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Sophie Benech (Traducteur)Catherine Fournier (Traducteur)Luba Jurgenson (Traducteur)Michel Heller (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 2864323524
Éditeur : Verdier (04/09/2003)

Note moyenne : 4.52/5 (sur 110 notes)
Résumé :


Les Récits de la Kolyma, réunis pour la première fois en français, retracent l'expérience de Varlam Chalamov dans les camps du Goulag où se sont écoulées dix-sept années de sa vie. Fragments qui doivent se lire comme les chapitres d'une œuvre unique, un tableau de la Kolyma, ces récits dessinent une construction complexe, qui s'élabore à travers six recueils.

Chaque texte s'ouvre sur une scène du camp. Il n'y a jamais de préambule, ja... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
AgatheDumaurier
  25 novembre 2018
Plongée dans la littérature concentrationnaire.
Comment transmettre à ceux qui ne connaissent pas les "bas fonds" de l'âme humaine une expérience désespérante sur notre espèce ? Notre espèce ? Ce qui fait notre supériorité ? Notre résistance physique. Un cheval tient moins longtemps qu'un homme à la Kolyma. Voilà tout ce qu'on peut retirer d'une telle expérience, d'après l'auteur. Aucune intelligence, aucune bonté, aucune charité, aucune grandeur, aucun héroïsme, aucune loyauté, aucune amitié, aucun lien, aucun langage, rien qu'une "connaissance inutile" (Charlotte Delbo), celle qu'un homme qui a faim n'est plus qu'une machine sans esprit et que les bourreaux n'ont ni remords, ni regret, ni conscience, ni morale.
Vive le XXème siècle et son abomination.
Par bribes de quelques pages, sans chronologie, dans une forme qui tient de la nouvelle, Varlam Chalamov nous livre brutalement dix-sept ans de goulag. Des prisonniers politiques qui ne sont bien souvent que des prétextes pris dans les rafles staliniennes livrés aux mains immondes des prisonniers de droit commun et aux gouffres mortifères des mines d'or et de charbon de Sibérie. Des chefs, des officiers, des gardiens, des miradors, des barbelés, de la neige, un hiver sans fin où les températures descendent à moins cinquante voire moins soixante degrés, des vols, des mensonges, des exécutions, le compte des morts, des membres gelés, des amputations, le typhus, la fièvre, la peau sur les os, les "crevards" qui vont mourir et des tas de cadavres...Des ouvriers, des paysans, des romanciers, des médecins, des fonctionnaires, des poètes, des hommes politiques, des intellectuels, des soldats de la "grande guerre patriotique" passés des camps allemands aux camps soviétiques, des jeunes prolétaires, des vieux aristocrates, et réciproquement, aucune expérience ne sert, c'est tout un monde sans passé dans les châlits des baraquements glacés à tousser et mourir de froid et de fatigue. Tout se délabre et pourrit, les corps comme les esprits. La mémoire et l'humanité s'effacent, il ne reste plus qu'une horde de spectres sourde et aveugle à la douleur des autres.
La reconstruction de Chalamov est parfaite, elliptique comme son acuité d'alors, avec parfois des flashs, des visages et des visions nettes comme une horreur qui vous poursuit toutes les nuits. L'homme qui rentre est un mort parmi les vivants, sauf que ce n'est pas un cauchemar, mais la réalité. On retrouve les mêmes impressions, les mêmes idées et les mêmes hantises que chez tous les grands témoins de ce genre de camps infernaux, et un désespoir absolu sur la nature humaine. Pourquoi raconter alors ? Sans doute pour que les conditions d'un tel effondrement moral de l'humanité ne se reproduisent pas, pour prévenir...Dernier murmure d'espoir avant extinction des feux.
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Franz
  15 septembre 2016
