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EAN : 9782369143307
368 pages
Éditeur : Libretto (03/01/2017)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 35 notes)
Résumé :
« Charlemagne venait d'avoir vingt ans. La République proclamée demandait un nouvel effort aux citoyens. Napoléon III était allé chercher la mort à Sedan et n'avait trouvé qu'une honteuse capture. Le décret du 14 octobre mobilisait les célibataires de son âge et les veufs sans enfants, jusqu'à quarante ans. En quatre mois, après Sedan, le pays qui n'avait plus d'armée réussit à organiser la mise en marche d'un million d'hommes. La guerre était dans l'ordre des chose... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Cigale17
  21 avril 2020
Charlemagne... Non mais, quelle idée, un prénom pareil ! le « héros » de L'Affaire des vivants le doit à son grand-père qui court déclarer lui-même l'enfant à la mairie, persuadé qu'il est de l'influence bénéfique d'un tel prénom sur son avenir. Et Charlemagne, s'il subit les moqueries des autres enfants, devient un élève brillant qui ne pourra pas continuer ses études malgré l'insistance de l'instituteur et du curé : on a besoin de lui à la ferme. Charlemagne Persant aura pu bénéficier de l'amour et des conseils de son grand-père pendant douze ans seulement. Cela suffira pour qu'il réussisse à devenir un homme d'affaires prospère, craint mais souvent haï. Il consolide la ferme familiale, achète un magasin de tissus qu'il agrandit, en « acquiert » un autre grâce à son mariage, et crée une usine qui fournira ses magasins et bien au-delà de cette région lyonnaise où il est né. Christian Chavassieux situe cette histoire familiale au tournant de deux siècles. Charlemagne fera la guerre de 70, son fils celle de 14.
***
J'ai trouvé ce roman enthousiasmant. On ne peut pas, je crois, aimer Charlemagne ni s'identifier à lui. Il est trop dur, trop ambitieux, trop orgueilleux, trop intransigeant envers lui-même et les autres, même si, parfois, ses carences et le manque d'éducation dont il est douloureusement conscient le rendent fugitivement touchant. Les autres personnages sont aussi infiniment bien campés. Charlemagne se hausse dans l'échelle sociale en épousant une sorte d'Emma Bovary, à la fois naïve et résignée, dont les parents sont des archétypes des bourgeois de l'époque. Christian Chavassieux nous présente différents milieux sociaux : bourgeois, paysans, militaires, ouvriers, révolutionnaires même, tous en relation de près ou de loin avec Charlemagne. On découvrira, entre beaucoup d'autres choses, la difficile condition des ouvriers de l'époque, la dureté des grèves, les balbutiements des revendications des femmes, l'ostracisation des homosexuels ; on visitera des fermes, des magasins, des usines, un bordel, l'Exposition universelle ; on assistera à une nuit de noces, au quasi lynchage d'un des seuls personnages solaires, à des scènes de guerre et au tournage d'un film d'Abel Gance dans des conditions assez étonnantes...
***
L'écriture de Christian Chavassieux me ravit ! J'ai parlé ailleurs de la qualité de son style, mais je voudrais dire un mot du vocabulaire. Ici l'auteur puise dans le jargon des métiers, ramène au jour des mots oubliés, emprunte aux dialectes locaux sans que jamais cela ne devienne pesant. Il y a un bref lexique à la fin du livre On pourrait se dispenser de le consulter – le mot employé est presque toujours compréhensible dans son contexte –, mais ce serait dommage pour les précisions qu'il apporte. Ne vous privez pas non plus des « Quelques points et références » en fin d'ouvrage : ils se révèlent passionnants et donnent une petite idée de la quantité de recherches et de documentation nécessaires à la rédaction de ce beau roman. J'ai beaucoup aimé aussi un des artifices choisi par Christian Chavassieux. Ici, le narrateur, c'est l'auteur : « Joseph-Antoine Pajaud était un fieffé coquin, c'est moi qui vous le dis et vous pouvez me croire : je l'ai fabriqué dans ce seul but », écrit-il au début du chapitre 5. le procédé est repris mais s'intègre toujours parfaitement à la narration. Ça y est, je suis fan ! J'ai acheté La Vie volée de Martin Sourire en même temps que celui-ci, avant le confinement. J'attendrai que les librairies soient rouvertes pour acheter les autres…
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Ys
  01 novembre 2014
Lecteurs, lectrices, finissez vite ce que vous avez en cours et jetez-vous sans plus attendre sur ce roman ! Il est en tout point magnifique.
