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Pierre Moreau (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070370177
306 pages
Gallimard (03/04/1978)
  Existe en édition audio
3.42/5   428 notes
Résumé :
Chateaubriand a toujours estimé qu’il appartenait à une « génération perdue » : celle qui a vu le rationalisme optimiste des Lumières se compromettre dans la faillite sanglante de la Terreur. Adam a voulu goûter du fruit défendu : au lieu de devenir semblable à Dieu, il s’aperçoit qu’il est nu. Œdipe croyait régner dans la clarté paisible des énigmes résolues : il ne découvre plus, au cœur de sa destinée, qu’inceste et parricide. Il ne reste plus à Prométhée qu’à no... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
3,42

sur 428 notes

Nastasia-B
  08 octobre 2014
♫ TARI-TARA-TATARIIII ♪
- Qu'est-ce que c'est ?
- Nastasia qui sonne l'hallali.
- Nasta qui ? qui sonne l'Allah quoi ?
- L'hallali pour Atala.
- Ah la lie ! pour Attali ou Hauts les lits ! pour Attila ?
(Soupirs...)
Eh oui. C'est dur à dire, c'est à peine si j'ose... Mais il faut bien admettre qu'Atala est vraiment une sorte de condensé de ce que j'aime le moins dans la Littérature. C'est ronflant, c'est larmoyant, c'est grandiloquent, c'est pro religieux, c'est bancal, c'est artificiel, c'est faux, c'est bien pensant, c'est mal observé. Bref, c'est ennuyeux.
À vouloir trop en faire, à vouloir en mettre plein la vue dans les salons, à vouloir faire un château brillant, Chateaubriand fait dans la cabane terne. Il a des mots énormes plein le gosier, des formules baroques à n'en plus finir là où la simplicité des lieux, des gens, des moeurs attireraient plus volontiers une certaine sobriété. Il fait parler ses indiens non comme des indiens mais comme des bigotes bretonnes armées de corsets bien rigides en guise de carquois et de coiffes bigouden à la place des plumes.
Si vous hésitez encore entre le missel et Atala, choisissez le missel car ça raconte à peu près la même chose et au moins vous pourrez vous essayer au chant. Pouah ! j'en ai les mains qui collent à force de tripoter ce chapelet poisseux de la littérature romantique. (Dans cette oeuvre, Chateaubriand se révèle de la lignée qui fleurira les Paul Claudel et consort du XXème siècle, c'est dire si j'en raffole.)
On ne peux pas non plus tout lui reprocher, il y a de temps en temps deux ou trois formules acceptables mais franchement, les auteurs du XVIIIème savaient être si alertes, si subtils, si fins, les Marivaux, les Voltaire, les Diderot, les Laclos, les Beaumarchais que ce malheureux François-René de Chateaubriand fait vraiment très pâle figure face à de tels devanciers.
Alors, si l'histoire peut vous intéresser, vous assisterez à la narration d'un indien Natchez, Chactas, qui dévoile à son fils adoptif René (un Européen qui a décidé de vivre à l'indienne) l'histoire ancienne de ses amours platoniques (faute de mieux) avec la belle métis Atala.
Amours fulgurantes, transfigurantes, inconditionnelles, immaculées, pieuses et délectables, mais, malheureusement impossibles, car sans quoi, on ne pourrait pas prendre plaisir à succomber avec un crucifix entre les mains.
Le bon sauvage, la belle jeune fille, le gentil chrétien... Pfffffff ! Qu'est-ce que ça m'horripile les machins dans ce genre ! Mais bon, je préfère m'arrêter là et ne pas en dégoûter ceux qui pourraient prendre plaisir à cette lecture. D'ailleurs, ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, plus que jamais, très peu de chose.
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Alexein
  11 août 2016
Atala résonne comme une parabole biblique, une histoire déclamée par une voix incroyablement solennelle. Ce récit est entièrement empreint d'une grâce qui par moments va jusqu'à l'affectation. L'histoire est simple et déchirante : la passion entre deux Indiens d'Amérique à qui le destin refuse la félicité ; à la manière d'une tragédie grecque, les héros sont les jouets de la Providence.
Ce livre est une splendeur de style. Il annonce le romantisme sans demi-mesure. Les phrases coulent au point que cette lecture est d'un agrément exquis. On reconnaît dans les lamentations d'Atala sur l'exil de sa patrie indienne un Chateaubriand qui chante à la manière des anciens les cruelles douleurs de son propre exil pendant la période de chaos que connut la France suite à la Révolution. Réfugié en Angleterre, il vécut des périodes très difficiles et connut les affres de la faim.
La grande originalité de cette oeuvre réside dans l'extrême raffinement, la puissance des images et la grande beauté de la langue. Cette histoire est pathétique à souhait et peut-être l'est-elle trop. Écrite pendant une période de troubles politiques et de malheurs personnels (perte d'une de ses soeurs et de sa mère), elle montre d'une manière très rude les aspirations grandioses, les doutes et les angoisses d'un esprit chrétien qui sut porter le logos à des hauteurs éblouissantes et fit ainsi une remarquable entrée en littérature.
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OverTheMoonWithBooks
  13 février 2013
La découverte du Romantisme en littérature a été une vraie révélation pour moi. D'abord timidement à la fin du collège, puis au lycée : l'apothéose !
Les premières oeuvres emblématiques que j'ai lu étaient celles, comme beaucoup je pense, de Victor Hugo, Alfred de Musset et Lamartine.
(il y en a eu d'autres bien sûr, mais ceux-là ont été les premiers)
Prise par cette nouvelle passion, j'ai décidé par moi-même d'en connaître plus. J'avais croisé le nom De Chateaubriand dans le livre de français. C'était un extrait des Mémoires d'Outre-tombe. Mais l'autobiographie n'a jamais été un genre qui m'a beaucoup attirée. Alors direction le CDI, et là je tombe sur Atala et René : qu'à cela ne tienne je commence à le feuilleter.
(et puis j'ai été tellement emballée que j'ai été l'acheter rien que pour la satisfaction de dire qu'il était à moi! et oui,...)
