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EAN : 9782246821236
320 pages
Éditeur : Grasset (14/08/2019)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.58/5 (sur 500 notes)
Résumé :
Sur mon carnet bleu, j'ai écrit : "C'est l'histoire de trois femmes. Elles se sont aventurées au plus loin. Jusqu'au plus obscur, au plus dangereux, au plus dément. Ensemble, elles ont détruit le pavillon des cancéreuses pour élever une joyeuse citadelle."
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Critiques, Analyses et Avis (206) Voir plus Ajouter une critique
Ladybirdy
  21 juin 2019
Une joie féroce, c'est d'abord le titre qui m'a attirée vers ce roman. Un titre prometteur et certainement engagé et dynamique. Ensuite l'auteur, Sorj Chalandon, une référence tout de même.
C'est tout d'abord une histoire grisounette, autour de la maladie. Jeanne apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein. Les citations affluent sur le cancer, la maladie, de belles citations. Auprès de son mari Math, elle espère trouver le soutien qu'elle mérite. Il n'en est rien. Son mari se montre agressif et austère devant la maladie. Jeanne se tracasse de perdre un sein, Math ne supporte pas l'idée que sa femme soit chauve. Tout est dit. Jeanne se retrouve très vite seule, abandonnée par son époux. À l'hôpital où elle entame ses chimios, elle fait la rencontre de Brigitte. Attentionnée, prévenante, empathique, les deux femmes se lient d'amitié. Deux autres femmes viennent se greffer autour du duo malade, Assia et Melody. Toutes ces femmes ont plus d'un point en commun. Si le cancer a pris possession de leur corps, la maternité est un trou béant pour chacune d'elles. Entre celles qui ont perdu un enfant et Assia dont son ventre reste inlassablement vide, les quatre femmes se lient dans une amitié à fleur de peau ombrée par les secrets que chacune garde en elle.
Tout était bien parti jusque là. Un portrait touchant autour de Jeanne, autour de ses difficultés (même si elles sont assez survolées). Arrivent l'histoire des autres amies et là, c'est le flop de mon côté. Leurs histoires ne m'ont absolument pas passionnée. C'est encore pire quand l'histoire prend alors des allures de thriller, de folie peu crédible quand on est malade. Il n'est nullement question de joie féroce dans ce roman, ou du moins, je ne l'ai pas ressentie.
La maladie est très vite occultée, l'auteur s'attarde sur le plan que mettent en place les quatre amies pour sauver l'une d'entre elles. C'est long et j'avoue avoir passé des pages tant toute cette partie ne m'a pas convaincue. Je ne m'y suis attachée à aucune femme. On nous parle de cancer, on nous promet de la joie puis on nous file des amphétamines insipides en guise d'actions mollassonnes.
Bref, un roman qui m'a ennuyée et pas vraiment convaincue.
#UneJoieFéroce #NetGalleyFrance
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Cancie
  16 octobre 2019
Un premier chapitre intitulé une vraie connerie décrit la préparation d'un braquage. On se retrouve ensuite sept mois plus tôt avec Jeanne, libraire, venue passer une mammographie pour une douleur au sein. Bien vite, les résultats vont tomber, il s'agit d'un cancer. Pour Jeanne c'est le désarroi le plus complet d'autant que son mari Matt ne lui est d'aucun réconfort et ne l'épaule pas du tout, prétextant que c'est trop dur pour lui. On apprend qu'ils ont perdu leur enfant à l'âge de sept ans emporté par la maladie et que, depuis, ils n'avaient plus rien à se dire. Il n'est donc pas venu à la première séance de chimio et c'est là, en salle d'attente que Jeanne va faire connaissance avec Brigitte qui la réconfortera ; s'enchaîneront ensuite les rencontres avec Mélody et Assia, les quatre jeunes femmes formant comme elles le nomment le club des K. Cette amitié va les pousser à commettre un acte complètement fou.