... Hmm ? Pardon ? Il faut que j'argumente ? Bon. C'est vous qui l'aurez voulu !
Tout d'abord... tout d'abord, il y a l'écriture. Un style puissant, qui sait aussi bien manier les longues phrases denses, pleines de sève, où tout un monde se compose et prend vie, que les petites phrases incisives, juste à point, où l'essentiel se concentre en quelques mots. Qui fait alterner dans le même temps passé et présent - l'ampleur de l'un et la vivacité de l'autre. Un récit qui se glisse au plus intime de ses personnages mais sait aussi s'en détacher pour mieux les remettre en perspective, avec l'auteur qui s'invite dans son texte, pour quelques lignes, non sans malice, nous prend à témoin puis disparaît pour mieux nous rendre à l'histoire, complices désormais autant que lecteurs. Un sens du suspense impeccable, tissé de petites allusions, d'ouvertures fugace sur la suite qui en disent beaucoup trop ou beaucoup trop peu, sans qu'on sache jamais, bon sang ! comment tout ça va bien pouvoir tourner.
Une narration qui accroche dès la première page et retient tout entier, jusqu'à la toute dernière. Bien après, même.
Ensuite, il y a les personnages. Des personnages ambigus, pétris d'autant de bon que de mauvais, jamais entièrement haïssables pour les pires, jamais exclusivement aimables pour les meilleurs. Victimes, souvent, d'une éducation sans amour, d'un milieu sans esprit, primaire, étriqué et mesquin. Mais capables, malgré tout, de dépasser ce conditionnement - par le travail de toute une vie ou le temps d'une pensée, d'un geste, d'un espoir, d'un remords.
Charlemagne s'arrache à l'abrutissement des siens par l'ambition féroce, le travail acharné, qui sont aussi débordement de vie, d'énergie, de volonté, créatrices autant que destructrices. S'il reste au fond une brute aux violences intolérables, un tyran détestable, il se révèle aussi capable d'amour et de générosité, et au fond bien moins mesquin que ceux qu'il écrase.
Face à ce fort, Alma, jeune oie blanche dressée depuis toujours à l'obéissance, le corps et l'esprit barricadés derrière les conventions de son milieu, spectatrice d'une vie qui se décide sans elle, peut-elle être autre chose que victime ? Petite-bourgeoise jusqu'au bout des ongles, dans tout ce que le terme a de moins flatteur, mais trop conditionnée pour ne pas être touchante plus encore que méprisable, et assez sensible pour sentir l'absurdité des barrières que la vie lui impose, pour envier, du sommet de sa fortune, la richesse de ceux qui ne possèdent rien que la liberté et l'amour.
Fruit de leur union, Ernest a la passivité insensible de ceux à qui la vie a tout donné, sauf l'attention et l'amour indispensables. Faible et froid, sans grande intelligence, avec plus de sensiblerie que de sensibilité, mais largement racheté par la conscience croissante de ses propres défauts et de la vacuité de sa vie. Par ses élans toujours avortés, ses folies, ses échecs, sa malchance et sa lucidité, qui en font finalement un des personnages les plus attachants de l'histoire. Lui... et un autre, franchement lumineux celui-là, un peu trop peut-être mais dont la présence en filigranne aère agréablement ce récit souvent très sombre.
Il y a cette finesse dans l'analyse psychologique des personnages et des ressorts sociaux qui les sous-tendent. La documentation, solide et intelligente. Ce talent pour donner vie, jusque dans le moindre détail, à un univers historique bien précis : celui de ces petites bourgades de province, longtemps modestes, endormies, puis gonflées soudain par l'essor industriel, la multiplication des usines et l'exode rural qui l'accompagne. Rien n'y manque : l'entrée en scène de nouvelles élites, leurs tactiques d'intrusion auprès des familles déjà affirmées, la confrontation inéluctable, difficilement conciliable, entre esprit paysan et esprit citadin, malgré tous les renouveaux, la cruauté de la vie dans les usines et les revendications qu'elle entraîne. Sans grande indulgence, mais sans manichéisme, jamais.
