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ISBN : 2070179869
Éditeur : Gallimard (02/05/2016)

Note moyenne : 3.52/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Comprenant qu’elle était loin d’être la seule à avoir connu une enfance et une adolescence saccagées, Sophie Chauveau a enquêté pour dresser l’inventaire des victimes et des bourreaux de sa famille. La dynastie de pervers, qui commence avec le dépeceur du Jardin des Plantes pendant le siège de Paris, se poursuit sur trois générations.
Unique par l’ampleur de ce qu’il dévoile, son témoignage sur l'inceste est d’une force inouïe.
Voici le roman monstrueu... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
letilleul
25 juin 2016
Connaître l'histoire de sa famille, faire sa généalogie sont au coeur de nos repères identitaires. Mais il en est tout autrement dans ce roman. En 2014, sophie Chauveau reçoit, par son éditeur, la lettre d'une cousine oubliée. Les deux femmes se parlent et, rapidement, constatent qu'elles ont été toutes deux violées par leurs pères quand elles étaient enfants. Elles remontent alors l'arbre généalogique. L'impensable leur saute aux yeux : pendant plus d'un siècle, les pères, les oncles, les grands-parents de leur famille ont violenté ou torturé leurs enfants, sans jamais être inquiétés par la justice, avec la complicité ou le silence des femmes de la famille. Et ces enfants maltraités sont devenus, ensuite, des adultes maltraitants. On rentre alors dans un profond roman psychologique, qui analyse au plus profond les raisons de fabrication et transmission du "pervers". L'auteur nous montre aussi comment par l'ecriture, elle cherche à stopper la transmission.
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Herve-Lionel
05 juin 2017
La Feuille Volante n° 1143
LA FABRIQUE DES PERVERSSophie Chauveau – Gallimard.
Tout commence par le courrier d'une lectrice à destination de l'auteure à propos d'un de ses romans et il n'est, pour une fois, pas question du traditionnel débordement de mièvres flagorneries cependant fort appréciées des écrivains, mais au contraire révèle une parenté entre elles. Cette correspondance démasque également un tabou familial : l'inceste. Sophie Chauveau comprend alors que, dans cette famille, elle n'est pas le seule à avoir subi cette opprobre qui détruisit son enfance et son adolescence. Par une curiosité sûrement moins malsaine que les agissements hypocrites de cette parenté, elle entreprend d'en dresser l'arbre généalogique, de répertorier tous ceux qui, dans sa parentèle se sont rendus coupables de cette horreur. Ainsi, sur quatre générations, dresse-t-elle la liste de ces pervers qui s'attaquèrent aux enfants de leur propre famille pour assouvir leurs vices cachés, avec la complicité de leurs proches. Elle remonte jusqu'à 1870 quand les Parisiens furent contraints de manger les animaux du Jardin des Plantes, ce qui fit la fortune épicière d'Arthur. Avec son épouse Eugénie, ils seront les fondateurs de cette lignée qui comprendra vite que l'argent permet tout et que l'hypocrisie bourgeoise jette un voile pudique sur les moindres débordements familiaux. Puis la Grande Guerre, l'Occupation avec son inévitable marché noir et les trente glorieuses ne feront qu'enrichir les descendants. Elle n'en finit pas de faire l'inventaire des amants, des maîtresses, des enfants illégitimes ou adultérins, des coucheries à l'intérieur de la famille, de la pratique de l'échangisme, des attouchements et des caresses, des viols, de la pédophilie, de petits arrangements avec la morale et la loi pourvu que les apparences soient sauves et que l'oubli vienne recouvrir tout cela du moment que ça ne sort pas de la famille ! Et chaque génération reproduira le modèle, victime puis bourreau, héritière de cette « maudite molécule familiale ». La cécité, le silence, le déni seront la règle et tout cela restera tabou surtout si la religion, la maladie et la mort s'en mêlent. le plus étonnant c'est que les conjoints, forcément au courant, n'ont rien dit, inconscience, complicité ou volonté de ne rien voir ? Dans l'exploration de cet arbre familial, l'auteur découvre que certains transhument et exportent même à l'extérieur leurs propres perversions. Que reste-t-il aux enfants ainsi abusés, sinon le divan du psy puisqu'il développent eux-mêmes de la culpabilité ? Dès lors, parler devient impossible et quand ils osent le faire la réparation judiciaire est impossible du fait de la prescription. D'ailleurs la famille est un tel symbole qu'il est parfois impossible de dénoncer l'inceste. Reste le pardon, mais c'est une autre histoire qu'on n'est pas obligé de trancher ;
Dans ce catalogue d'horreurs familiales, je m'attendais à ce qu'elle avoue faire partie de cette « fabrique de pervers ». Non seulement elle ne le fait pas, mais s'en exclut, se pose en réaction face à cette lignée malveillante. Si elle en avait fait partie, on aurait salué son courage d'avoir parlé, on l'aurait absout à cause de la génétique, de l'atavisme familial, du mauvais exemple que le destin vous pousse malgré vous à reproduire. Il n'en est rien et l'écriture est sans doute pour l'auteur une forme de catharsis. Elle se présente au contraire comme une mère aimante, soucieuse de ses enfants, c'est à dire l'exact contraire de ce lignage de tordus, en tout cas une femme qui, pour la première fois, a osé parler alors que la plupart ont observé un silence coupable. Elle soulève également des interrogations intimes : A-t-elle éprouvé du plaisir, de la jouissance à ces attouchements, pourquoi s'est-elle laissée faire, a-t-telle aimé cet homme qu'elle me parvient pas a appelé « papa », comme un père ou comme un bourreau, cela a-t-il impliqué chez elle une forme de frigidité et d'impossibilité de reconstituer à son tour une vraie famille sans rejeter, même inconsciemment, son mari , peut-elle pardonner… ?