Sorj Chalandon réussit à se mettre dans la peau d'une femme d'une façon très convaincante. Il décrit très bien toutes les étapes que va vivre Jeanne atteinte du cancer, l'attente du diagnostic, la perte des cheveux, les séances de chimio, les douleurs, les séances de radiothérapie mais aussi les regards et parfois les commentaires des proches ou des inconnus, et surtout les atteintes sur le plan psychologique. Mais ce qui fait la force de ce roman, c'est la mutation qui va s'opérer chez cette femme jusqu'alors effacée et résignée que Brigitte surnommera "Jeanne Pardon". Pour elle comme pour ses amies un combat est engagé, engagé sur deux fronts, un contre la maladie et un deuxième pour conquérir leur liberté. Cette quête de liberté et d'indépendance m'a d'ailleurs fait penser à Changer le sens des rivières de Murielle Magellan. La solidarité sans failles envers les épreuves de la vie qui va unir ces femmes est vraiment magnifique et montre bien qu'unis, tout devient possible.
Mais lorsque Jeanne va se laisser embarquer dans un improbable casse que l'écrivain avait d'ailleurs suggéré dès le début, je n'ai pas vraiment adhéré à l'idée, puis, au fil de ma lecture, je me suis laissée emporter pour finalement bien apprécier cette aventure rocambolesque qui nous ménage une fin tellement surprenante et inattendue mais tellement forte et réjouissante !
Une joie féroce est un véritable hommage au courage des femmes que rend Sorj Chalandon dans ce bouleversant roman.
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Sebthocal
  26 mars 2020
La Joie Féroce de voler la vie à la mort.
C'est une guerre sans merci, un combat pour la vie qui est relaté par l'écrivain-journaliste habitués à d'autres conflits. Lutter contre la maladie est un combat, et défendre la liberté des femmes aussi.
La rage de vivre

Brigitte, Assia et Mélanie, ses trois « soeurs de larmes », ses trois « soeurs d'armes ». Trois paires de bras d'amour qui consolent, sèchent les pleurs en fredonnant aux oreilles. À elles quatre, elles vont monter une action de résistance, un attentat contre la peur. Un acte fou, « une vraie connerie » ce hold-up d'une bijouterie, qui les plongera dans l'illégalité et le déni.
Pour « saccager Jeanne Pardon, la bonne fille, la bonne élève, la bonne épouse qui acceptait tout des autres, de l'indifférence au mépris », rien n'est impossible, et ce n'est pas la fable que construit l'auteur qui le démentira.
« C'est l'histoire de quatre femmes. Elles se sont aventurées au plus loin. Jusqu'au plus obscur, au plus dangereux, au plus dément. Ensemble, elles ont détruit le pavillon des cancéreuses pour élever une joyeuse citadelle. »
Une Joie Féroce évoque tous ces guerriers en opération prolongée contre la maladie, mis en exergue ici par la condition de quatre femmes victimes d'injustices contre lesquelles on ne peut que se révolter. C'est un cri primaire qui les sauvera. Une rage de vivre intense et libre sublimée par une plume compassionnelle et acérée.
Chronique complète à retrouver sur Fnac Conseils Libraires :
Lien : https://www.fnac.com/Rentree..
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Fandol
  29 octobre 2019
Quelle fin élégante et douce pour ce nouveau roman signé Sorj Chalandon ! Pourtant, tout au long de cette histoire de femmes solidaires et courageuses, j'ai côtoyé le drame, la maladie impitoyable, ces soins qui infligent tant de souffrances, qui flanquent des vies par terre pour tenter de la sauver, cette fameuse et unique vie dont nous héritons sans rien avoir demandé.
Cette maladie que nous avons souvent de la peine à nommer… Par contre, lorsque le mot est lâché, on entend chacun raconter la sienne et en rajouter. Cette maladie, c'est le cancer. Même si elle passe un peu au second plan durant la partie thriller du roman, elle est bien présente et rappelle vite à l'ordre celui ou celle qui a oublié son emprise.
Comme pour chaque roman de Sorj Chalandon, j'ai été emporté, captivé, secoué par ce qu'il décrit si bien, avec des mots si justes. Lorsque je l'avais rencontré, lors d'une fête du livre à Saint-Étienne, après la parution du Quatrième mur, il m'avait dit qu'il avait ramené du Liban un lourd sac de pierres et qu'il en partageait ainsi le fardeau avec ses lecteurs.