Christian Chavassieux s'inspire ici des plus grands - des Zola, Balzac, Hugo, Flaubert -, et sait face à eux s'affirmer par un style, une voix bien à lui. J'ai bien envie de dire qu'il n'a rien à envier à leur talent, avec même plus de finesse et d'esprit que certains.
Un grand merci à l'opération Masse Critique Babelio, pour me l'avoir fait découvrir, et aux éditions Phébus, pour publier de si bons textes.
Lien : http://ys-melmoth.livejourna..
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tynn
  01 août 2020
Grandeur et décadence d'un ambitieux paysan de la Troisième République.
Charlemagne Persant aurait pu être un personnage des Rougon-Macquart ou de la Comédie Humaine. Modelé par les mots de Christian Chavassieux, il est un fauve incarné, aux appétits voraces, un personnage haut en couleur, froid et calculateur, à l'intelligence visionnaire pour une réussite sociale exemplaire. Et cette tragédie familiale dont il est la pierre angulaire pourrait être un roman de Zola (pour le naturalisme et le romanesque) ou De Balzac (pour la peinture sociale).
Cette saga historique façon XIXe offre une lecture passionnante de la société de l'époque, entre paysannerie et triomphe de la bourgeoisie de la révolution industrielle. Une évolution sociétale qui permet à tout un chacun de sortir d'une condition modeste, et qui demeure marquée par les idées anarchistes de la Commune.
Alice Ferney parle de chef-d'oeuvre. le mot est fort mais je suis également conquise par cette capacité narrative en écriture, très riche, dense et fouillée, extrêmement visuelle, allégée par des chapitres courts qui donnent un rythme énergique au récit. Des descriptions soignées de la bourgeoisie provinciale et du terreau rural, des passages d'une grande beauté lyrique.
L'auteur a décidément une personnalité de plume que j'ai déjà appréciée dans La vie volée de Martin Sourire (Phébus 2017).
Ce beau roman dont le titre s'éclaire en dernière ligne.
Je conseille absolument! ;-)
#objectif disparition PAL
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cecilit
  21 janvier 2017
Milieu 19eme siècle, naît un petit garçon au sein d'une famille de paysans désargentés. Prénommé Charlemagne par son grand-père, autant comme une promesse d'un destin prestigieux que par un pied-de-nez à ses géniteurs, cet enfant va grandir avec l'assurance d être supérieur aux autres. Et il va se conduire comme tel tout au long de sa vie. C'est cette vie et celle des siens que nous conte Christian Chavassieux. Et quel roman! le meilleur livre que j'ai lu depuis ces douze derniers mois et plus encore. Style énergique et alors quelle plume! Qu'elle détonne par sa qualité et quel titre magnifique qui prend tout son sens! Quelle intelligence! C'est un chef d'oeuvre et je suis ravie que le hasard m'ait permis de découvrir cet écrivain ; j'aime son amour des mots et son engagement. le livre à lire et à offrir à son meilleur ami ( le lexique et 'les quelques points et références ' à la fin sont à lire absolument).
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NicoleGiroud
  06 octobre 2015
Si vous commencez à fatiguer devant les souvenirs intimes soigneusement entretenus en fonds de commerce, précipitez-vous sur cette superbe saga très bien écrite. Elle nous raconte l'ascension sociale d'un arriviste paysan né au milieu du XIXe siècle dans la région lyonnaise, Charlemagne Persant, ainsi prénommé par son grand-père qui offre à son premier petit-fils un destin :
Il a tracé la vie d'un Persant, il lui a désigné le chemin, lui a dit tu es unique, tu verras, ton nom te dira quoi faire, ton nom fera de toi un roi, un maître, on t'élèvera, sans même comprendre pourquoi, on t'élèvera comme un prince, on pardonnera tes caprices, on t'obéira, tu prendras l'habitude d'être obéi, on te donnera les meilleurs morceaux, on prendra soi de toi, on te confiera ce qu'il faut connaître de l'ordre intime des choses, on t'expliquera le monde, les hommes, on t'en dira plus qu'aux Paul et aux Michel. Parce que tu es Charlemagne.
