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Critique de Woland


Woland
  06 juin 2016
No Orchids For Miss Blandish / Pas d'Orchidées Pour Miss Blandish

Pour quiconque a vu le film éponyme de Robert Aldrich ou encore l'adaptation théâtrale qu'en fit Robert Hossein, il est évident que le roman de Chase ne saurait prétendre à la première place qui, logiquement, devrait pourtant lui revenir dans l'histoire. Si l'on excepte en effet son titre, lumineux et implacable, un ou deux personnages (comme Eddie Schultz et le détective privé Fenner) qui ont tout de même une certaine "présence", et une fin qui, indiscutablement, possède quelque chose de la tragédie grecque, le livre de l'auteur britannique ne passe pas.

Un effet de la traduction ? Peut-être ...

Mais surtout le parallèle que le lecteur aguerri est incapable de ne pas établir entre "Pas d'Orchidées ..." et le "Sanctuaire" de Faulkner. Il y a là-dedans trop de similitudes qui ne peuvent que semer le trouble entre les deux ouvrages et, à l'arrivée, c'est Chase qui est bel et bien perdant. A côté de cette splendeur qu'est "Sanctuaire", parfait jusqu'au dernier pli du baisser de rideau, "Pas d'Orchidées Pour Miss Blandish" joue dans la cour du sordide sans grâce ni génie. le Slim Grisson imaginé par l'Anglais aura beau faire tous les moulinets qu'il veut avec sa lame ensanglantée, et ceci même en se réfugiant à l'abri des jupes de sa mère, qu'il n'arrivera jamais au niveau de terreur et de tension que crée, chez le lecteur, la simple mention du nom de Popeye, le bootlegger à l'épi de maïs que Faulkner fit entrer très tôt dans la légende de la Littérature.

Huit années séparent la parution des deux ouvrages, "Sanctuaire" apparaissant dès 1931 et "Pas d'Orchidées ..." en 1939. Et c'est malheureusement assez pour se dire que Chase a lu la prose du Sudiste et que l'énorme succès - en partie de scandale mais largement mérité - remporté par l'oeuvre de Faulkner lui a donné des idées ...

Le problème, c'est qu'il n'est pas à la hauteur. Entendons-nous bien avant de poursuivre. Je ne parle pas ici de plagiat mais de simple inspiration : les histoires de gangs américains dans les années trente se ressemblent toutes plus ou moins, nous le savons bien. Mais Faulkner avait le génie, ce petit "plus" qui ne s'explique pas et qui fait de son "Sanctuaire" un Incontournable de la littérature américaine et mondiale, qui va, d'ailleurs, bien au-delà du genre choisi. Son livre, qui s'intègre parfaitement au reste de l'oeuvre, a, nous l'avons déjà dit et répété, la splendeur du théâtre antique (remarque que l'on pourrait se permettre aussi pour "Le Bruit & la Fureur" ou encore "Absalon ! Absalon !").

A l'exception de la trouvaille authentiquement tragique qu'est sa fin, "Pas d'Orchidées Pour Miss Blandish" reste pour sa part, du début jusqu'à l'avant-dernier paragraphe, dans le glauque et la noirceur dernière catégorie. En dépit de tous leurs efforts, et peut-être parce que ceux-ci sont trop marqués, la débilité mentale et le sadisme de Slim ne parviennent pas à s'élever au niveau de l'impuissance et de la cruauté de Popeye. Nul ne sait ce que Faulkner aurait pu faire d'eux et de leurs tares mais il n'aurait certainement pas cru que cette accumulation de tares suffirait à asseoir son intrigue. Conscient sans doute de ses faiblesses, Chase tente de se rétablir la situation en introduisant dans son scénario le personnage de la Mère et l'inévitable relation Mère-Fils entre les Grisson. Mais, si redoutable qu'elle sache se montrer, 'Ma ne peut suffire à tout. Les personnages de "Sanctuaire" se suffisent à eux-mêmes et vont d'un pas assuré. Ceux de "Pas d'Orchidées ..." boitillent, marchent en zigzag, titubent même et ne font guère illusion : en un mot comme en cent, ils ne tiennent pas la route.

Bref, quoi qu'on ait pu vous en dire, vous pouvez vous abstenir de lire le roman de Chase et lui préférer de très loin la version filmée qu'en a fait Aldrich, ce maître du film noir - et cela bien qu'il ait triché lui aussi avec la réalité, se heurtant à la difficulté de l'incarnation de Slim Grisson qui risquait de choquer en raison de son problème mental. Dans son adaptation personnelle, Robert Hossein eut d'ailleurs lui aussi, rappelons-le, bien du mal avec le rôle. ;o)
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