Ici, dans Une joie féroce, c'est un peu pareil avec ce cancer qui brise la vie ordonnée de Jeanne, cette héroïne qui m'a guidé au fil des pages et fait partager des moments peu ordinaires. En plus, elle travaille dans une librairie et je note que l'auteur sait bien parler de ses confrères.
Jeanne rencontre Brigitte lors de sa première chimio et naît, entre elles, une amitié profonde. Elles forment une équipe avec la jeune Melody, elle aussi en soins, et Assia, la compagne de Brigitte. Ces rencontres avec les différentes actrices du roman permettent de respirer un peu et d'oublier les conséquences des traitements car ces femmes ont leur histoire et j'ai bien apprécié les surprises réservées par l'auteur, avec des coups de théâtre même !
Quelques personnages masculins traversent le récit. S'ils sont médecins ou même receleur, ils font bien leur travail mais que dire de la lâcheté de Matt, le mari de Jeanne ? Il fuit, laisse tomber celle qui partage sa vie et se comporte comme un vrai salaud. D'ailleurs, et c'est bien ainsi, on l'oublie assez vite car, comme je l'ai déjà indiqué, le plus beau de ce roman, c'est l'amitié et la solidarité entre ces femmes malades.
C'est fort, très émouvant et en même temps, malgré la mort qui menace, une belle leçon de vie, Ces femmes partagent et communiquent Une joie féroce pour s'affranchir des pires difficultés, des pires souffrances qu'une existence peut réserver.

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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palamede
  12 août 2019
Après l'annonce de sa maladie, pleine d'angoisse à l'idée de ce qui l'attend, Jeanne doit encore subir le lâchage de son bel âtre de mari. Pourtant alors que tout semble aller au plus mal, elle rencontre lors de ses séances de chimiothérapie, trois femmes, trois blessées de la vie qui l'entraînent dans une folle aventure, qui après l'avoir effrayée pourrait bien sauver le reste de son existence.
Bien sûr sentir sa fin proche donne une perspective différente. Dès lors pour celles qui n'ont plus rien à perdre, pourquoi ne pas devenir des hors la loi, s'embarquer dans un mauvais coup pour une bonne cause. Un ressort de l'histoire, il faut bien le dire, assez improbable d'un Chalandon qui n'est pas rebuté par les sujets déprimants... le lecteur je ne sais pas. En tout cas, le réalisme de la première partie est franchement angoissant, alors que la solidarité féminine y est tout à fait emballante. Quant à la deuxième partie, je dirais qu'elle tient de la haute fantaisie. Mais après tout pourquoi pas...
#UneJoieFéroce #NetGalleyFrance
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critiques presse (7)
LeMonde   27 septembre 2019
Une joie féroce est l’histoire de la libération de Jeanne, la libraire ­discrète, au fil de sa guerre menée, au côté de son gang de filles, contre la maladie (décrite avec beaucoup de sobriété) autant que contre les sales types (là, ­Chalandon est un peu moins ­sobre). D’un livre sur le cancer, l’auteur fait un roman ­solaire et plein de ­panache.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaPresse   13 septembre 2019
Sorj Chalandon signe ici une belle fable sur la maladie, sur le courage et la solidarité qu’elle suscite dans les vies de celles qui en sont atteintes. Beau et inspirant.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeJournaldeQuebec   10 septembre 2019
Dans ce neuvième roman, l’ancien grand reporter Sorj Chalandon aborde un sujet très différent de ses thèmes habituels : comment la maladie peut parfois aider à se sentir plus vivant que jamais.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Actualitte   29 août 2019
Croustillant dehors, avec son style étincelant, plein de larmes dedans. Et de rires, aussi. Pour son neuvième roman, Sorj Chalandon emprunte la voix d’une femme qui se découvre atteinte d’un cancer et se voit embarquée pour une traversée tempétueuse.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaLibreBelgique   27 août 2019