Charlemagne devenu « le grand » dans sa famille, Charles partout ailleurs, va s'élever très haut, s'arracher de sa misérable famille collée à la glaise et à la misère par le fatalisme et l'alcool. Charlemagne ne va pas faire d'études, au grand dam de son instituteur que fascine sa brillante intelligence, mais il va sortir de sa condition, devenir celui à qui tout le monde obéit, y compris dans sa propre famille d'origine, comme l'avait prédit son grand-père. Nous assistons en même temps à la progression inexorable de ce Rastignac paysan et têtu et aux débuts de l'industrialisation de la région lyonnaise.
Charlemagne naît durant la deuxième république, peu avant le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte qui rétablit l'empire à son profit. Il part à la guerre à vingt ans quand la Troisième république reprend la guerre contre les Prussiens après le désastre de Sedan. Charlemagne revient sans dommages et continue son ascension sociale. Mariage de raison et d'intérêt, comme le modèle De Balzac. La vie de Charlemagne est intimement mêlée au développement industriel et commercial initié par Napoléon III et poursuivi dans les campagnes françaises durant la troisième république.
On évoque beaucoup de monde, dans ce roman, de Victor Hugo le seigneur des lettres adulé par les humbles à Louise Michel l'égérie de la Commune enfin rentrée du bagne de Cayenne ou le cinéaste Abel Gance à la fin du roman. Mais on découvre aussi les conditions de vie terrifiantes des ouvriers, le travail des enfants, les premières grèves.
Il était arrivé. Il y avait la chaleur. Il y avait l'odeur. Il y avait l'enfer. Sous la pellicule huileuse du jour faiblement distribué par de petites lucarnes, cinq mètres sous lui, des dizaines de métiers étaient alignés dans une vaste cave. Combien d'hommes s'activaient là, pliés au labeur, nus jusqu'à la taille, musculature hâve dans la pénombre, attelés comme greffés aux mécaniques : quatre-vint, cent, cent vingt ? de la pénombre montaient leurs souffles, leur peine étouffée par les percussions des peignes et des navettes, et montait avec autant de force l'âcreté de leurs sueurs mêlées, le jus exprimé des corps par la moiteur de serre.
Il est difficile de s'identifier au personnage principal de la saga tant c'est un bloc puissant qui avance en broyant ceux qui l'entourent, à commencer par sa femme et son fils qu'il terrorise. Charlemagne est devenu un patron dur et intransigeant qui n'aime qu'une prostituée noire qu'il voudrait libérer de sa servitude. Il va trouver une mort abominable, libération pour sa femme et signal de la perte de son empire industriel et commercial. le roman s'achève sur la guerre suivante, dite la Grande Guerre, à laquelle participe Ernest, le fils de Charlemagne.
Les vivants doivent aux vivants. Si je meurs demain, je mourrai pour le projet des vivants, sans rancune et sans compter. Si je ne meurs pas, alors je vivrai aussi pour eux. La vie est l'affaire des vivants.
La saga de Christian Chavassieux est profondément enracinée dans le terreau historique, industriel et langagier de la dernière partie du XIXe siècle et du début du vingtième. En plus de l'écriture, originale, enveloppante et nerveuse à la fois, de l'intrigue classique mais très bien menée, ce n'est pas le moindre mérite de ce roman de plus de trois cents pages de nous plonger dans une période et des milieux sociaux que nous connaissons mal. J'ai beaucoup aimé cette saga historique où l'auteur ne renie pas ce qu'il doit à Balzac, Flaubert, Hugo et Zola. Précision du langage (délices de ces mots exhumés !), des moeurs, des journaux de l'époque, descriptions précises des travaux des usines et des travaux agricoles, scènes de bataille où le lecteur est embarqué, tout concourt à faire de ce roman un exemple de ce que peut être un bon roman historique.
L'Affaire des vivants
Christian Chavassieux
Éditions Phébus, août 2014, 352 p., 21 €
ISBN : 978-2-7529-0957-2
Lien : http://nicole-giroud.fr
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critiques presse (1)
Lexpress   15 septembre 2014
Autour de son Rastignac des tissus, Chavassieux brode les portraits de multiples personnages. Le tout en finesse, sans manichéisme aucun. Du bel ouvrage...