Lire Chateaubriand, c'est une expérience particulière. Avec son écriture - à l'inverse d'autres auteurs de ce courant - j'avais l'impression quasi permanente d'être dans un tableau. Un tableau comme ceux de C. D. Friedrich, où l'homme se retrouve bien petit devant l'oeuvre du Temps et de la Nature. Beaucoup de nostalgie, de mélancolie et de sentiments exacerbés.
Avec, une petite touche en plus qui là par contre m'a un peu gênée, c'est le côté "Catho superstar" de l'auteur qui transparaît très clairement dans ces deux courts récits.
Avec Atala, il revisite, à sa façon, le mythe du bon sauvage et du fameux fardeau de l'homme blanc dont parlait Kipling - et Rousseau. Et dans René, ... autre histoire ! Ici, il semble qu'il est voulu ré-écrire un épisode biblique en parlant d'un amour interdit : celui d'un frère et d'une soeur....
En refermant ce livre je suis restée assez perplexe. Convaincue d'avoir lu quelque chose de poétique certes, mais pour le reste ...
Mon avis sera peut-être plus tranché une fois que j'aurai trouvé le courage de me plonger dans les Mémoires d'Outre -tombe qui sait ? !
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Simonbothorel
  22 novembre 2021
Ce roman court et ces deux nouvelles De Chateaubriand apparaissent ensemble et pour la première fois dans le tome XVI des Oeuvres complètes de l'auteur français. Avant cela, Atala et René étaient réunis dans le célèbre Génie du Christianisme, ce qui fait sens car, les deux récits entretiennent un lien direct entre les personnages et surtout entre les thématiques. Mais, le Dernier Abencerage colle merveilleusement bien avec les deux autres histoires car les trois oeuvres parlent de la même chose : celui de l'exil. Un exil qui est un chant élégiaque et un appel au voyage, à l'exotisme et au fait de s'éloigner pour se plonger dans notre soi intérieur. Chateaubriand est souvent considéré comme un écrivain du préromantisme et étant surtout à l'aune du romantisme. Chez lui, son romantisme est très religieux car la religion est un moyen de conférer une intensité aux émotions, elle créait une profondeur psychologie poétique et surtout passionnelle. Les trois hommes au centre des récits sont soustraits à une forme de péché et par ce biais, l'écrivain s'adonne à démontrer les nuances, les complexités et les contradictions de l'esprit humain. La religion n'est pas là pour être moralisatrice, mais pour élever l'âme et s'enivrer de tout ce qui entoure l'Homme. C'est ainsi que l'écriture De Chateaubriand prend une dimension lyrique à tous les niveaux, il donne à ses images une splendeur mystique, un onirisme étrange et une picturalité sensorielle. Avec ces trois oeuvres, l'auteur parle du moi intime, du coeur et du lien omnipotent entre la Grâce et la Nature, des choses divines qui dépassent l'humain, du débordement imaginatif, du Paradis perdu, des espaces illimités du désir et à chaque fois d'une histoire sur un amour impossible.
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Pour commencer ce livre magnifique, Atala prend pour cadre celui du Nouveau Monde et il est le fragment de l'épopée des Natchez, un livre-fleuve que le romancier abandonnera. Il parle d'un certain Chactas, un vieux amérindien racontant son histoire à un Européen adopté par les siens, un certain René et qui à son tour racontera son passé dans la nouvelle du même nom que le personnage. le vieil homme était un jeune garçon s'étant laissé charmer par Atala, une amérindienne chrétienne vouée par sa mère à la virginité et qui tombe amoureuse de Chactas, après que ce dernier se soit fait prisonnier par sa tribu. En le libérant de ses chaînes, ils vivent une idylle sans espoir car pris par des remords et par un désespoir de culpabilité, elle s'empoisonne et meurt auprès de son amant et du père Aubry, un vieux missionnaire ayant recueilli les jeunes amoureux dans leur exil. La première chose à noter, c'est la magnificence des paysages américains dont Chateaubriand capture toute la colorisation, sa faune et sa flore, la grandeur de ses espaces, la variété des nuances visuelles, ses odeurs, ses lumières, ses sons et ses sensibilités plastiques. Inspiré par ses propres voyages, l'auteur français n'a pas hésité à reconstituer à sa manière la géographie et les distances entre les plusieurs lieux qu'il décrit. Cette façon de ne pas respecter la spatialisation permet d'entreprendre sans fioriture une épopée rousseauiste sur les Sauvages. Chateaubriand ne fait pas de ses protagonistes des sauvages primitifs, car ce sont avant tout des rêveurs d'une profonde tragédie. En effet, Atala prend la forme d'une tragédie grecque dans sa pure origine, tout en évoquant un style proche du néoclassicisme. C'est un récit à la fois anthropologique mais surtout dramatique mais sans l'aspect romanesque (ni d'intrigue clair, ni de rebondissement, ni de psychologie classique, etc.). le livre est un rêve au rythme sensoriel, une longue poésie antique, une variation sonore intériorisée et faisant un lien métaphysique avec les sentiments émotionnels. Ces deux étrangers lointains sont tiraillés passionnellement par leur origine, la religion (une chrétienne sauvageonne qui tombe amoureuse d'un amérindien païen) et par leur amour intensément court et passionnellement douloureux. Chateaubriand se confronte aux moeurs indiennes et ces dernières se confrontent à la civilisation occidentale. La rencontre fortuite entre le couple et le père Aubry donne à produire un dialogue électrique entre deux civilisations, l'Ancien et le Nouveau Monde. Par conséquent, le christianisme se mêle avec harmonie dans ce memorium des Anciens, car toute la vibrante liberté et le doux battement de la narration fait renaître à plusieurs niveaux les souvenirs d'une ancienne civilisation qui se fait remplacer. Effectivement, sous les discours somptueux du père Aubry, Chactas tombe d'une infinie affection pour la religion chrétienne et par son