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Jean Canavaggio (Éditeur scientifique)César Oudin (Traducteur)Jean Cassou (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070379000
Éditeur : Gallimard (22/01/1988)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 199 notes)
Résumé :
« Sancho, ce que je te recommande en premier lieu, c'est d'être propre, de te rogner les ongles et de ne les laisser point croître, ainsi que font quelques-uns, qui sont si ignorants et si bêtes qu'ils croient que de grands ongles leur embellissent les mains. Ne mange point d'ail ni d'oignon, afin que l'odeur ne découvre ta rusticité. Fais attention, Sancho, à ne pas mâcher des deux côtés à la fois et à n'éructer devant personne. - Je n'entends pas, dit Sancho, ce m... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  06 novembre 2013
Qui est Don Quichotte ?
Pour écrire cette critique il m'a fallu non seulement rassembler des souvenirs, ce qui n'est encore pas si difficile, mais également tâcher d'aller au-delà et, ce faisant, affuter mon propre sens critique et le diriger vers moi-même dans un lourd travail d'introspection.
En effet, qui est Don Quichotte ? Question a priori simple qui appelle des réponses complexes et variées, presque aussi diversifiées qu'il y aura de sombres illuminés pour se la poser.
Don Quichotte, c'est quelqu'un qui est en décalage avec le monde dans lequel il vit. Un membre d'une époque qui rêverait d'en habiter une autre, plus ancienne, plus noble, plus féérique à ses yeux. Cette époque rêvée il ne la connaît pas, il l'a seulement fantasmée à partir de livres désuets et fabulateurs qui, même en leur temps, étaient des légendes, des symboles, des paraboles tout sauf la réalité d'un moment.
Don Quichotte refuse de voir les évolutions en marche, il reste campé, braqué, les quatre sabots fichés dans le sol comme une vieille bourrique qui refuse d'avancer.
Ouvrir les yeux, voir la réalité en face c'est renoncer à son rêve, c'est renoncer à sa définition du bonheur, c'est perdre le sens de sa vie. Voilà pourquoi son cerveau, qu'un oeil extérieur pourrait juger défaillant, s'ingénie à déformer les réalités, les patentes erreurs qu'il commet, les lourds revers qu'il essuie pour les faire cadrer avec son monde fantasmé, bâti de toute pièce, son monde chéri, ce qui lui donne l'impression de vivre. C'est la définition même du bovarisme poussé à l'extrême.
Quand je dresse ce tableau et que j'ai l'outrecuidance de me regarder moi-même à l'oeuvre, mes classiques à la main, ces livres d'un autre temps, quand je sonde mon coeur pour découvrir quels sentiments j'attendrais de mes concitoyens, force m'est de constater que moi-aussi, moi surtout, peut-être, je suis une manière de Don Quichotte.
Qui est Don Quichotte ? Don Quichotte, c'est moi.
Quand, par les temps qui courent, je m'en vais au vent mauvais, qui m'emporte, deçà delà, pareille à la feuille morte dans sa monotone chanson d'automne, que je furette à droite et à gauche, que j'observe tout le monde, que j'observe chacun, je vois que nombreux sont ceux qui affectionnent les histoires de pirates ou de Moyen-Âge, les mondes peuplés d'elfes et de Hobbits, les ouvrages dits de fantaisie héroïque, les enquêtes fabuleuses des années 1920 ou bien encore les sagas étoilées riches en sabres laser qui débutent toutes par un lancinant " Il y a longtemps, très longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine... " bref toutes choses fantasmées et révolues. Je me dis alors que vous aussi vous vivez dans les brumes, dans les vapeurs éthérées d'un rêve qui vous extrait, l'espace d'un instant, des noirceurs et des contours trop nets de la réalité ; je me dis que vous aussi vous vous téléportez par la pensée dans des époques lointaines et qui jamais, sûrement, n'ont existé ou n'existeront ; je me dis enfin que tuer cette aptitude à rêver vos vies ce serait vous tuer pour de bon car même les dictatures les plus féroces qui ont pu faire tant de mal aux hommes n'ont jamais totalement réussi à les empêcher de s'extraire du réel par le rêve.
En somme, qui est Don Quichotte ? Don Quichotte, c'est vous.
À ce stade, il me faut certainement dire un mot ou deux de l'impression suscitée par ce roman à la lecture. J'ai souvenir d'un démarrage sur les chapeaux de roues, particulièrement drôle et efficace au début, peut-être jusqu'au premier tiers, d'un milieu de roman qui, sans être désagréable, m'a semblé plus poussif, un peu lassant à la longue et répétitif par ses situations toujours un peu téléphonées, mais d'une fin qui retrouve un élan magistral.
C'est ce milieu surtout qui explique mes quatre étoiles sur le ressenti global. Il me faut aussi préciser que L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche est une oeuvre à facettes ou à plusieurs niveaux de lecture.