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Cigale17Cigale17   21 avril 2020
Qui est-elle ? Que doit-elle faire ? On n’a cessé d’employer pour elle depuis l’enfance tous les verbes de la soumission, elle sait qu’elle doit s’offrir, se livrer, se donner, s’ouvrir, s’abandonner ; ses modèles héroïques se pâment, s’oublient, se languissent, pâlissent, défaillent, s’évanouissent. On lui a enseigné la vénération de celui qui patiente, invisible, à côté. Elle se rendra à lui sans plus de manières, bien sûr. Cette allégeance est le fruit d’une éducation dont la rigidité est devenue insoupçonnable, à force de temps. Mais toutes les Ève se découvrent nues, ce soir, quand elles considèrent ce corps tendre et choyé, destiné au saccage. (p. 113)
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cecilitcecilit   06 janvier 2017
La guerre était dans l'ordre des choses : chaque génération en avait connu une ; à l'exemple de ses aïeux, Charlemagne fit ses bagages, pansa les bêtes comme à son habitude, et prit le chemin de Merives avant l'aube, tandis que la ferme sommeillait encore. Il partit, le coeur sans inquiétude, pas plus remuė que s'il s'agissait d'aller abattre des chênes. La guerre était un contretemps dans la marche du labeur, un détour vaguement mystérieux, juste ennuyeux car ne rapportant rien. Il fallait espérer qu'elle ne dure pas, et qu'on serait rentrė pour la prochaine estive.
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cecilitcecilit   21 janvier 2017
"Oui, je me suis mis en paix avec les morts. Et toi, Ernest, quel est ton mort ? Qui est celui qui te demande des comptes ?' . Ernest réfléchit. "Je ne sais pas, dit-il, mais il me semble que les vivants aussi ont des comptes à demander aux morts, non?". Louis vit Ernest, veste tombée à présent, redressé, faisant un pas vers les vagues inanimées du soir. Il se mit à parler fort, à crier presque, et la surdité de la guerre n'y était pour rien. "Qu'ont-ils fait pour les vivants ? Toi, Louis, tu as connu l'amour. Sais-tu que tu es le seul ? Pourquoi? Les parents de mon père ne l'ont pas aimé, les parents de ma mère ne l'ont pas aimée, mes parents ne sont pas aimés, ils ne m'ont pas aimé, moi ! Qu'ont-ils fait à l'enfant que j'étais ? Au nom de quoi ? Ils ont remplacé les caresses par un enseignement de fauve. Pas une once d'amour, pas une once ! Ils ont fait de moi cette âme désolée. Ils s'y sont tous mis, génération après génération. A croire que j'étais le projet des ancêtres depuis toujours, de finir la galerie avec une âme vide." ll s'agenouilla. "Toi, tu as été aimé, Louis. Toi seul. Je ne dois rien aux morts'.
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rowinguyrowinguy   05 novembre 2014
Tout simplement EXCELLENT ! Romancier méconnu, Christian Chavassieux fait ici preuve d'une maîtrise étonnante du roman tel qu'on le rêve : socle social (le décollage industriel de la France de Guizot), personnages complexes (Le chef de famille entrepreneur, et sa fratrie insuffisante et hostile), aléas du destin...le tout servi par un style véritablement inspiré.
J'ai eu du mal à lâcher ce livre PALPITANT.
A recommander ABSOLUMENT !
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cecilitcecilit   21 janvier 2017
(DANS LEXIQUE : Homosexuel :
(...) Je me souviens que notre époque a vu la même perplexité s'emparer de nombre de citoyens et offrir quelques beaux exemples d'ineptie. Des chercheurs ont décelé un gène de l'homosexualité, comme ils ont trouvé celui de la criminalité, j'ai écouté à la radio, lors des fameuses discussions franco-françaises sur le mariage homosexuel, un homme déclarer que c'était la conséquence d'une trop grande consommation de viande rouge. On peut trouver cela risible mais Freud ne me semble pas beaucoup plus pertinent quand il définit cette inclination pour son pareil comme un narcissisme. Tout ça, pour rendre acceptable un rejet inacceptable.
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