échange avec René, nous comprenons qu'il a toujours gardé cette foi. Pour l'auteur, Atala est aussi une façon d'exposer l'importance du peuple agricole sur le peuple chasseur, l'idée que la succession des états primitifs de la civilisation était d'abord chasseuse puis laboureuse, l'une des théories de Rousseau. Chateaubriand a voulu pointer « les avantages de la vie sociale sur la vie sauvage » et pour mieux le comprendre, faire « le tableau du peuple chasseur et du peuple laboureur ». Il garde un profond respect pour les moeurs traditionnelles (les rites, par exemple) des sauvages, tout en ne négligeant pas l'évolution positive que le christianisme leur a apportée. Cet amour pour l'Évangile est également une manière d'affronter les insupportables passions et la peur de mourir. L'oeuvre contient une obsession funeste de la mort et convoque régulièrement des images à propos de celle-ci. Enfin, l'impression donnée par Atala est celui d'une histoire racontée dans le temps et narré de génération en génération, comme Homère avec l'Iliade et l'Odyssée. Chateaubriand enchevêtre les histoires dans les histoires (Chateaubriand s'inspirant des récits qu'il a entendu en voyageant, Chactas qui conte son histoire à René, l'épilogue faisant l'état des lieux de ce qu'ils sont devenus…), comme si ce morceau était celui d'un immense récit dont l'auteur a déterré le fragment le plus intime.
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L'intime est au coeur même de René, intime d'abord par sa dimension presque autobiographique puis intime dans le « Moi » intérieur du protagoniste. René est donc l'Odyssée d'un civilisé en pleine crise existentielle, c'est un rêveur mélancolique traversant le monde à la recherche d'un horizon perdu. Chateaubriand envoûte encore plus son lecteur que dans Atala, les sensations sont plus intenses, transcendantes et tous les paysages, monuments qu'il rencontre font écho de manière extatique à l'état du personnage. L'auteur parle clairement de lui, de sa vie bretonne et de son envie de partir ailleurs (le fait de vouloir absolument quitter le château paternel et en même temps, il a une profonde nostalgie pour le pays breton) car ses vertiges du coeur sont le produit d'une solitude élégiaque et d'une souffrance perpétré par sa soeur. L'auteur reste ambigu sur cette relation presque incestueuse, il est comme fou amoureux et en même temps très pudique avec elle. Sa fièvre et ses exaltations donnent une imagination débordante qui a besoin de l'inconnu et du dépaysement. Les lieux qu'ils traversent sont nombreux (Etna, Écosse, Calédonie, Rome, Grèce, France…) mais souvent désignés de façon rapide ou flou, comme pour mieux accentuer cette envie pressante de ne pas rester en place parce-que, sa crise serait pire. Partout, il recherche la beauté, la magie et un remède contre ses maux car, semblablement à Chactas, l'amour impossible lui donne toute cette névrose effervescente. Comme son ami indien, c'est la religion qui l'aide à guérir de ses blessures, même si la fin expose un chant d'une magnifique tristesse. Prenant le bateau vers l'Amérique (l'exil ultime pour le personnage), il voit pour la dernière fois sa soeur dans le couvent auquel elle a prêté serment. Même dans la plus lointaine des contrées, René a besoin d'Amélie, car sa souffrance reste la même quand il raconte son histoire à Chactas. Cette nouvelle est donc un regard jeté sur le passé, un entrelacement des souvenirs disjoints de l'homme et de ses plus profonds regrets. Encore une fois, l'environnement joue un rôle primordial dans la composition littéraire de l'écrivain. La Nature prend un sens métaphorique très fort (par exemple, René voit dans le trou du volcan de l'Etna, les abysses profonds de ses angoisses et de son désespoir inexplicable ou la mer qui représente l'âme même du personnage.) Tout le style d'une grande puissance sensorielle touche admirablement notre coeur devenant évasif face à ce flot vertigineux d'images et de mots d'une grande force spirituelle, symbolique et esthétique.
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Enfin, Les Aventures du dernier Abencerage, parle d'Aben-Hamet, un Maure dont sa famille noble dû s'exiler, car ils ont perdu le contrôle de Grenade contre les Espagnols en 1492. Un jour, il décide de revenir sur les terres dont ses aïeux ont régné pour se laisser envoûter par la beauté de cette cité. Une beauté qu'il va retrouver chez Bianca, une Andalouse dont il tombe follement amoureux. Elle est la fille du roi de Grenade et la descendante du Cid (donc la soeur de Don Carlos). Elle tombe également amoureuse sauf que chacun de leur côté n'accepte pas de se marier ensemble, tant que l'un ne s'est pas converti dans la religion de l'autre. D'un côté un musulman, de l'autre une chrétienne, c'est donc un choix cornélien que Chateaubriand impose à ses brillants personnages. Ils sont tiraillés par leur religion mais aussi pas le regard que leur famille va porter sur eux. En conflit à cause du passé ennemi de leur ancêtre et de leur honneur, cette histoire d'amour impossible est tout aussi déchirante que les deux précédentes. Aben-Hamet se sacrifie en s'éloignant de sa famille, il est torturé dans son chagrin et dans les regrets qu'il porte à sa patrie dont il témoigne tout son amour. Bianca ne sait que choisir car sous la pression de son frère qui veut la faire épouser auprès de Lautrec (un prisonnier chrétien), elle n'est plus libre de ses choix. Chateaubriand met en exergue cet obstacle insurmontable et interroge les notions d'honneur, de fidélité, de sacrifice et de moeurs à respecter. Ce sont tous des personnages à la fois généreux, héroïques et galants, l'auteur nous transporte dans cet exotisme sentimental et passionnel. Comme à l'accoutumée, les regards portés sur la grandeur des paysages et plus spécifiquement Grenade qui fut sans cesse remplacer par les Maures puis les Espagnols, sont splendides parce