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EAN : 9782130448259
128 pages
Éditeur : Presses Universitaires de France (01/03/1993)
3.86/5   11 notes
Résumé :
La naissance du français est un acte politique. En 842, les Serments de Strasbourg sont intentionnellement écrits non pas en latin, mais dans deux langues vivantes dont une, romane, marque les débuts officiels bien que tâtonnants du français. Avant les Serments, une parlure romane, issue du latin, s’échange diversement. Après, le protofrançais, ayant accédé à l’écriture, a reçu une forme commune et acquis un statut politique.
Analysant les prémices du françai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
colimasson
  30 mai 2014
Le français ne nous est pas échu par malheur. Dès la fin du Moyen Age, nos semblables de langue se sont interrogés sur son origine et sur ses affiliations possibles avec le latin. Une chose est sûre : l'origine du français est antérieure à ces interrogations.

Bernard Cerglini s'aide de la linguistique historique pour affirmer que l'origine du français est liée aux Serments de Strasbourg. Prononcés en 843, ces serments signent l'alliance militaire entre Charles le Chauve et Louis le Germanique contre leur frère Lothaire afin de se partager l'immense royaume hérité de Louis le Pieux, fils de Charlemagne.
Auparavant déjà, d'autres documents nous attestent les balbutiements du français tel que nous le connaissons : le vase de Soisson, les Gloses de Reichenau ou le Sermon sur Jonas prennent leurs libertés face au latin classique encore fréquemment utilisé pour les écrits. Qu'est-ce qui différencie ces témoins des Serments de Strasbourg ? Pour Bernard Cerquiglini, un élément est déterminant : la dimension politique et unificatrice de ces derniers face aux enjeux principalement littéraires des premiers. Qu'il soit seulement permis de s'amuser avec le langage, lorsque cela n'implique pas une communauté politique, ne permet pas de conclure à la naissance d'une nouvelle langue ; il lui faut aussi une dimension universale.

« Depuis quand le français existe-t-il ? Depuis le jour où son altérité et sa spécificité, dues à son développement interne, sont reconnues et désignées. du jour que celles-ci sont utilisées consciemment, dans un but de communication, dans une relation de pouvoir, et que cet emploi prend la forme du savoir, c'est-à-dire l'écriture. Depuis quand parle-t-on français ? Depuis qu'on l'écrit. »

Sous forme d'un développement clair décomposé en cinq chapitres, Bernard Cerquiglini déroule une démonstration brillamment illustrée et contextuellement ancrée qui ne nous laisse pas douter que la grammaire historique reconnaît aux Serments de Strasbourg la paternité de notre français. Si les descendants de Charlemagne ne s'étaient pas querellés lors de la répartition du territoire, notre français n'aurait peut-être été attesté que des siècles plus tard, à la manière de l'italien qui ne commença à être unifié que sous la vaste influence littéraire de Dante. On remercie Bernard Cerquiglini pour cette réponse claire et définitive qui n'est seulement –il faut le rappeler- que la réponse de la linguistique historique.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Jean-DanielJean-Daniel   27 mars 2021
Depuis quand parle-t-on français ?

Comme le disait avec humour Vendryes, le français est le latin parlé, actuellement, dans la région qui est aujourd’hui la France. Et l’on pourrait dire que l’on n’a jamais cessé de parler latin. Toutefois, l’accumulation de traits nouveaux apportés au latin a produit un idiome qui, aux yeux du savant comme du commun des mortels, est tout autre. On peut se demander, dès lors, en quel point de cette évolution les deux idiomes se disjoignent.
Cette question du continu et du discontinu est une des apories de la linguistique historique. Très influencée par le néolamarckisme ambiant, cette science de l’évolution des langues s’est naturellement coulée dans le transformisme : les langues évoluent comme les espèces, héritent des modifications acquises, se distinguent par spéciations successives. Conception organiciste de la langue, dont le destin, par suite, est celui de tous les êtres vivants. Métaphore des sciences naturelles, cependant, qui bute sur la complexité intrinsèque de la langue, et tout particulièrement sur la difficulté à définir les traits pertinents du processus évolutif. Dans la langue, point de branchies, de nageoires ou d’ailes, éléments au sein d’un système organique, mais des domaines (syntaxe, lexique, sémantique, etc.) hétérogènes, complexes en eux-mêmes, et ayant leur propre historicité.
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Jean-DanielJean-Daniel   19 octobre 2020
La question des origines

