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Critique de latina


latina
  03 octobre 2017
« Ne fais jamais d'enfant. C'est trop de souffrances ».
Voilà ce que sa mère lui dit. Et puis elle s'en va. Et elle a raison, la mère : son fils ainé vient de mourir, quelques jours après la catastrophe de la mine de Liévin-Lens, le 27 décembre 1974.
Et puis le père s'en va. Suicide. Plus moyen d'encaisser ce malheur.
Démarre alors pour Michel une vie de deuil, de calvaire, de poids énorme. Cet enfant de Vaast-les-Mines se sent mal, il porte toute la douleur de sa famille, de son pays. Et surtout, il cache en lui une blessure profonde.
Il choisit la vengeance pour se débarrasser de ce fardeau, d'autant plus que Cécile, l'amour de sa vie, s'en est allée elle aussi rejoindre les étoiles.

« J'allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J'allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n'avaient jamais payé leurs crimes. J'allais rendre leur dignité aux sacrifiés de la fosse 3bis. Faire honneur aux martyrs de Courrières, aux assassinés de Blanzy, aux calcinés de Forbach, aux lacérés de Merlebach, aux déchiquetés d'Avion, aux gazés de Saint-Florent, aux brûlés de Roche-la-Molière. Aux huit de la Mûre, qu'une galerie du puits du Villeret avait ensevelis. J'allais rendre vérité aux grévistes de 1948, aux familles expulsées des corons, aux blessés, aux silicosés, à tous les hommes morts du charbon sans blessures apparentes. Rendre justice aux veuves humiliées, condamnées à rembourser les habits de travail que leurs maris avaient abimés en mourant ».

La première partie de ce roman m'a vivement intéressée, quoique agacée à certains moments par l'écriture trop « théâtralisée ». Oui, Michel, tu as mal. Oui, tu vas te venger. Oui, tu collectionnes tout ce que tu peux sur la mine, sur la catastrophe, sur les chefs – dont un en particulier. Oui, tu te rappelles, encore et encore, ton grand frère, son rire, ses cheveux blonds, son désir de vivre, sa bonté. le jour d'avant la catastrophe, aussi, lorsque vous êtes partis tous les 2 sur la même mobylette. Cela te taraude, t'envahit, te mobilise. T'enterre, aussi.

Et puis la vengeance approche, envahit tout ton être. Tu fonces. Tu t'enfonces dans l'acte maudit, mais tu te délivres. Et là, je frémis. Je t'accompagne. Je suis persuadée qu'il va se passer « quelque chose ».
Effectivement : un coup de théâtre magistral va remplacer les sempiternelles lamentations. La tension monte pour exploser lors du procès, notamment lors de l'intervention des protagonistes.
Et là, tout déborde, les tensions comme les émotions. le silence fait face à des phrases en lettres de feu.
Je tremble, je murmure, je pleure. Sorj Chalandon a réussi à me plonger dans l'atroce quotidien des mineurs en leur rendant hommage de la meilleure façon qui soit, mais il est parvenu aussi à me faire comprendre la culpabilité qui ronge le coeur de l'homme.

Un livre inoubliable !
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