A force de chercher des explications, d'analyser, d'excuser peut-être cette perversion familiale et surtout paternelle, l'auteure finit par ressentir une forme de culpabilisation. J'avoue, à titre personnel, que parmi toutes les épreuves que la vie envoie à chacun d'entre nous, ce vieux réflexe judéo-chrétien revient à chaque fois. Je me suis toujours attaché à le combattre parce qu'il ne correspond à rien d'autre qu'à une longue tradition de responsabilisation personnelle héritée de la religion chrétienne et qui ne repose sur rien d'autre que sur cette volonté, de la part de la religion ou du pouvoir politique, d'asservir l'autre pour mieux le manipuler. Elle a été simplement une victime comme c'est souvent le cas dans ce genre de famille où on a pris grand soin de faire prévaloir les apparences trompeuses et d'accuser à tort des innocents pour mieux s'innocenter soi-même.
Ce n'est pas le premier livre sur ce sujet mais l'auteure a le courage de secouer le cocotier et de révéler ces perversions familiales. Elle le fait avec un texte simplement et parfois crûment écrit, dénonçant un père exhibitionniste, brutal et pervers, une mère soumise, frustrée, irresponsable et hystérique puis un oncle et un parrain du même tonneau. Ce récit autobiographique fort dense pose beaucoup de questions. L'auteure a le courage de s'attaquer à la famille, cette institution qu'on a longtemps présentée comme un pilier de la société et qui, en tant que telle, ne pouvait qu'être que vertueuse et ne pouvait donc pas souffrir de critiques. L'inceste fait partie des tabous familiaux dont on ne parlait jamais surtout dans les couches aisées de la société. Elle remet en cause le sacro-saint amour parental comme s'il était une chose incontestable, à jamais gravée dans le marbre. Heureux ceux qui ont eu des parents « aimables » c'est à dire dignes d'être aimés, respectés, honorés.
Et l'inceste n'est malheureusement pas la seule déviance qu'on peut reprocher à la famille !
© Hervé GAUTIER – Juin 2017. [http://hervegautier.e-monsite.com]
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mlseditions
18 septembre 2016
Après avoir écrit son témoignage sur l'inceste subi, l'auteur est contactée par Béatrice, une cousine qui a subi le même sort.
Ensembles, elles vont remonter l'arbre généalogique de ce monumental inceste familial qui s'étend sur 4 générations. Les hommes ont pratiqué l'inceste, la violence, la naturisme et l'exhibitionnisme sans jamais être inquiétés par la justice. Difficile lecture sur l'inceste, l'ancrage familial machiavélique , le comportement et l'attitude de es hommes mais aussi la complicité active ou passive des femmes de cette famille. L'auteur retrace l'historique invraisemblable de l'inceste, le non dit, la honte pour les victimes celles qui parlent, celles qui ont fui...
Une écriture qui apparaît comme une thérapie, une volonté que le cercle infernal cesse enfin.
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Cindl
19 août 2016
J'ai découvert Sophie Chauveau par ce roman sur lequel je suis tombé par hasard en librairie.
Avec l'aide d'une de ses cousines, l'auteure retrace son histoire familiale bordée de perversion et d'inceste sur quatre générations de son côté paternel.
Dans ce témoignage terrifiant, je relève une chape de plomb, le déni, les stratégies de survie des victimes, des portraits où se dessinent la psychologie des agresseurs, à quoi s'ajoutent une analyse et un étayage plus théorique, qui permettent aussi de mieux comprendre, si ce n'est peut-être relativiser, ce fléau encore tabou qui concerne et se rejoue malheureusement dans un trop grand nombre de familles dans tous les milieux.
Des mots posés sur l'indicible, l'impensable, l'innommable, pour y voir plus clair, sur ce phénomène encore trop peu considéré, pour y voir plus clair dans ce brouillard opaque, ambiant et confus, que connaissent trop bien ceux touchés de plus ou moins près par ces crimes.
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ValerieLacaille
17 juillet 2016
Sophie Chauveau a eu l'audace de révéler l'inceste dont elle a été victime durant des années dans son roman, "Noces de Charbon". Suite à cette révélation, une cousine, Béatrice, prend contact avec elle pour lui avouer avoir vécu la même chose....
Les deux femmes vont alors croiser leurs souvenirs et remonter l'arbre généalogique d'une famille de parents incestueux sur quatre générations.
