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Une enfance créole tome 1 sur 3
EAN : 9782070400010
192 pages
Gallimard (21/06/1996)
4.15/5   80 notes
Résumé :
Patrick Chamoiseau nous donne ici ses souvenirs d'enfance.
Enfance prise dans l'En-ville de Fort-de-France, dans le giron de la merveilleuse Man Ninotte qui ne cesse d'organiser la vie familiale avec un art de vivre et de survivre dont le cocasse et la poésie nous charment. Sous le regard du négrillon se révèle la société créole chatoyante, complexe, aux origines multiples, symbolisée par une ville qui lui ressemble. Il y vivra ses premières expériences : les... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Dans un français très martiniquais (je ne parle pas du créole, qui apparaît aussi dans les paroles de la mère du narrateur) Patrick Chamoiseau nous conte les premières années de son enfance auprès de ses grands frères et soeurs et de sa maman, affectueusement surnommée Man Ninotte. Pour cela, il a choisi de suivre la voie des premières sensations, des premières émotions teintées de plaisir ou de peur.
Ce choix rend la lecture à la fois étonnamment profonde, poétique et vivante mais aussi ardue à suivre et je n'ai pas pris autant de plaisir que je l'aurais souhaité à lire ce premier tome de sa biographie.
J'ai aimé découvrir la vie martiniquaise dans les années 50, c'est ce qui m'a finalement le plus intéressée et c'est surtout ce que je recherchais en choisissant ce livre.
Chamoiseau a une écriture foisonnante, riche et très poétique qui explique sans aucun doute la reconnaissance à laquelle il a droit; mais si je continue à le lire, ce sera en m'orientant plutôt vers ses essais sur les langues françaises.
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Antan d’enfance » est paru en octobre 1990 chez Hatier, Tome I de la série « Une enfance créole ». A mon avis, c'est bien de lire dans la foulée le tome II, « Chemin-d’école », paru en 1996. D'ailleurs, dans cette chronique, j'évoquerai ce tome II tellement il est difficile à dissocier du premier.
*****
Nous avons tous des souvenirs de cette période tellement importante de l'enfance, fantastique d'expériences nouvelles. Ici elle est désignée comme « créole ». Ces récits d'un autre nous-même, si lointain et si proche en même temps, est de ceux que je conseille vivement. Avec Chamoiseau, c'est la magie d'un environnement à découvrir – dans une créolité vivante, poétique et philosophique – c'est le rapport au monde qui est questionné et, à travers la langue, la mise en présence des cultures vécue dans le respect de la diversité – "la mondialité" comme il la nomme afin de bien la distinguer de la mondialisation. Cet "Antan d'enfance" peut être une bonne porte d'entrée à une littérature antillaise, afro-caribénne, passionnante car à la croisée de bien des chemins, toute insulaire qu'elle soit.
En introduction du tome II, intitulé « Chemin-d'école », il donne toute la mesure de son acte d'écrire : « Petites personnes, des Antilles, de la Guyane, de Nouvelle-Calédonie, de l'île Maurice, de Rodrigues et autre Mascareignes, de Corse, de Bretagne, de Normandie, d'Alsace, du Pays basque, de Provence , d'Afrique, des quatre coins de l'Orient, de toutes terreurs nationales, de tous confins étatiques, de toutes périphéries d'empires ou de fédérations, qui avez dû affronter une école coloniale, oui vous qui aujourd'hui en d'autres manières l'affrontez encore, et vous qui demain l'affronterez autrement, cette parole de rire amère contre l'Unique et le Même, riche de son propre centre et contestant tout centre, hors de toutes métropoles, et tranquillement diverselle contre l'universel, est dite en votre nom. »

