dure à sa seconde fille dont la banalité la désespère.
Habituée à ne pouvoir compter que l'une sur l'autre, elles forment un couple fusionnel et leur relation dépasse les limites du simple cadre familial. Aussi, lorsque leur père meurt dans un bête accident de voiture et que leur mère se remarie par intérêt avec un riche héritier russe à l'apparence peu engageante et aux moeurs plus que douteuses, elles font front ensemble, à leur façon. L'homme, qui éprouve une fascination malsaine pour la blondeur et la candeur de Saskia – qui n'est encore qu'une jeune fille -, use de ruses, de menaces et de violence pour mettre la main sur elle et la soumettre à ses pulsions destructrices. Fort de son statut de patriarche et sachant que sa nouvelle femme est prête à tout pour les garder, lui et sa fortune, auprès d'elle, il n'hésite pas à multiplier les « rendez-vous » dans la cave de la demeure familiale avec celle qui l'obsède et à soudoyer sa soeur pour qu'elle se taise et, comble de la manipulation et de l'horreur, pour qu'elle soit le témoin privilégié de ses actes. Et quand Freda, la mère, décède de façon subite , le piège semble se refermer de façon inéluctable sur les soeurs, au coeur de ce village où tout le monde se connaît et semble savoir, mais où personne ne parle ni n'agit.
Mais le destin est imprévisible et la partie n'est finie que lorsque toutes les cartes ont été abattues…
Vous l'aurez compris, ce dont il est question dans ce roman est lourd et violent.
L'histoire de ses deux soeurs a des airs de tragédie grecque, leur destin se jouant sur la scène de ce village au passé prestigieux, sous les yeux de tous les habitants, tout à la fois spectateurs de leur infortune et choeur qui entretient la rumeur, et les dieux semblent prendre un malin plaisir à mettre sur leur route une succession de personnages plus vils les uns que les autres, se riant sans doute de leurs mésaventures.
Le personnage principal au centre de ce tourbillon de sentiments néfastes est Saskia, jeune fille dont la beauté évidente attire le tout-venant et éveille l'envie comme la jalousie, fascine, envoûte et fait perdre la tête à ceux qui la convoitent. Sa mère, qui souhaitait mettre au monde une enfant au traits d'actrice de cinéma, a été la première prise dans ses filets et, finalement dépassée par l'attrait de sa progéniture, l'a dans un premier temps jalousée avant d'y voir la solution à ses problèmes, le ticket gagnant du bonheur tant attendu. Pour Anton Tcharkov, le beau-père inattendu, Saskia est la réponse à ses immorales attentes, l'incarnation parfaite de son idéal féminin, et la seule raison qui l'a poussé à se marier. Les gens du village l'admirent autant qu'ils la fuient, à la fois attirés et méfiants à l'égard de cette fille qui paraît ne rien avoir en commun avec eux et leur renvoie à la figure, par sa simple présence, leur médiocrité. Enfin, aux yeux de Kevin Dobbs, le garçon croisé un soir de fête de la Saint-Jean, elle représente l'émoi amoureux et charnel qui marque au fer rouge et obsède, même des années après, et l'histoire d'amour impossible qui, alors qu'on ne s'y attend plus, devient enfin réelle.
Tous évoluent autour d'elle, comme aimantés par son irréelle beauté, tous en sont dépendants d'une façon ou d'une autre, alors qu'elle-même ne semble porter d'intérêt à rien ni personne en dehors de sa soeur, laissant la vie glisser sur elle sans jamais trouver de prise.
Et au coeur de cet entrelacs de relations malsaines, biaisées dés l'origine, émerge, toujours intact, le lien entre les soeurs qui, bien que particulier, est le seul élément stable dans la tempête. Saskia est la seule à voir de la beauté en sa soeur et la seule également à pouvoir l'instruire, et bien qu'elle ait un ascendant non négligeable sur elle, elle ne s'en sert pas à ses dépends. Lara, qui trouve souvent refuge dans la forêt, loin de l'agitation, voue un amour sans bornes à sa soeur, la considère comme sa compagne et éprouve une extrême jalousie à l'égard des hommes qui l'approchent. Toutes deux semblent être, dans leurs différences et par leur relation intense, les deux faces d'une même médaille: à jamais opposées et inséparables.
Alors… pour être honnête, ce fut une lecture difficile à bien des niveaux.
