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ISBN : 2070343758
Éditeur : Gallimard (01/03/2007)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 8 notes)
Résumé :

C'est dans l'intimité que s'épanouissent les rencontres. Cette anthologie d'un poète, dont la voix rassemble les milieux les plus divers et dont la haute figure s'étend sur le siècle plus largement et plus profondément qu'une autre, ouvre une voie, un " chemin du secret " vers l'intimité du lecteur. La rencontre avec René Char, que les auteurs de cette anthologie ont voulue pour le grand public et plus particuli... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (1) Ajouter une critique
Dixie39
  09 janvier 2015
Samedi 20 février 1988 - Lycée Porte Océane - Terminale A1 : deux heures de philo m'attendent dés la première heure.
Brouhaha dans la salle, le prof arrive. La tête à l'envers. Sans rien dans les mains, ni livres ni cartable. le silence s'installe. Il prend la craie et note au tableau :
Les premiers instants
« Nous regardions couler devant nous l'eau grandissante. Elle effaçait d'un coup la montagne, se chassant de ses flancs maternels. Ce n'était pas un torrent qui s'offrait à son destin mais une bête ineffable dont nous devenions la parole et la substance. Elle nous tenait amoureux sur l'arc tout-puissant de son imagination. Quelle intervention eût pu nous contraindre ? La modicité quotidienne avait fui, le sang jeté était rendu à sa chaleur. Adoptés par l'ouvert, poncés jusqu'à l'invisible, nous étions une victoire qui ne prendrait jamais fin. » René Char
- René Char est mort hier. Je ne pourrais pas vous faire cours.
Il s'en va et nous laisse avec ces quelques mots et toute la force de ces lettres blanches posées au milieu.
Depuis ce jour, René Char fait partie de mon univers.
Durant ces heures difficiles, j'ai fini cette anthologie dont je lisais jour après jour, un poème. J'ai lu et relu. J'ai puisé dans la force de ce poète exceptionnel, dans les traces de ses luttes, de ses amours, de sa Sorgue, de ses amis de coeur et de combat, avec en tête la puissance de sa voix, de cet accent chantant et de son rythme traînant, un réconfort.
J'ai rajouté cette introduction, personnelle et dont on peut me faire reproche car elle n'a rien de « critique », en pensant à tous ces professeurs, dans toute la France et ailleurs, qui ont transmis à leurs élèves ce respect dû à ceux et celles qui sont tombés, ce mercredi 7 janvier 2015. Je veux imaginer un « Je suis Charlie » sur tous les tableaux qui ne sont maintenant plus noirs de France et quelques bons mots et dessins bien sentis tout droits sortis de Charlie Hebdo...
Et dans 20 ou 30 ans, un ou une se souviendra et viendra ici même porter témoignage, remonter à l'origine de la trace indélébile que rien n'aura effacée : « Poncés jusqu'à l'invisible ... » 
Voici la critique telle qu'elle aurait dû être :
Cette anthologie avec photos, dessins et extraits manuscrits est un vrai régal. Elle ouvre, à qui ne connaîtrait pas encore le poète, les portes de sa poésie qu'on a souvent tendance à considérer difficile. L'ordre chronologique permet de mesurer l'évolution et la quête du poète. Chaque recueil est présenté et chaque poème sélectionné est accompagné d'un court texte qui nous permet d'en mesurer toute la portée en nous en donnant certaines clefs. Mais le but n'est pas de déchiffrer une poésie qui prend toute son ampleur « à voix haute » et n'a pas vocation à se laisser démembrer. La poésie de René Char est résistance, non par sa difficulté, mais par la liberté qu'elle nous donne, de faire nôtre ses sonorités puissantes, ses « traces de son passage », qui importent tout autant que le sens. « Seules les traces font rêver. »
Edmond Jabès, dans un hommage au poète dans un numéro spécial du « Monde », disait ceci (p423 de Poèmes en Archipel) :
« Entendre le silence intérieur : c'est entendre la voix de René Char, celle de tous les jours et de toutes les nuits. L'engagement de René Char est d'abord l'engagement de sa poésie.
Aujourd'hui, où tant de haine et d'exclusion empoisonnent nos existences, la parole poétique de René Char s'impose plus que jamais. »
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Citations & extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
ErveineErveine   23 octobre 2016
Envoûtement à la Renardière