C’est toujours un plaisir de lire les romans de Sorj Chalandon. On retrouve ce sentiment avec Une joie féroce qu’on lit d’une traite, même si la construction du livre est cette fois curieuse, faite comme trois histoires mises bout à bout, au tons très différents.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LaCroix   23 août 2019
Dans ce nouveau roman, écrit d’une plume sensible et fiévreuse, l’écrivain nous fait toucher du doigt ce que peut être la « sororité » – l’équivalent au féminin de la fraternité. Sans jamais tomber dans le voyeurisme, il continue son exploration de la folie des hommes, de ses peines, ses joies et ses douleurs.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Culturebox   20 août 2019
Une joie féroce est un hommage au courage des femmes, un roman imprégné de colère, dans lequel on retrouve l'écriture du romancier journaliste, engagée, faite d'un mélange de chair et de lyrisme, mais avec un peu moins de souffle que ce à quoi il nous avait habitués.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (115) Voir plus Ajouter une citation
Ana59Ana59   17 septembre 2020
Une visite de routine... Ah il y a quelque chose, a murmuré le médecin... C'est quoi votre stratégie ? Je l'ai regardée. Pour la première fois depuis mon arrivée à la clinique quelqu'un employait un terme militaire. J'ai observé mes jambes ballantes, mes pieds nus, le sol carrelé. Je me suis dit que j'étais en guerre. Une vraie. Une bataille où il y aurait des morts. Et que l'ennemi n'était pas à ma porte mais déjà entré. J'étais envahie. Le salaud bivouaquait dans mon sein.
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LadoryquilitLadoryquilit   17 septembre 2020
C'est l'histoire de quatre femmes. Elles se sont aventurees au plus loin. Jusqu'au plus obscur, au plus dangereux, au plus dément. Ensemble, elles ont détruit le pavillon des cancéreuses pour élever une joyeuse citadelle.
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Ana59Ana59   16 septembre 2020
J'ai un cancer, vous voulez le voir ? Je ne sais pas qui a répondu cela. Sûrement pas moi, fillette bien éduquée devenue jeune fille bien élevée puis femme prévenante. D'habitude j'aurai regardé ailleurs. Pas cette fois. J'étais en position de combat. Je refusais qu'on me parle mal, qu'on m'emmerde. Mon camélia m'obligerait bientôt à tolérer bien d'autres choses, mais ni la morgue, ni le mépris... j'étais en guerre. J'avais ouvert le feu pour la première fois.
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hcdahlemhcdahlem   20 août 2019
Sept mois plus tôt…
La dame au camélia
(Lundi 18 décembre 2017)
Tout se passerait bien. Une visite de routine.
— On va commencer, madame Hervineau. Si je vous fais mal, dites-le-moi.
J’étais torse nu, debout, face à l’appareil, ma main tenant la barre.
— Levez bien le menton, a demandé la manipulatrice. Mon sein gauche était comprimé entre deux plaques.
— On ne bouge plus.
Elle est retournée derrière sa vitre.
— Ne respirez pas.
— Pardon.
Je n’ai plus respiré.
Il y avait eu cette douleur au sein gauche, au moment de fermer mon soutien-gorge.
— La preuve que tout va bien, avait plaisanté ma gynécologue.
Pour elle, le mal disait souvent des choses sans importance.
— C’est lorsque la grosseur est indolore qu’il faut s’inquiéter.
J’ai insisté. Il me fallait une mammographie, une radio, la preuve que tout allait bien. Nous nous étions vues un an plus tôt. Rien n’avait été décelé. Pourquoi recommencer ?
— Pour ne plus en parler, j’ai répondu. Elle a haussé les épaules. Puis fait une ordonnance.
Trois jours après, j’étais là, sein écrasé, à attendre.
— Lâchez la barre. Respirez normalement. Je suis retournée dans mon vestiaire. On m’a demandé de ne pas remettre mon soutien-gorge. Ni mes bijoux. Mon chemisier était glacé. J’ai regardé mes mains. Je tremblais. C’était un examen de contrôle, je n’avais rien à craindre mais je tremblais.
— On va quand même faire une écho, m’a annoncé le médecin.
Il a dit ça comme ça. D’une voix morne. Un homme jeune, affairé. Il a passé le gel sur mes seins comme on se lave soigneusement les mains avant de se mettre à table.
— Vous avez froid ?