Il y a d'une part la narration et son style, qui sont responsables d'une bonne partie de l'impression générale de la lecture et il y a d'autre part la portée philosophique, politique, sociétale, littéraire et historique du roman.
Don Quichotte c'est la naissance du roman. Avec votre oeil d'aujourd'hui, vous pouvez peut-être lui trouver un petit côté poussiéreux, mais si on le met en place dans la succession historique de la production littéraire, ce livre marque une évolution heureuse, l'un des tout premiers apanages de ce que l'on nomme désormais le roman.
La technique narrative est basée sur le décalage. Dit autrement, c'est la définition même de l'humour et de la situation comique. Est drôle ce qui est décalé par rapport à ce que l'on sait d'une norme ou d'une réalité.
Miguel de Cervantès a aussi la géniale intuition de rafraîchir le dialogue à la Platon. Il fallait donc un interlocuteur privilégié à Don Quichotte. Il a encore l'intelligence de jouer sur le contraste : l'un sera aussi haut et grêle que l'autre sera court et replet. le maître sera d'autant plus évanescent dans les nuages que le serviteur sera prosaïque les pieds dans la fange. L'un aura un langage aussi affecté et recherché que l'autre maniera la langue torse de ceux qui lèchent les pots de confiture.
Vous avez deviné que cet acolyte de choix n'est autre que le paysan Sancho Panza. C'est un personnage-clé car il permet soit de mettre en évidence les décalages de son maître, soit d'être un degré de folie intermédiaire entre les " saints d'esprit " et Don Quichotte, soit de permettre un double décalage comique de part et d'autre d'une ligne médiane.
À mon avis, la plus grosse portion de la critique sociale, de la dénonciation politique de Cervantès repose sur ce personnage de Sancho. Comme s'il nous disait : " Vous êtes sains d'esprit vous, pourtant ! Vous êtes aptes à voir la réalité vous, pourtant ! et vous foncez tête baissée dans les discours et les chimères de ceux qui vous gouvernent. L'autre, c'est un fou, mais, vous, VOUS, qu'êtes-vous si vous adhérez à sa folie ? "
Je me plais à voir dans le Quichotte une bourrade farouche contre la religion, faite de fantasmes qu'on nous demande de suivre aveuglément, une institution sclérosée incapable de percevoir les évolutions du monde, qui répète ses dogmes inlassablement même quand les plus élémentaires réfutations viennent contredire tout l'édifice nébuleux dont elle est constituée. On sait que l'Espagne de Cervantès est étranglée par une religion omniprésente, omnipotente et omnipressante.
Ce qui caractérise le couple Don Quichotte / Sancho Panza c'est cette incroyable naïveté à toute épreuve. Dans ce long voyage initiatique on perçoit l'annonce des Lumières, tels le Candide de Voltaire ou, plus flagrant encore, le Jacques le Fataliste de Diderot. le message étant : il y a le monde comme on vous l'a dit et le monde tel qu'il est. Les deux images ne concordant pas, vous vous en doutez.
Nous même, depuis que nous sommes petits, on nous rebat les oreilles avec ces histoires de démocratie, de république, de choix des citoyens et de " élu par le peuple pour le peuple ". Certains y croient toute leur vie, ils pensent sincèrement qu'ils ont le choix alors qu'un élémentaire esprit d'analyse leur prouverait que tous ces hommes, de gauche, de droite, du milieu, du haut, du bas, sont tous des copains de promo, qu'ils viennent tous du même milieu et qu'ils repensent périodiquement au peuple, quelques semaines avant le renouvellement de leur CDD. On sait bien que le suffrage universel n'est qu'un leurre et que ce qui compte c'est le choix dans le candidat, choix qui n'existe absolument pas. On sait bien que toute notre vie on se fait rouler dans la farine de ce gigantesque dîner de cons, mais pourtant, nombreux sont ceux qui s'imaginent encore vivre dans une réelle démocratie, que les informations sont objectives, qu'ils ont une parfaite liberté de choix, etc...
Qui est Sancho Panza ? Sancho Panza, c'est nous.
Oeuvre majeure s'il en est, qu'on a intérêt à lire soit pour son volet de critique sociale, soit pour son volet de critique politique, soit pour son volet philosophique, soit pour son volet d'information historique sur l'Espagne du siècle d'or mais je persiste à penser que le grand, grand intérêt du Quichotte, c'est de le lire pour tout le comique qui est contenu dedans et qui, à lui seul, nous ouvre les portes d'une réflexion tournante et enlevée, comme les ailes d'un moulin. Au demeurant, ceci n'est que mon avis, long et grêle monté sur animal squelettique, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Woland
  25 février 2015
El Ingenioso Hidalgo Don Quixote de la Mancha - Primera Parte
Traduction : César Oudin, revue par Jean Cassou
Notes : Jean Cassou
Présentation : Jean Carnavaggio
ISBN : 9782070379002
Vous l'avez souvent lu sous les touches de mon clavier : il y a une heure bien précise pour lire un livre. le lecteur ne doit surtout pas désespérer et attendre, attendre ... Parfois, bien sûr, l'heure n'arrive jamais. Est-ce la faute du lecteur ou celle de l'auteur ou la leur à tous deux car, quelque part, au plus profond de leurs rêves, ils n'ont aucun atome crochu l'un avec l'autre ? Qui pourra le dire ? ... Mais la chose est rare, pour ne pas dire rarissime, en tous cas en ce qui concerne la race des Grands Lecteurs, ce que nous sommes tous, peu ou prou et en fonction de nos obligations, sur Nota Bene. Simplement, il faut persévérer.