qu'ils font sens dans les émotions du protagoniste principal. En effet, l'Abencérage est le produit de ce choc des civilisations, il aime sa patrie et en même regrette quelque chose qu'il n'a pas connu, c'est-à-dire Grenade sous l'occupation musulmane. Il a des visions très romantiques, il poursuit une chimère dont le temps et l'Histoire ont tout détruits sur leur passage. Bianca devient la métaphore d'une entité inaccessible et ceux jusqu'à la fin lorsque Aben-Hamet décide de retourner chez lui sans avoir pu goûter à l'extase ultime de son amour. La vision finale est à la fois funèbre et accentue ce flux des histoires qui traversent l'espace-temps, car elle présente la tombe, perdue en plein désert, du Maure dont sa destinée ne fut pas connue. En même temps, la pierre sépulcrale a un léger enfoncement qui permet à des oiseaux de se désaltérer quand il y a de l'eau à l'intérieur. D'une certaine manière, sa quête amoureuse reste encore palpable et brûlante comme le soleil plombant du désert et surtout l'amour fou qui ne put jamais être conclu à cause de leur dignité familiale.
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aouatef79
  21 août 2015
Nous sommes au bord du fleuve Mississipi. Un vieil indien raconte au jeune Français, Réné, l' histoire de Chactas, un jeune indien fait prisonnier par une tribu ennemie. Chactas est un jeune indien de dix-sept ans. La tribu ennemie s' apprête à le tuer. La fille du chef de la tribu, Atala+ une jeune indienne fraîchement convertie au christianisme, décide de s' enfuir avec lui. Elle le guide jusqu'à une mission catholique, où ils sont religieusement mariés. Mais la mère de la jeune fille ayant promis à Dieu qu' elle resterait vierge,Atala préfère se tuer
plutôt que de céder à son amour pour Chactas.
En fin de compte une belle histoire d' amour de la part d' un grand romancier romantique.
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Citations et extraits (91) Voir plus Ajouter une citation
BibaliceBibalice   10 juillet 2013
Je ne sais ce que le ciel me réserve, et s'il a voulu m'avertir que les orages accompagneraient partout mes pas. L'ordre était donné pour le départ de la flotte ; déjà plusieurs vaisseaux avaient appareillé au baisser du soleil ; je m'étais arrangé pour passer la dernière nuit à terre, afin d'écrire ma lettre d'adieux à Amélie. Vers minuit, tandis que je m'occupe de ce soin et que je mouille mon papier de mes larmes, le bruit des vents vient frapper mon oreille. J'écoute, et au milieu de la tempête je distingue les coups de canon d'alarme mêlés au glas de la cloche monastique. Je vole sur le rivage où tout était désert et où l'on n'entendait que le rugissement des flots. Je m'assieds sur un rocher. D'un côté s'étendent les vagues étincelantes, de l'autre les murs sombres du monastère se perdent confusément dans les cieux. Une petite lumière paraissait à la fenêtre grillée. Etait-ce toi, ô mon Amélie ! qui, prosternée au pied du crucifix, priais le Dieu des orages d'épargner ton malheureux frère ? la tempête sur les flots, le calme dans ta retraite ; des hommes brisés sur des écueils, au pied de l'asile que rien ne peut troubler ; l'infini de l'autre côté du mur d'une cellule ; les fanaux agités des vaisseaux, le phare immobile du couvent ; l'incertitude des destinées du navigateur, la vestale connaissant dans un seul jour tous les jours futurs de sa vie ; d'une autre part, une âme telle que la tienne, ô Amélie, orageuse comme l'Océan ; un naufrage plus affreux que celui du marinier : tout ce tableau est encore profondément gravé dans ma mémoire. Soleil de ce ciel nouveau, maintenant témoin de mes larmes, échos du rivage américain qui répétez les accents de René, ce fut le lendemain de cette nuit terrible qu'appuyé sur le gaillard de mon vaisseau je vis s'éloigner pour jamais ma terre natale ! Je contemplai longtemps sur la côte les derniers balancements des arbres de la patrie et les faites du monastère qui s'abaissaient à l'horizon. " (René)
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Nastasia-BNastasia-B   01 novembre 2014
Le fleuve [...] par intervalles, [...] élève sa voix, [...] et répand ses eaux débordées autour des colonnades des forêts [...]. Mais la grâce est toujours unie à la magnificence dans les scènes de la nature : tandis que le courant du milieu entraîne vers la mer les cadavres des pins et des chênes, on voit sur les deux courants latéraux remonter le long des rivages, des îles flottantes de pistia et de nénuphar, dont les roses jaunes s’élèvent comme de petits pavillons. Des serpents verts, des hérons bleus, des flamants roses, de jeunes crocodiles s’embarquent, passagers sur ces vaisseaux de fleurs, et la colonie, déployant au vent ses voiles d’or, va aborder endormie dans quelque anse retirée du fleuve. [...]
Quelquefois un bison chargé d’années, fendant les flots à la nage, se vient coucher parmi de hautes herbes [...]. À son front orné de deux croissants, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dieu du fleuve.
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Nastasia-BNastasia-B   04 novembre 2014
Quel affreux, quel magnifique spectacle ! La foudre met le feu dans les bois ; l’incendie s’étend comme une chevelure de flammes ; des colonnes d’étincelles et de fumée assiègent les nues qui vomissent leurs foudres dans le vaste embrasement. Alors le grand Esprit couvre les montagnes d’épaisses ténèbres ; du milieu de ce vaste chaos s’élève un mugissement confus formé par le fracas des vents, le gémissement des arbres, le hurlement des bêtes féroces, le bourdonnement de l’incendie, et la chute répétée du tonnerre qui siffle en s’éteignant dans les eaux.
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SimonbothorelSimonbothorel   22 novembre 2021
Quelques citations citations/extraits des livres Atala (1801) - René (1802) - Les Aventures du dernier Abencerage (1826) de Chateaubriand (Gallimard, 1971) :