Vous qui m’avez connu, grenade dissidente 1, point du jour déployant le plaisir comme exemple, votre visage ― tel est-il, qu’il soit toujours ―, si libre qu’à son contact le cerne infini de l’air se plissait, s’entrouvrant à ma rencontre, me vêtait des beaux quartiers de votre imagination. Je demeurais là, entièrement inconnu de moi-même, dans votre moulin à soleil, exultant à la succession des richesses d’un cœur qui avait rompu son étau. Sur notre plaisir s’allongeait l’influente douceur de la grande roue consumable du mouvement, au terme de ses classes 2.
À ce visage ― personne ne l’aperçut jamais ―, simplifier la beauté n’apparaissait pas comme une atroce économie. Nous étions exacts dans l’exceptionnel qui seul sait se soustraire au caractère alternatif du mystère de vivre.
Dès lors que les routes de la mémoire se sont couvertes de la lèpre infaillible des monstres, je trouve refuge dans une innocence où l’homme qui rêve ne peut vieillir. Mais ai-je qualité pour m’imposer de vous survivre, moi qui dans ce Chant de Vous me considère comme le plus éloigné de mes sosies ?

1. Fruit aux grains multiples sous une unique peau.
2. Lente course du soleil jusqu’au retour des écoliers. (p.101)
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Dixie39Dixie39   15 juillet 2016
... Je veux n'oublier jamais que l'on m'a contraint à devenir - pour combien de temps ? - un monstre de justice et d'intolérance, un simplificateur claquemuré, un personnage arctique qui se désintéresse du sort de quiconque ne se ligue pas avec lui pour abattre les chiens de l'enfer.
(...)
Quelle entreprise d'extermination dissimula moins ses buts que celle-ci ? Je ne comprends pas, et si je comprends, ce que je touche est terrifiant. A cette échelle, notre globe ne serait plus, ce soir, que la boule d'un cri immense dans la gorge de l'infini écartelé. C'est possible et c'est impossible.
1943 - Billets à Francis Curel -
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Dixie39Dixie39   06 décembre 2014
ALLÉGEANCE

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus : qui au juste l'aima ?

Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas ?
+ Lire la suite
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Dixie39Dixie39   06 décembre 2014
QU'IL VIVE !
Ce pays n'est qu'un vœu de l'esprit, un contre-sépulcre.

Dans mon pays, les tendres preuves de printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.

Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n'avoir pas de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays, on remercie.
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Dixie39Dixie39   30 novembre 2014
DÉPENDANCE DE L'ADIEU

A mon tour d'entrer en éruption
Tablier du forgeron ciel charnel de ma sombre enfance

Tandis que vous glissez sur la pente du ventre
Pour mieux vous perdre dans la gerbe
Yeux vous êtes les éclaireurs médiums du néant
Grandeur en sommeil sur la plaie ouverte

Peau il a fallu fouiller votre riche sous-sol
Sans briser ton cœur immigrant ô pesanteur ô favorite

Sociables communicants
Nous sommes entrés dans l'écart
Limon secouru nuit guérie

Apprenti de la combustion
Sens palpiter l'oubli nouveau baisé
(Fileront quelques hautes berges de sang fossile
Pour dominer nos jeunes mœurs)

Patiente et tendre équilibrée
Biens des peuples silencieux
Poussière tu m'émeus aux larmes



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Videos de René Char (36) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de René Char
Émission « Un siècle d'écrivains », numéro 150, diffusée sur France 3, le 11 février 1998, et réalisée par Marie-Claude Char et Jacques Malaterre.
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