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ISBN : 2226016325
Éditeur : Albin Michel (23/03/1983)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Drukpa Kunley est le saint le plus populaire du Tibet. Mais par « saint », il ne faut pas entendre un moine souriant, paisible, confit en dévotion alors qu’il réciterait son chapelet. Au contraire, c’est un personnage fantasque, voire complètement fou, qui pète au nez des théologiens, qui engrosse des nonnes, qui enseigne des prières paillardes aux filles de la campagne… Mais c’est un fou divin qui, par son attitude, fait voler en éclat non seulement les conventions... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Ledraveur
  18 avril 2015
“Le Fou divin” Kunga Legpa'i Zangpo, contemporain de Sangye Tsenchen “Le Fou de Tsang” compilateur des célèbres « Cent mille chants » de l'hagiographie de Milarépa, de la « Lignée de Bouche à Oreille de Rétchoungpa » (Dordjé Drak), donne ici, à travers des “dohàs” au contenu mystique à destination d'initiés aux Lignées en question, dans une narration pantagruélique haute en couleurs !
Tout comme Rabelais en nos contrées de France, mais encore beaucoup plus au Tibet féodal du XVIe, et ce jusqu'à l'annexion de la Chine à la moitié du XXe siècle, les “connaissances universitaires” étaient sous le joug du monde religieux. L'un et l'autre s'érigèrent contre l'institution avide de pouvoir et abusive dans ses prérogatives.
Kunley égratigne et raille souvent la coutume institutionnelle de la fonction de “Tulkü”*, cette curiosité monastique tibétaine non-exportable en nos contrées de France et autres... !
N'ayant que peu de considération pour les esprits chagrins, voir très retors de ses coreligionnaires, en particulier “la gent lamaïque”, il fourbit “son instrument” à toutes les sauces, au sens propre comme au figuré, dénonçant les hypocrisies et les veuleries qu'il rencontrait au gré de ses errances.
Sous des aspects pouvant sembler grossiers, transparaît la compassion, voire la tendresse parfois, bien que rude, devant l'indécrottable épaisseur d'esprit du monde de son temps (et qui perdure !) dans sa géographie.
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*Un Tülku est un Lama Bouddha qui s'incarne dans des vies successives pour gouverner, éduquer et inspirer ses disciples dans le cadre strict de son propre monastère.
« Grand Précieux » (Rimpoche) est le terme utilisé par les dévots pour s'adresser à leur Lama ; et "les serfs" l'utilisent pour s'adresser à leur seigneur religieux. « Tulku » (incarnation) a une profonde réalité métaphysique ; il désigne l'émanation métamorphosée de l'essence du Bouddha et, dans un contexte politique, le responsable en titre d'un monastère. « Gomchen », pour lequel j'ai été incapable de trouver un équivalent vigoureux, désigne un méditant ascétique qui passe sa vie, ou du moins la majeure partie de sa vie, dans une grotte ou une hutte, souvent scellée, dans la jungle ou dans l'Himalaya immuable. (p. 19)
— cette coutume semble trouver ses origines dans la tradition animiste des “shaman”, ici probablement celle du Boëun et de l'Inde du « guruparampara » (succession de guru) et celle de la "monarchie tibétaine sacrée": http://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://en.wikipedia.org/wiki/Parampara&prev=search
— Voir également à ce sujet « Frank Fools Crow », qui lui n'accordait aucune "foi" au "réincarnationnisme" vulgaire, et ce à juste titre nous semble-t-il ... : http://www.babelio.com/auteur/Thomas-E-Mails/193485/citations/684413
Lien : http://camisard.hautetfort.c..
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Danieljean
  04 juillet 2016
On y voyage bien, on y apprend tout un tas de mot relatifs au bouddhisme, au jaïnisme, et à l'hindouisme notamment, en cela c'est instructif et donc constructif pour l'esprit.
Au delà de ça, la remise en question de sa culture et de ses représentations morales, est un atout que possède le sage personnage. Ici judicieusement le héro revendique des libertés, et une réappropriation des traditions, un peu décalé, libre et dénué de tabous.
Toutefois. la pensée de ce sacré personnage est misogyne, aphrodiste , machiste, et sexiste.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
mesrivesmesrives   25 mars 2015
A l'âge de vingt-cinq ans, Drukpa Kunley était passé maître dans les arts profanes et dans ceux de l'esprit ; il pratiquait la prescience, les matérialisations et les tours de magie. Lorsqu'il revint à Ralung pour rendre visite à sa mère, celle-ci ne sut pas voir son achèvement et le jugea simplement sur son comportement extérieur.
