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ISBN : 2021163024
Éditeur : Seuil (06/03/2014)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
« Aujourd’hui, toute doctrine qui se refuse à envisager les conséquences du progrès, soit qu’elle proclame ce genre de problèmes secondaires (idéologie de droite), soit qu’elle le divinise (idéal de gauche), est contre-révolutionnaire. »

Visionnaires, Charbonneau et Ellul rejetèrent dos à dos les voies libérales, soviétique et fascistes. Dès les années 1930, ils ouvrirent une critique du « Progrès » et du déferlement de la technique et de la puissance... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
duplau
  01 juillet 2016

Comme sur tant d'autres points, Ellul et Charbonneau, même (absence de) combat : ce dernier déclare que le conflit oppose
... les Munichois persuadés qu'on n'aurait pas la guerre si on cédait à Hitler et les Anti-Munichois persuadés qu'il n'y aurait pas de guerre si on était prêts à la faire.
Tandis qu'Ellul considérait que
... Munich aboutirait à laisser les mains libres à Hitler et détruirait la confiance que nos alliés avaient en nous. Mais être anti-Munichois me semblait d'un irréalisme total. Je disais alors : "Pour engager le combat, c'est trop tard ou c'est trop tôt". C'est trop tard parce que, si on avait voulu gagner la guerre contre Hitler, c'est en 1935 qu'il aurait fallu la déclencher lors de l'occupation de la Ruhr. C'est trop tôt parce que, si on veut vraiment faire la guerre à Hitler, il faut s'armer, nous ne sommes plus en mesure de répondre militairement. Je considérais alors que les anti-Munichois étaient des rêveurs idéalistes, pleins de bons sentiments, mais qu'ils ne comprenaient pas que déclarer la guerre à ce moment, c'était aller à la défaite à cause de la disproportion des forces en 1938 : il fallait avoir un délai pour se "sur-armer". En disant cela, je ne me prononçais nullement pour la guerre ni pour un sur-armement.
À rapprocher aussi de Camus écrivant en 1940 :
Les événements vont à une telle allure que la seule attitude sage et courageuse, c'est le silence. On peut utiliser cette guerre pour une sorte de méditation soutenue qui préparera l'avenir.
Encore plus intéressante est la critique par Charbonneau du pacifisime intégral (qu'on appelait aussi à l'époque pacifisme sociologieu), rejet que je trouve toujours difficile à argumenter face à l'irénisme des membres de l'Union Pacifiste, par ailleurs très sympathiques mais dont les impératifs catégoriques vont à l'encontre d'un Manouchian (à plus forte raison d'un poseur de bombes libertaire tuant un élu de la République !) : il reproche par exemple à Jean Giono ou Romain Rolland leur idéalisation de la nature humaine, censée être dominée par un élan d'amour et de paix, idéal que Charbonneau voit comme un horizon à atteindre par chacun (donc une sorte d'utopie individuelle) au prix d'un conflit _avec soi-même_ et non avec autrui :
L'erreur du pacifisme c'est en quelque sorte l'"isme", de former un système qui élimine la contradiction de l'impératif spirituel et du donné. Certes il ne se trompe pas sur l'essentiel : le refus de tuer, de la guerre. Mais c'est un impératif spirituel et moral propre à l'espèce humaine - au moins au christianisme et à quelques grandes religions, qui ont éveillé le désir d'un univers où la loi d'amour succéderait au rapport de force. Et ce désir ne peut être vivant que dans chaque homme. Les pacifistes n'ont donc pas tort, ils ont seulement celui de fuir l'angoisse et l'effort désespérant qu'impose l'obligation de faire passer l'idéal dans une réalité naturelle et sociale qui lui résiste. Ils se refusent à admettre qu'ils défient la nécessité. En ceci, ils s'apparentent aux bellicistes qui, tout en se disant, non sans satisfaction, "il y aura toujours des guerres", en font volontiers la source de la morale et de la religion.
(L'Adieu aux armes. Méditation sur la guerre)
Il décrit la nouvelle forme de la guerre, une "guerre totale", caractérisée par la dé-personnalisation engendrée par cette "lutte de brute", dans laquelle
[...] pour le civil comme pour le militaire, la guerre signifie : beaucoup de chances d'être tué et toutes les chances d'être pris.
Ce en quoi les guerres modernes lui donnent tort concernant les militaires : seuls les civils sont menacés dans nos guerres asymétriques, de part et d'autre !
La "guerre totale" aboutit aussi à imposer une forme de dictature dans tout Etat qui y participe :
La défaite aide les démocraties à se plonger dans la guerre totale. L'urgence du péril leur impose la dictature, élimine ce qui pouvait subsister en elles de scrupules.
Il prône "le silence et la réflexion d'un individuel", par opposition à "la communication et l'action avec autrui", comme facteurs de paix, disant qu'ainsi :