Je n’ai pas répondu. J’ai hoché la tête. Je tremblais toujours. J’observais le radiologue sans un regard pour moi. Il passait la sonde sous le sein, autour du mamelon, les yeux sur son moniteur. Photo, photo. J’ai fermé les yeux. Photo, photo. J’avais souvent été palpée mais tout s’était toujours arrêté là. Quelques mots de politesse, une poignée de main avec l’assurance de se revoir.
Je n’avais plus de jambes. Plus de ventre. Plus rien. J’étais sans force et sans pensée. Autour de moi, la pièce dansait
Personne ne m’avait jamais fait d’échographie.
— Ah, il y a quelque chose, a murmuré le médecin. Silence dans la pièce. Le souffle de la machine. Le cliquetis des touches. Et ces mots.
— Quelque chose.
J’ai fermé les yeux. J’ai cessé de trembler. La sonde courait sur moi. Un animal qui joue avec sa proie.
— Oui, il y a quelque chose, a répété le radiologue. Et puis il a rangé son matériel, me tendant des mouchoirs en papier.
Je suis restée couchée. J’essuyais le gel lentement, autour de la douleur.
— Agathe, voyez s’il y a de la place pour une ponction.
Son assistante a hoché la tête.
— Aujourd’hui ?
— Oui, demandez à Duez s’il peut nous caser entre deux.
Et puis il est parti. Il a quitté la pièce, en jetant ses gants dans une poubelle.
La jeune femme m’a fait asseoir.
— Quelque chose.
Je me suis demandé ce qu’il y avait après cette chose-là. Mon sein gauche avait quelque chose. J’ai pensé à la mort. La phrase cognait ma tête. Je ne respirais plus. Quelque chose. Une expression misérable, dérisoire, tellement anodine.
Je n’avais plus de jambes. Plus de ventre. Plus rien. J’étais sans force et sans pensée. Autour de moi, la pièce dansait.
Lorsque la jeune femme a voulu m’aider à descendre, j’ai relevé la tête.
— Je pleure quand ?
— Maintenant, je suis là pour ça.
Alors j’ai pleuré. Elle a pris mes mains.
— Il n’y a peut-être rien, juste un kyste. Mes yeux dans les siens. Elle n’y croyait pas. « Voyez s’il y a de la place pour une ponction. » Les mots du médecin. Une ponction, la crainte du pire.
Agathe m’a installée sur une chaise. Elle m’a apporté des bonbons pour la chute de glycémie, après la biopsie.
— Je saurai si c’est gentil ou méchant ? Elle s’affairait à rien. Rangeait des instruments qui m’étaient inconnus.
— Non. Il faudra attendre les résultats.
— Le médecin ne me dira pas ?
— C’est l’analyse qui vous le dira. Lui, il va se faire une idée. En fonction de la consistance de ce qu’il aspire. Mais cela ne vaut pas un résultat.
— Mais il aura quand même une idée ? Il pourra me le dire, vous croyez ?
— Vous pourrez toujours lui demander. Elle m’a raccompagnée à mon box. Je me suis assise sur le banc. Je n’arrivais pas à remettre mon chemisier, à boutonner mon gilet. Je suis allée aux toilettes. Mon visage dans le miroir. Ma peau grise. Mes lèvres, un simple trait. J’ai passé de l’eau sur mes yeux. Je me répétais que tout irait bien, mais rien n’allait plus. J’avais un cancer. Je le sentais en moi. J’aurais dû demander à Matt d’être là mais il aurait refusé.
— Tu m’as dit toi-même que c’était un simple contrôle.
Parfois, je prenais sa main pour traverser la rue. Il n’aimait pas ce geste. Il n’en comprenait pas l’importance. Et je n’osais pas lui dire que j’avais besoin de lui. Je me souviens de ma main d’enfant, cachée dans celle de mon père. Et celle de notre fils, brûlante dans la mienne, chétive comme un moineau. Aujourd’hui ne restait que la main de Matt. Et il ne me la donnait plus.
— Jeanne Hervineau ? C’est moi. Incision, prélèvement, trois coups secs. Quelques minutes seulement.