" Tu dois décider exactement de ce que tu es, se plaignit-elle. Si tu décides de te consacrer à la vie religieuse, tu dois travailler constamment au bien des autres. Si tu veux être un chef de famille laïc, tu dois prendre une femme qui pourra aider ta vieille mère à la maison. "
Instinctivement, Trukpa était toujours guidé par son voeu de consacrer sa vue, ses oreilles, son esprit et sa sensibilité pour guider les autres sur la voie. Il comprit que le temps était venu de faire la preuve de sa sagesse folle et néanmoins compassionnée. Il répliqua immédiatement :
- Si tu veux une bru, je vais en trouver une.
Il alla droit à la place du marché où il trouva une vieille rombière d'une centaine d'années, aux yeux bleus, aux cheveux blancs, toute voûtée et à laquelle il ne restait qu'une dent.
- Vieille Dame, lui dit-il, aujourd'hui vous devez être ma fiancée. Venez avec moi !
La vieille femme était incapable de se lever. Alors Kunley la pris sur son dos et l'amena à sa mère.
- O ! Ama, Ama ! cria-t-il, tu voulais me voir prendre femme ; eh bien ! en voici une à la maison.
- Si c'est là ce que tu peux faire de mieux, gémit sa mère, n'en parlons plus. Renvoie-la d'où elle vient ! Je pourrai faire son travail mieux qu'elle.
- très bien dit Kunley avec une feinte résignation. Si tu peux faire son travail, je la ramène.
Et il la reconduisit jusqu'à la place du marché. (...)
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LedraveurLedraveur   18 avril 2015
“Le Fou divin” Kunga Legpa'i Zangpo
Les biographies des saints tibétains sont rédigées dans trois styles différents. La « biographie externe » relate les faits concernant la vie du saint : où il est né, sa jeunesse, comment s'effectua la métamorphose de son esprit, comment il renonça aux huit préoccupations mondaines (la louange et le blâme, la perte et le gain, le plaisir et la douleur, la réputation et l'ignominie), comment il prit conscience du Karma, comment il rencontra son éducateur et se réfugia dans le Lama, comment il pratiqua les préceptes moraux, l'étude et la méditation pour obtenir la compassion relative et la compassion absolue, comment, par la fidélité à ses vœux “SAMAYA” et par l'accomplissement de deux stages de pratique tantrique, il porta son corps, ses paroles et son esprit à la pleine illumination. La biographie externe comprend aussi l'enseignement donné aux disciples ordinaires et aux débutants, et relate les événements de sa vie en termes de perception ordinaire.
La « biographie interne » insiste sur la vie intérieure en décrivant l'univers en termes d'expérience de la méditation et d'étapes de réalisation et se rapporte aux “Dieux”, aux “Dakinis”, aux “YIDAM”, aux Bouddhas et à leur Pur Pays. Elle décrit l'évolution spirituelle en termes d'énergies subtiles et se réfère au corps élémentaire et essentiel (rtsa rlung thigle).
Dans cette œuvre, les histoires sont contées surtout dans le style de la « biographie secrète ». La vie du Lama y est racontée dans les termes mêmes de son activité parfaite et aucune distinction n'est introduite entre les événements extérieurs et la vie intérieure. Le chemin du développement y est achevé et on voit le Maître atteindre le but le plus élevé avec un complet détachement. Il agit hors de toute discrimination, inhibition ou motivation égoïste pour donner un sens à la vie des autres. Cette biographie est appelée secrète parce que si l'on n'a pas pénétré l'état d'esprit du Lama on ne peut le comprendre et parce que, traditionnellement, cette littérature est cachée aux yeux de ceux qui suivent une pure discipline Hinayana ou qui empruntent le chemin altruiste du Mahayana. Un récit non censuré des faits et gestes du Lama peut être générateur de doutes et de peurs dans l'esprit des dévots. Aussi est-il tenu secret, entouré de mystère ; car la vie d'un Bouddha résout les paradoxes et les dualités de l'être. La manière dont Drukpa Kunley se comporte nous fait comprendre comment les Trois Préceptes des Trois Véhicules (Hinayana, Mahayana et Vajrayana) peuvent se combiner sans se contredire nullement.
