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Critique de Dixie39


Dixie39
  09 janvier 2015
Samedi 20 février 1988 - Lycée Porte Océane - Terminale A1 : deux heures de philo m'attendent dés la première heure.
Brouhaha dans la salle, le prof arrive. La tête à l'envers. Sans rien dans les mains, ni livres ni cartable. le silence s'installe. Il prend la craie et note au tableau :
Les premiers instants
« Nous regardions couler devant nous l'eau grandissante. Elle effaçait d'un coup la montagne, se chassant de ses flancs maternels. Ce n'était pas un torrent qui s'offrait à son destin mais une bête ineffable dont nous devenions la parole et la substance. Elle nous tenait amoureux sur l'arc tout-puissant de son imagination. Quelle intervention eût pu nous contraindre ? La modicité quotidienne avait fui, le sang jeté était rendu à sa chaleur. Adoptés par l'ouvert, poncés jusqu'à l'invisible, nous étions une victoire qui ne prendrait jamais fin. » René Char

- René Char est mort hier. Je ne pourrais pas vous faire cours.
Il s'en va et nous laisse avec ces quelques mots et toute la force de ces lettres blanches posées au milieu.

Depuis ce jour, René Char fait partie de mon univers.
Durant ces heures difficiles, j'ai fini cette anthologie dont je lisais jour après jour, un poème. J'ai lu et relu. J'ai puisé dans la force de ce poète exceptionnel, dans les traces de ses luttes, de ses amours, de sa Sorgue, de ses amis de coeur et de combat, avec en tête la puissance de sa voix, de cet accent chantant et de son rythme traînant, un réconfort.

J'ai rajouté cette introduction, personnelle et dont on peut me faire reproche car elle n'a rien de « critique », en pensant à tous ces professeurs, dans toute la France et ailleurs, qui ont transmis à leurs élèves ce respect dû à ceux et celles qui sont tombés, ce mercredi 7 janvier 2015. Je veux imaginer un « Je suis Charlie » sur tous les tableaux qui ne sont maintenant plus noirs de France et quelques bons mots et dessins bien sentis tout droits sortis de Charlie Hebdo...
Et dans 20 ou 30 ans, un ou une se souviendra et viendra ici même porter témoignage, remonter à l'origine de la trace indélébile que rien n'aura effacée : « Poncés jusqu'à l'invisible ... » 

Voici la critique telle qu'elle aurait dû être :

Cette anthologie avec photos, dessins et extraits manuscrits est un vrai régal. Elle ouvre, à qui ne connaîtrait pas encore le poète, les portes de sa poésie qu'on a souvent tendance à considérer difficile. L'ordre chronologique permet de mesurer l'évolution et la quête du poète. Chaque recueil est présenté et chaque poème sélectionné est accompagné d'un court texte qui nous permet d'en mesurer toute la portée en nous en donnant certaines clefs. Mais le but n'est pas de déchiffrer une poésie qui prend toute son ampleur « à voix haute » et n'a pas vocation à se laisser démembrer. La poésie de René Char est résistance, non par sa difficulté, mais par la liberté qu'elle nous donne, de faire nôtre ses sonorités puissantes, ses « traces de son passage », qui importent tout autant que le sens. « Seules les traces font rêver. »
Edmond Jabès, dans un hommage au poète dans un numéro spécial du « Monde », disait ceci (p423 de Poèmes en Archipel) :
« Entendre le silence intérieur : c'est entendre la voix de René Char, celle de tous les jours et de toutes les nuits. L'engagement de René Char est d'abord l'engagement de sa poésie.
Aujourd'hui, où tant de haine et d'exclusion empoisonnent nos existences, la parole poétique de René Char s'impose plus que jamais. »
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