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ISBN : 2246808715
Éditeur : Grasset (21/08/2013)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.28/5 (sur 1223 notes)
Résumé :
"L'idée de Samuel était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, le petit théâtreux ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (315) Voir plus Ajouter une critique
Macha_Loubrun
13 janvier 2014
Le premier chapitre du roman ressemble au prologue d'Antigone, il annonce la tragédie. Cette pièce se trouve au coeur du destin de Georges et de sa troupe de comédiens. En 1982, ils répètent Antigone en vue d'une unique représentation à Beyrouth avec des comédiens issus des différentes communautés. le danger et les tensions sont omniprésents. C'est une pure folie dans un pays en proie à de violents combats quotidiens.
« Nous portons des masques de tragédie. Ils nous permettent d'être ensemble. Si nous les enlevons, nous remettons aussi nos brassards, et c'est la guerre. » dit l'un des comédiens.
Georges porte ce projet à bout de bras, fiévreusement. Il l'a promis à Sam, son ami grec mourant, un vieux juif au long passé politique et théâtrale. Georges reste fidèle à ses idéaux et son ami.
C'est un jeune idéaliste en quête d'un idéal autant que d'une figure paternelle, il admire Sam plus que tout mais il va se perdre dans la guerre du Liban. Éternel étudiant, il a endossé un rêve et un costume un peu trop grands pour lui face à l'horreur de la guerre.
« On a toujours deux yeux de trop » le prévient avec sagesse le médecin de Sam. Mais il est déjà trop tard… Il continue le dernier combat de Sam, ce juif assoiffé de liberté, engagé dans la politique dès son plus jeune âge.
Ce projet artistique est-il la dernière part d'humanité possible ou une terrible utopie inutile ou futile face à de tels évènements ?
Sorj Chalandon trouve les mots justes, qui percutent ou nuancent, ses phrases sont courtes et élégantes, son roman est bouleversant et les personnages saisissants de vérité.



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latina
09 novembre 2014
4 étoiles...Selon le code Babelio, cela veut dire « J'ai beaucoup aimé ». Aimé ! Quelle ineptie, de parler d'aimer, à propos de ce roman de feu, de sang, de larmes !
Pour la première fois, je me rends compte que c'est très difficile de parler de guerre, de n'importe laquelle, d'ailleurs. Ici, elle se passe à Beyrouth, et pour moi, c'est très difficile aussi de comprendre ce qu'il s'y passe.
En deux mots : Georges, un jeune anarchiste forcené, qui vient à peine de se ranger en se mariant et en ayant un enfant, est happé par le désir – non, la volonté ultime – d'un Grec, juif, metteur en scène, de réaliser au coeur du conflit israélo-palestinien, une pièce de théâtre, LA pièce de théâtre : Antigone. Ce Grec, Sam, va mourir, et il veut à tout prix que cette pièce, qu'il avait si bien « préparée » en amont, se joue. Mais pas de n'importe quelle façon ! Georges en est pleinement conscient !
« Cette fois, il ne s'agissait pas de réciter trois répliques de théâtre dans une Maison des Jeunes, mais de s'élever contre une guerre générale. C'était sublime. C'était impensable, impossible, grotesque. Aller dans un pays de mort sans savoir qui est qui. Retrancher un soldat dans chaque camp pour jouer à la paix. Faire monter cette armée sur scène. La diriger comme on dirige un ballet. Demander à Créon, acteur chrétien, de condamner à mort Antigone, actrice palestinienne. Proposer à un chiite d'être le page d'un maronite. La guerre était folie ? Sam disait que la paix devait l'être aussi. Il fallait justement proposer l'inconcevable. Monter « Antigone » sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient. »
Et voilà, tout est dit, la tragédie peut commencer.
A coups de fusils et de bombes, à coups de mots, à coups d'amour.
Car Georges, une fois « là-bas », dans cet antre de terreur, ne parvient plus à s'en défaire.
Et par la plume de Sorj Chalandon, tout entière nourrie de poésie et de souffle épique, je suis malgré moi emmenée là-bas, aussi.
