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EAN : 9782070380626
278 pages
Gallimard (25/08/1988)
3.81/5   49 notes
Résumé :
Les trois marchés de Fort-de-France sont pour les djobeurs les champs de l'existence, une manière de destin à l'intérieur de laquelle ils battent leur misère. Riches de leur seule brouette, mais aussi de leur verve et de leur tendresse, ils transportent les paniers de légumes, et les marchandes les payent selon leur cœur. Parmi eux, le meilleur : Pierre Philomène Soleil, dit Pipi, amoureux sans retour de la belle métisse Anastase. Pour s'arracher à sa passion et à l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Marie987654321
  26 décembre 2021
Pipi, autrement dit, Pierre Philomène Soleil, personnage central du récit, est un djobeur selon le terme créole issu évidemment de l'anglais : un de ces hommes qui, dans le marché de Fort de France, louaient leurs bras et leur brouette pour transporter des marchandises : le prolétariat le plus humble. Transposé aujourd'hui, ce serait un livreur Uber Eats, la brouette remplacée par un vélo et un sac isotherme.
Autour de Pipi, l'auteur nous raconte la vie de cet ancien marché de Fort de France et ses personnages, en retraçant la généalogie souvent tragique qui les a conduit en ce lieu. Ce sont souvent des femmes confrontées à la misère, aux compagnons inconstants, voire pire, et aux multiples bouches à nourrir qu'ils leur fabriquent.
Une bonne partie du récit consiste justement à retracer la vie de telle marchande en remontant sur plusieurs générations. J'ai parfois été un peu perdue entre tous les personnages, leur parents et grands parents.
Pipi est un homme fort et respecté dans son métier mais son déclin est à la fois la conséquence d'un amour non partagé pour la belle Anastase et de la fascination pour la légende d'Afoukal et du trésor que son esprit (ou le zombie qu'il est devenu?) protégerait. C'est à dire la conséquence d'un enchainement de destins personnels et d'une histoire qui le dépasse, celle de l'esclavage.
Cette "Chronique" est une oeuvre riche, permettant de multiples lectures. On y trouve une critique sociale acérée : le passé esclavagiste, puis le colonialisme et pour finir le modernisme aveugle et capitaliste qui vient détruire à la fois le marché et le jardin créé par Pipi. le passage mettant en scène Aimé Césaire est particulière acerbe bien que totalement burlesque.
On y trouve aussi une volonté de faire vivre les croyances populaires, les pratiques des papa feuilles, la magie comme explication de certaines situations.
Enfin, le style de Chamoiseau mérite l'admiration par la transcription très particulière du parler créole, des expressions populaires, par la richesse baroque du vocabulaire et du phrasé.
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sophie7169
  28 octobre 2013
Ce livre retrace l'histoire des djobeurs de Martinique. Disparus aujourd'hui, ces hommes prêtaient leurs bras, leur connaissance de la ville et leur agilité aux marchandes du marché de Fort de France. On apprend beaucoup sur la vie des marchés de Martinique et sur les coutumes de cette belle île, tout cela conté avec poésie par Chamoiseau. La langue de Chamoiseau est jolie à l'oreille, elle chante...
Mais malgré cela je suis restée assez peu intéressée par ce récit qui m'a parfois intriguée mais souvent lassée.. Des histoires de vie, souvent tristes et parfois incompréhensibles (une partie du folklore martiniquais m'est apparu assez nébuleux..). Contente d'avoir lu cet auteur, reconnu dans la littérature créole mais pas vraiment transportée par son univers...
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Rimbounours
  29 juillet 2021
Avec ce livre, Patrick Chamoiseau nous donne à voir la magie qui entoure l'île de la Martinique à travers des personnages qui, c'est peu de le dire, ne sont pas épargnés par la vie ! le récit se morcèle dans l'exposé de la venue au monde de chacun, dans des circonstances plus ou moins abracadabrantesques qui peuvent parfois lasser le lecteur. Néanmoins l'ambiance qui règne autour du marché, notamment grâce aux "djobeurs" qui transportent les légumes avec leurs brouettes, les bons mots de l'auteur et la créativité dont il fait preuve avec ses personnages donne une impression globale lumineuse d'un mode de vie achevé par les effets du capitalisme mondial.
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LydiaB
  19 avril 2010
Ce roman parle des « djobeurs », des travailleurs sur le marché de Fort-de-France. Leur monde est condamné à la disparition, mais ils résistent, ils se battent contre leur destin, leur misère. Ils ne sont pas riches, mais ils ont de la verve et du coeur. La solidarité est forte.
Lien : http://promenades-culture.fo..
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   19 avril 2010
Il connut l'émoi quand le conseil municipal de Fort-de-France se déplaça vers lui en grande pompe, le député-maire en tête. Voyant Aimé Césaire lui-même marcher à sa rencontre, l'embrasser, le déclarer Martiniquais fondamental, Pipi devint ababa. Bégayant, transpirant, il ne comprit plus rien à ce qu'on lui demandait et se révéla incapable d'expliquer ses méthodes. La machinerie du jardin lui fut soudain indéchiffrable. Césaire, patient, questionnait gentiment.
- Mais comment faites-vous pour conserver les tubercules d'ignames aussi longtemps sans qu'ils ne germent ?
- Hein ? Quoi ? Kesse ti di misié limè ? (Que dis-tu ?)
Pipi grommelait. Bafouillait. Tentait de haler un bon coup de français. Rectifiait sa tenue. Se rangeait les cheveux, doigts en éventail. Derrière, Marguerite Jupiter l'achevait à haute voix :
- Eh bien, Pipi, fiche que tu es couillon aujourd'hui, Papa-Césaire ne va pas te manger eh bien tout de même quand même, fout...
Cette visite du conseil municipal fut un fiasco. Les conseillers s'égarèrent dans le jardin miraculeux. Ils butèrent contre les fûts, mirent le pied dans les braises, passèrent au mauvais moment sous des bambous d'arrosage, s'enfoncèrent jusqu'aux genoux et durent chercher la sortie de cette jungle en une reptation pleine d'épouvante. Césaire, qui ne s'était pas trop avancé, regagna rapidement sa voiture officielle après avoir confié à Pipi :
- Cher ami, je défendrai personnellement toute entreprise à grande échelle employant vos méthodes...
Installé derrière son chauffeur, il baissa la vitre arrière et fit un signe à Pipi qui le regardait en agoulou devant un canari :
- Je vous en prie, dites-moi, lui demanda Césaire, ce qui vous a motivé, qui vous a insufflé suffisamment d'énergie pour trouver tout cela ?...
Percevant vaguement le sens de la question, Pipi cette fois oublia ses cheveux, son français, sa tenue, pour souffler rapidement :
- Ebyen misié limè, séti manmay la té fin, danne !...
Phrase que le soir au journal télévisé, après un dossier sur le Loir-et-Cher, le speaker de service traduisit par : Monsieur le Maire, les enfants avaient tellement faim !... C'est pourquoi au marché, durant une charge de temps, tout le monde crut Pipi docteur en langage de France.
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Videos de Patrick Chamoiseau (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Patrick Chamoiseau
Lecture par Greg Germain, Mariann Mathéus, Roberto Jean, Sophie Bourel & Steffy Glissant Accompagnés de Viktor Lazlo (chant), Marie-Claude Bottius (chant) & de Grégory Privat (piano) Mise en musique par le Trio Mahagony
« Every great dream begins with a dreamer. Always remember, you have within you the strength, the patience, and the passion to reach for the stars to change the world. »
Harriet Tubman

