AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Jean-Claude Berchet (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253160792
Éditeur : Le Livre de Poche (02/11/2001)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 176 notes)
Résumé :
«Je préfère parler du fond de mon cercueil», écrit Chateaubriand au début des Mémoires d'outre-tombe... Mais ce monument qu'il dresse de sa vie, pendant plus de quarante ans, est un véritable roman, que l'Histoire, quoi qu'il en dise, ne parvient jamais à «étrangler» tout à fait. Ce «nageur entre deux rives» est le chroniqueur du passage des Lumières au siècle du progrès, de l'Ancien au Nouveau Monde : «Des auteurs français de ma date, je suis quasi le seul qui ress... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Georwell
20 mars 2016
Que dire d'un tel chef d'oeuvre ? Que dire d'un livre où tout est présent ! "Tout" signifie ce que rêve un lecteur, voyager dans des contrés lointaines où le monde était encore en découverte, voyager au coeur d'événements historiques fondamentaux pour l'Histoire de France interpréter par un aristocrate mais surtout un homme très pieux, très cultivé et très bon politicien. Je préfère vous dire tout de suite que je suis follement amoureux de cette oeuvre et j'ai encore honte de n'avoir pas lu les deux autres tomes.
Alors qu'est-ce que j'ai adoré ?
L'auteur en lui-même, je ne le connaissais aucunement et quoi de mieux que de lire ses Mémoires pour le connaître. C'est donc un homme très sage grâce à la religion donc je préviens à ceux qui veulent lire ce livre qu'il parle énormément de son rapport à la religion mais aussi des principes fondamentaux de la religion et jusqu'où peut-on aller tout en se battant pour la liberté. Bien que je n'adhère pas à ses idées aristocratiques défendant en partie le roi, François René de Chateaubriand défend la liberté et toutes ces paroles sont d'une justesse remarquable.
La traversée de différents événements de l'Histoire de France est un voyage époustouflant puisqu'on de plus on le ressent vraiment, au coeur de l'histoire. Chateaubriand voit les citoyens prenant la Bastille, il voit les différentes exécutions, le serment du jeu de paume et j'en passe, tout ces événements ressenti sous un angle nouveau, celui d'un homme aristocrate mais pour la liberté du peuple. Il côtoie également Napoléon en étant son ambassadeur. Je suis vraiment très surpris que ce roman ne soit pas utilisé dans les cours d'histoire sur la Révolution Française et la suite.
La traversée également du monde par un grand voyageur est tout simplement magnifique, grandiose. La découverte des civilisations du nouveau monde, la réaction d'un homme face aux chutes du Niagara, comment il écrit tout ce qu'il voit relève du génie.
Pour tous les lecteurs amoureux de la littérature française, aimant les livres qui font voyager dans des contrées merveilleuses et de superbes témoignages sur une époque très riche pour la France, lisez ce livre !!!!!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
NMTB
29 mars 2017
Eduqué par un père sévère et taciturne, une mère aimante et pieuse, Chateaubriand a passé toute son enfance triste et solitaire en Bretagne, où il a pu développer une puissante imagination à partir de ce qui l'entourait. Après avoir tergiversé entre une carrière de marin et d'ecclésiastique, sans vocation ni pour l'une ni pour l'autre, il s'engage finalement dans l'armée. Il arrive à Paris vers la fin juin ou le début juillet 1789, il assiste à la prise de la Bastille, aux premières agitations et à quelques séances folkloriques de l'assemblée nationale. Opposé à la monarchie absolue, il est surtout dégoûté par les violences et le chaos. Devenu impie par « le désespoir sans cause qu'il portait au fond du coeur », il s'embarque pour le Nouveau-Monde en 1791, sous prétexte de trouver le passage nord-ouest de l'Amérique. Un voyage d'à peine un an. Début 1792 il est de retour en France et se marie aussitôt avec une inconnue. Puis il repart se battre avec les émigrés pour finir par s'exiler en Angleterre jusqu'en 1800.
