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EAN : 9782221001172
Robert Laffont (21/02/1992)
3.8/5   82 notes
Résumé :
Jetés par le hasard au coeur d'un même drame, deux inconnus, deux étrangers se sont rencontrés, trouvés, aimés : Yann, le petit orphelin sans défense, et Jean-Louis Lerouville, le grand industriel qu'un accident cardiaque contraint soudain à la retraite...
Alors Lerouville adopte Yann et la tendresse jaillit dans sa vie de loup solitaire car l'enfant déborde de confiance, d'amour. Et bientôt ce père ne vit plus que pour son fils, d'autant plus attentif à l'ai... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Iboo
  26 février 2020
Tragique destin que celui de cet orphelin diagnostiqué "débile léger" et qui, toute sa courte vie durant, raisonnera et se comportera comme un enfant de 7 ans.
Je ne suis habituellement pas versée sur le pathos - d'ailleurs, Gilbert Cesbron n'en use pas - mais cette histoire m'a sincèrement touchée.
Il y a des êtres dont le destin est fissuré dès la naissance. Ils auront beau le vouloir, le vouloir vraiment ; y croire, encore et toujours ; ils seront continuellement brisés, piétinés, et l'échec sera permanent.
Yann n'avait pourtant pas de grandes ambitions. Il voulait juste exister pour quelqu'un. Il ne demandait qu'un peu d'amour. Juste de l'amour.
Poignant !
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Andromeda06
  25 août 2022
"Mais moi je vous aimais" est le genre de livres trouvés dans une boîte à livres et qui restent finalement longtemps au fin fond d'une étagère. le genre de livres qui m'attiraient sur le moment, mais de moins en moins au fil du temps. le genre de livres pour lesquels il me faut une raison, un prétexte pour me décider à les lire enfin. Pour le Défi Lecture 2022, il me reste quatre catégories à valider, dont « lire un livre avec le mot "mais" ou un de ses homophones dans le titre ». Et dans mon immense pal, seul "Mais moi je vous aimais" correspondait. le but des défis, en ce qui me concerne en tout cas, étant justement de taper au maximum dans ma pal, me voilà donc à donner sa chance à ce roman qui attend d'être lu depuis très très longtemps.
Et si j'ai eu quelque peu du mal avec le style de narration, je ne regrette absolument pas cette lecture, globalement troublante.
Yann est un petit garçon dont l'esprit aura toujours sept ans alors que son corps grandira normalement. Instable émotionnellement, avec des angoisses excessives et un besoin constant d'amour, d'affection et d'attention, et avec un QI de 66, bien des qualificatifs lui sont attribués : idiot, imbécile, simple d'esprit, inadapté, fou, anormal. En termes officiels (de l'époque), il est ce que l'on appelle un "débile léger". À travers l'enfance de Yann, Gilbert Cesbron nous parle de ces enfants "abandonniques", que personne ne veut, refilés aux uns et aux autres, ballotés d'une institution à une autre (alors que peu adaptée à leurs troubles) : des enfants que personne ne veut aimer.
Aujourd'hui, bien des progrès ont vu le jour en ce qui concerne ces enfants, que ce soit au niveau des moyens, des diagnostics, des traitements (médicamenteux ou non), du soutien et des aides apportés à la famille, etc. Dans "Mais moi je vous aimais", les événements se déroulent de la fin des années 1970 au milieu des années 1980. Il faut donc tenir compte du contexte et des circonstances de l'époque, et de ses aprioris également.
Comme dit plus haut, j'ai eu quelques difficultés avec le style de l'auteur, pas toujours très "lisse", manquant de fluidité. J'ai ressenti également quelques lenteurs, dûes en partie à certains chapitres un peu trop longs. Mais ce qui m'a le plus dérangée, c'est de passer constamment de la conjugaison au passé à celle au présent alors que les événements sont relatés chronologiquement. C'est très déstabilisant.
En ce qui concerne les personnages, je n'ai absolument rien à reprocher à l'auteur. Ils sont scrupuleusement bien creusés, Yann particulièrement. Gilbert Cesbron a su évoquer et expliquer ses moindres ressentis et réactions comme s'il pouvait réellement se mettre à sa place (c'est en tout cas l'impression que j'ai eue tout au long de ma lecture). J'ai perçu et pu comprendre sa propre réalité. Les autres personnages, les plus importants pour Yann, sont également bien campés, comme le Pr. Quirinat, Jean-Louis Lerouville, Mme Jeanne, ou M. Benoît. L'auteur offre à son histoire une dimension psychologique non négligeable et très appréciable.