Atala (1801)

• « Si tout est silence et repos dans les savanes de l'autre côté du fleuve, tout ici, au contraire, est mouvement et murmure : des coups de bec contre le tronc des chênes, des froissements d'animaux qui marchent, broutent ou broient entre leurs dents les noyaux des fruits ; des bruissements d'ondes, de faibles gémissements, de sourds meuglements, de doux roucoulements, remplissent ces déserts d'une tendre et sauvage harmonie. Mais quand une brise vient à animer ces solitudes, à balancer ces corps flottants, à confondre ces masses de blanc, d'azur, de vert, de rose, à mêler toutes les couleurs, à réunir tous les murmures, alors il sort de tels bruits du fond des forêts, il se passe de telles choses aux yeux, que j'essayerais en vain de les décrire à ceux qui n'ont point parcouru ces champs primitifs de la nature. » p. 42-43.

• « C’est une singulière destinée, mon cher fils, que celle qui nous réunit. Je vois en toi l'homme civilisé qui s'est fait sauvage ; tu vois en moi l'homme sauvage que le grand Esprit (j'ignore pour quel dessein) a voulu civiliser. Entrés l'un et l'autre dans la carrière de la vie par les deux bouts opposés, tu es venu te reposer à ma place, et j'ai été m'asseoir à la tienne : ainsi nous avons dû avoir des objets une vue totalement différente. Qui, de toi ou de moi, a le plus gagné ou le plus perdu à ce changement de position ? C'est ce que savent les Génies, dont le moins savant a plus de sagesse que tous les hommes ensemble. » (Chactas à René avant de lui raconter son histoire avec Atala) p. 47.

• « Une nuit que les Muscogulges avaient placé leur camp sur le bord d'une forêt, j'étais assis auprès du feu de la guerre, avec le chasseur commis à ma garde. Tout à coup j'entendis le murmure d'un vêtement sur l'herbe, et une femme à demi voilée vint s'asseoir à mes côtés. Des pleurs roulaient sous sa paupière ; à la lueur du feu un petit crucifix d'or brillait sur son sein. Elle était régulièrement belle ; l'on remarquait sur son visage je ne sais quoi de vertueux et de passionné dont l'attrait était irrésistible. Elle joignait à cela des grâces plus tendres : une extrême sensibilité unie à une mélancolie profonde respirait dans ses regards ; son sourire était céleste. » (Chactas lorsqu’il rencontre Atala) p. 52.

• « Ici Chactas fut contraint d'interrompre son récit. Les souvenirs se pressèrent en foule dans son âme ; ses yeux éteints inondèrent de larmes ses joues flétries : telles deux sources cachées dans la profonde nuit de la terre se décèlent par les eaux qu'elles laissent filtrer entre les rochers. « O mon fils ! reprit−il enfin : tu vois que Chactas est bien peu sage, malgré sa renommée de sagesse ! Hélas ! mon cher enfant, les hommes ne peuvent déjà plus voir, qu'ils peuvent encore pleurer ! » (Chactas à René) p. 53.

• « Hélas mon cher fils, la douleur touche de près au plaisir. » (Chactas à propos de son baiser échangé avec Atala) p. 55.

• « Notre promenade fut presque muette. Je marchais à côté d'Atala ; elle tenait le bout de la corde que je l'avais forcée de reprendre. Quelquefois nous versions des pleurs, quelquefois nous essayions de sourire. Un regard tantôt levé vers le ciel, tantôt attaché à la terre, une oreille attentive au chant de l'oiseau, un geste vers le soleil couchant, une main tendrement serrée, un sein tour à tour palpitant, tour à tour tranquille, les noms de Chactas et d'Atala doucement répétés par intervalles.... O première promenade de l'amour ! il faut que votre souvenir soit bien puissant, puisque après tant d'années d'infortune vous remuez encore le coeur du vieux Chactas ! Qu'ils sont incompréhensibles les mortels agités par des passions ! Je venais d'abandonner le généreux Lopez, je venais de m'exposer à tous les dangers pour être libre : dans un instant le regard d'une femme avait changé mes goûts, mes résolutions, mes pensées ! Oubliant mon pays, ma mère, ma cabane et la mort affreuse qui m'attendait, j'étais devenu indifférent à tout ce qui n'était pas Atala » p. 56-57.