Le début de ses Mémoires ressemble plus à des confessions. le jeune Chateaubriand avait lui aussi un peu subi l'influence des Lumières, la plus manifeste est celle de Rousseau, il n'aurait peut-être pas écrit ses mémoires de la même manière sans le précédent du promeneur solitaire. Il est pourtant difficile de savoir quel était son positionnement politique exact à l'époque (royaliste toujours, mais jusqu'à quel point ?). Au début de la révolution, il fréquentait Malesherbes, le beau-père de son frère, et semble avoir à peu près partagé ses idées, c'est d'ailleurs sous sa protection qu'il part en Amérique. La révolution a été fatale ou nuisible à beaucoup de membres de sa famille (son frère a été guillotiné), on peut comprendre l'amertume qu'il en a conçue, l'exacerbation d'une humeur déjà mélancolique et, après coup, sa destruction en règle de tous les mythes de la Révolution : La prise de la Bastille ? Une escroquerie commise par des gueux incapables de rien si on ne leur avait pas ouvert les portes de l'intérieur. Marat ? « Un Caligula de carrefour », Camille Desmoulins ? « Un Cicéron bègue », Danton ? Une « face de gendarme mélangé de procureur lubrique et cruel », il ne s'attarde même pas sur le cas de Robespierre. Toutefois, même dans le dénigrement il gardait son sens de la tragédie et son talent pour donner vie à ses descriptions, il sublimait même ce qu'il abhorrait et révélait tout le pathétisme de la situation.
Des flâneries dans le port de Brest à l'enfer du club des Cordeliers en passant par les déserts de l'Amérique, il fait revivre toute sorte d'ambiances, il rend tout majestueux par son imagination et ses souvenirs baignent dans l'onirisme. Par exemple, il s'était créé une femme idéale qu'il appelait sa sylphide ; plus amoureux de ce fantasme que de n'importe quelle femme réelle, c'est autour d'elle qu'il a créé ses grands personnages féminins. Quand il narre sa rencontre avec le modèle d'Atala sur une île de l'Ohio, on se croirait en plein rêve : il s'endormit sous un magnolia, quand il se réveilla deux jeunes indiennes étaient assoupies sur ses épaules, « une brise traversa le bocage et nous inonda d'une pluie de roses de magnolia. Alors la plus jeune des Séminoles se mit à chanter ». N'est-ce pas parfait comme image ? Personnellement, je serais tombé amoureux pour moins que ça. C'est beau comme une idylle antique. le chevalier De Chateaubriand est né cinq siècles trop tard, il était fait pour vivre au temps des troubadours et non des révolutions.
Le récit égocentré et rêveur De Chateaubriand ne donne pas des Mémoires conventionnelles, peut-être que cela change par la suite quand il acquiert de la notoriété et rencontre des célébrités. On peut se poser des questions sur la réalité de quelques faits qu'il rapporte, mais tout est d'une incontestable et grande beauté. Il n'est jamais ennuyeux avec ses arrangements et ses embellissements, son style est celui d'un maître artisan, un orfèvre qui forgeait des phrases pour les conserver et les réemployer au besoin. Il me semble que tout Chateaubriand est dans ces Mémoires, les lire suffi pour le connaître complètement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          64
Woland
31 mai 2008
Les "Mémoires d'Outre-Tombe" sont peut-être l'ouvrage le plus connu De Chateaubriand. Les résumer est chose impossible et inciter à les lire, en ces temps voués à la dictature de l'image et du clinquant, relèverait pour certains de la gageure. Pourtant, malgré tout ce qui peut, en eux, heurter notre sensibilité moderne, ces "Mémoires ..." que l'auteur a polis et repolis en les tirant très souvent vers la biographie romancée, méritent non seulement qu'on les lise mais encore qu'on les relise.