Malgré moi, malgré tout, je suis revenue dans ma petite vie, « dans mon pays à moi, avec le ciel sans avion, les nuits sans frayeurs, les caves qui ne protègent que le vin. Retrouver ma vie, mon amour, ma tendresse. Surveiller les gamins du collège, boire une bière d'automne en terrasse, trouver une place sur les pelouses du dimanche, trembler devant un film, fermer les yeux pour une chanson ».
Car Sorj Chalandon, s'il insuffle l'horreur, nous repousse malgré tout dans l'amour.
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tynn
19 octobre 2013
Devoir sacré qu'est la promesse à un ami ( presque ) défunt.
Pour respecter la vision humaniste de Samuel, Georges doit monter l'Antigone d' Anouilh à Beyrouth avec une troupe d'acteurs multi confessionnelle. Une représentation en parenthèse, deux heures de trêve de haine et de combats en opposant le théâtre à la guerre.
Car en 1982, "le Liban tire sur le Liban". Et Georges va plonger, tel le Candide, dans un monde incompréhensible et d'une violence inouïe.
Un livre construit sur l'amitié, la fraternité, l'idéalisme, thèmes universels qui parlent au coeur de tous. Une vision ubuesque d'un conflit entre chiites, maronites, druzes, palestiniens dans Beyrouth découpée en tranches de ruines.
La plume de S. Chalandon est d'une élégance sans pareille, elle déborde de douceur, d'amitié, de mots et formules choisis. Elle est aussi violente et crue. L'auteur offre à nouveau dans ce livre des personnages charismatiques, provoquant l'immédiate empathie du lecteur. L'émotion est au bord des lèvres, tout au long des pages.
La guerre civile libanaise et le contexte politique européen reviennent à nos souvenirs d'actualité, avec une vision de l'intérieur de cette génération post 68, très engagée et politisée.
Livre éprouvant, impossible à oublier...
Je vais de ce pas relire Antigone, "la petite maigre qui est assise là-bas...", en écoutant le Pie Jesu du Requiem de Duruflé.
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Kittiwake
11 janvier 2014
Sacré coup de poing que ce choix des lycéens 2013 pour le prix Goncourt!
Pour tenir une promesse faite à son ami Sam, qui vit ses derniers jours, Georges prend l'avion pour le Liban avec ce projet fou de mettre en scène Antigone à Beyrouth au milieu du champ de bataille qu'est cette ville, et avec une troupe hétéroclite rassemblant des acteurs qui hors de la scène se tireraient dessus…
Ce destin était écrit pour Georges, militant dans l'âme, prêt à en découdre contre les fascistes de tout acabit. L'arrivée de Sam, juif chassé De Grèce dans les années 70 au temps de la dictature des colonels, étaye et canalise sa soif d'agir. Son mariage et la naissance de sa petite fille aurait même pu éteindre cette flamme combattive qui l'anime. Mais Sam va mourir, et confie à Georges la lourde tâche de mener à bien sa propre utopie.
Beyrouth agonise sous les bombardements. Les massacres répondent aux massacres, aveugles, odieux. La canonnade incessante rend les instants de silence insoutenables. Chaque au-revoir est un potentiel adieu. Et Georges donne son corps et son âme au sein de ce combat qui n'aurait pas dû être le sien. Au risque d'atteindre le point de non-retour…
Sorj Chalandon connaît la question et embarque le lecteur au coeur de ce conflit complexe où se croisent et se déchirent Druzes, chiites, sunnites, chrétiens et palestiniens. La haine mène la danse. Les scènes sont dures, et l'on n'a pas ici la bulle isolante de la fiction pour épargner la sensibilité : on n'est pas dans un polar!
Malgré cela, l'auteur parvient à nous faire sourire! Pas à toutes les pages, certes, mais sa plume acérée lance des coups de griffe bien inspirés lorsque l'absurdité tient lieu de rituel.
L'écriture est superbe et c'est ce qui rend ce roman attrayant malgré l'agression que l'on subit.