Pour "Don Quichotte", j'ai persévéré. Mettant à profit notre "Tour du Monde en Livres de l'Année", je me suis dit : "Retentons : qui n'ose rien n'a rien." Je dois à la vérité de confesser avoir passé la "présentation" - je voulais faire connaissance directement avec l'"Ingénieux Hidalgo de la Mancha" - survolé les notes - ce qui n'est pas mon habitude, loin de là - et mis au minimum cent bonnes pages à prendre enfin pied dans le roman. Mais cette fois-ci, c'est pour toujours : plus jamais la porte ne restera fermée pour moi, plus jamais je ne dirai mal ou même ne pas comprendre le succès (énorme) qui fut et demeure celui du Quijote.
Certes, il faut se remettre dans le contexte de l'époque de la parution et songer que Cervantes, s'il raille les dangers des romans de chevalerie et les exaltations étranges qu'ils peuvent introduire dans des cervelles par ailleurs pleines de bon sens, n'en insiste pas moins sur la nécessité pour l'homme de se changer les idées en quittant parfois la réalité, trop souvent morose et routinière, pour un univers entièrement fictif mais qui le rassérène et lui permet de retrouver une équanimité singulièrement compromise par les contrariétés, soucis et tracas divers du quotidien. "Ne confondez pas le rêve et la réalité," nous conseille-t-il, "mais n'oubliez pas que le rêve, pour autant, nous est nécessaire à tous."
Le rêve, les livres ... A l'époque de Cervantes et de son ingénieux héros, les romans de chevalerie avaient encore la cote. Celle-ci était néanmoins en forte baisse, le Temps faisait son oeuvre mais on assistera à un bon regain d'intérêt tout au long du XVIIème siècle qui, soulignons-le, en France, sera le siècle des Précieuses. Or, à bien regarder les oeuvres de Melle de Scudéry, cette "reine" du genre, la filiation est claire. Tout comme, du roman "précieux", le genre passera insensiblement à ce que nous finirons par nommer tout simplement le roman "psychologique", lequel est celui qui connaîtra le maximum d'avatars : l'épistolaire, le philosophique, le romantique, etc, etc ... Et tout cela, en partant, à l'origine, de "Lancelot du Lac" et des grands romans de Chrétien de Troyes (tout ce que vous voulez savoir sur lui, vous le trouverez, grâce à Lydia, dans notre rubrique "Littérature Médiévale" : quel fabuleux parcours qui ferait, certainement, verser une larme d'émotion à notre illustre hidalgo de la Mancha !
Revenons à Don Quichotte, justement, chevauchant sur son Rossinante (car Rossinante, bien loin d'être une jument, appartient au sexe mâle, eh ! oui ! ), la lance et l'écu au bras, un heaume toujours plus ou moins incomplet sur la tête (en tous cas en cette première partie) et, à ses côtés, monté sur un âne que lui volera un forçat remis en liberté par le Quichotte en personne, le simple et honnête Sancho Pança, paysan de son état originel, élevé à la qualité d'écuyer par la grâce de l'Homme de la Mancha. Quoique, disons-le tout de suite, l'intérêt sous-tende bien aussi un peu la démarche de Sancho. Don Quichotte, devenu chevalier errant, lui a en effet assuré, avec cette fermeté solennelle qui n'appartient qu'à lui, que, au cas, plus que probable , où lui-même ferait fortune au service de quelque empereur ou impératrice, il le récompenserait, lui, son bon Sancho, en le nommant gouverneur d'une île. Cette possibilité de régner un jour sur une île où il prévoit déjà d'ailleurs, ce qui nous renseigne pas mal sur les moeurs du temps, d'entretenir des esclaves noirs, paraît, chez le terrien originel qu'est Sancho, une véritable obsession. Obsession qui le fait marcher comme la carotte fait, dit-on, marcher l'âne puisque, en dépit des reproches de son épouse, Teresa, il accepte de suivre Don Quichotte sans avoir obtenu de lui un véritable salaire.