Nous pouvons comprendre dans cette biographie secrète que Drukpa Kunley choisit ses épouses mystiques comme le fait Milarépa qui se fit assister par Tséringma pour atteindre l'illumination ultime de la sagesse et de la béatitude. Où que le Maître trouve ses épouses, sa grande félicité éveille la perspicacité naturelle de la Dakini. Saraha, après être resté longtemps à l'université de Nalanda, prit pour épouse la fille d'un forgeron (une Dakini) et dit : « Maintenant seulement je suis un vrai et pur Bhikshu. »
La vie de Drukpa Kunley nous montre un esprit libéré des préjugés, des préférences, des tendances et de l'activité mentale qui font naître en nous les tensions et la peur ; elle nous montre un mode de vie libéré des attachements émotionnels et des liens familiaux. Drukpa Kunley nous donne à voir l'indiscipline folle et l'errance libre et, ayant accompli l'objet du Dharma durant sa vie, nous fournit un exemple et une inspiration tout à fait simples. Son comportement met en pratique le précepte de Milarépa : « En ce qui concerne la manière de poursuivre votre quête intérieure, rejetez tout ce qui accroît les poisons de l'esprit et l'attachement à soi même si cela vous semble bon et, à l'inverse, pratiquez tout ce qui s'oppose aux poisons de l'esprit et aide les autres êtres même si cela vous apparaît mauvais : cela est essentiellement en accord avec le Dharma. »
p. 9 et 10
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LedraveurLedraveur   18 avril 2015
“Le Fou divin” Kunga Legpa'i Zangpo
Moi, Naljorpa toujours errant, j'ai visité une académie Kahgyu,
Et dans cette académie, chaque moine tenait en main une chope pleine de bière ; Aussi, de crainte de devenir un noceur aviné, me suis-je tenu à l'écart.
Moi, Naljorpa toujours errant, j'ai visité l'académie de Sakya,
Et dans cette académie, les moines coupaient les cheveux en quatre sur des points de doctrine ;
Aussi, de peur d'abandonner la vraie Voie du Dharma, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai visité l'académie de Galden,
Et, à Galden, chaque moine se cherchait un petit ami ;
Aussi, par crainte de gaspiller ma semence, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai visité une école de Gomchens,
Et dans chaque ermitage, le Gomchen rêvait d'une amante ;
Aussi, de peur de devenir père de famille, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai visité une académie Nyingma,
Où tous les moines aspiraient à danser la Danse du Masque ;
Aussi, effrayé de devenir danseur professionnel, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai visité des ermitages de montagne,
Où les moines amassaient les biens terrestres ;
Aussi, de peur de briser mes vœux, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai visité une fondation Charnal et ses environs,
Et dans ces lieux déserts, des Chamanes Diaboliques songeaient à la renommée
Aussi, craignant de devenir l'esclave des dieux ou des démons, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai rencontré une caravane de pèlerins,
Occupés à faire du commerce ;
Aussi, de peur de devenir un marchand cupide, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai vu un centre de retraite,
Où les méditants lézardaient au soleil ;
Aussi, craignant de m'endormir dans la sécurité d'une petite hutte, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, je me suis assis aux pieds d'un Bouddha incarné,
Qui se préoccupait constamment de ses trésors religieux ;
Aussi, redoutant de devenir collecteur d'impôts, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai connu un Lama que ses serviteurs Considéraient comme leur percepteur ;
Aussi, par peur de devenir serviteur des Disciples, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, je suis allé chez un homme riche,
Les esclaves de la richesse s'y plaignaient, comme les Denizens de l'enfer ;
Aussi, craignant de me réincarner en Seigneur des Esprits Affamés, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai visité la maison de pauvres et humbles gens,
Qui avaient mis en gage leur patrimoine et leurs biens ;
Aussi, pour ne pas couvrir ma lignée de déshonneur, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai visité le centre religieux de Lhassa,
Où les hôtesses n'attendaient que les cadeaux et les faveurs de leurs invités ;
Aussi, de peur de devenir un vil flatteur, me suis-je tenu à l'écart.
Naljorpa toujours errant, j'ai traversé tout le pays,
J'ai vu partout des gens faire leur propre malheur ;
Aussi, effrayé de ne songer qu'à moi, me suis-je tenu à l'écart. »
p. 97 et 98
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LedraveurLedraveur   18 avril 2015
“Le Fou divin” Kunga Legpa'i Zangpo
… des moines débauchés (du monastère de Tsurphu) et de mauvais présages, il entonna le chant des neuf mauvais Augures et s'en alla.
« Ici, derrière votre monastère, il y a une montagne noire, devant, un lac noir ; noir est le toit du palais, et sombre est la grande salle. Des moines — chiens noirs, un économe au visage noir, un Lama au chapeau noir, un Protecteur de la Réalité noir, des femmes aux tétons noirs ! Je ne resterai pas dans ce lieu des neuf Augures noirs. 
Alors, le Maître de la Vérité, le Seigneur des Êtres, Drukpa Kunley, décida de mettre à l'épreuve la conscience de Sakya Panchen. Il se rendit à Sakya, au temple de la Compassion aimante, au moment même où les moines y célébraient le rite funéraire annuel pour l'incarnation de la Compassion aimante. Il vit immédiatement que celle-ci s'était réincarnée dans un âne qui gravissait la colline avec peine, accablé par un énorme fardeau. Le Lama demanda au maître de l'âne de lui céder l'animal et le mena par l'oreille jusqu'au temple.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? demandèrent les moines.
— Vous le voyez : c'est un âne. Et vous, que faites-vous ?
— Aujourd'hui, nous accomplissons un rite pour le retour de feu notre Lama.