• « Ah ! qu'elle me parut divine, la simple sauvage, l'ignorante Atala, qui à genoux devant un voeux pin tombé, comme au pied d'un autel, offrait à son Dieu des veux pour un amant idolâtre ! Ses yeux levés vers l'astre de la nuit, ses joues brillantes des pleurs de la religion et de l'amour, étaient d'une beauté immortelle. Plusieurs fois il me sembla qu'elle allait prendre son vol vers les cieux ; plusieurs fois je crus voir descendre sur les rayons de la lune et entendre dans les branches des arbres ces Génies que le Dieu des chrétiens envoie aux ermites des rochers, lorsqu'il se dispose à les rappeler à lui. J’en fus affligé, car je craignis qu'Atala n'eût que peu de temps à passer sur la terre. » (Chactas à propos d’Atlas qui prie pour lui et se rend compte à travers elle qu’il se fait une merveilleuse idée de la religion chrétienne) p. 61-62.

• « Les perpétuelles contradictions de l'amour et de la religion d'Atala, l'abandon de sa tendresse et la chasteté de ses moeurs, la fierté de son caractère et sa profonde sensibilité, l'élévation de son âme dans les grandes choses, sa susceptibilité dans les petites, tout en faisait pour moi un être incompréhensible. Atala ne pouvait pas prendre sur un homme un faible empire : pleine de passions, elle était pleine de puissance ; il fallait ou l'adorer ou la haïr. » p. 75.

• « O René ! si tu crains les troubles du coeur, défie−toi de la solitude : les grandes passions sont solitaires, et les transporter au désert, c'est les rendre à leur empire. » (Chactas sur sa fuite et son exil épuisant avec Atala) p. 78.

• « Que sommes−nous, faibles solitaires, sinon de grossiers instruments d'une oeuvre céleste ? Eh ! quel serait le soldat assez lâche pour reculer lorsque son chef, la croix à la main et le front couronné d'épines, marche devant lui au secours des hommes ? » (Le Père Aubry après avoir trouvé les deux amants) p. 84-85.

• « Les hommes, mon fils, surtout ceux de ton pays, imitent souvent la nature, et leurs copies sont toujours petites ; il n'en est pas ainsi de la nature quand elle a l'air d'imiter les travaux des hommes, en leur offrant en effet des modèles. C'est alors qu'elle jette des ponts du sommet d'une montagne au sommet d'une autre montagne, suspend des chemins dans les nues, répand des fleuves pour canaux, sculpte des monts pour colonnes et pour bassins creuse des mers. » (Chactas à René quand il raconte sa promenade vers le village de la Mission du Père Aubry) p. 91.

• « L’aurore, paraissant derrière les montagnes, enflammait l'orient. Tout était d'or ou de rose dans la solitude. L'astre annoncé par tant de splendeur sortit enfin et un abîme de lumière, et son premier rayon rencontra l'hostie consacrée, que le prêtre en ce moment même élevait dans les airs. O charme de la religion ! O magnificence du culte chrétien ! Pour sacrificateur un vieil ermite, pour autel un rocher, pour église le désert, pour assistance d'innocents sauvages ! Non, je ne doute point qu'au moment où nous nous prosternâmes le grand mystère ne s'accomplit et que Dieu ne descendit sur la terre, car je le sentis descendre dans mon coeur. […] J'errais avec ravissement au milieu de ces tableaux, rendus plus doux par l'image d'Atala et par les rêves de félicité dont je berçais mon coeur. J'admirais le triomphe du christianisme sur la vie sauvage ; je voyais l'Indien se civilisant à la voix de la religion ; j'assistais aux noces primitives de l'homme et de la terre : l'homme, par ce grand contrat, abandonnant à la terre l'héritage de ses sueurs, et la terre s'engageant en retour à porter fidèlement les moissons, les fils et les cendres de l’homme. » p. 94-95.

• « Qu'il est faible celui que les passions dominent ! Qu'il est fort celui qui se repose en Dieu ! Il y avait plus de courage dans ce coeur religieux, flétri par soixante−treize années, que dans toute l'ardeur de ma jeunesse. » (Chactas qui n’ose pas rentré dans la grotte car Atala est peut-être morte, au contraire du Père Aubry) p. 98.

• « Les trésors du repentir vous étaient ouverts : il faut des torrents de sang pour effacer nos fautes aux yeux des hommes, une seule larme suffit à Dieu. » (Aubry à Atala sur son « lit » de mort) p. 104.

• « Quant à la vie, si le moment est arrivé de vous endormir dans le Seigneur, ah ! ma chère enfant, que vous perdez peu de chose en perdant ce monde ! Malgré la solitude où vous avez vécu, vous avez connu les chagrins : que penseriez−vous donc si vous eussiez été témoin des maux de la société ? si, en abordant sur les rivages de l'Europe, votre oreille eût été frappée de ce long cri de douleur qui s'élève de cette vieille terre ? L'habitant de la cabane et celui des palais, tout souffre, tout gémit ici−bas ; les reines ont été vues pleurant comme de simples femmes, et l'on s'est étonné de la quantité de larmes que contiennent les yeux des rois ! » p. 108-109.

• « L'amour n'étend point son empire sur les vers du cercueil. Que dis−je ! (ô vanité des vanités ! ) que parlé−je de la puissance des amitiés de la terre ! Voulez−vous, ma chère fille, en connaître l'étendue ? Si un homme revenait à la lumière quelques années après sa mort, je doute qu'il fût revu avec joie par ceux−là mêmes qui ont donné le plus de larmes à sa mémoire : tant on forme vite d'autres liaisons, tant on prend facilement d'autres habitudes, tant l'inconstance est naturelle à l'homme, tant notre vie est peu de chose, même dans le coeur de nos amis ! » p. 111-112.