Capable des raisonnements les plus sages toutes les fois - c'est très rare - qu'il autorise son esprit à se détourner de l'univers des romans de chevalerie, Don Quichotte a, le reste du temps et pour reprendre une expression moderne mais qui dit bien ce qu'elle veut dire, une case (voire deux ou trois) en moins. L'univers dont, jadis, il se contentait de se distraire quand il se plongeait dans la lecture des livres en traitant, est devenu pour lui la réalité. En conséquence, il se fait armer chevalier par un tavernier qu'il prend, le plus sérieusement du monde, pour un seigneur féodal et, flanqué de Sancho, s'en va en quête d'aventures qui lui apporteront célébrité et fortune. Selon les règles de la chevalerie errante, il a pris, comme "dame de ses pensées", une fermière assez gironde, en qui il voit désormais la dame Dulcinée du Toboso (le Toboso étant le nom du village où elle réside) et, toutes les fois que lui survient une mésaventure, il y décèle tout net la griffe d'un ignoble enchanteur, étant entendu que tout chevalier errant digne de ce nom a toujours pour ennemi un enchanteur ou mage aussi redoutable que haineux.
En contrepoint, s'élève la voix de Sancho Pança qui, quand on lui vole son âne par exemple ou quand les hôtes du tavernier se livrent à une plaisanterie des plus douteuses en le faisant sauter et rebondir contre son gré sur une couverture dans la cour de l'auberge, ne voit là-dedans que la vérité toute crue et toute nue, à savoir un vol et un affront. Mais, à toutes les remarques de son honnête écuyer, Don Quichotte oppose la froide logique ... de sa déraison : l'âne a été enlevé par un enchanteur et c'est le même mage mal intentionné qui a fait croire à Sancho qu'on le faisait voler dans les airs en usant pour cela d'une couverture - et d'une brutalité regrettable.
C'est dans ce premier tome, plus précisément dans sa première partie, que se place le fameux épisode des moulins à vent que la folie de Don Quichotte transforme en géants. Vous l'y verrez aussi, toujours en guerre contre des géants inexistants, tranchant à grands coups d'épée la partie supérieure de grosses outres de vin placées dans sa chambre, à l'auberge. Je vous laisse imaginer tout ce que la couleur du liquide répandu apporte à sa théorie comme quoi il vient de trucider de monstrueuses créatures ...
Ramené une première fois chez lui en un bien triste état - il a été roué de coups - Don Quichotte ne s'en esquive pas moins une seconde fois, toujours avec Sancho, loin des regards de sa nièce et de sa gouvernante, lesquelles sont accablées par sa folie mais ne savent pas trop qu'y faire. le barbier du coin et le curé se lancent alors à la poursuite du malheureux, le curé étant d'accord pour se déguiser en femme et se faire passer pour une malheureuse dame en détresse aux yeux du Chevalier A La Triste Figure (surnom que Don Quichotte lui-même s'est donné, en plein accord avec son écuyer), tout ceci visant à le contraindre en douceur à un nouveau retour en ses pénates.
Il serait fou - eh ! oui ! - de vouloir conter ici par le menu toutes les aventures qui parsèment ce premier tome. En dépit des siècles qui nous en séparent, certaines parviennent à nous faire rire et sourire. D'autres, plus proches des histoires gigognes, lasseront peut-être certains mais je puis vous assurer que la scène qui voit Don Quichotte arracher à la chaîne des forçats en partance sans se soucier des raisons pour lesquelles on les a condamnés au bagne de Sa Majesté Très Catholique, constitue un sommet de grandeur et de bouffonnerie qu'il faut connaître, d'autant qu'il s'assaisonne d'une pointe inquiétante et laisse malgré tout un malaise au lecteur.
Au final, c'est dans une cage où il se croit enfermé par la seule volonté du hideux et toujours aussi invisible enchanteur, dans un char tiré par de paisibles mais bien modestes boeufs, que Don Quichotte revient chez lui avec armes et bagages, accompagné, il va s'en dire, de Sancho, du curé et du barbier, sans oublier quelques connaissances, comme don Fernando, faites pendant ce second périple. le lecteur est touché mais il enrage aussi de voir qu'un homme qui possède tant de qualités humaines, et peut-être justement parce qu'il les possède, a choisi, inconsciemment certes mais peu importe, de se réfugier dans un monde irréel où pullulent redresseurs de torts et damoiselles en péril. le monde est-il si mauvais que la folie lui soit préférable ? Voilà ce que l'on est tenté de se poser comme question à la fin du volume. Et j'ajouterai : ce nous voyons autour de nous aujourd'hui ne donne-t-il pas finalement raison au Quijote ? ... Où sont passés les chevaliers errants qui mettraient fin à tant d'exactions et d'atrocités qui ont, aujourd'hui, droit de cité et desquelles détournent la tête les prétendus grands de ce monde ?
Don Quichotte n'est-il pas éternel parce que, au-delà les bouffonneries dont il n'a pas conscience, on a besoin de tout ce qu'il représente de noblesse et de désintéressement, deux valeurs que trop d'entre nous considèrent comme relevant de la folie ? ...