Quant à l'histoire en elle-même, malgré les longueurs, elle reste troublante et saisissante du début à la fin. Si l'auteur évoque souvent les notions de rejet et d'abandon, il n'en oublie pas pour autant celles de bonté, de bienveillance et de bienfaisance, et surtout d'amour. Elle se termine comme elle a commencé, telle une boucle bouclée. J'aurais préféré un autre dénouement, mais bon...
Pour résumer, même si je lui trouve quelques défauts, j'ai tout de même apprécié ce roman, qui aborde la psychiatrie infantile tout en sensibilité et humanité.
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Lamifranz
  18 septembre 2022
Des enfants, il y en a dans tous les livres de Gilbert Cesbron. le premier roman écrit par l'auteur, en 1944 s'intitulait déjà « Les innocents de Paris » et racontait l'histoire d'une poignée de titis, de poulbots, d'enfants de la rue qui survivaient dans les quartiers déshérités de la capitale. le ton était donné à l'oeuvre : l'enfance ne quittera plus Gilbert Cesbron. Et ce titre : « Les innocents de Paris » est tout un programme » : l'enfance, c'est l'innocence. C'est la société qui, au fur et à mesure de l'évolution de l'enfant, le modèle, le sculpte, et parfois le pervertit. Vision rousseauiste, sans doute, mais transcendée par Cesbron avec cet élément capital qu'est l'amour, qui peut arriver à corriger, ou du moins atténuer, les vicissitudes de l'existence.
« Mais moi je vous aimais » en est la démonstration.
Yann est un petit garçon de sept ans au début de l'histoire. Il est comme on dit « un peu spécial ». Notre langue de bois d'aujourd'hui dirait avec cynisme et cruauté, tout en étant dans le vrai : « c'est un handicapé léger ». Nous sommes dans les années 70, la psychiatrie infantile avait fait quelques progrès depuis les fadas et les innocents de village, mais quand on n'était « pas comme les autres », on vous le faisait sentir. Yann l'apprend à ses dépens quand on le traite de tous les noms, oh gentiment, personne ne lui veut de mal, mais « c'est juste que… » Un seul homme lui accordera un regard différent, Jean-Louis. Mais la société des « gens normaux », des « neurotypiques » comme on dit chez les autistes, n'est pas prête à accueillir les gens « anormaux » (ça c'est le terme cru et abominable qu'on utilise couramment).
Le thème du roman, il est dans le titre : « Mais moi je vous aimais » : Il ne s'agit pas ici seulement d'un roman qui parle d'un cas particulier, d'un cas clinique : c'est un roman d'amour. L'amour impossible et immense qu'un petit garçon veut donner et que personne ne veut recevoir, ni même voir. le handicap de Yann n'est pas si profond qu'il empêche les sentiments, au contraire, il les amplifie et sa demande d'amour est infinie. D'autant plus que s'il demande de l'amour, il est également prêt à en donner. Des tonnes. Mais en face, les gens « normaux », « sages » « intelligents » ont décrété qu'il n'y avait rien à tirer de cette tête de bois, et surtout pas un sentiment quelconque : « le petit con » c'est ainsi qu'on l'appelle, sans méchanceté, mais sans affection.
Il n'y a qu'un autre assoiffé d'amour qui peut répondre. Mais est-ce suffisant. Les gens qui refusent de voir la vérité en face, ou de la voir différemment, sont contre eux. Mais au-delà d'eux il y a la machine à emboutir de Saint-Ex, l'Administration, le Règlement, la Loi, tout ce qui met les choses dans un ordre établi, en dehors duquel on est rejeté. Et cette machine-là, bien qu'elle soit animée par des hommes et des femmes, ne connaît pas l'amour. L'amour, la compréhension, le dialogue, la main tendue, ce sont des notions d'êtres humains (en principe) et pas des notions de machines…
Le drame de Yann est donc l'incompréhension : il aime tant et voudrait tant être aimé en retour. Mais l'incompréhension est également dans le cas d'en face, et se traduit de plus par le refus, par peur, par bêtise, par conformisme idiot… Et pourtant, il suffirait d'aimer…
Gilbert Cesbron est le romancier de l'enfance, de l'enfance malheureuse en particulier, c'est aussi le romancier du partage, de la compréhension mutuelle, de l'acceptation de la différence, et de l'amour.