Celui qui plonge dans les Récits de la Kolyma n'en ressortira pas indemne et il n'aura pas le droit de quitter son immersion en apnée avant la fin d'une lecture hallucinée sous peine d'être accusé de traîtrise et de se trouver condamné à piocher sans fin dans les strates de la mémoire du goulag. le poète russe Varlam Chalamov (1907-1982) a passé vingt et un ans dans les camps staliniens (1929-1931, 1937-1951) dont seize dans le grand nord russe, sur la presqu'île à l'est de la Sibérie, la Kolyma, qui compte « douze mois d'hiver et le reste, c'est l'été » (libéré en 1951, il revient à Moscou en 1953). Prisonnier politique, Chalamov et les autres prisonniers de droit commun sont durement malmenés alors que les truands, les voleurs, les criminels restent les « amis du peuple » et sont seulement rééduqués au lieu « de subir un châtiment ». Les récits âprement dépouillés de Varlam Chalamov relatent dans une prose réduite à l'essentiel, avec très peu de qualificatifs ou de métaphores pour graisser les phrases, l'inexorable traversée des cercles de l'enfer sur la terre gelée de Russie. Les récits ont été rédigés entre 1954 et 1972 et sont rassemblés en six parties. Chalamov avance que ses récits sont inauthentiques car ils ne reflètent pas la pensée des camps dans la mesure où une pensée, quelle qu'elle soit, est impossible et si elle survenait dans l'esprit d'un « crevard » qui ne réfléchit plus qu'avec son corps dans l'instant présent, elle provoquerait une douleur physique intense. Toutefois, Chalamov est un poète et quand il reconstitue après coup (et blessures) son enfermement, sa vision percute le lecteur de plein fouet. Pas d'emphase, pas de larmoiement, seule la réalité rugueuse à étreindre ! le récit intitulé « le gant » qui ouvre la sixième partie éponyme du recueil pourrait concentrer toute l'essence du goulag avec une administration bornée, inhumaine, kafkaïenne et toute puissante en arrière-plan, les combines souterraines, l'absurdité et la cruauté des situations. Chalamov a la pellagre. Il est à bout de force. Il se desquame par plaques entières. Il a endossé sans ciller une nouvelle condamnation totalement injustifiée qui équivaut à une éternité dans les camps. Sa survie ne tient qu'à des amitiés qui se nouent sur le fil. S'il devient aide-soignant, il a des chances de survivre mais il faut savoir, convaincre et surtout s'insérer dans le Plan que les technocrates ont conçu là-bas, sur le « continent », sur la « Grande Terre ». L'administration souhaite lutter contre la dysenterie et Chamalov doit montrer au médecin qu'il en est atteint : « J'étais assis derrière une cloison et j'appuyais sur mon ventre de toutes mes forces, suppliant mon rectum de cracher la fameuse quantité de glaires. […] Je fis appel à toute ma rage. Et mon intestin fonctionna. Mon rectum rejeta… un paquet de mucosités vert-de-gris avec le précieux filet rouge, alluvion d'une valeur fabuleuse. […] le médecin… signa ma feuille de route ». L'hôpital constitue un sursis pour le détenu qui peut « souffler ne fut-ce qu'un jour, une heure ». Chalamov n'est pas diarrhéique, il est à bout de tout. Il en est au moment le plus dur de sa vie. Il va pourtant survivre : « Un beau jour, toute ma peau fut renouvelée. Mais pas mon âme ». Varlam Chalamov n'oubliera jamais et ne pardonnera pas : « […] il faut commencer par rendre les gifles, la charité ne vient qu'après. Se souvenir du mal d'abord, et du bien ensuite ». L'auteur est mort sourd et aveugle quelques jours après son internement en hôpital psychiatrique, le 17 janvier 1982 mais son oeuvre est un monument littéraire éblouissant a contrario comme un trou noir d'une densité telle que le moindre rayonnement alentour est irrémédiablement absorbé dans le puits sans fond de cette étoile effondrée. Quand on a croisé sur une photographie le regard fixe, dur et encore empli de défi dans le beau visage de Varlam Chalamov, on ne sait plus l'oublier. Il habite chaque parole, chaque phrase, chaque mot des récits de la Kolyma et ceci tant que perdurera cette bien sombre humanité.
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5Arabella
  27 juillet 2016
Comprend :
Les récits de la Kolyma
Rive gauche
Le virtuose de la pelle
Essais sur le monde du crime
La résurrection du mélèze
Le gant ou KR2
 