Rendez-vous au second tome pour voir si notre impression se confirme. ;o)
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Slava
  03 octobre 2015
Dans un coin de l'Espagne du XVIIeme siècle, vit un hildalgo "de complexion robuste, maigre de corps, sec de visage, fort matineux et grand ami de la chasse". Ce noble a une passion immodéré pour les romans de chevaleries et passe ses jours à les lire. Résultat, il devient fou, perd l'esprit et décide de devenir... chevalier ! Après quelques soucis, il recrute un jeune paysan du nom de Sancho Pansa pour en faire son écuyer et part à l'aventure !
Don Quichotte... une figure littéraire légendaire. Son nom nous évoque une grande et immortelle image ayant traversés les siècles : celle d'un homme vêtu tel un chevalier démodé, avec son petit écuyer sur son âne, se battant contre des moulins à vents. Mais il y a de quoi à dire sur lui !
Cervantés a écrit un véritable chef d'oeuvre, au sens fort du terme. Je pèse mes mots, c'est une oeuvre phénoménale.
Il nous emporte aux cotés d'un protagoniste incongru et complètement différent des héros du temps : un vieil homme n'ayant pas de force ni physiquement ni mentalement, complètement déraisonné, pensant à son amoureuse (imaginaire) et se jetant à corps perdu dans des (mes)aventures loufoques. Clairement, c'est le premier anti-héros de la littérature tout comme Don Quichotte est le premier roman moderne (bien qu'il y en a d'autres qui ont aussi lancé la voie au roman moderne). Ce personnage a lui seul, était déjà né pour être à jamais gravé dans la mémoire tant ses ambitions très élevées et son idéal chevaleresque le mène au ridicule. Mais pourtant, on l'apprécie tout de même, on l'aime car il a beau avoir un tas de défaut et être pathétique, il est très attachant malgré tout. Et de plus, il a une imagination admirable à voir et des idées visionnaires dans son époque figé par les contraintes et les dogmes...
Les autres personnages aussi méritent d'être soulignés : Sancho Pansa, l'autre grand célébrité de l'oeuvre, un paysan illettré, gourmand (désirant toujours avoir la panse remplie !) et parfois crédule mais plus intelligent et raisonné qu'il n'y parait : c'est lui qui voit souvent les situations mieux que son maître (qui ne l'écoute pas toujours, hélas), lui qui comprends mieux les choses de la vie et du monde. Comme quoi, les simples peuvent aussi être aussi philosophes et pratiques que les 'cultivés'. Et il faut souligner une sorte d'amitié entre lui et Don Quichotte. le ''couple'' est peut-être le premier duo comique de l'histoire, ancêtre des Laurel et Hardy, Astérix et Obélix et j'en passe...
Et tout un tas d'autres personnages colorés : le curé, le barbier, la nièce et la gouvernante de Don Quichotte, ces autre-là vont tous faire pour sortir notre hidalgo de sa folie (mais n'usant pas toujours correctement les moyens), Dorothée, Cardénio, Luncinde... Et d'autres personnages très secondaires mais marquant : Maritorne la serveuse asturienne laide mais très belle du corps... et enfin, la femme la plus importante du récit, qui n'apparaît jamais cependant : Dulcinée ! Dulcinée, la muse de Don Quichotte, dont l'amour l'aide à avancer sans risques et sans peur. Car oui, dans l'oeuvre de Cervantés, les femmes ont un beau rôle, elles ne sont pas toutes des potiches à attendre le prince charmant...
Don Quichotte nous entraine dans l'Espagne du 'Siglo del Oro ' (le Siécle d'Or) et à travers lui, on découvre la société, ses codes, ses rangs sociaux, ect... Des criminels envoyés aux galères, des Morisques... Les nobles comme les pauvres... Les demoiselles comme les paysannes, les filles 'vertueuses' comme les filles de joies, tous le monde y passe. Avec des subtiles critiques sociaux. En effet, Cervantés dénonce malignement le poids du pouvoir, de la religion... et des défauts de l'humain et de son temps. Il montre aussi à quel point l'homme se bat contre des moulins à vent : car si le fameux passage des moulins à vents est resté dans les mémoires, ce n'est pas pour rien : ce moment, n'est-ce pas chacun de nous qui tente désespérément de lutter vainement contre des moulins à vents ? Et notre Don Quichotte, n'est-e pas l'humanité en général, dotée d'ambitions et de rêves trop énormes mais de sens noble ?
Toute cette histoire plus riche qu'on ne le pense est servie par la magistrale écriture de Cervantés. En cela, il prouve que ce roman est moderne : l'auteur se permet d'intervenir au milieu de son texte ! de plus, c'est une magnifique plume, certes avec quelques termes vieillis, mais d'élégances et de poésies, et de sublimes proverbes qui nous touchent et nous interpellent...