Les douze premiers livres des "Mémoires d'Outre-Tombe", c'est avant tout Combourg, l'antique château où Chateaubriand passa son enfance et son adolescence. En tous cas, c'est la première image qui nous vient plus tard à l'esprit lorsqu'on évoque ce premier tome. Des pierres descellées sur les chemins de ronde battus des vents ; le souffle du vent s'infiltrant dans des pièces trop hautes d'où la mauvaise saison chasse toute chaleur ; des fantômes que réveillent les histoires gothiques racontées par les dames De Chateaubriand ; un père distant et figé dans une sorte de misanthropie mal dissimulée ; une mère bavarde et pieuse, qui avait dû rêver mieux que cette solitude grandiose mais terrible ; une soeur trop aimée avec qui le futur romancier entretiendra toujours une relation ambiguë et enfin un petit garçon voué au bleu marial par sa nourrice bretonne, qui se transforme peu à peu en un adolescent incertain, romantique avant la lettre, qui rêve aux hiboux et aux horizons lointains, peut-on concevoir meilleur terrain pour une nature d'écrivain ?
Evidemment, ce premier volume comporte encore bien d'autres choses, dont de saisissants portraits des ténors de la Convention brossés par un oeil visionnaire dans la tourmente révolutionnaire qui va tout emporter. Il y a aussi le mariage de l'auteur, une évocation discrète et gourmée ; des considérations très instructives sur l'idée que Chateaubriand se faisait de la noblesse et de ses représentants - considérations auxquelles, toute sa vie, fait exceptionnel pour n'importe quel homme ambitieux, il restera fidèle ; les descriptions des paysages encore inexplorés de ce qui deviendra les USA ; l'exil temporaire en Angleterre alors que, à Paris, le frère aîné du romancier est fauché par la Terreur et même, cerise sur le gâteau pour le littéraire impénitent, une espèce de mini-essai sur les littératures française et anglaise.
L'ensemble dans un style unique qui semble jouer au trait d'union entre la langue quasi parfaite des Lumières et les longues tirades parfois fabuleuses, parfois ampoulées qui s'apprêtent à marquer le XIXème siècle commençant. Un prodige, ce style. Lu à haute voix, il se savoure comme quelque mets rare et singulièrement fruité. Lu "dans la tête", il arrive qu'on s'y sente un peu perdu, étourdi par sa cadence hautaine et ses envolées d'oiseau de proie.
Seule ombre au tableau : le désir forcené de Chateaubriand de se poser en victime du Destin. Comme tout romantique digne de ce nom, il aime les apitoiements et les invocations un peu baroques : Dieu, l'Univers, le Siècle, la Révolution, la Nature, etc ... il les apostrophe tous. Mais compte tenu du plaisir raffiné qu'il nous offre si généreusement, ne peut-on pas lui pardonner cette faiblesse qui nous rappelle finalement que, tout comme nous, Chateaubriand était bien un être humain ? ;o)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Sly
10 août 2011
Chateaubriand l'un des plus grands écrivains de son époque nous dévoile dans cette première partie de ces mémoires la première partie de sa vie. La composition des Mémoires d'outre-tombe est le fruit en grande partie de sa mémoire, mais elle s'appuie aussi sur de nombreuses notes qu'il avait écrites à différentes époques de sa vie. L'écriture de ses mémoires lui aura pris 45 ans.
Chateaubriand fait preuve d'une très bonne capacité dans l'analyse de l'esprit humain. Toute sa vie il aura lutté en défense des principes religieux et de l'indépendance des hommes. Il a traversé son époque et s'est appliqué à la peindre sur le vif. Il avoue ne pas réellement tenir à la vie, car elle ne l'a jamais favorisé, lui qui pourtant venait d'un milieu bourgeois. Cette vie qui lui sera souvent ingrate, ne lui donnera pourtant pas le coup de grâce à de nombreuses occasions alors que lui-même en faisait la demande. Faut-il préciser que pour son époque il devait être d'une formidable constitution.