Ces textes forment selon les souhaits de l'auteur un ensemble. L'auteur y évoque essentiellement son expériences des camps soviétiques, surtout ceux de la presque île de la Kolyma, mais il revient aussi plus brivement sur ses passages en prison, et sa première expérience au camp de la Vichéra, et encore plus brièvement son retour à Moscou.
Cette immense fresque de la déportation se présente sous forme de courts récits, de quelques pages pour la plupart d'entre eux. Il n'y a pas de progression chronologique, les textes peuvent se situer à n'importe quel moment, également les mêmes événements sont évoqués à plusieurs reprises, sous des formes plus ou moins proches. le récit peut être à la première personne, ou au contraire à la troisième, souvent un personnage très proche de l'auteur se trouve au centre du récit, mais avec des noms différents, parfois il peut s'agir d'une autre personne.
Il ne s'agit donc pas pour l'auteur de reconstituer un récit de vie, le sien, mais de nous livrer la terrible expérience qu'il a vécu sans doute de la façon dont l'a gardé sa mémoire: les épisodes les plus marquants sont toujours présents, ressassés, impossibles à oublier et à vraiment digérer, ils reviennent de façon récurrente, les époques et les personnes se télescopent, tel épisode en fait revenir un autre distant de plusieurs années. Et c'est cette mémoire en fragments qu'il nous livre.
C'est terriblement amère, plein de désenchantement sur la nature humaine, sans doute l'un des récits les plus durs sur les camps soviétique qui soit, pas forcement par les événements relatés, mais plus par la vision très noire de l'homme qu'il transmet. Mais en même temps Chalamov a une écriture magnifique, qui fait qu'il est difficile de lâcher ce livre une fois commencé, et qui en fait incontestablement une très grande oeuvre. A déconseiller toutefois à des moments de dépression ou de doute profond, car c'est souvent d'une noirceur totale, d'un désespoir incommensurable.
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Elouan00
  01 novembre 2017
Ce qui m'a intrigué en feuilletant cet énorme livre, c'était que la place importante que Chalamov donne à la littérature dans son livre saute aux yeux. A la Kolyma, nous dit Chalamov, où tout est déshumanisé, elle semble au contraire n'avoir aucune place. On est par ailleurs bien trop occupé à survivre au milieu des truands et du travail forcé, d'un froid qui descend jusqu'à -60° C, des maladies et du manque évident de nourriture. Mais j'avais aussi envie de lire ce livre pour ce qu'il revêt de la perception d'une certaine réalité, atroce. Je n'avais à ce moment-là pas d'autre envie. L'auteur prévient le lecteur que ce qu'il a vécu là-bas le dépasse, nous à plus forte raison encore.
Des petits morceaux sont reconstitués, dans un désordre chronologique et de répétitions. le livre acquiert en quelque sorte une forme libre de mémoire aux limites humaines : quelques réflexions éparses ― il ne brille pas par sa dimension analytique malgré tout ― quelques épisodes. Notamment un, relaté dans un très beau récit intitulé "Marcel Proust"… Ce fantôme (dans le meilleur sens du terme, s'entend) a un éclat très particulier, très étrange et en tout cas lumineux au coeur de ce témoignage. Si justement la littérature n'a plus de place, ou presque plus, c'est au mieux en tant que souvenir. Dans des pénibles tentatives de réminiscences de sa vie avant le goulag, ou bien quand on « édite des rômans » pour des truands oisifs. Mais « au mieux, un souvenir » n'est-ce-pas déjà beaucoup ? La littérature devient pour Chalamov un moyen de redevenir humain, qu'il partage avec son lecteur dans une avidité palpable. Mais on se sent comme étranger, peut-être que l'expérience est trop radicale, même si nombre de ces récits sont émouvants.
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zazaleb
  11 avril 2014
Ce texte publié dans la collection dédiée à la littérature slave chez Verdier est à déconseiller aux âmes sensibles. Chalamov y décrit les conditions de sa détention dans les camps du Goulag puis de son assignation à résidence, sous la forme de récits ou fragments qui dans l'édition de 2003 occupent 1536 pages ... je n'ai pas pu le lire dans l'ordre ni dans son intégralité, par crainte de sombrer dans une profonde dépression mais je reviendrai visiter cette oeuvre majeure de la littérature slave par petites touches.
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critiques presse (1)
Liberation   08 juillet 2013
Une sélection de treize récits pour traverser le goulag vécu par Varlam Chalamov.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
GabySenseiGabySensei   11 juillet 2013
Une douleur persistante s'empara de mes muscles. Quels muscles pouvais-je bien avoir à l'époque, je l'ignore! Mais la douleur était là et elle me mettait en rage, car elle m'empêchait de m'abstraire de mon propre corps. Et puis je vis surgir en moi autre chose que la colère ou la rage. C'était l'indifférence, l'absence de peur. Je compris que tout m'était indifférent: être frappé ou pas, avoir ou non mon déjeuner, ma ration de pain. Et bien qu'on ne nous battît pas aux fouilles de prospection, à cette mission sans escorte -on ne tabassait qu'aux gisements-, je me souvenais des coups et mesurait mon courage à l'aune des gisements d'or. Cette indifférence, cette absence de peur jetèrent un pont fragile qui m'éloigna de la mort. La conscience qu'ici on n'allait pas me battre, car ici on ne battait pas, cette prise de conscience engendra de nouvelles forces et de nouveaux sentiments.