La forme déjà. le livre, présenté comme le plus personnel de Muriel Cerf, s'ouvre sur une note extrêmement touchante de l'auteure, écrite peu de temps avant sa mort, dont le style sans fard ne peu qu'émouvoir le lecteur. Mais tout de suite après, le roman débute et la plume change du tout au tout, sans que l'on s'y attende le moins du monde, le style devenant soudain foisonnant, brouillon même, souvent confus et complexe. Les phrases sont extrêmement longues, plusieurs idées s'y bousculant sans que rien ne l'annonce, et même si le narrateur principal semble être Lara, la soeur cadette, l'auteure se permet régulièrement d'intervenir avec force références littéraires, théâtrales, linguistiques et artistiques de haut niveau. Il n'y a pas réellement de fil narratif, et à ce sujet, Muriel Cerf donne elle-même son point de vue:
« Allez, on reprend le foutu FIL NARRATIF – ce quelque chose de très nu auquel nous accrochons nos rêves et l'essence de nous-mêmes – pardon, j'étais dans mes pensées, déjà affreusement adultes. Quant au fil narratif – ici, j'en appelle aux Parques autant qu'à vous et votre bonne volonté à me lire -, je ferai ce que je veux avec; je vous l'entortillerai, je vous le bouclerai comme le cheveu autour du fer à friser, je le laisserai tomber comme une volute de miel tombant sur du miel, je vous le vrillerai en sarment de vigne, parce que rien ne se passe linéairement, on ment aux gens là-dessus, tout s'encoquille et se crée à chaque inappréciable seconde et ce qu'il faut, au moins, c'est respecter, non le linéaire – qui est à mourir d'ennui parce qu'il est faux – mais le vertical, là où chutent les fils à plomb, ou mieux, beaucoup mieux, essayer d'être entre les deux, à la fois roide et souple comme la spire du cauri […]. »
C'est donc, de ce point de vue là, une lecture exigeante qui demande une attention de tous les instants ( et un dictionnaire à portée de main ).
Le fond ensuite. Une sombre histoire de famille sur fond de violences sexuelles incestueuses c'est, bien évidemment, le genre de livre et de récit qui n'a rien de léger et qui remue les tripes. Certains passages sont vraiment durs, violents parce que bruts et réalistes, et il devient nécessaire de donner un peu de souffle à la lecture en refermant un peu le roman.
Et, je dois l'avouer, je n'ai pas encore compris le pourquoi du choix de cette histoire malgré les tentatives répétées de l'auteure de mettre le lecteur sur la voie. Je crois avoir saisi l'aspect fataliste du récit, sa ressemblance avec une classique tragédie grecque ( où, alors que tout semble joué, survient le Deus Ex Machina ), l'importance des liens entre les différents personnages – à l'image de ceux qui unissent les Hommes en général, dans ce qu'ils ont de plus sombre cependant -, le rôle important du lieu où se déroule le fil du destin… mais je suis encore perplexe quant à la finalité de tout ceci. Et ça m'embête parce que je suis du genre à aimer savoir où je vais.
Malgré ça, malgré tout ce qui peut apparaître comme négatif, c'est une lecture riche qui ne peut laisser indifférent ( beaucoup ont sûrement abandonné en cours de route, l'idée m'a moi-même effleurée ). A réserver à un public averti cependant ( et érudit ai-je envie de dire ).
Lien : https://mllejuin.wordpress.c..
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sandrine1616
  29 juin 2016
Bon…. Ce livre…. Ce roman… non il ne faut pas le voir comme un roman mais comme une expérience. Une expérience de lecture de compréhension et de non-compréhension. Il faut accepter cette sorte d'écriture automatique, il faut accepter de lire et de ne pas tout lire, tout voir, trop. Trop est le résumé de cette lecture, dur aussi.
Ce qui en fait une lecture un peu frustrante. Parce qu'on se rend compte que tout ne passe pas. On emmagasine plein de termes, de mots, de phrases qui sont jetés, qui forment le récit et c'est trop. C'est tout ce qu'il y a dans une tête, tous ces mots qui viennent, mots d'une érudite, ce qui les rends difficiles à suivre.
C'est magnifique, c'est d'une poésie brutale, pas hyper accessible oui mais important.