Souvenirs ? Paroles entendues plus tard ? On ne sait pas trop comment il peut faire ressurgir tout ça avec autant de force. L'écriture est somptueuse, mélange de français, de créole… Un poète, un conteur qui m'a enchanté avec ses histoires et ses personnages hauts en couleur.
On fait la connaissance de sa « manman », Man Ninotte, partout présente dans le premier tome et ses deux parties, SENTIR, SORTIR. L'épisode du marché et des palabres avec les marchandes, ceux des premières tentatives de sorties, de l'envie d'école comme les grands, sont particulièrement savoureux : « - aller en quel côté, han ? J'ai laissé l'âge des paraboles… s'impatientait Man Ninotte (elle redoutait, en fait, de se voir déportée dans ces enfilades de questions dont le négrillon cultivait l'expertise insensée). »
Autre personnage étonnant, et qui occupe une grande place dans "Chemin-d'école" : Gros-Lombric, un garçon de famille pauvre, écolier marron de l'Ecole coloniale, souffre-douleur du Maître : « chacun s'attendait à voir débouler de ses poches une spectrale nichée de bêtes-longues… ». Les bêtes- longues ce sont les serpents dans le langage direct et poétique de l'auteur.
Ou encore la conteuse Jeanne-Yvette qui le menait « au rythme des rafales de sa langue... »
« Elle apprit au négrillon l'étonnante richesse de l'oralité créole. Un univers de résistances débrouillardes, de méchancetés salvatrices, riche de plusieurs génies. Jeanne-Yvette nous venait des mémoire caraïbes, du grouillement de l'Afrique, des diversités de l'Europe, du foisonnement de l'Inde, des tremblements d'Asie..., du vaste toucher des peuples dans le prisme des îles ouvertes, lieux-dits de la Créolité »

La technique du cadavre exquis se révèle excellente pour faire surgir des images improbables et frappantes, ici c'est bien différent, on a des images justes et fulgurantes dans leur expressivité immédiate comme si les mots de l'oralité passaient directement dans nos veines pour répercuter les sensations sans l'artifice des phrases. Ainsi quand il écrit à l'arrivée de l'eau à Fort de France : « L'eau est arrivée ! L'eau est arrivée ! Et tout le monde courait-venir, se bousculait, réglait une vitesse sur l'eau offerte. » Je vois bouger les gens au rythme de l'écoulement d'eau !

J'ai adoré son évocation du chocolat (que j'aime aussi déguster) :
« Chocolat-première-communion
l'écrire c'est saliver
y penser c'est souffrir
communier c'est chocolat »

Et j'aime entendre : « Quelques virgules dont la manman était en retard voltigeaient leur cartable contre le mur de l'école et menaient sarabande sur le trottoir. » Les virgules ce sont les petits, ceux qui ne comptent pas beaucoup ? Les mots seraient alors les parents, les grands ?