Le Dr Duez ne m’a rien dit. Rien d’important.
— De toute façon, il faudra enlever la grosseur. C’était tout. Et aussi que j’en parle à mon médecin traitant, assez vite.
— Je ne vous lâche pas. Je suis là, avait rassuré Agathe.
Elle a posé la main sur mon bras.
— C’est quoi votre stratégie ?
Je l’ai regardée. Pour la première fois depuis mon arrivée à la clinique, quelqu’un employait un terme militaire. J’ai observé mes jambes ballantes, mes pieds nus, le sol carrelé. Je me suis dit que j’étais en guerre. Une vraie. Une bataille où il y aurait des morts. Et que l’ennemi n’était pas à ma porte mais déjà entré. J’étais envahie. Ce salaud bivouaquait dans mon sein.
— Vous allez faire quoi, Jeanne ?
— Je vais appeler mon mari, pleurer un bon coup et attendre de voir.
Elle a souri.
— C’est un bon plan. Appelez-moi en cas de besoin.
Lorsque j’ai quitté la clinique, sept patientes attendaient. J’avais lu qu’une femme sur huit développait un cancer du sein au cours de sa vie. Il était là, l’échantillon. Huit silences dans une pièce sans fenêtre. Huit poitrines à tout rompre. Huit regards perdus sur des revues fanées. Huit naufragées, attendant de savoir laquelle d’entre nous.
Ce matin, il avait plu. Une sale pluie d’hiver giflée de grésil. Mais c’est le soleil qui m’a accueillie dans la rue. J’avais appelé Matt, trois fois. Trois fois tombée sur son répondeur. Il devait sortir de table. J’avais besoin de lui, pas de sa voix. Et puis lui dire quoi ?
— Mauvaise nouvelle, j’ai peut-être un cancer. Rappelle-moi s’il te plaît.
Je n’ai pas pris le métro. J’ai marché. Ce matin, j’étais une fille rieuse de 39 ans. Cet après-midi, une femme gravement malade. Six heures pour passer de l’insouciance à la terreur. Je n’arrivais pas à regarder les autres. J’avais peur qu’ils comprennent que je n’étais plus des leurs. Le temps avait basculé. Tout empestait Noël. Les vitrines, les rues, les visages. Je suis entrée dans une papeterie. Il me fallait un cahier, un épais à spirale pour noter ce qui me serait dit. Comprendre ce que j’allais devenir. Je l’ai choisi avec une couverture bleue. Le bleu du ciel, lumineux et gai. Mon premier acte de résistance.
Matt s’est lourdement assis dans son fauteuil. Il m’avait écoutée debout, et puis il s’est assis.
— Merde !
C’est tout ce qu’il a dit. Il s’est assis avec son écharpe, son manteau. J’avais attendu qu’il passe la porte pour tout lui dire. Je l’ai cueilli comme ça, sur notre seuil. Je n’avais plus de larmes. Seulement les mots du radiologue, les gestes de son assistante, mon désarroi.
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SebthocalSebthocal   22 mars 2020
Voilà. Nous avions presque fini. J'étais libraire ? Quelle chance ! Elle m'a parlé avec passion d'Elena Ferrante, je lui ai répondu mal de dos. Cartons, piles, stock, libraire est aussi un métier de force. Mais quand même, lire les livres avant qu'ils ne paraissent ! Un bonheur, non ? Oui. Bien sûr. Et une chance. Elle testait ma résistance aux choses. Je l'avais senti. Verre à moitié vide ? À moitié plein ? Qui êtes-vous, Jeanne, qui allez repartir de mon bureau avec trop d'informations, le ventre noué, la tête lourde, une besace remplie d'ordonnances et sept mois de traitement ? Jeanne, qui serez ensuite bombardée de rayons chaque matin pendant trente-trois jours, le torse marqué au feutre indélébile, rouge, noir, tatouée de croix pour que le médecin n'ait pas à recalculer les angles d'attaque. Jeanne, qui prendrez des médicaments pendant cinq ans, qui serez palpée, surveillée, contrôlée, qui vivrez le reste de votre vie avec cette crainte nouvelle.

Page 51, Grasset, 2019.
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