C'est sûrement dû à ces épreuves, et ce détachement de la vie, qui vont le mener à cultiver un certain besoin d'indépendance et le mener à voyager. Rare sont ceux qui peuvent écrire une autobiographie, et se vanter d'avoir vécut une vie d'aventurier, rencontré les plus grands hommes de sont temps, et les principaux évènements qui ont bouleversé le cours de l'histoire.
« J'ai traversé plusieurs fois les mers ; J'ai vécu dans la hutte des Sauvages et dans le palais des rois, dans les camps et dans les cités. Voyageur aux champs de la Grèce, pèlerin à Jérusalem, je me suis assis sur toutes sortes de ruines. J'ai vu passer le royaume de Louis XVI et l'empire de Bonaparte ; J'ai partagé l'exile des Bourbons, et j'ai annoncé leur retour. Deux poids qui semblent attachés à ma fortune la font successivement monter et descendre dans une proportion égale : On me prend, on me jette un manteau, pour m'en dépouiller encore. Accoutumé à ces bourrasques, dans quelque port que j'arrive, je me regarde toujours comme un navigateur qui va bientôt remonter sur son vaisseau, et je ne fais à terre aucun établissement solide. »
« Des auteurs français de ma date, je suis quasi le seul dont la vie ressemble à ses ouvrages : Voyageur, soldat, poète, publiciste, c'est dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai peint la mer, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans l'exil que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les affaires, dans les assemblées, que j'ai étudié les princes, la politique, les lois et l'histoire. »
« J'écris principalement pour rendre compte de moi à moi-même. Je n'ai jamais été heureux. Je n'ai jamais atteint le bonheur que j'ai poursuivi avec la persévérance qui tient à l'ardeur naturelle de mon âme. Personne ne sait quel était le bonheur que je cherchais ; Personne n'a connu entièrement le fond de mon coeur. La plupart des sentiments y sont restés ensevelis ou ne se sont montrés dans mes ouvrages que comme appliqués à des êtres imaginaires. Aujourd'hui que je regrette encore mes chimères sans les poursuivre, que parvenu au sommet de la vie je descends vers la tombe, je veux avant de mourir, remonter vers mes belles années, expliquer mon inexplicable coeur… »
Dans ces quelques courts extraits, il est facile de constater tout le génie littéraire de cet auteur. Il est sans doute la personne la mieux placée pour tenter de justifier la rédaction de ces mémoires.
Si vous en entamer la lecture, cela vous permettra de pénétrer dans l'intimité d'un très grand écrivain, et de découvrir de façon précise une époque. Deux raisons pour vous donner envie de lire cette oeuvre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
chartel
31 août 2011
Kalliope, dans une critique précédente sur ce même site, s'irritait du côté pleurnichard De Chateaubriand. Malgré l'exagération de la remarque je ne peux qu'y souscrire. Il est vrai que le chantre du romantisme se complaisait dans l'auto-flagellation. Certainement les restes d'un catéchisme associant les perversions masochistes à des règles d'or. Mais la religion ne fait pas tout (heureusement !). N'oublions pas que cet aristocrate né sous l'Ancien Régime a vu s'effondrer un monde sous ses yeux et partir en fumée toutes ses espérances de jeune privilégié. Il y avait de quoi sombrer dans un profond pessimisme.
Plutôt que de m'en irriter, j'ai eu plaisir à entendre cette sourde plainte. le récit autobiographique a cela d'amusant qu'il nous dévoile en creux la personnalité de l'auteur, non seulement à travers ses actes et ses réflexions, bien entendu, mais surtout par ses silences et la tonalité générale de son oeuvre. Écrites vers la fin de sa vie, ses Mémoires font entendre la voix d'un homme sensiblement marqué par les vicissitudes d'une vie hors du commun. Rien que cela vaut le détour et évite l'écueil de la monotonie.