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SimonbothorelSimonbothorel   22 novembre 2021
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• « Tu ne seras pas toujours malheureux, disait−elle : si le ciel t'éprouve aujourd'hui, c'est seulement pour te rendre plus compatissant aux maux des autres. Le coeur, ô Chactas est comme ces sortes d'arbres qui ne donnent leur baume pour les blessures des hommes que lorsque le fer les a blessés eux−mêmes. » (Atala à Chactas) p. 112-113.

• « Je n'entreprendrai point, ô René, de te peindre aujourd'hui le désespoir qui saisit mon âme lorsque Atala eut rendu le dernier soupir. Il faudrait avoir plus de chaleur qu'il ne m'en reste ; il faudrait que mes yeux fermés se pussent rouvrir au soleil pour lui demander compte des pleurs qu'ils versèrent à sa lumière. Oui, cette lune qui brille à présent sur nos têtes se lassera d'éclairer les solitudes du Kentucky ; oui, le fleuve qui porte maintenant nos pirogues suspendra le cours de ses eaux avant que mes larmes cessent de couler pour Atala ! » p. 117-118.

• « Croyez−moi, mon fils, les douleurs ne sont point éternelles, il faut tôt ou tard qu'elles finissent, parce que le coeur de l'homme est fini ; c'est une de nos grandes misères : nous ne sommes pas même capables d'être longtemps malheureux. » (Aubry à Chactas) p. 112-123.

• « Un coude appuyé sur mes genoux et la tête soutenue dans ma main, je demeurai enseveli dans la plus amère rêverie. O René, c'est là que je fis pour la première fois des réflexions sérieuses sur la vanité de nos jours et la plus grande vanité de nos projets ! Eh, mon enfant qui ne les a point faites, ces réflexions ? Je ne suis plus qu'un vieux cerf blanchi par les hivers ; mes ans le disputent à ceux de la corneille : eh bien, malgré tant de jours accumulés sur ma tête, malgré une si longue expérience de la vie, je n'ai point encore rencontré d'homme qui n'eût été trompé dans ses rêves de félicité, point de coeur qui n'entretînt une plaie cachée. Le coeur le plus serein en apparence ressemble au puits naturel de la savane Alachua : la surface en paraît calme et pure, mais quand vous regardez au fond du bassin, vous apercevez un large crocodile, que le puits nourrit dans ses eaux. » p. 123-124.

• « Alors, versant des flots de larmes, je me séparai de la fille de Lopez ; alors je m'arrachai de ces lieux, laissant au pied du monument de la nature un monument plus auguste : l'humble tombeau de la vertu. » p. 125.

• « Ainsi passe sur la terre tout ce qui fut bon, vertueux, sensible ! Homme, tu n'es qu'un songe rapide, un rêve douloureux ; tu n'existes que par le malheur ; tu n'es quelque chose que par la tristesse de ton âme et l'éternelle mélancolie de ta pensée ! » (L’épilogue de Chateaubriand qui apprend ce qui est arrivé aux personnages de cette histoire) p. 136.

• « Indiens infortunés que j'ai vus errer dans les déserts du Nouveau−Monde avec les cendres de vos aïeux, vous qui m'aviez donné l'hospitalité malgré votre misère, je ne pourrais vous la rendre aujourd'hui, car j'erre, ainsi que vous, à la merci des hommes, et moins heureux dans mon exil, je n'ai point emporté les os de mes pères ! » p. 136.

René (1802)

• « Une douce conformité d'humeur et de goûts m'unissait étroitement à cette soeur ; elle était un peu plus âgée que moi. Nous aimions à gravir les coteaux ensemble, à voguer sur le lac, à parcourir les bois à la chute des feuilles : promenades dont le souvenir remplit encore mon âme de délices. O illusion de l'enfance et de la patrie, ne perdez−vous jamais vos douceurs ! « Tantôt nous marchions en silence, prêtant l'oreille au sourd mugissement de l'automne ou au bruit des feuilles séchées que nous traînions tristement sous nos pas ; tantôt, dans nos jeux innocents, nous poursuivions l'hirondelle dans la prairie, l'arc−en−ciel sur les collines pluvieuses ; quelquefois aussi nous murmurions des vers que nous inspirait le spectacle de la nature. Jeune, je cultivais les Muses ; il n'y a rien de plus poétique, dans la fraîcheur de ses passions, qu'un coeur de seize années. Le matin de la vie est comme le matin du jour, plein de pureté, d'images et d'harmonies. « Les dimanches et les jours de fête, j'ai souvent entendu dans le grand bois, à travers les arbres, les sons de la cloche lointaine : qui appelait au temple l'homme des champs. Appuyé contre le tronc d'un ormeau, j'écoutais en silence le pieux murmure. Chaque frémissement de l'airain portait à mon âme naïve l'innocence des moeurs champêtres, le calme de la solitude, le charme de la religion et la délectable mélancolie des souvenirs de ma première enfance ! Oh, quel coeur si mal fait n'a tressailli au bruit des cloches de son lieu natal, de ces cloches qui frémirent de joie sur son berceau, qui annoncèrent son avènement à la vie, qui marquèrent le premier battement de son coeur, qui publièrent dans tous les lieux d'alentour la sainte allégresse de son père, les douleurs et les joies encore plus ineffables de sa mère ! Tout se trouve dans les rêveries enchantées où nous plonge le bruit de la cloche natale : religion, famille, patrie, et le berceau et la tombe, et le passé et l’avenir. » (René qui raconte son enfance à Chactas et au père Jules) p. 144-145.