La violence qui pousse [notre espèce] à s'enchaîner et s'entredétruire sera sublimée en violence spirituelle. "Si vis pacem, para bellum". C'est d'abord en faisant la guerre à soi-même que l'on conquiert la paix.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   20 septembre 2014
C'est l'idéologie du Progrès qui nous tue et c'est contre cette idéologie, pour une reprise en main de la civilisation actuelle que la Révolution sera faite. Vous savez que je parle ici au nom des mouvements personnalistes, qui forment à l'heure actuelle le seul embryon de société révolutionnaire, parce que, seuls, ils ont une réalité à défendre : la personne, et seuls ils tentent une critique véritable des aspects du monde actuel. Nous pourrions nous dire ni de droite ni de gauche; nous n'y songeons même pas, car nous ne nous ne situons pas par rapport à la droite et à la gauche. Nous ne pourrions pas nous situer dans un Parlement quelconque; nous sommes ailleurs et, lorsque nous parlons instinctivement, nous pensons non à nos adversaires , mais à la rue que nous prenons tous les jours pour aller au travail, à l'argent qui sonne dans notre poche, aux amis et connaissances. Pour la plupart, nous ne nous occupions pas de politique ; non parce que les chefs nous semblaient tarés, mais parce que l'activité des partis nous semblait absolument illusoire. Notre vie, c'est la ville, ce travail où nous devons nous spécialiser de plus en plus, cet argent qui exige de nous des gestes de plus en plus stricts. Peut-être aurions-nous fait d’excellents pêcheurs de truites ou d'excellentes spécialistes des institutions consulaires dans le Midi. Mais jusqu'au bord des rivières, les employés du gouvernement venaient nous conseiller d'employer ceratins appats. Nous ne vivions pas, nous étions vécus, et les débats philosophiques les plus intéressants, l'opposition de nos convictions religieuses, étaient des débats purement formels sans interet; car aucun de nous ne pouvait vivre sa religion. Debout ou portés par les trains, nous regardions se dérouler la vie extérieure comme un spectacle sur lequel nous ne pouvions rien. On aurait pu jouer des pièces plus intéressantes avec des chœurs de militants, de belle exécution, on aurait pu nous donner un uniforme , des titres et des décorations , rien n'aurait été changé, sinon la classe de notre enterrement. Finir sans comprendre dans le hasard d'une cité-jardin ou dans le recoin de quelque guerre à perte de vue. Ceci était absurde et notre attitude ne pouvait être vis-vis de nous même et du monde extérieur que l'ironie. Fragile rempart avant le dégoût total.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   16 septembre 2014
La Révolution ne se fera pas contre des hommes mais contre des institutions. Tant pis pour la police qui garde les banques.
La Révolution ne se fera pas contre le grand patron mais contre la grande usine.
La Révolution ne se fera pas contre les bourgeois mais contre la grande ville.
La Révolution ne se fera pas contre le fascisme ou le communisme mais contre l'Etat totalitaire, quel qu'il soit.
La Révolution ne se fera pas contre M. Guimier mais contre l'agence Havas. La Révolution ne se fera pas contre les 200 familles mais contre le profit.
La Révolution ne se fera pas contre les marchands de canons mais contre les armements. La Révolution ne se fera pas contre l'étranger mais contre la nation.
La Révolution n'est pas une lutte des classes, elle est une lutte pour la liberté de l'homme.
Si nous repoussons toujours le premier terme, c'est qu'il permet toutes les hypocrisies, et convient aussi bien à une révolution fasciste que communiste - le second terme ne permet pas de compromission. (p. 62)
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   16 septembre 2014
L'art et la culture ne peuvent faire l'objet d'un programme - l'art ne se conserve pas. Il n'y a pas d'art dans un musée - l'art n'obéit pas à une règle traditionnelle. Il ne consiste pas dans l'admiration des chefs-d'oeuvre anciens. L'art et la culture se font au jour le jour. Et chaque civilisation a les arts et la culture qu'elle mérite. Nous aurons le signe d'une vraie révolution faite lorsque nous verrons un art nouveau se dégager de lui-même et sans théories. (p. 79)

Jacques Ellul et Bernard Charbonneau
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   18 septembre 2014
Malgré les prisons et les massacres, communisme, libéralisme et fascisme ont au fond le même argument dernier, mesurable en francs, en tonnes et en hectolitres : la production.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   20 septembre 2014
Alors qu'importe la réussite, il n'est qu'une voie, le sort en est jeté, il nous faut vivre ! Il n'y a pas les révolutions possibles ; il y a l'unique révolution nécessaire.
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