Et puis Antigone est là, en filigrane, magnifiée par l'enjeu qu'elle représente, et ça, c'est inestimable.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Sando
27 août 2013
Nous sommes en 1982. Pour honorer une promesse faite à un ami mourant, Georges accepte de laisser sa femme et sa fille de quatre ans pour se rendre à Beyrouth, au Liban, afin de monter la célèbre pièce d'Anouilh : « Antigone ». Alors que le pays est déchiré par la guerre, tout l'enjeu de cette représentation consiste à réunir sur scènes des acteurs issus de différents horizons politiques et religieux, soit des ennemis par leurs convictions, et de réussir à créer une harmonie scénique dans un décor en ruine, associant ainsi différentes communautés dans un même rêve de paix. Druze, Palestinien, chrétien, chiite, Phalangiste arriveront-ils à dépasser les tensions qui divisent leur peuple ?
Né en 1950, Georges n'a connu que la révolte, jamais la guerre. Ce soixante-huitard engagé va alors se retrouver propulsé dans une guerre qui n'est pas la sienne et qui le dépasse. Dès lors, il va connaître la peur, les menaces, les attentats et l'horreur des combats pour défendre le projet de son ami qui, progressivement, deviendra le sien. Un projet qui le changera à jamais…
Impossible de rester insensible à la lecture de ce rêve utopique qui ne laissera personne indemne (ni les personnages, ni le lecteur !). Comme pour « Retour à Killibegs », j'ai été complètement bouleversée par l'écriture de Sorj Chalandon, sa force, sa justesse et l'émotion qu'elle suscite. Pourtant, j'étais réticente au départ. Je n'avais pas envie de me plonger dans un récit de guerre, avec des conflits religieux qui me dépassent… Mais une fois commencé, impossible de lâcher ce roman, aussi dur soit-il, tant le sujet est habilement traité, de manière à ne pas perdre le lecteur tout en lui fournissant les clés essentielles à la compréhension d'un tel conflit. Malgré ce contexte plein de tension, l'art est au centre du roman. le théâtre, même s'il a tout d'un projet insensé, voire vain, symbolise ce terrain neutre, dans lequel les conflits sont mis entre parenthèses et où l'on parle un même langage, plein de passion et de ferveur. L'espoir et le rêve de ces comédiens côtoient l'horreur de leur quotidien, les massacres et le danger. Avec « le quatrième mur », Sorj Chalandon nous offre un magnifique roman sur l'amitié et l'engagement (politique, amoureux), mais également un récit de guerre terrible, qui a son lot de scènes insoutenables et de désillusions… Bref, vous l'aurez compris, malgré la dureté du sujet, j'ai adoré !
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Les critiques presse (14)
Sceneario06 janvier 2017
Cette histoire fait appel à bien des sentiments et en cela, elle est très forte, très touchante. Il y est question d'amitiés étroites mais aussi d'amour et d'engagement, de cohabitation et de guerre, de douceur et de violence...
Lire la critique sur le site : Sceneario
Lexpress28 novembre 2016
Un album fort et modeste.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaPresse20 mai 2014
À l'origine du Quatrième mur, il y a le massacre de Sabra et Chatila par les phalanges libanaises, entre le 16 et le 18 septembre 1982. Sorj Chalandon, alors grand reporter au quotidien Libération, sera parmi les premiers journalistes à pénétrer dans les camps palestiniens et à y découvrir l'horreur, la vraie, celle qui ignore les frontières et qui marque pour la vie.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Bibliobs12 novembre 2013
Dans ce roman qui a le souffle d'une tragédie, Chalandon n'hésite pas à malmener un héros dont il met en lumière, parfois avec humour, les faiblesses et les contradictions.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaPresse10 octobre 2013
Un grand roman magnifiquement écrit et une fiction tout imprégnée de vrai sang, de vraies larmes, de vrais conflits guerriers.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lhumanite07 octobre 2013
C’est écrit avec la lucidité d’un correspondant de guerre (Sorj Chalandon obtenait le prix Albert-Londres en 1988 pour ses reportages dans 
Libération) et ça rend parfaitement compte d’un théâtre des opérations.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Liberation24 septembre 2013
On retrouve dans ses romans sa profonde connaissance de ces terrains, son empathie pour ces pays déchirés, leurs habitants, leurs militants et leurs guerriers. Et si l’écrivain cherche à s’effacer derrière le reporter, on retrouve un style, une manière d’écrire et de décrire qui fut la sienne dans notre quotidien.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeFigaro23 septembre 2013
Son Quatrième Mur se déploie sur le fil tendu de la sidération qu'elle provoque (non, parfois, sans une certaine emphase).