• « Un autre phénomène me confirma dans cette haute idée. Les traits paternels avaient pris au cercueil quelque chose de sublime. Pourquoi cet étonnant mystère ne serait−il pas l'indice de notre immortalité ? Pourquoi la mort, qui sait tout, n'aurait−elle pas gravé sur le front de sa victime les secrets d'un autre univers ? Pourquoi n'y aurait−il pas dans la tombe quelque grande vision de l'éternité ? » (René sur la mort de son père) p. 146.

• « Heureux ceux qui ont fini leur voyage sans avoir quitté le port, et qui n'ont point, comme moi, traîné d'inutiles jours sur la terre ! » p. 147.

• « Plus notre coeur est tumultueux et bruyant, plus le calme et le silence nous attirent. » p. 147.

• « Cependant, plein d'ardeur, je m'élançai seul sur cet orageux océan du monde, dont je ne connaissais ni les ports ni les écueils. Je visitai d'abord les peuples qui ne sont plus : je m'en allai,. m'asseyant sur les débris de Rome et de la Grèce, pays de forte et d'ingénieuse mémoire, où les palais sont ensevelis dans la poudre et les mausolées des rois cachés sous les ronces. Force de la nature et faiblesse de l’homme, un brin d'herbe perce souvent le marbre le plus dur de ces tombeaux, que tous ces morts, si puissants, ne soulèveront jamais ! Quelquefois une haute colonne se montrait seule debout dans un désert, comme une grande pensée s'élève par intervalles dans une âme que le temps et le malheur ont dévastée. Je méditai sur ces monuments dans tous les accidents et à toutes les heures de la journée. Tantôt ce même soleil qui avait vu jeter les fondements de ces cités se couchait majestueusement à mes yeux sur leurs ruines ; tantôt la lune se levant dans un ciel pur, entre deux urnes cinéraires à moitié brisées, me montrait les pâles tombeaux. Souvent, aux rayons de cet astre qui alimente les rêveries, j'ai cru voir le Génie des souvenirs assis tout pensif à mes côtés. » p. 148-149.

• « L’architecte bâtit, pour ainsi dire, les idées du poète, et les fait toucher aux sens. » p. 151.

• « Cependant qu'avais−je appris jusque alors avec tant de fatigue ? Rien de certain parmi les anciens, rien de beau parmi les modernes. Le passé et le présent sont deux statues incomplètes : l'une a été retirée toute mutilée du débris des âges, l'autre n'a pas encore reçu sa perfection de l’avenir. » p. 151.

• « Un jour j'étais monté au sommet de l'Etna, volcan qui brûle au milieu d'une île. Je vis le soleil se lever dans l'immensité de l'horizon au−dessous de moi, la Sicile resserrée comme un point à mes pieds et la mer déroulée au loin dans les espaces. Dans cette vue perpendiculaire du tableau, les fleuves ne me semblaient plus que des lignes géographiques tracées sur une carte ; mais tandis que d'un côté mon oeil apercevait ces objets, de l'autre il plongeait dans le cratère de l'Etna, dont je découvrais les entrailles brûlantes entre les bouffées d'une noire vapeur. Un jeune homme plein de passions, assis sur la bouche d'un volcan, et pleurant sur les mortels dont à peine il voyait à ses pieds les demeures, n'est sans doute, ô vieillards, qu’un objet digne de votre pitié ; mais, quoi que vous puissiez penser de René, ce tableau vous offre l'image de son caractère et de son existence : c'est ainsi que toute ma vie j'ai eu devant les yeux une création à la fois immense et imperceptible et un abîme ouvert à mes côtés. » p. 151-152.

• « Un vieillard avec ses souvenirs ressemble au chêne décrépit de nos bois : ce chêne ne se décore plus de son propre feuillage, mais il couvre quelquefois sa nudité des plantes étrangères qui ont végété sur ses antiques rameaux. » (Chactas à René) p. 153.

• « J’embrassai ce projet avec l'ardeur que je mets à tous mes desseins ; je partis précipitamment pour m'ensevelir dans une chaumière, comme j'étais parti autrefois pour faire le tour du monde. On m'accuse d'avoir des goûts inconstants, de ne pouvoir jouir longtemps de la même chimère, d'être la proie d'une imagination qui se hâte d'arriver au fond de mes plaisirs, comme si elle était accablée de leur durée ; on m'accuse de passer toujours le but que je puis atteindre : hélas, je cherche seulement un bien inconnu dont l'instinct me poursuit. Est−ce ma faute si je trouve partout des bornes, si ce qui est fini n'a pour moi aucune valeur ? Cependant je sens que j'aime la monotonie des sentiments de la vie, et si j'avais encore la folie de croire au bonheur, je le chercherais dans l’habitude. » (René sur sa vie de solitaire après ses nombreux voyages) p. 156-157.
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Anna Moï est une sauvage ! Elle sourit lorsqu'elle révèle l'origine du pseudonyme d'écrivaine qu'elle choisît pour exister dans le monde de la littérature francophone ou plus précisément dans « la littérature monde ». Moï signifie sauvage en vietnamien. Et c'est ainsi que les colons français désignaient les 54 ethnies composant les 3 provinces de l'ancienne Indochine lorsqu'ils l'occupaient. Née à Saïgon en 1955, Anna Moï fuit son pays en 1972. Elle choisit Paris comme destination. Polyglotte, elle parle plus de 8 langues couramment, c'est en français qu'elle écrit toute son oeuvre et affirme « Je n'écris pas avec la langue des colons mais avec celle De Chateaubriand. » Pour comprendre son rapport au français et à la francophonie, on évoque son essai Esperanto, desesperanto, qui fit couler beaucoup d'encre lors de sa sortie. Son sous-titre est évocateur : la francophonie sans les Français. Sans aucun égard aux termes d'identité et de nationalité, Anna Moï ne prétend appartenir nulle part qu'à l'écriture.
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