Il y a 20 ans, le 10 mai 2001, le Parlement français votait la loi reconnaissant la traite négrière et l'esclavage transatlantique comme crime contre l'humanité, loi portée et défendue par Christiane Taubira. le texte stipule en son article 1 :
« La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'Océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'Océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité. »
Dans son discours de présentation du projet de loi, Christiane Taubira déclarait :
« Nous sommes là pour dire que la traite et l'esclavage furent et sont un crime contre l'humanité ; que les textes juridiques ou ecclésiastiques qui les ont autorisés, organisés percutent la morale universelle ; qu'il est juste d'énoncer que c'est dans nos idéaux de justice, de fraternité, de solidarité, que nous puisons les raisons de dire que le crime doit être qualifié. Et inscrit dans la loi parce que la loi seule dira la parole solennelle au nom du peuple français. »
Pour commémorer ce mois des mémoires, l'institut du Tout-Monde présente un « Chaos-opéra » imaginé par Sylvie Glissant et Greg Germain.

Avec les textes de Christiane Taubira, Léon-Gontran Damas, Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Eugène Pottier, Gaël Faye, Marie-José Mondzain, Monique Arien-Carrère, Dénètem Touam Bona, Nicole Cage, Nancy Morejón, Léonora Miano, Estelle Coppolani, Aimé Césaire, Toni Morrison …

Soirée proposée par l'Institut du Tout-Monde.
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