Après l'indifférence vint la peur, une petite peur: la crainte d'être privé de cette vie salvatrice, de ce travail salvateur de bouilleur, du ciel haut et froid et de la douleur persistante de mes muscles épuisés. Je compris que j'avais peur de partir d'ici et de retourner aux gisements d'or. J'avais peur et voilà tout. De ma vie, je n'avais lâché la proie pour l'ombre. Jour après jour, de la chair repoussait sur mes os. L'envie, tel est le sentiment qui me revint ensuite. Je me mis à envier mes camarades morts, ceux qui avaient péri en 1938. Je jalousai aussi mes voisins vivants en train de manger, de fumer. Mais je n'enviai jamais les gradés, ni le chef de travaux ni le chef de brigade: c'était un autre univers.

L'amour ne me revint pas. Ah, que l'amour est loin de l'envie, de la peur et de la colère! Comme il n'est pas nécessaire à l'homme! L'amour survient quand tous les sentiments humains sont déjà revenus. Il survient, il revient en dernier -d'ailleurs, revient-il vraiment? Mais il n'y avait pas que l'indifférence, l'envie et la peur pour témoigner de mon retour à la vie. La pitié à l'égard des animaux me revint avant la pitié envers l'homme.

(Maxime P88)
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GabySenseiGabySensei   11 juillet 2013
Tout, l'univers tous entier était poésie: le travail, le galop d'un cheval, une maison, un oiseau, un rocher, l'amour: toute la vie entrait facilement dans les vers et s'y installait à son aise. Et il devait en être ainsi, car la poésie c'est le verbe.

Même maintenant, les strophes venaient facilement, l'une après l'autre, et bien qu'il ne notât plus depuis longtemps ses vers, qu'il en fut depuis longtemps incapable, les mots n'en venaient pas moins avec aisance, dans un rythme donné et à chaque fois extraordinaire: la rime était exploratrice, c'était l'instrument d'une quête aimantée des mots et des concepts. Chaque mot était un morceau d'univers, il répondait à la rime, et l'univers entier défilait avec la rapidité d'une machine électronique. Tout criait "prends-moi!", "non, plutôt moi!". Il n'était pas besoin de chercher. Il fallait simplement sélectionner. C'était comme s'il y avait là deux hommes à la fois: celui qui composait, qui avait lancé sa toupie à toute volée; et un autre qui choisissait et qui, de temps en temps, arrêtait la machine emballée. Et lorsqu'il vit qu'il était deux hommes à la fois, le poète compris qu'il était en train de composer de véritables poèmes. Et quelle importance qu'ils ne fussent pas notés? Transcrire, publier, tout cela n'était que vanité. Tout ce qui se crée de manière non désintéressée n'est pas le meilleur. Le meilleur est ce qui n'est pas noté, ce qui a été créé et qui a disparu, qui s'est dilué sans aucune trace, et seule cette joie de la création qu'il ressent et qu'on ne peut confondre avec rien prouve qu'un poème a été composé, que le merveilleux a été créé.

(Cherry-Brandy -sur Ossip Mandelstam- P28)
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Blandine54Blandine54   25 juin 2017
Tous les sentiments humains : l'amour, l'amitié, la jalousie, l'amour du prochain, la charité, la soif de gloire, la probité, tous ces sentiments nous avaient quittés en même temps que la chair que nous avions perdue pendant notre famine prolongée. Dans cette insignifiante couche de muscles qui restait encore sur nos os et nous donnait la force de manger, de nous mouvoir, de respirer, même de scier du bois, de pelleter pierre et sable dans les brouettes, de pousser ensuite ces brouettes sur l'interminable chemin de roulage des gisements aurifères, sur l'étroit chemin de bois qui menait au dispositif de lavage, dans cette couche de muscles, il n'y avait plus de place que pour la rage, le plus vivace des sentiments humains.
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zenzibarzenzibar   18 octobre 2014
Le poète se mourait depuis si longtemps qu'il avait cessé de comprendre que c'était la mort. Parfois, une idée simple et forte se frayait un chemin à travers son cerveau, douloureuse et presque palpable: qu'on lui avait volé le pain qu'il avait mis sous sa tête. Cette idée effroyable le brûlait au point qu'il était prêt à d disputer, à jurer, à se battre, à chercher, à démontrer.
Mais il n'avait pas de force pour le faire et l'idée du pain s'effaçait....
Et immédiatement, il pensait à autre chose. Il pensait qu'on devait leur faire traverser la mer mais que le bateau était en retard, allez savoir pourquoi et que c'était bine d'être là.
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GabySenseiGabySensei   11 juillet 2013
La fosse, la tombe commune des détenus -une grande fosse en pierre bourrée jusqu'en surface de cadavres non décomposés-, avait commencé à s'ébouler dès 1938. Les corps s'étaient mis à glisser sur le flanc de la montagne, révélant le secret de la Kolyma.
A la Kolyma, on dépose les corps non pas dans la terre, mais dans le rocher. La pierre garde et révèle les secrets. Tous nos proches qui ont péri à la Kolyma, tous ceux qui ont été fusillés, battus à mort, saignés à blanc par la faim, tous peuvent être identifiés même après une dizaine d'années. Il n'y avait pas de fours crématoires à la Kolyma. Et les cadavres attendaient dans le roc, dans le permafrost.

(Prêt-bail P80)
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