— Comment s'appelle-t-il ?
— Le Tulku* de la Compassion aimante.
— Et où est-il, à présent ? insista Kunley.
— Au paradis de Galden.
— Où est-ce ?
— C'est très difficile à trouver, dirent-ils vaguement, ne pose pas de telles questions ! »
Joignant alors les mains en signe de prière, ils fermèrent les yeux, et ne firent plus attention à lui tandis qu'ils offraient leur intercession en faveur du Rimpoche :
« Bhodhisattva de l'intelligence, qui vois l'identité dans la simplicité universelle !
Grand Être de diamant, orné des cinq perfections de l'Éveil !
Incarnation de la compassion aimante, nous te prions :
Encourage-nous par ta bénédiction suave,
Et accorde-nous la Puissance et la Conscience. »
Le Lama, alors, dédia cette prière à l'âne :
« Ô âne, la plus pitoyable des bêtes !
L'herbe et l'eau te sont rares,
Toi, toujours surchargé,
Nous prions pour ton échine meurtrie,
Pour la bénédiction de tes épaules fourbues. »

Les Lamas étaient outrés. « Prie pour notre Lama, pas pour cet âne ! hurlaient-ils.
— Mais votre Lama s'est réincarné en cet âne !
— C'est absurde !
— Écoutez ! tenta d'expliquer Kunley, lorsqu'il voyageait en Chine, au Tibet et en Mongolie, votre Lama avait l'habitude de surcharger les chevaux de la caravane, le résultat de ce karma est qu'il s'est réincarné en âne. »
----
* note 3. page 176 : Un Tulku (sprul-sku) est un Lama Bouddha qui s'incarne dans des vies successives pour gouverner, éduquer et inspirer ses disciples dans son propre monastère.
p. 66
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LedraveurLedraveur   18 avril 2015
Préface

Éloge de la sagesse folle, à Kunga Legpa'i Zangpo

Au tournant de deux siècles, le XVe et le XVIe de notre ère, l'ordre cosmique se plut à jouer un de ces tours dont lui seul détient le secret. Deux moines, formés à l'école sévère des académies religieuses, rejetèrent l'institution et s'en furent mener une vie errante, studieuse et joyeuse.
Jamais ils ne se rencontrèrent, jamais ils n'eurent connaissance l'un de l'autre. Pourtant, on peut se plaire à imaginer la rencontre, chronologiquement possible, de ces deux « buveurs très précieux », l'un de vin l'autre de bière, le Français Rabelais (1495-1553) et le Tibétain Kunley (1455-1570).
Tous deux lancèrent leurs foudres contre la religion établie, amasseuse de biens, avide de puissance temporelle et de pouvoir politique, plus attachée aux rites qu'à la vraie foi. Si les historiens s'accordent à voir dans cette période du XIVe et le XVIe siècle l'âge d'or du bouddhisme tibétain, ils notent aussi que les écoles qui se créèrent et prospérèrent alors entrèrent en rivalité pour d'autres objets que la juste pratique de la Voie. Face à ces forces belliqueuses et jalouses de leur influence, les moines errants, les Naljorpas, opposèrent leur sagesse folle, comparable en bien des points à celle d'Érasme, de Budé, de Rabelais.
Les armes de Drukpa Kunley sont le rire, la dérision, le choc psychologique. Loin de limiter ses attaques aux moines orgueilleux et opulents, il les dirige contre tout ce qui révèle l'ignorance, le dogmatisme, l'égoïsme, la lourdeur d'esprit. Emploie-t-il un vocabulaire grossier, ce n'est que pour briser les attitudes pesantes de ses auditeurs, pour les ouvrir et semer en eux une graine d'éveil, pour leur montrer le chemin de la libération. Adopte-t-il un comportement inattendu, choquant de la part d'un religieux, cruel parfois, c'est toujours pour l'amour des êtres, pour les délivrer du carcan mental de la logique qu'ils s'imposent à eux-mêmes.
Agressés par les élucubrations apparemment absurdes du Lama, ils ne peuvent que fuir ou libérer leur potentiel de saisie poétique du monde, au-delà de toute catégorie. La réalité perd brutalement de son évidence rationnelle et l'homme, soudain allégé du poids des certitudes, prend conscience que son image du monde n'est qu'une représentation parmi d'autres, un simple phénomène sans substance.
Qu'au-delà du temps et de l'espace, ils se rencontrent enfin, Kunley le Tibétain et Rabelais le Français, dans ces vers qui ouvrent le Gargantua et peuvent aussi ouvrir ce livre :
Amis lecteurs qui ce livre lisez,
Dépouillez-vous de toute affection*,
Et, le lisant, ne vous scandalisez :
Il ne contient ni mal ni infection.

D. DUSSAUSSOY

*(entendu comme : avec affectation)
p. 7 et 8
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