Patrick Chamoiseau est martiniquais. C'est un auteur majeur qui a su passer les mots issus de cette culture créole, riche de son oralité, vers une langue de métissage intégrant des expressions créoles au français. Il est pour moi le chef de file de ces nombreux écrivains antillais qui ont marqué ces dernières décennies de leur folle inventivité. Je pense à Edouard Glissant, Raphael Confiant, René Depestre, Gary Victor pour ceux que j'ai lus et appréciés, mais il y en a beaucoup d'autres.
Il a obtenu le Prix Goncourt en 1992 pour l'excellent « Texaco ». Depuis ses débuts dans les années 80, il a construit une oeuvre foisonnante et reconnue avec quantité de romans, de récits, d'essais, de scénarios et même de bandes dessinées. Il s'intéresse au thème de la relation, ce qui est palpable dès cet « Antan d'enfance ». Je retiens notamment, dans une veine plus philosophique revisitant les Robinsons de Defoe et Tournier, « L'empreinte à Crusoé » paru chez Gallimard en 2012 et plus près de nous, dans un engagement que je trouve courageux, « Osons la fraternité ! Les écrivains aux côtés des migrants », où il côtoie Jean-Marie le Clézio, Tahar Ben Jelloun, Patrick Boucheron, Laurent Gaudé, Lydie Salvayre, Gary Victor... et bien d'autres « gens de plume » qui comptent actuellement.
Comme le dit Sylvain Bourmeau dans la présentation d'une émission de "La suite dans les idées" sur France culture, consacrée à cet auteur : « Dans le sillage d'Edouard Glissant, son aîné et ami, Patrick Chamoiseau bâtit une oeuvre littéraire ouverte aux grands vents du tout-monde, et qui n'hésite jamais à replacer les interactions locales concrètes dans des représentations globales et conceptuelles. »
Vous avez compris que Patrick Chamoiseau garde une bonne place dans ma bibliothèque et il y aura toujours une petite place pour déguster du chocolat... et aussi un de ses livres de temps à autre ! Par exemple le Tome III de cette enfance créole : « A bout d'enfance » paru en 2005, également chez Gallimard.
*****
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C'est un des plus beaux récits d'enfance que j'ai eu a lire. Dans une langue soutenue, poétique, mélange de français et de jeux de lettres créoles, l'auteur nous rend vivantes ses rues de Fort de France. Contes, rêves, cyclones, tout prend un air de découverte mystérieuse dans les yeux de cet enfant . Une mère idéalisée, une maison pleine de bestioles à parcourir, tout est propice à l'émerveillement et à la curiosité. le quotidien pauvre de cette famille est sublimé par l'amour. A relire
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Rien d'extraordinaire n'est conté dans ce livre, et pourtant...
Pourtant, l'écrivain, retrouvant le regard qu'il portait sur le monde alentour lorsqu'il était enfant, nous offre une vison merveilleuse de la vie.
A cet âge où tout est découverte, tout parait extraordinaire. L'écriture est portée par une langue magnifique, dans un français soutenu, émaillé de nombreuses expressions créoles. Splendide.
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Patrick Chamoiseau nous donne ici ses souvenirs d'enfance.
Enfance prise dans l'En-ville de Fort-de-France, dans le giron de la merveilleuse Man Ninotte qui ne cesse d'organiser la vie familiale avec un art de vivre et de survivre dont le cocasse et la poésie nous charment. Sous le regard du négrillon se révèle la société créole chatoyante, complexe, aux origines multiples, symbolisée par une ville qui lui ressemble. Il y vivra ses premières expériences : les jeux, la rue, les marchés, le cinéma et aussi, la négritude, l'injustice sociale, le racisme.
Chronique d'une enfance martiniquaise écrite dans une langue réinventée, Antan d'enfance allie l'art du conteur créole à celui des maîtres de la littérature classique. Emprunté Bib Che sur reco JJMalaq. Adoré. Elle m'avait prévenue :D régal total, fond et forme. Un indispensable. Je le termine avec tristesse de le quitter et l'achète en poche.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Préface d’Antan d’enfance : « [Ces textes] disent de mon enfance la magie, le regard libre, le regard autre, les effets qui ont structuré mon imaginaire, modelé ma sensibilité, et qui grouillent […] dans mes ruses d’écriture ».

Mémoire, je vois ton jeu : tu prends racine et te structures dans l’imagination, et cette dernière ne fleurit qu’avec toi (p. 71).


Sur la maison :
Les nègres avaient déjà donné dans les cases en paille, puis dans les cases en bois puis dans les cases en fibrociment… Vu leur prédisposition à être rayées des surfaces de notre boue, ces qualités de cases ne furent jamais vraiment des données du Bon Dieu. […]Le ciment était non seulement porteur d’avenir mais aussi d’un art de vivre (p. 44).

Ô mes frères, vous avez cette maison que je ne pourrais décrire, sa noblesse diffuse, sa mémoire de poussière. De la rue, elle semblait un taudis. Elle signifiait la misère du bois dans un Fort-de-France qui commençait à se bétonner les paupières. […] Située au mitan de la ville, elle nous filtrait la ville (p. 185).

