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Julia Wauters (Autre)
EAN : 9782362664649
240 pages
Talents Hauts Editions (22/04/2022)
3.8/5   22 notes
Résumé :
Nada, 17 ans, ne voit rien à redire à ce que sa famille « achète » une nouvelle domestique : Ife, une jeune Éthiopienne au visage tatoué et à la docilité têtue. D'abord indifférente et complice des méthodes archaïques, des propos racistes et de la violence de sa grand-mère, Nada va progressivement remettre en question son rapport à leur « petite bonne ». Les tensions et évolutions qui traversent la famille de Nada sont à l'image de celles qui fracturent les sociétés... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Au vu du résumé, "Ma petite bonne" pour moi c'était quitte ou double. Soit Jean-François Chabas y allait avec la truelle niveau bons sentiments et culpabilité, soit il parvenait à trouver l'équilibre entre dénonciation et romanesque. Et je dois dire que j'ai été agréablement surprise.

En adoptant le point de vue d'une femme se remémorant son adolescence libanaise dans les années 1990, il trouve le ton juste. Car, tout en jugeant ses compatriotes, Nada montre bien à quel point il est délicat de s'extirper d'idées reçues. "Si tout le monde le fait, ça ne peut pas être mal."
Et bien si car, la Kafala, si elle se pratique traditionnellement au Liban (et dans nombre de pays voisins) est une forme d'esclavage. C'est justement ce que Nada va comprendre progressivement.

J'ai beaucoup aimé suivre son cheminement, son quotidien à Beyrouth, sa vision de la société libanaise, et sa vie de famille. Avec évidemment un coup de coeur pour son frère, le merveilleux Habib. Mais tous les personnages sont attachants, nuancés. Quelle belle lecture !
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1993, Beyrouth. Nada a 17 ans et débarque dans sa famille Ife, jeune éthiopienne achetée pour les servir. Car oui, au Liban dans les années 90 une forme d'esclavage existe encore. Pendant que j'entrais au collège, une société "moderne" pratiquait l'esclavage. C'est le premier choc pour moi.
Avoir leur petite bonne à peine considérée comme un être humain est normal pour Nada, et encore plus pour sa grand-mère. Seul son petit frère se révolte, à sa mesure, contre ce fait. Et sa mère ne paraît pas totalement en accord non plus avec cette pratique, mais sans aller jusqu'à la rébellion.
On suit le cheminement de Nada (et de sa famille) vers plus d'humanité et de fraternité. Alors, nous ne sommes pas chez les bisounours, tout ne devient pas parfait, mais des personnages progressent. Sans manichéisme excessif, le roman apporte un peu de lumière au bout du tunnel dans le comportement humain, et il y en a besoin.
Le texte de Jean-François Chabas est maîtrisé, bien construit et intelligent. Il ne prend pas les jeunes pour des idiots, et ça fait du bien. Il est engagé, sans être pour autant donneur de leçon. Enfin, pas totalement, il a un peu de subtilité.
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Dans les années 70, la famille de Nada vient d'acquérir Ife, la nouvelle bonne. Celle-ci d'origine éthiopienne est bien trop tatouée pour sa grand-mère si regardante... Mais rien n'y fait l'achat (car c'est bien de cela qu'il s'agit) n'est ni repris ni échangé. Et tant mieux, car Ife a un certain tempérament et pourrait peut-être changer les a priori de la jeune Nada.
La collection Les Héroïques des éditions Talents Hauts est une collection de roman jeunesse ayant comme mission de présenter des destins de femmes fortes dans les méandres de l'Histoire. Avec un tel but, les titres sont souvent très didactiques et ne semblent destinés qu'à un public scolaire. Avec "ma petite bonne", Jean-François Chabas évite cet écueil avec toute sa finesse : en faisant parler Nada à l'âge adulte, il offre tout le recul nécessaire à son héroïne et l'évolution de sa pensée. Il propose aussi un portrait saisissant du Liban entre modernité et archaïsme.
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Âgée de 45 ans, Nada, la narratrice de Ma petite bonne, raconte un épisode essentiel de sa vie à Beyrouth en 1993 alors qu'elle avait 17 ans : l'arrivée d'une jeune domestique Éthiopienne « achetée » par sa famille pour y servir à leur domicile. C'est sans aucune indulgence envers elle-même que la femme adulte retrace ce que ressentait la jeune fille qu'elle était alors : « Aujourd'hui, je vomis celle que j'étais ». Car la jeune Nada est pleine de préjugés liés à sa culture, son éducation, pleine de sentiments confus liés à son jeune âge. Mais tout va basculer.
En un peu plus de 200 pages, Jean-François Chabas livre une histoire bouleversante où se déclinent différentes figures féminines riches et émouvantes qui rendent compte de toute la complexité du contexte culturel et historique libanais. Un contexte dans lequel l'auteur a vécu lui-même et qu'il dépeint avec précision, sans concession. On est impressionné en si peu de pages par l'abondance de faits quotidiens révélateurs, d'anecdotes qui en disent beaucoup, de petites histoires poignantes de personnes apparemment ordinaires. Sans aucune lourdeur et sans recherche d'effet à tout prix, Jean-François Chabas trace une page d'une grande humanité inscrite dans la grande Histoire, celle des religions, celle des conflits dévastateurs, celle de tous les racismes et celle de l'esclavage dont on se croit débarrassé.
J'ai lu l'histoire de Ma petite bonne d'une traite et avec beaucoup d'émotion. Je vous invite vraiment à la découvrir.
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Nada avait dix-sept quand Ife fut achetée par sa famille comme domestique. Désormais quarantenaire, elle se remémore cette époque de sa vie avec le recul suffisant pour se rendre compte de l'erreur de penser que son comportement était normal en se basant sur le fait que tout le monde faisait de même. Car plutôt que domestique, Ife tient plus la place d'une esclave. Son quotidien n'est que labeur et humiliation. Si Nada n'est déjà pas tendre avec elle, ce n'est rien comparé à ce que lui fait subir Albertine, sa grand-mère, particulièrement violente et raciste envers la jeune éthiopienne.