Chateaubriand a le don d'associer les genres. du récit de son enfance bretonne, avec ses premiers émois dans les bois de Combourg où devant les vagues écumantes des côtes malouines, on passe à la chronique historique avec la Révolution à partir de 1789. Puis suit un récit de voyage, avec la découverte du Nouveau monde. Enfin les derniers livres entraînent Chateaubriand dans des carnets de guerre, celle engagée par les princes de l'Europe contre la nouvelle République française, puis par la peinture de l'Angleterre, sa terre d'accueil, après sa désillusion militaire. On ne peut pas faire si dense et si riche en si peu d'années !
Pleurnichard peut-être, mais alors on n'a jamais si bien pleuré.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Citations & extraits (80) Voir plus Ajouter une citation
AlexeinAlexein12 octobre 2016
La tombe délia Mirabeau de ses promesses, et le mit à l’abri des périls que vraisemblablement il n’aurait pu vaincre : sa vie eût montré sa faiblesse dans le bien ; sa mort l’a laissé en possession de sa force dans le mal.
En sortant de notre dîner, on discutait des ennemis de Mirabeau ; je me trouvais à côté de lui et n’avais pas prononcé un mot. Il me regarda en face avec ses yeux d’orgueil, de vice et de génie, et, m’appliquant sa main sur l’épaule, il me dit : « Ils ne me pardonneront jamais ma supériorité ! » Je sens encore l’impression de cette main, comme si Satan m’eût touché de sa griffe de feu.
Lorsque Mirabeau fixa ses regards sur un jeune muet, eut-il un pressentiment de mes futuritions ? pensa-t-il qu’il comparaîtrait un jour devant mes souvenirs ? J’étais destiné à devenir l’historien de hauts personnages : ils ont défilé devant moi, sans que je me sois appendu à leur manteau pour me faire traîner avec eux à la postérité.
Mirabeau a déjà subi la métamorphose qui s’opère parmi ceux dont la mémoire doit demeurer ; porté du Panthéon à l’égout, et reporté de l’égout au Panthéon, il s’est élevé de toute la hauteur du temps qui lui sert aujourd’hui de piédestal. On ne voit plus le Mirabeau réel, mais le Mirabeau idéalisé, le Mirabeau tel que le font les peintres, pour le rendre le symbole ou le mythe de l’époque qu’il représente : il devient ainsi plus faux et plus vrai.

Livre cinquième — Chapitre 12
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          231
NMTBNMTB21 mars 2017
La fenêtre de mon donjon s'ouvrait sur la cour intérieure ; le jour, j'avais en perspective les créneaux de la courtine opposée, où végétaient des scolopendres et croissait un prunier sauvage. Quelques martinets qui, durant l'été, s'enfonçaient en criant dans les trous des murs, étaient mes seuls compagnons. La nuit, je n'apercevais qu'un petit morceau du ciel et quelques étoiles. Lorsque la lune brillait et qu'elle s'abaissait à l'occident, j'en étais averti par ses rayons, qui venaient à mon lit au travers des carreaux losangés de la fenêtre. Des chouettes, voletant d'une tour à l'autre, passant et repassant entre la lune et moi, dessinaient sur mes rideaux l'ombre mobile de leurs ailes. Relégué dans l'endroit le plus désert, à l'ouverture des galeries, je ne perdais pas un murmure des ténèbres. Quelquefois, le vent semblait courir à pas légers ; quelquefois il laissait échapper des plaintes ; tout à coup, ma porte était ébranlée avec violence, les souterrains poussaient des mugissements, puis ces bruits expiraient pour recommencer encore. A quatre heures du matin, la voix du maître du château, appelant le valet de chambre à l'entrée des voûtes séculaires, se faisait entendre comme la voix du dernier fantôme de la nuit. Cette voix remplaçait pour moi la douce harmonie au son de laquelle le père de Montaigne éveillait son fils.