Rédigeant les premières lignes d’une monumentale Histoire de la langue française, Ferdinand Brunot ne veut « retenir pour le moment que ce seul fait primordial : le français est du latin parlé » (t. I, p. 16). Fait primordial et fondateur, certes, énoncé simple et bref tel un axiome, déclaration enfin d’une évidence qui frise la banalité. Que la langue française provienne du latin, nul n’en doute aujourd’hui, et moins que tout autre les défenseurs de l’enseignement du latin, et les candidats aux concours d’orthographe. C’est oublier qu’un tel savoir, devenu connaissance assurée mais tiède, cadre mental diffus, est des plus récents, que son apparence naturelle possède une histoire. Si la linguistique historique du français est une discipline scientifique, et si tel est son axiome, il convient d’examiner la constitution, lente il est vrai, mais exemplaire de cette science.
Les acquis, tenus pour définitifs, sont clairement énoncés par Brunot (t. I, p. 15) :
« Le français n’est autre chose que le latin parlé dans Paris et la contrée qui l’avoisine, dont les générations qui se sont succédé depuis tant de siècles ont transformé peu à peu la prononciation, le vocabulaire, la grammaire, quelquefois profondément et même totalement, mais toujours par une progression graduelle et régulière, suivant des instincts propres, ou sous des influences extérieures, dont la science étudie l’effet et détermine les lois. »
L’origine (« le français n’est autre chose que le latin… ») fonde, on le voit, le discours scientifique tenu sur l’évolution de la langue…
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colimassoncolimasson   07 juin 2014
Depuis quand le français existe-t-il ? Depuis le jour où son altérité et sa spécificité, dues à son développement interne, sont reconnues et désignées. Du jour que celles-ci sont utilisées consciemment, dans un but de communication, dans une relation de pouvoir, et que cet emploi prend la forme du savoir, c’est-à-dire l’écriture. Depuis quand parle-t-on français ? Depuis qu’on l’écrit.
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colimassoncolimasson   12 juin 2014
[A propos des Les Gloses de Reichenau]

Préparé à la fin du VIIIe siècle ou au tout début du IXe dans le nord de la France, […] il contient environ 1280 gloses interprétant des termes de la Vulgate, traduction latine officielle de la Bible, que saint Jérôme donna autour de l’an 400. On voit, au passage, l’évolution de la langue latine, devenue langue romane puis protofrançais, puisque, quatre siècles passés, one ne comprenait plus parfaitement la langue de saint Jérôme […].
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Jean-DanielJean-Daniel   11 mars 2021
Un monument politique

Amateur de langues, de grammaire et de beaux textes, Charlemagne devait avoir un penchant pour les signes et les symboles. Au soir de Noël de l’an 800, une date bien ronde, il est à Rome, et exprime le souhait d’assister à la messe de minuit, célébrée par le pape. À la fin de l’office, ce dernier est prié de poser sur la tête de Charles une couronne, que l’on produit à cet effet : Charles est empereur, oint de la main du pape. Une main, il est vrai, qu’il a quelque peu forcée : Alcuin devra rédiger une belle lettre d’excuses, et Sa Sainteté voudra bien pardonner ce bonapartisme avant la lettre. L’opération avait été menée promptement, et l’affichage politique était des plus clairs : Noël signifiant l’adhésion à la modernité culturelle que représentait le christianisme, le pape comme allégeance, doublée de protection paternelle (qui se fera de plus en plus pressante), envers l’Église en tant qu’institution ; Rome enfin symbolisait la continuité rêvée avec le monde antique. Et il fallait bien de l’audace à ce Franc, pour tenter de faire briller à nouveau en Occident le flambeau qu’avaient tenu Auguste, Trajan, Marc Aurèle et Constantin…
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Videos de Bernard Cerquiglini (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bernard Cerquiglini
La fabuleuse histoire de la langue française ! de ses origines à ses influences et ses évolutions. Cette semaine, François Busnel reçoit des invités qui l'étudient et retracent son histoire. Alain Rey, François Morel, Muriel Gilbert, Bernard Cerquiglini et Bertrand Périer sont les invités de la Grande Librairie.
Retrouvez tous vos extraits de l'émission ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/replay-videos/
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