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress17 septembre 2013
Et rarement fiction fit autant ressentir l'intensité d'une guerre civile en y accolant la thématique du théâtre comme arme rhétorique et politique. Ici battent des coeurs et tonne le monde.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Culturebox13 septembre 2013
Ce « Quatrième Mur » n’est certes pas un grand message d’espoir, mais son final bouleversant force à ouvrir les yeux, à regarder la vie telle qu’elle est. Dans ce qu’elle a de plus sauvage.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Telerama04 septembre 2013
Le Quatrième Mur est le récit d'une utopie et une ode à la fraternité. Antigone n'y est plus une simple pièce : c'est un bloc de mots jeté dans les flaques de sang.
Lire la critique sur le site : Telerama
LesEchos23 août 2013
Brûlant, fiévreux et désespéré, d'une violence inouïe, « Le Quatrième Mur » explose comme une bombe à fragmentation dans l'esprit du lecteur dont il hantera longtemps la mémoire.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Lexpress12 août 2013
Dans ce sixième roman au style particulièrement affûté, sans se payer de mots, Sorj Chalandon confronte les illusions de son narrateur à la réalité d'une violence qui le dépasse. Et restitue une aventure aussi exaltante que dramatique, au sens propre.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LePoint31 juillet 2013
Romancé par Sorj Chalandon, c'est poignant. Parce que le journaliste [...] connaît son sujet, la guerre. Parce que l'écriture du romancier [...] est d'une puissance telle qu'il nous fait sentir la tension, l'horreur, l'absurdité, en des scènes d'une force visuelle rare.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations & extraits (291) Voir plus Ajouter une citation
latinalatina09 novembre 2014
- Georges, connais-tu Victor Hugo?
J'ai ouvert la bouche en grand. Le phalangiste a ajusté son arme, regard perdu dans le jour tombé.
- Tu connais?
"Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends..." a récité le tueur.
J'ai tremblé à mon tour. Mon corps, sans retenue. J'ai pleuré. Tant pis. (...)
"J'irai par la forêt, j'irai par la montagne,
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit".

Et puis il a tiré. Deux coups. Un troisième, juste après. Cette fois sans trembler, sans que je sente rien venir. Son corps était raide de guerre. Mes larmes n'y ont rien fait. Ni la beauté d'Aurore, ni la fragilité de Louise, ni mon effroi. Il a tiré sur la ville, sur le souffle du vent. IL a tiré sur les lueurs d'espoir, sur la tristesse des hommes. Il a tiré sur moi, sur nous tous. Il a tiré sur l'or du soir qui tombe, le bouquet de houx vert et les bruyères en fleur.
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nadejdanadejda16 décembre 2014
La plainte du vent était revenue. Le souffle de la mer. Le vieux Palestinien s’est retourné sur le flanc, coude à terre et la joue dans la main. Il m’a observé. J’ai secoué la tête. Non, je ne pleurais pas. Je n’avais plus de larmes. Il m’a dit qu’il fallait en garder un peu pour la vie. Que j’avais droit à la peur, à la colère, à la tristesse.
(...) Sous sa moustache usée, il avait les lèvres ouvertes. J’ai cru qu’il allait m’embrasser. Il m’a observé. Il cherchait quelque chose de moi. Il est devenu grave.
— Tu as croisé la mort, mais tu n’as pas tué, a murmuré le vieil homme.
Je crois qu’il était soulagé. Il a allumé une cigarette, s’est assis sur ses talons. Puis il s’est tu, regardant la lumière fragile du dehors.
Et je n’ai pas osé lui dire qu’il se trompait.