Et pauvre Cervantés : il n'a jamais eu un vrai succès de son oeuvre, restant pauvre poète ! Et aujourd'hui, on dit pour l'espagnol " langue de Cervantès' comme on dit pour le français " langue de Molière"...
Don Quichotte est un roman très amusant mais en fait bien plus profond que cela, un livre inoubliable, indispensable à la littérature, ce n'es un "moulin à vent" à combattre... A lire ! Et qu'on continue avec le tome 2 en compagnie de notre hildago...
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keisha
  14 juin 2013
Comme chacun sait, Don Quichotte vivait tranquillement dans son village de la Manche jusqu'à ce que, la cervelle échauffée par la multitude de romans de chevalerie qu'il possède et lit, il s'imagine lui-même en chevalier errant destiné à guerroyer, sauver les femmes en danger et prêter son bras armé au faible. Il lui faut une dame à qui penser: Dulcinée, villageoise à qui il n'a jamais parlé, fera l'affaire. Il réussit à convaincre un paysan du coin, Sancho Panza, de lui servir d'écuyer, lui promettant le gouvernement d'une île quand leurs exploits les auront rendus riches et célèbres, et hop, les voilà partis sur les routes, chevauchant l'haridelle Rossinante pour Don Quichotte, et un âne pour Sancho.
Don Quichotte possède une imagination fertile qui le conduit à prendre des moulins pour une armée, c'est connu, et cet épisode survient dans les premiers chapitres, mais ensuite tout lui est occasion de se tromper. Mis le nez sur son erreur, il attribue tout à des enchantements.
Sancho, lui, le suit peu ou prou dans ses délires...
Dans cette première partie (et je m'oblige à ne pas relire la seconde pour garder l'esprit libre), Don Quichotte ne voyage finalement pas à plus de trois ou quatre journées de cheval de son village. du temps se passe dans un endroit sauvage et écarté, ou une hôtellerie, lieux où curieusement se retrouvent tous les protagonistes s'ajoutant à l'histoire au fur et à mesure. Car les aventures du pauvre hidalgo peuvent sembler répétitives : une idée lui vient en tête, il fonce, le sang coule, c'est violent en général, ensuite jamais il ne réalise sa folie, il a toujours une explication logique pour lui, ce au grand étonnement des assistants, qui pour la plupart rient de lui, reconnaissant vite qu'il ne "perdait les étriers" et que sa "cervelle avait un faux pli"seulement sur le chapitre de la chevalerie, restant logique et intelligent pour le reste.[ les expressions citées sont dans le texte!]
Les aventures de notre chevalier errant sont entrecoupées d'histoires fort bien contées, en règle générale histoires d'amour difficiles ou contrariées, donnant à penser qu'il s'agit de digressions, mais Cervantès s'amuse bien à relier tous les fils à la fin. On trouve aussi une sorte de nouvelle, où un mari aimé et heureux se met en tête de faire courtiser son épouse par son meilleur ami, histoire de vérifier si la belle est fidèle. Dans toutes ces histoires d'ailleurs amoureux hommes comme femmes tombent souvent en pâmoison ou folie, ou carrément meurent d'amour...
Mais ce qui m'a bien plu, c'est que Cervantès n'oublie pas son lecteur (ne surtout pas rater sa préface), critique les romans de chevalerie tout en les parodiant, et intervient sans crier gare au détour d'une page. Par exemple quand les amis de Don Quichotte veulent brûler ses livres, l'un est sauvé, écrit par un certain Miguel de Cervantès, qui a droit derechef à une critique de ses écrits.
Fin chapitre 8, patatras!Don Quichotte et un Biscayen s'élancent l'un vers l'autre l'épée au poing, les spectateurs tremblent et prient, et zut alors, pas de suite trouvée pour ces aventures. Mais, chance! "me trouvant un jour à Tolède, dans la rue d'Alcana, je vis un jeune garçon qui venait vendre à un marchand de soieries de vieux cahiers de papier. ". Ces cahiers sont écrits en arabe et content l'Histoire de don Quichotte de la Manche, écrite par Cid Hamed Ben-Engeli, historien arabe." Dans le premier cahier justement se trouvait l'histoire de Don Quichotte et du Biscayen, "tous deux dans la posture où l'histoire les avait laissés."
Fin donc de l'arrêt sur image, l'histoire continue...
De nombreux proverbes ou considérations de bon sens émaillent les discours, souvent le fait de Sancho Panza aux savoureuses argumentations. Sa nièce dit aussi:"Ne vaudrait-il pas mieux rester pacifiquement dans sa maison que d'aller par le monde chercher du meilleur pain que celui de froment, sans considérer que bien des gens vont quérir de la laine qui reviennent tondus?"
Tout du long de cette relecture, je constatais à nouveau à quel point Cervantès est plutôt moderne, tout en usant d'une langue recherchée ou triviale parfois, coulant vraiment très aisément.
Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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chartel
  21 octobre 2015
Quelle beauté de style! Quelle richesse lexicale! La traduction est vraiment savoureuse. Comme le babelio.com ne dissocie pas les deux livres des éditions Folio/Gallimard, cette critique sera donc commune. Les deux tomes sont pourtant très différents. Dans le premier, Cervantès n'hésite pas à agrémenter le périple des deux comparses de récits annexes qui peuvent occuper plusieurs dizaines de pages, au point d'en oublier parfois nos infortunés aventuriers. Dans le second livre, écrit après l'immense succès du précédent et la publication de la suite de ces aventures par un usurpateur de Tordesillas, un certain Avellaneda, qui rencontra également quelque intérêt, Cervantès concentre toute son énergie sur le troisième et dernier voyage du chevalier errant et de son fidèle écuyer. On ne les quitte quasiment pas de leur départ jusqu'à leur retour, avec la mort finale de don Quichotte (afin de couper l'herbe sous les pieds de nouveaux usurpateurs).
Si le premier livre capte par sa fraîcheur narrative et une virtuosité de composition, le second semble avancer de manière moins naturelle. Cervantès est comme poussé par le besoin de contrer l'usurpateur et de rétablir son bon droit. On sent alors que ce troisième voyage est quelque peu contraint. Mais, avec une belle intelligence, Cervantès intègre le plagiaire aux récits de son chevalier. Don Quichotte et Sancho Pança s'aperçoivent qu'ils sont devenus des célébrités suite à la publication du premier livre et que cette jeune renommée est parasitée par une fausse suite. Ce jeu des fictions devient source de multiples amusements.
Enfin, ces aventures sont une ode à la liberté, pas uniquement à cause de la folie, mais aussi parce que don Quichotte et Sancho sont des hommes d'une grande sagesse. Les deux protagonistes, malgré leurs rêves de gloire, cherchent avant tout à être libres. Et n'y a-t-il pas meilleur moyen d'y parvenir que de se déclarer chevalier errant et fidèle écuyer et chercher les aventures?
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   26 février 2015
[...] ... Or, voici ce qu'il en était de l'armet [= petit casque fermé], du cheval et du chevalier que voyait don Quichotte : en cette contrée il y avait deux villages, l'un desquels était si petit qu'il n'y avait ni apothicaire ni barbier, tandis que l'autre, qui était tout prêt, en était pourvu ; ainsi le barbier du plus grand servait au moindre, auquel il y eut justement un malade ayant besoin d'être saigné, et un autre de se faire la barbe. C'est pourquoi le barbier s'y rendait portant un bassin de cuivre. Et la fortune voulut qu'au cours de sa marche il commença à pleuvoir, et, de peur que son chapeau ne fût taché de la pluie, parce qu'il devait être neuf, il se mit son bassin sur la tête ; et, comme il était fort net, il luisait d'une demi-lieue de loin. Enfin l'homme était monté sur un âne gris, comme Sancho avait dit. Et voilà comment il sembla à don Quichotte qu'il y eût là cheval gris pommelé, chevalier et armet d'or, car toutes les choses qu'il voyait, il les accommodait facilement à ses délirantes chevaleries et vagabondes pensées.

Et, quand il vit que le pauvre chevalier approchait, sans entrer autrement en discours avec lui, à toute course de Rossinante, il coucha sa lance contre lui en l'intention de le percer de part en part ; mais quand il fut tout contre lui, sans retenir la furie de sa carrière, il lui dit : "Défends-toi, chétive créature, ou me rends de bon gré ce qui m'est dû avec tant de raison." Le barbier qui, tandis qu'il y pensait le moins, vit venir contre lui ce fantôme, n'eut d'autre remède pour esquiver le coup de sa lance que de se laisser choir de son âne, et il n'eût pas plus tôt couché terre qu'il se leva plus vite qu'un daim, et commença à courir par la plaine si légèrement que le vent ne l'eût pas atteint. Il laissa son bassin à terre, de quoi don Quichotte fut content et dit que le païen avait fort adroitement agi et avait imité le castor, lequel, se voyant pressé des chasseurs, arrache et tranche avec ses dents ce pourquoi il sait par instinct naturel qu'il est poursuivi.

Il commanda à Sancho de relever l'armet ; l'autre, le prenant entre ses mains, s'écria : "Par Dieu ! le bassin est beau et vaut une pièce de huit réaux comme un maravédi." Il le bailla à son maître, et celui-ci se le mit incontinent en tête, le tournant d'une part et de l'autre et cherchant l'enchâssure, et, comme il ne la trouva point, il dit : "Sans doute le païen à la mesure de qui fut forgée cette fameuse salade devait avoir une très grosse tête ; et le pis que j'y vois est qu'il en manque la moitié." Quand Sancho ouït appeler ce bassin salade, il ne se put tenir de rire ... [...]