Les hommes, mais aussi les femmes s'échangent, les enfants ainsi que les petits-enfants sont "déniaisés" dans le lit des aïeux, les mains se baladent sur les corps à longueur de journée; car le corps de chaque membre de la famille appartient aux autres.
Etrange philosophie.
Cette fresque familiale racontée parfois sous une forme narrative, parfois sous forme de réflexion, questionnement personnel, comporte des passages choquant pour le lecteur ayant vécu dans une famille au comportement "normal". L'atmosphère y est étouffante.
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Citations & extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
mlseditionsmlseditions18 septembre 2016
Parler ne libère pas toujours celui ou celle qui vit avec un si gros boeuf sur la langue et qui, comme la reine morte de Montherlant, s'écrie "Je tente de marcher avec un glaive enfoncé dans mon coeur. et chaque fois que je bouge, cela me déchire".
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SZRAMOWOSZRAMOWO29 mai 2016
En rentrant de livraison, je garde la carriole pour la nuit. J'aurai pris soin d'y dissimuler le fusil de chasse de mon oncle, il m'a appris à m'en servir.
- Ensuite ?
- Je tire sur l'éléphant ou sur le rhino, enfin ce qui bouge le moins, et on le transporte à l'arrière qu'on laissera bâché. Le plus dur sera de le hisser, faut prévoir des palans, des cordes.
- On n'y arrivera pas, c'est trop lourd. Pour porter un éléphant, faut être vingt, avec un attelage d'au moins six chevaux...
- T'as raison, faut trouver quelque chose de plus léger.
- Restera le plus délicat : décharger l'animal nuitamment sans se faire remarquer jusque dans la cave pour le débiter en biftecks. Là, on aura besoin d'aide.
- Faudra pas trop de monde dans le secret sinon...
- Sinon faudra partager l'oseille !
- Oui. Non. c'est surtout qu'on pourrait nous dénoncer.

Les nouveaux conspirateurs ont topé. Alfred est le second d'Arthur dans sa toute nouvelle épicerie. Quand il l'a inaugurée l'an dernier, il rêvait d'une belle caissière. Alfred accompagnait sa soeur à l'entretien d'embauche, Arthur a engagé les deux : Eugénie pour la vitrine, Alfred pour le tout venant. De fait, il est toujours prêt à rendre service et, depuis le début du siège, à inventer des combines de survie.
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CindlCindl19 août 2016
En observant les autres, j'ai toujours su à leur force, à leur sûreté, s'ils ont été aimés, choyés, exhortés à être eux-mêmes dès l'aurore. Je le perçois comme peut-être opère une voyante extralucide. J'ai l’œil exercé, je repère de loin l'ancien enfant maltraité, je le dépiste dans le corps social. Je ne me trompe jamais. Je fuis ceux qui ont été trop aimés, ils me rendent malades.
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rkhettaouirkhettaoui10 juillet 2016
Dans ces familles, comme dans la société entière, tout est organisé pour faire de ces mœurs des choses qu’on ne dit pas. Aucun vocabulaire à disposition pour qui veut se plaindre. Or sans mots, comment penser ? Comment panser ? Les mots crus aussi bien que les paraphrases sont des pièges. Vider ses couilles dans la bouche de son enfant ? Comment appeler ça ? Comment le dire simplement ? Faut-il user de métaphores ? N’est-ce pas risquer encore une fois de ménager les bourreaux ?
Les mots grossiers impressionnent si fort qu’ils imposent une image qui fait écran à la pensée, à la conscience : ils horrifient tant qu’on a hâte de s’en éloigner. La langue en personne semble se dresser contre nous.
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DonaSwannDonaSwann23 août 2016
Aussi, pour ne pas mourir, n'avons-nous eu d'autre choix que de devenir des artistes, c'était vital : nous étions contraintes à vivre à l'écart absolu. Rompre radicalement avec ce qui ne nous était pas donné. Ça ne les a d'ailleurs pas dérangés puisqu'ils n'avaient aucune volonté de transmission. Transmettre quoi ? Ils n'étaient héritiers d'aucune tradition. Aucune Loi à reproduire. Ils prospéraient sur une absence d'histoire, et un manque d'intérêt pour leur époque qui friserait l'autisme s'ils n'avaient été un certain nombre, dans leur bande d'amis façonnés par les Trente Glorieuses, à ne se soucier de rien d'autre que d'eux-mêmes. Acheter, consommer et recommencer.
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Vidéo de Sophie Chauveau
Sophie Chauveau fait la lecture d'un extrait de son anthologie. En savoir plus sur "(D)'Écrire la beauté" : http://bit.ly/2dbVVXS
« La beauté ne se contente pas de nous réjouir, d'éclairer certaines heures de nos existences, de magnifier le monde, d'enchanter la vie, la beauté sait aussi déranger. » Inspirée par la littérature, la philosophie, la sociologie, l'histoire... et des représentations de la beauté (photos, peintures et sculptures de toutes époques), Sophie Chauveau nous propose une anthologie très personnelle et originale.
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