Un roman certes, à replacer dans son époque (le suivi de tels enfants est beaucoup mieux assuré aujourd'hui, même s'il y a encore beaucoup de progrès à faire), un roman un peu daté par son style parfois appuyé (Cesbron sait être pathétique sans toutefois tomber dans le pathos), mais d'une force émotionnelle qui n'a pas pris une ride. Un roman qui ne peut laisser personne indifférent.
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grumpydoll
  26 janvier 2014
Je ne sais pas si mon interprétation reflètera ce qu'il faut exactement comprendre de ce livre (je l'ai survolé, et je devrais le lire plus à fond), mais bon, j'essaie :
Il est dit de l'enfant qu'il serait un petit peu "attardé"... peut-être n'est-ce que l'effet d'un problème qui absorbe sa présence du monde apparent... peut-être est-il présent à autre chose, une ambiance, des détails pas tout à fait ad hoc dans sa vie.
Il me semble qu'il est pris en otage par des gens avec lesquels il développe une espèce de syndrome de Stockholm, et que lorsqu'on essaie de le sauver, il faut l'erreur de tuer un policier, ce qui le condamnera définitivement lui aussi.
On ne serait donc pas arrivé à le sauver. Mais était-ce possible en fait? Car si, parmi ceux qui viennent pour le sauver, il y en avait de la même sorte que ceux qui l'ont transformé en "otage", peut-être n'y avait-il réellement aucune solution pour lui dans ce monde. Qui sait?
Est-ce la raison pour laquelle son père roulait si vite sur la route ce soir-là avec l'enfant? et qu'il avait déjà prévu de donner son coeur? N'avait-il pas déjà compris peut-être, ou cru en tout cas, qu'il n'y avait aucun espoir pour eux? Que de tout de façon le chemin était sans issue?
Si c'est ainsi qu'il fallait le comprendre, ce roman, finalement l'enfant n'a peut-être pas été "arriéré" sur ce coup : sa fin n'a que été remise à plus tard, mais il n'a pas fini on ne sait de quelle manière sur la durée... en effet, quel aurait été son sort, avec l'étiquette "arriéré"?
Je comprends que beaucoup aient pleuré à sa mort : le désespoir du père, qui ne voyait pas de solutions au point de vouloir mourir avec l'enfant, un soir sur la route, les aurait donc atteint. C'est toujours poignant pour des sauveteurs de ne pas y arriver.
Mais ce roman, instructif ma foi, permettra sans doute d'arriver à comprendre comment à l'avenir en sauver d'autres? Il faut toujours laisser une petite lumière d'espoir même dans les heures les plus sombres ("you know it's darkest before the dawn, that helps me to keep moving on" à peu près ça, an old song by Pete Seeger).
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Bochard
  06 mars 2021
Ce roman n'est pas prêt de s'effacer de ma mémoire. Un choc, un coup de poing en pleine figure, et paf ! au tapis.
La vie de ce garçon (Yann) un peu simplet est une vraie odyssée. On suit son histoire avec avidité et on y croise des personnages attachants, d'autres peu reluisants, parfois hauts en couleur mais tellement réels. Comme dans la vraie vie.
Yann dérange la bonne société, pose souvent les bonnes questions et nous inonde de son amour inconditionnel. En plus il nous fait rire avec ses bons mots ratés et ses dictons foireux. On referme ce livre avec des questionnements sur notre vie, notre façon d'être, notre tolérance, le regard que nous portons sur les autres... Ce roman qui se déroule dans les années 70 est finalement intemporel, on peut s'y retrouver en 2021. Et dire qu'il dormait sur une étagère depuis plus de 40 ans sans que je pose la main dessus !