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WolandWoland   26 février 2015
[...] ... En ce même temps don Quichotte sollicita un laboureur son voisin, homme de bien (si c'est que ce titre se puisse donner à un qui est pauvre), mais qui avait fort peu de plomb en sa caboche. En somme, il lui en dit tant, le persuada et lui promit tant que le pauvre paysan se délibéra d'aller avec lui et lui servir d'écuyer. Don Quichotte lui disait entre autres choses qu'il se disposât à aller en sa compagnie de bonne volonté, parce qu'il lui pourrait quelquefois arriver telle aventure, qu'il gagnerait, en moins d'un tour de main, quelque île, et qu'il l'en ferait gouverneur. Par ces promesses et autres semblables, Sancho Pança (ainsi s'appelait le laboureur) laissa sa femme et ses enfants et se mit pour écuyer de son voisin. Don Quichotte donna ordre à chercher de l'argent, et, vendant une maison, en engageant une autre et faisant un mauvais marché de toutes, amassa une raisonnable somme. Il s'accommoda aussi d'une rondache [= bouclier circulaire] qu'il emprunta d'un sien ami, et, en radoubant du mieux qu'il put sa salade [= casque de forme ronde, porté aux XVème et XVIème siècles] rompue, il avertit son écuyer du jour et de l'heure qu'il pensait se mettre en chemin, afin qu'il s'équipât de ce qu'il verrait lui être le plus nécessaire. [b]Surtout il lui recommanda de porter un bissac.[/b] L'autre lui dit qu'il en porterait un, et que même il faisait état de mener un âne qu'il avait très bon, car ce n'était pas son fort que d'aller beaucoup à pied. Quant à ce point de l'âne, don Quichotte s'y arrêta un peu, se creusant le cerveau pour voir s'il se souvenait qu'aucun chevalier errant eût mené d'écuyer asinesquement monté, mais il ne lui en vint pas un en mémoire. Ce nonobstant, il résolut qu'il le menât avec l'intention de l'accommoder d'une plus honorable monture, quand l'occasion s'en présenterait, ôtant le cheval au premier chevalier discourtois qu'il rencontrerait. Il se pourvut aussi de chemises et d'autres choses qu'il put, suivant le conseil que le tavernier lui avait donné. Ce qui étant fait et accompli, sans que Pança prît congé de ses enfants ni de sa femme, ni don Quichotte de sa gouvernante ni de sa nièce, une nuit ils sortirent du village sans que personne les vît, et durant icelle cheminèrent tant que, quand le jour vint, ils se tinrent pour assurés qu'on ne les trouverait pas, encore qu'on les cherchât. ... [...]
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SlySly   08 novembre 2011
Croire, que dans cette vie, les choses doivent toujours durer au même état, c'est croire en l'impossible. au contraire, on dirait que tout y va en rond, je veux dire à la ronde. Au printemps succède l'été, à l'été l'automne, à l'automne l'hiver, et à l'hiver le printemps ; et le temps tourne ainsi sur cette roue perpétuelle. La seule vie de l'homme court à sa fin, plus légère que le temps sans espoir de se renouveler, si ce n'est dans l'autre vie, qui n'a point de bornes.
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SlySly   07 novembre 2011
Faut-il que je sois si malheureux errant qu'il n'y ait pas une fille, pour peu qu'elle me voie, qui ne s'amourache de moi ! Faut-il que la sans pareille Dulcinée soit si peu chanceuse, qu'on ne la laisse pas jouir en paix et à l'aise de mon incroyable fidélité ! Que lui voulez-vous reines ? Que lui demandez-vous, impératrices ? Qu'avez-vous à la poursuivre, jeunes filles de quatorze à quinze ans? Laissez, laissez-la, misérables; souffez qu'elle triomphe et s'enorgueillisse du destin que lui fit l'amour en rendant mon coeur son vassal et en lui livrant les clefs de mon âme. prenez garde, ô troupe amoureuse, que je suis pour la seule Dulcinée de cire et de pâte molle; pour toutes les autres, de pierre et de bronze. pour elle, je suis doux comme miel; pour vous, amer comme chicotin. Pour moi, Dulcinée est la seule née; toutes les autres sont laides, sottes, dévergondées et de basse origine. c'est pour être à elle et non à nulle autre, que la nature m'a jeté dans ce monde.
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Nastasia-BNastasia-B   06 novembre 2013
Dieu me soit en aide, et que de provinces il dit, et que de nations il nomma, en donnant à chacune avec une merveilleuse promptitude les attributs qui lui convenaient, étant tout pénétré, tout imbibé de ce qu'il avait lu en ses livres menteurs ! Sancho Pança était fort attentif à ses paroles sans en dire une, mais de fois à autre retournait la tête pour regarder s'il ne verrait point les chevaliers et géants que son maître nommait.

Chapitre XVIII.
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