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taigataiga26 septembre 2014
c'était ainsi. nous avions l'Histoire en commun mais pas d'histoire commune.Pas non plus de souvenir de peau.Je n'ai rien gardé de ma mère, aucune trace de mètres, aucune caresse, aucun regard.De mon père, je n'ai rien conservé parce que rien n'a été.Je ne me souviens pas de sa main, de ses doigts qui rassurent lorsque l'orage gronde.Pas même de sa colère, de de sa joie, de ses cris. Ni de sa voix. Je ne me souviens pas du rire de mon père.Jusqu'à ce jour, lorsque je pense à lui, je revois le silence. Il y a des enfants aimés, détestés des enfants battus, des enfants labourés ou couverts de tendresse. Moi, je suis resté intact. J'ai souri souvent, en mimant au théâtre le baiser paternel, deux lèvres sur le front de l'enfant qui s'endort. Ou la tendresse maternelle, sein offert, bras ouverts, les yeux brillants du ventre. J'étais venu au monde parce qu'une femme avait aimé un homme. Elle était repartie sans avoir eu le temps de m'aimer.J'étais une bouche en trop, je suis devenu un coeur en plus.
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mesrivesmesrives21 août 2016

- Il t'a rendu ton passeport?
J'ai hoché la tête.
- Qu'est-ce qu'il faisait avec la tomate? j'ai demandé
- Il voulait savoir si j'étais palestinien.
Les Syriens faisaient la chasse aux combattants d'Arafat.
Quand ils arrêtaient un homme, ils lui montraient une tomate et lui demandaient de nommer le légume. Avec son accent, le Libanais répondait "banadora" et le Palestinien "ban'dora". Des centaines avaient été arrêtés comme ça.
- Pourquoi ils ne répondent pas comme un Libanais?
Marwan m'a regardé de côté.
- Parce qu'ils ont leur fierté.
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SioSio15 octobre 2013
- Je m'appelle Imane, je suis palestinienne. Mes ancêtres vivaient à Jaffa. Je vais jouer le rôle d'Antigone, celle qui dit non. Qui refuse les ordres, les consignes, les conseils. Celle qui ne met pas sa couverture comme les autres. Qui ne répond pas aux questions comme les autres. Qui veut que son frère soit enterré dans sa terre et non laissé aux chiens. Qui va gratter le sol avec ses ongles pour recouvrir son corps selon les rites. Qui va dire au roi, à son oncle, à Créon cet homme faible, qu'elle n'a pas peur de lui. Qui va refuser qu'on cache cette histoire au peuple de Thèbes. Qui va hurler que c'est elle, Antigone, Imane la Palestinienne, qui a voulu enterrer son frère dans sa terre natale. Elle qui va refuser le bonheur avec Hémon. La vie avec tous les autres. Et qui va choisir la mort pour ne pas se trahir.
Rien, cette fois. Pas un bruit dans la pièce blessée. Imane est restée debout. Tête haute, sourcils froncés, bouche entrouverte, elle grelottait. C'est alors que Charbel s'est avancé vers elle. Il a ramassé la couverture restée à terre et lui a couvert les épaules de ce cadeau dont elle ne voulait pas.
- Je ne suis pas phalangiste, lui a répété le jeune chrétien.
Elle a serré le plaid contre elle. Elle me souriait, alors je l'ai applaudie. Je me suis levé de la dernière marche, et j'ai félicité mes acteurs. Tous. Les uns après les autres. J'ai acclamé leur témérité. Aucun guerrier caché derrière la crosse de son fusil, nulle part dans la ville, n'aurait jamais leur courage. Je les aimés comme si le rideau venait brusquement de chuter, cachant la salle qui nous faisait triomphe.
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Videos de Sorj Chalandon (63) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sorj Chalandon
http://www.librairiedialogues.fr/ Extrait de l'émission Dialogues Littéraires où des lycéens de Brest ont fabriqué une boîte à questions pour trois écrivains : Maylis de Kerangal, Hélène Grémillon et Sorj Chalandon. Réalisation : Ronan Loup. Production : librairie Dialogues.
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Le quatrième mur

Quel rôle joue Imane dans Antigone ?

La nourrice
Elle ne joue pas
Le choeur
Antigone

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