Sur les mères :
Les manmans ne se reposaient jamais. Elle changeaient simplement de travail et de rythme (p. 84).

Les manmans cultivaient la fierté. Il était impensable que leurs enfants puissent ne pas bien manger. La hantise du plat vide est de culture créole, elle rode dans l’histoire et parvient jusqu’aux cases de la ville (p. 177).

Le négrillon passait les journées à la fenêtre, suivant des yeux Man Ninotte à travers le quartier. Elle n’était jamais plus à l’aise que dans l’apocalypse. S’il n’y avait plus d’eau, elle ramenait de l’eau. S’il n’y avait plus de poissons, elle brassait du poisson. Elle trouvait du pain chaud. Elle trouvait des bougies. Elle trouvait des paquets de rêves et les charriait en équilibre dessus son grand chapeau. Et surtout, elle ramenait […] des objets perdus sous une gangue sans prénoms. […] Il la voyait disparaître au bout de la rue, réapparaître à l’autre, massive et puissante sous les ailes de son chapeau, parlant fort, saluant tous, distribuant des conseils que nul ne demandait. Pour cette adversaire des déveines, le désastre était un vieil ami. Elle s’y démenait à peine plus que d’habitude et nous en extrayait le meilleur (p. 121-122).

Sur son père :
Le papa déployait un ramage du mulâtre, dense et gonflant (p. 115).

Sur la langue créole :
La langue créole avait de la ressource dans l’affaire d’injurier […] par son aptitude à contester (en deux trois mots, une onomatopée, un bruit de succion, douze rafales sur la manman et les organes génitaux) l’ordre français régnant dans la parole. Elle s’était comme racornie autour de l’indicible, là où les convenances du parler perdaient pied dans les mangroves du sentiment. Avec elle, on existait rageusement, agressivement, de manière iconoclaste et détournée. […] La langue créole est un bel espace pour les frustrations enfantines, et possède un impact souterrain de structuration psychique inaccessible aux structurations établies de la langue française (p. 69).
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On ne quitte pas l'enfance, on la serre au fond de soi. On ne s'en détache pas, on la refoule. Ce n'est pas un processus d'amélioration qui achemine vers l'adulte, mais la lente sédimentation d'une croûte autour d'un état sensible qui posera toujours le principe de ce que l'on est. On ne quitte pas l'enfance, on se met à croire à la réalité, ce que l'on dit être le réel. La réalité est ferme, stable, tracée bien souvent à l'équerre - et confortable. Le réel (que l'enfance perçoit en ample proximité) est une déflagration complexe, inconfortable, de possibles et d'impossibles. Grandir, c'est ne plus avoir la force d'en assumer la perception. Ou alors c'est dresser entre cette perception et soi le bouclier d'une enveloppe mentale. Le poète - c'est pourquoi - ne grandit jamais ou si peu.
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On ne quitte pas l'enfance, on la serre au fond de soi. On ne s'en détache pas, on la refoule. Ce n'est pas un processus d'amélioration qui achemine vers l'adulte, mais la lente sédimentation d'une croûte autour d'un état sensible qui posera toujours le principe de ce que l'on est.
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L'homme connaît aujourd'hui un faible mélancolique pour les temps de pluies, les vents humides et les nuits advenues en rivière. Peut-être même eut-il été poète s'il n'y avait pas eu autant de mauvais goût dans ces préférences trop évidemment belles.
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Contempler une flammèche le précipitait dans les anciennetés d'un arrière-monde, dans une fosse de mémoire soudain éveillée sur les craintes les plus sourdes. Le négrillon découvrait en lui d'immémoriales angoisses. Il les sentait s'ébrouer et se taire au rythme sacré de la flamme en déclin.
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Quel roman écrit dans un prodigieux cocktail de créole et de français remporta le prix Goncourt en 1992 ? Il raconte l'histoire d'un quartier de Fort-de-France…
« Texaco » de Patrick Chamoiseau, c'est à lire en poche chez Folio.
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