Ma petit bonne dénonce la Kafala, cette forme d'esclavage moderne accepté au Liban et dans d'autres pays du Moyen-Orient, en plaçant sous le même toit deux jeunes filles du même âge, différente dans leurs origines et leur place dans le foyer. Si Nada est très autocentrée et ne songe pas un instant aux difficultés rencontrées par Ife, elle se confronte pourtant peu à peu à la dure réalité d'une pratique abusive qui enferme des jeunes filles dans une vie qu'elles n'ont pas choisi mais qu'elles subissent par devoir pour faire vivre une famille rester au pays.


En suivant l'évolution de Nada dans sa famille et sa communauté libanaise, le lecteur est invité à découvrir une culture et une façon de vivre différente, une société dans laquelle se confronte un fort désir de modernité et des traditions ancestrales. Au contact d'Ife, Nada prend bientôt conscience que la Kafala n'est pas le seul problème de leur culture, que la place des femmes en général est à redéfinir, de même que celle des homosexuels.


Jean-François Chabas signe un titre sensible et percutant, qui interroge sur le pouvoir des hommes dans les sociétés patriarcales, sur la place des femmes et le rôle qu'elles ont à jouer dans leur émancipation, en commençant peut-être par regarder les autres femmes comme leurs égales. Ma petit bonne est un récit essentiel qui met le doigt sur des problèmes de société actuels et une étude ethnologique intéressante sur les sociétés moyen-orientales aux prises avec leur désir de modernité écrasé par le poids des traditions.
Lien : https://sirthisandladythat.c..
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critiques presse (1)
Ricochet
18 octobre 2022
Ecrit au passé et en « je » du côté des nantis, le récit marque par ses situations dures vécues comme normales, puis son avancée subtile, et enfin sa fin malgré tout heureuse, presque drôle s’il ne s’agissait pas d’années de servitude. Une œuvre utile dans le meilleur sens du terme !
Lire la critique sur le site : Ricochet
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
J'aurais voulu être avec De Gaulle [son petit ami, nommé d'après le général], pour me réchauffer à sa simplicité brutale. Au moins, avec un garçon comme lui, il n'y avait pas de mystère, pas d'ambigüité. Il était fier de ce qu'il était : un homme qui aimait les femmes, qui cherchait à être plus fort que les autres hommes et avançait dans la vie sans un soupçon de doute.
Enfin, c'était ce que j'imaginais, parce que j'étais une gamine sans expérience. La fanfaronnerie n'est pas le courage, et la brusquerie n'est pas la force. (p.105-106)
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N'est-ce pas elle, la peur, qui raidit, qui fait que l'on se cramponne à ce que l'on connaît, même si c'est mauvais ? Qui empêche de regarder l'autre avec plus de liberté ? Corsetée dans ses idées racistes, sa vision du monde qui lui assurait une fausse tranquillité d'esprit, Albertine n'apprendrait rien.
Mais ma mère, elle s'est libérée. Je lui ai vu pousser des ailes en même temps que poussaient les miennes.
p196-197
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Tu ne vas pas te laisser embêter ? Il n'a qu'à se la faire lui-même, sa tartine ! Dis lui !
Alors ele m'avait fait cette réponse terrible tant elle était sincère et résignée :
Mais Nada, je suis une fille !
Elle n'avait que huit ans, et pourtant elle avait déjà intégré ce qu'elle croyait être sa place.
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Mon petit frère n'avait pas attendu l'arrivée d'Ife pour critiquer la Kafala. Depuis qu'il avait sept ou huit ans, il manifestait son dégoût devant la manière dont on traitait les domestiques, ce qui était regardé comme une lubie. Mon père lui-même, si merveilleux, si paisiblement bon, n'avait jamais rien trouvé à redire sur cette inhumanité qui s'était installée au Liban comme dans tout le Moyen-Orient depuis bien longtemps. Oman, le Qatar, l'Arabie Saoudite, les Émirats, l'Irak, Bahreïn, la Jordanie : tous pratiquaient la Kafala.
Pourquoi s'étonnerait-on, dès l'enfance, d'une chose que l'on côtoie tous les jours? Plus encore, pourquoi s'en indignerait-on?
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Alors, être adulte, c'est se taire et subir?
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