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EAN : 9782844853219
48 pages
Éditeur : Allia (21/08/2009)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 13 notes)
Résumé :
A travers La Crise commence où finit le langage, Eric Chauvier tente de saisir les raisons de l essor de la « crise » qui, plus qu un mal de notre temps, apparaît comme le nouveau mode de désignation de la catastrophe auquel sembleraient vouées l Histoire et l espèce humaine. Loin de consentir à un tel fatalisme, l auteur entreprend de mettre à jour ce qui se cache derrière le mot « crise » dans la mesure où ce terme semble avant tout être agité comme un paravent vo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Erik35
  15 février 2017
LA CRISE : ET SI ON EN PARLAIT ?
En 45 pages d'un petit opuscule publié par les excellentes éditions Allia, et pour une somme fort modique, Éric Chauvier nous invite à réfléchir sur notre consommation d'informations et l'angoisse de l'être ordinaire qui y est confronté. "La crise commence finit là où commence le langage" est second volet du dyptique entamé avec "Que du bonheur", et qui part à peu près du même postulat : le langage, surtout dans ses formules anodines, est un traître qui vous prépare à l'asservissement. Comme précédemment, Éric Chauvier part d'un fait sans importance : une conversation commerciale au téléphone entre lui et une de ces voix aux formules toutes faites. Après avoir disséqué la part de consensus de part et d'autre que constitue ce type de dialogue, il va assez profond dans la tentative d'explication du profond malaise qu'il suscite en lui. S'appuyant sur Wittgenstein surtout, Cavell un peu moins, il creuse, revient sans cesse sur ces quelques lignes banales, pour en arriver à un constat devant lequel on le sent terrifié : ces échanges commerciaux ne seraient qu'une torture, consentie de part et d'autre, en vue de préparer l'acceptation de la misère sociale. En épuisant les mots, en vidant le langage de sa force, en nous faisant accepter que les échanges verbaux n'aient plus de sens, on nous prépare à dire amen aux formules acceptées par tous, et notamment toutes celles sans cesse délivrées sur la crise actuelle. Une démonstration dense et parfois ardue que l'auteur, par ailleurs anthropologue, a le bon goût de rendre précise et rapide, condensant ses concepts philosophiques pointus en quelques pages assez enlevées.
Le vivre ensemble reposerait ainsi désormais sur une technique oratoire de l'urgence susceptible d'être réitérée de façon illimitée. Claude Lévi-Strauss disait : « La crise est bonne à penser », ce que l'universitaire ne nie pas forcément mais dont il estime qu'il reste à en définir le cadre et la démarche de cette réflexion, qu'il ne pense pas se situer du côté des politiques ni des économistes, trop souvent autoproclamés experts, mais plutôt du côté des philosophes. L'existence de chacun ne se renouvellera pas en profondeur sans une clarification régulière de l'usage qui est fait du langage ordinaire. « Lorsque les mots seront clairement prononcés, le temps sera venu de ne plus se faire d'illusions », conclut Éric Chauvier.
Un texte bref, parfois cinglant, qui ne cède jamais à la facilité, et qui, sous couvert d'une critique définitive de l'utilisation dévoyée du langage, voire de l'annonce de sa fin véritable, est cependant une invitation à l'éveil nécessaire des conscience et à la lutte, ne serait-ce qu'individuelle, des intelligences contre des fantasmagories, totalement hors contexte et décontextualisées, préfabriquées et terriblement nuisibles de notre temps.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   14 février 2017
Le vivre-ensemble repose désormais sur une technique oratoire de l'urgence susceptible d'être réitérée de façon illimitée. Cette rhétorique vous presse et vous intimide, favorisant votre projection dans un environnement d'invisibles, axé sur la défiance, l'individualisme, le repli sur soi, l'absence d'idées personnelles, de perspectives critiques et, pour tout dire, de tempérament.
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Erik35Erik35   15 février 2017
C'est ainsi que prend forme le consensus de crise : dans la prostration du langage. C'est ainsi que toute disposition individuelle à la vulnérabilité psychologique est travaillée au corps par le langage ordinaire, par ces mots qui n'ont l'air de rien.
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Erik35Erik35   16 février 2017
Lorsque les mots seront clairement prononcés, le temps sera venu de ne plus se faire d'illusions.
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Erik35Erik35   14 février 2017
Pour l'heure, les nouveaux experts avancent des éléments de définition assez nébuleux quant aux crises planétaires - ce qui est normal puisque, en sciences économiques, l'explication d'une situation n'a rien à voir avec sa compréhension.
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Erik35Erik35   15 février 2017
La fin du langage est la condition sine qua non d'une perception métaphysique de ce qui domine et afflige.
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Videos de Eric Chauvier (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Eric Chauvier
Dans son dernier roman Laura, Eric Chauvier met en scène les retrouvailles d'un homme avec un ancien amour de jeunesse. Tout les oppose aujourd'hui, et leur situation sociale, professionnelle et affective dresse entre eux un gouffre en apparence infranchissable. S'engage alors un dialogue décousu, drôle et tragique à la fois, qui les rapproche le temps d'une soirée. le narrateur, double littéraire de l'auteur, interroge ainsi ce qui les sépare et raconte, par le prisme de deux personnages qui ne peuvent ni communiquer ni s'aimer, les fractures qui divisent la France d'aujourd'hui. Au-delà de ce roman, et depuis Anthropologie, son premier livre, Eric Chauvier croise la littérature avec les outils des sciences humaines et réinvente sa pratique scientifique dans cette hybridation. Cette rencontre en « chantier de fouille » est une occasion d'éclairer la démarche singulière d'un auteur attentif au langage et à nos façons d'être au monde.
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