A lire absolument et à relire aussi.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Andromeda06Andromeda06   24 août 2022
Yann vous aime comme il n'a jamais aimé personne, comme il n'aimera plus jamais personne. Et pourtant, il faut qu'il vous oublie – je veux dire : qu'il cesse de penser à vous, sans quoi il est perdu. Sans quoi il est perdu, Mme Jeanne ! répéta-t-il avec force. Son cœur a grandi aussi vite que lui, mais pas son esprit, vous comprenez ? C'est aussi le drame de ces enfants-là : ils possèdent et ils réclament un amour au-dessus de leurs moyens. Tout ce qui lui est advenu, sa mémoire ne pourrait pas le conserver sans en être détruite. Il en deviendrait fou, fou pour de vrai – alors qu'il n'y a pas une once de démence chez ces enfants. Il faut qu'il oublie : qu'il oublie sa mère, son père, l'accident, M. Lerouville, les Montessant, les Prairies et maintenant le petit paradis de l'hospice. Qu'il oublie le malheur parce qu'il n'a pas la force de le tenir à distance, et qu'il oublie le bonheur puisqu'on le lui a retiré. Puisque la connerie des adultes le lui retire sans cesse ! explosa-t-il. Leur égoïsme, leur goût de l'ordre ou de l'argent, leurs réglements ! Puisque ce gosse sans âge marchera toute sa vie, comme font les petits enfants, la tête tournée en arrière tandis qu'on l'entraîne par la main ! Puisqu'il ne cessera de crier à tous ces gens qui lui tournent le dos : Mais moi, je vous aimais...
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Andromeda06Andromeda06   24 août 2022
Tiens, voilà le petit con, dit le bistrot sans méchanceté, et l'un des consommateurs ouvre grand la bouche, en imitant Yann, pour faire rigoler les autres. Ils rigolent, sans méchanceté eux non plus. Les gens ne sont pas méchants, vous savez : ils n'aiment pas aimer, voilà tout.
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LaForceduTempsLaForceduTemps   22 juillet 2013
Ils sont des millions à entendre cette information La plupart n'y prêtent pas attention; beaucoup haussent les épaules en murmurant : "C'était bien la peine.... "ou "Tant que ce n'est pas au point, ils feraient mieux...."
Mais plusieurs trésaille en l'entendant, et leur coeur à eux s'arrête un instant. Un Vieux prêtre dans une maison de retraite. Une fille de salle dans un C.E.T. ; elle achevait de ranger dans une armoire et il lui faut s'asseoir, car ses jambes se dérobent sous elle. Un Professeur de psychiatrie infantile ; il se lève d'un bond et pousse un cri de bête blessée. Un personnage à double menton, et sa femme, qui porte au coup un collier de grosses perles.
Ils sont attablés pour dîner ; ils repoussent leur assiette sans un mot. Une fille rousse, aux ongles verts ; elle est nue dans un lit avec un type, et elle se met à pleurer et le type lui demande : "Qu'est-ce qu'il te prend?"
Et aussi un grand africain, seul dans un logement tout neuf, et il étend la main rose et noire vers le transistor et il fait taire l'Occident.......
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AproposdelivresAproposdelivres   11 septembre 2013
Les phares débusquaient des maisons livides, de grands arbres offusqués. Le conducteur fixait la route sans jamais ciller ses paupières. A un bruit à peine perceptible mais familier, il devina que le petit garçon, à son côté, tétait son pouce ; ou plutôt trois doigts de la main, selon son habitude. (« Tu vas encore agrandir ta bouche », répétait sa mère un peu trop souvent et toujours en vain.) « Il s'est endormi, songea l'homme, il s'est enfin endormi », mais il n'abaissa pas le regard pour s'en assurer.
Non, le petit ne dormait pas. Couché en rond, tel un chien, dans ce siège aussi large que son lit, il avait juste un peu peur, il était bien. Chaque fois qu'une autre voiture croisait la leur, il fermait ses yeux éblouis, et son père détournait les siens comme si cette rencontre lui eût fait honte ou l'eût inquiété.
- On est arrivés ? Demanda l'enfant à mi-voix d'un ton résigné.
C'était la troisième fois et, cette fois encore, son père fit oui de la tête sans un mot, sans un regard ; mais ce geste suffit à le mettre au bord des larmes. Il appuya vivement sur l'une des touches du tableau de bord, et Bach prit possession de ce royaume de cuir, de métal et de clignotants. « Jésus, que ma joie demeure... » C'était pour faire patienter l'enfant, sans doute, mais surtout pour se contraindre lui-même à l'impassibilité.
- Bach ! fit le petit en battant des mains.
C'était un de ses mots magiques, l'un des seuls. « Il sourit en ce moment, se dit le père, il est heureux. Oh ! mon Dieu... » Il imagina ces yeux que la joie fermait à demi comme ceux de sa mère. Il songea aussi à sa bouche trop large.
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Andromeda06Andromeda06   23 août 2022
Seules les larmes nous gardent le regard assez clair pour reconnaître ceux qui vivent hors du temps.
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