C'est dur, le propos est dur, l'histoire aussi mais tout reste dans un nuage. Il y a une barrière entre ce qu'il se passe et nos yeux. C'est très étrange, l'histoire de maltraitance, de viol sur des gamines, ça passe au second niveau. le plus important dans cette histoire est l'amour de ces deux soeurs. C'est un amour très fort et très noir qui les unit, qui les décrit.
Du coup, la frustration vient du fait que tout est en profondeur, la narratrice, une des soeurs, balance son flux de pensées, ce qu'elle voit, ce qu'elle ressent un peu. Mais la profondeur des sentiments, des horreurs, de la vie malgré tout est cachée. C'est au lecteur de le découvrir en se laissant aller dans ce texte dense.
Je suis ravie d'avoir fait cette lecture, ce plongeon même si c'était douloureux.
Merci à Babelio et à sa Masse Critique ainsi qu'à cette belle maison d'édition qui ose : « Ecriture ».
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meghanepied
  01 juin 2016
Ce roman posthume à pour moi était un gros flop... Je n'ai malheureusement pas réussi à le terminer, après avoir pourtant persévéré. La narratrice, Lara, une des 2 soeurs va décrire son quotidien assez sordide, et surtout celui de sa soeur Saskia. On croise une multitude de personnages effrayants beaucoup de personnes meurent...
En effet, autant je trouvais le prologue très touchant, elle savait qu'elle était malade, que peut être elle ne pourrait pas terminé son ouvrage... Mais autant j'ai trouvé son style d'écriture horrible et difficile à suivre. En effet, ce ne sont que des phrases à rallonge où l'on perd vite le fil, c'est écrit, je trouve, comme on parlerai à l'oral. L'histoire, d'après le résumé promet d'être dramatique, ce que je ne nie pas, mais je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages . Je ne doute pas que l'histoire de ces filles est bouleversante, mais la façon dont l'auteur l'a écrite ne m'a absolument pas permis de me plonger dans l'histoire. Bref, un auteur que je ne lirai plus...
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   21 janvier 2017
L es chiens d’à côté sont bons comme le pain des anges, des épagneuls mélancoliques aux flancs vite battant leur grande chamade d’amour époumonée, eux n’auraient jamais fait de mal à personne.
Ceux d’en face, ceux de la maison dont un saule fastueux voile la façade d’une draperie de rameaux enchevêtrés, ceux d’en face, les chiens des
Saccard, que des mâtins, dogues trapus au museau plat, tout bave et rage, toute bondissante épilepsie et crocs en dents-de-sabre, cave canem. Ils étaient trois à jaillir dans la rue sous le silence du soleil, à se ruer sur l’homme qui passait, à l’acculer contre un muret, à le flairer puis à s’en détourner sans se l’être disputé, sans que le sang ait coulé. L’homme meurt
d’un infarctus du myocarde, c’était notre beau-père, Anton Tcharkov.
Ils étaient trois chiens noirs, la chaussée fumait sous la canicule, le trottoir était comme un mirage, où l’homme s’est affaissé. La rue était déserte, la
scène n’avait duré qu’un instant, avec pour seuls témoins Saskia et moi-même et la femme Saccard, Odette, qui jardinait en l’absence de Saccard mâle, Léon, lequel tapait le carton chez les Roquentin, Rocquencourt ou quelque chose comme ça, au bas de la ville, à son habitude quand il n’y avait pas de foot à la télé, et de rappliquer pompette et de crier quand, là, il y avait de grandes chances qu’il reste sans voix.
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Tout le monde en parle : [émission du 7 janvier 2006] Murief Cerf, invitée pour son livre "Bertrand Cantat ou le chant des automates" s'accroche violemment avec Lio-chanteuse au sujet de l'approche "indulgente" qu'elle envisage dans son livre à propos du meurtre de Marie Trintignant par Bertrand Cantat. Lio déchiffre une certaine forme "d'absolution" ( de Cantat) dans le livre de Muriel Cerf. Images d'archive INA Institut National de l'Audiovisuel
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Chez Muriel Cerf

Dans le journal Le Monde du 31 octobre 1975, Muriel Cerf déclarait à propos de son premier ouvrage (paru en 1974 au Mercure de France) apprécié de toute une génération, décrié par d'autres : Je ne répondais pas à une mode. Je me suis sentie propulsée en Asie sans motivation particulière, sinon celle d'une nécessité biologique.

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