L'entêtement du comte de Chateaubriand à faire coucher un enfant seul au haut d'une tour pouvait avoir quelque inconvénient ; mais il tourna à mon avantage. Cette manière violente de me traiter me laissa le courage d'un homme, sans m'ôter cette sensibilité d'imagination dont on voudrait aujourd'hui priver la jeunesse. Au lieu de chercher à me convaincre qu'il n'y avait point de revenants, on me força de les braver. Lorsque mon père me disait avec un sourire ironique : " Monsieur le chevalier aurait−il peur ? " il m'eût fait coucher avec un mort. Lorsque mon excellente mère me disait : " Mon enfant, tout n'arrive que par la permission de Dieu ; vous n'avez rien à craindre des mauvais esprits, tant que vous serez bon chrétien " ; j'étais mieux rassuré que par tous les arguments de la philosophie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
AlexeinAlexein16 juillet 2016
De la concentration de l’âme naissaient chez ma sœur des effets d’esprit extraordinaires : endormie, elle avait des songes prophétiques ; éveillée, elle semblait lire dans l’avenir. Sur un palier de l’escalier de la grande tour, battait une pendule qui sonnait le temps au silence ; Lucile, dans ses insomnies, s’allait asseoir sur une marche, en face de la pendule : elle regardait le cadran à la lueur de la lampe posée à terre. Lorsque les deux aiguilles unies à minuit, enfantaient dans leur conjonction formidable l’heure des désordres et des crimes, Lucile entendait des bruits qui lui révélaient des trépas lointains. […]. Dans les bruyères de la Calédonie, Lucile eût été une femme céleste de Walter Scott, douée de la seconde vue ; dans les bruyères armoricaines, elle n’était qu’une solitaire avantagée de beauté, de génie et de malheur.

Livre troisième — Chapitre 4
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
NMTBNMTB27 mars 2017
Si l'on pouvait dire au temps : "tout beau ! " on l'arrêterait aux heures de délices ; mais comme on ne le peut, ne séjournons pas ici-bas ; allons-nous en, avant d'avoir vu fuir nos amis, et ces années que le poète trouvait seules dignes de la vie : Vita dignior aetas. Ce qui enchante dans l'âge des liaisons devient dans l'âge délaissé un objet de souffrance et de regret. On ne souhaite plus le retour des mois riants de la terre ; on le craint plutôt : les oiseaux, les fleurs, une belle soirée de la fin d'avril, une belle nuit commencée le soir avec le premier rossignol, achevée le matin avec la première hirondelle, ces choses qui donnent le besoin et le désir du bonheur, vous tuent. De pareils charmes, vous les sentez encore, mais ils ne sont plus pour vous : la jeunesse qui les goûtent à vos côtés et qui vous regarde dédaigneusement, vous rend jaloux et vous fait mieux comprendre la profondeur de votre abandon. La fraîcheur et la grâce de la nature, en vous rappelant vos félicités passées, augmentent la laideur de vos misères. Vous n'êtes plus qu'une tache dans cette nature, vous en gâtez les harmonies et la suavité par votre présence, par vos paroles, et même par les sentiments que vous oseriez exprimer. Vous pouvez aimer, mais on ne peut plus vous aimer. La fontaine printanière a renouvelé ses eaux sans vous rendre votre jouvence, et la vue de tout ce qui renaît, de tout ce qui est heureux, vous réduit à la douloureuse mémoire de vos plaisirs.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
PoiesisPoiesis29 juillet 2011
J’étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues soulevées par une bourrasque annonçant l’équinoxe d’automne, empêchait d’entendre mes cris : on m’a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s’est jamais effacée de ma mémoire. Il n’y a pas de jour où, rêvant à ce que j’ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m’infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j’ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
Videos de François-René de Chateaubriand (42) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François-René de Chateaubriand
François René De CHATEAUBRIAND– Les Malheurs De La Révolution- Poème
autres livres classés : mémoiresVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Connaissez-vous bien Chateaubriand ?

En quelle année, la mère de Chateaubriand lui "infligea-t'elle la vie" ?

1770
1769
1768
1767

14 questions
50 lecteurs ont répondu
Thème : François-René de ChateaubriandCréer un quiz sur ce livre