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EAN : 9782875684189
Éditeur : Espace Nord (19/09/2019)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 4 notes)
Résumé :
«Il y a en moi, depuis longtemps déjà, un personnage sceptique et désabusé, un personnage que j’ai maintes fois pendu aux réverbères multicolores que mon lyrisme allume la nuit, mais chaque fois le bougre parvient à se dépendre et se remet à marcher sur mes traces à la manière d’un philosophe ou d’un assassin.» Achille Chavée, 1948

Impossible de brosser une histoire du surréalisme sans évoquer celle de La Louvière et de son légendaire poète Achille C... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
CDemassieux
  24 septembre 2019
« Intimement liée à sa vie, la poésie de Chavée participe à sa propre légende, celle d'un homme, aux convictions très tôt établies au contact des réalités sociopolitiques, qui se consacra entièrement à la défense de ses idéaux tant politiques (quitte à se tromper), que littéraires ou artistiques », écrit Gwendoline Morán Debraine dans la postface très instructive de cette anthologie de la poésie d'Achille Chavée, surréaliste belge, l'autre pays du surréalisme au regard des Henri Michaux (quoique naturalisé Français), René Magritte et Paul Delvaux, pour ne citer que ceux-là…
Onirisme, écriture automatique, psychanalyse, etc., les thématiques surréalistes sont bel et bien présentes dans ce recueil, dont certaines pièces dédiées à des figures majeures du mouvement comme Paul Eluard ou André Breton (auquel Chavée dédie son poème « Identité », l'un des plus marquants du recueil).
La poésie de Chavée ne triche pas : « Je serai peut-être un jour / Dernier mendiant d'authenticité. » Elle est désenchantée : « Pour moi / depuis longtemps déjà / le visage du monde est brûlé. » Mais elle demeure libre, une liberté sans concession : « Quand tu croiras te sentir / prisonnier de la liberté / ce n'est pas Elle qu'il faudra tuer / c'est toi. »
Puis il y a ces vers gorgés de la mélancolie du temps qui passe : « Nous avions dépassé sans le savoir / les détroits de l'enthousiasme » ; « Que reste-t-il encore à dire / de nos deux coeurs abandonnés / aux barbelés du devenir ? » Et sans doute le plus beau vers : « Sous les ponts de l'amour coule le temps. »
C'est peut-être pour cela, pour conjurer la clepsydre qui se vide inexorablement (dixit Baudelaire), que le poète convoque si souvent son enfance jusqu'à la capturer : « En suivant le conseil / je mis du sel / sur la queue de l'oiseau merveilleux / de mon enfance / et l'ayant capturé / je m'en nourris toute ma vie. »
Le temps passe et la mort ne saurait être ignorée : « Voilà que tu m'apparais nue / et que pour moi tu te consens plus belle », dit le poète à la Faucheuse. Mais la mort c'est d'abord celle de la mère adorée jusque dans les confins oedipiens : « et ce fut elle qui mourut / maman / (je n'ose y réfléchir) / en lieu et place de mon désespoir. »
Pourtant, « Cristal de vivre » clame tout ce que Chavée – cet homme-éléphant, ce Peau-Rouge, comme il voudra ! – aurait voulu être et faire, notamment : « vous présenter / le merveilleux bouquet de roses sans épines / que je n'ai pas trouvé. »
Après la poésie viennent les aphorismes, dont certains sonnent comme des sentences : « le fanatique de la tolérance finit un jour ou l'autre dans la tolérance du fanatisme. » Il y a celui-là : « Jamais un coup de canon n'abolira la balistique » pour « Un coup de dés jamais n'abolira le hasard », de Mallarmé ; hommage notable… Chavée fait même de l'esprit, avec brio : « le splendide collier de l'originalité n'est jamais exempt de quelques perles de mauvais goût. »
Enfin, en ce qui concerne les remarquables illustrations – particulièrement celle de la page 149, à la fois christique et noire comme un enfer de solitude –, elles éclairent le texte avec élégance et sans le pervertir.
Je remercie infiniment Espace Nord pour cette découverte, ainsi que Babelio, cela va sans dire !
(PS : Notons toutefois que la démagogie anachronique d'un certain Pascal Lemaître, relative aux réfugiés, en fin de volume, était tout à fait évitable.)
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foufourche
  07 novembre 2019
Découvert au fil d'une masse critique, "Ecrit sur un drapeau qui brûle" a emporté ma décision quant à sa thématique et son auteur : Achille Chavée, "l'homme au béret, au «vieux peau-rouge», écrivant sur des cartons de bocks dans les bistrots nocturnes." Je me demandais, si tant est qu'on puisse écrire une critique sur de la poésie, si les vers laisseraient transparaître quelque chose de ce surréalisme belge si absurde, si humide, si propre au "Plat pays".
Cette anthologie (la première de cette ampleur dédiée à cet auteur, couvrant une période de 1935 à 1969) s'accompagne de dessins réalisés par des lycéens de la Louvière, ce quartier ouvrier belge située en Wallonie. La différence de style graphique est très agréable, et reflète l'inattendu au coeur de la poésie. C'est pour ces proches, localement et socialement, que Chavée écrit comme il respire, par automatisme, en offrant cette sincérité à tous. Les sujets favoris : la nuit, la ville, le voyage, la sensualité, et l'enfance que l'auteur mêle parfois crûment à ses fantasmes. le vers est libre, délié, les associations tiennent autant de l'automatisme que du symbolisme. A chaque vers le lecteur est surpris d'une nouvelle révélation, d'une nouvelle incongruité, certaines parfois relevant d'un registre très populaire. Chavée joue de ce voyage poétique, entre les classes, entre les références : son lyrisme n'est pas fermé, il doit pouvoir se lire et se déclamer dans les estaminets. Ne cherchez pas une quelconque classicisme ici : les vers sont brisés, les strophes libérées, la composition balance entre l'élégie, la plainte, la satire, la prosopopée... Car c'est toute une ville qui parle quand Chavée écrit, et lorsqu'il prends le pouls de la nuit, on se surprend à écouter soi-même le silence autour...
La partie la plus éclairante, la plus intéressante se situe peut-être à la fin du livre. Quelques dizaines de pages d'aphorisme, des éclats de pensée au délicieux bain révélant parfois. Cynique, baroque, Chavée nous emporte à la surface profonde de sa pensée, bien malgré lui. Un voyageur nocturne qu'on aurait aimé rencontrer en nature, attablé, une voix nocturne à lire.
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ratdeschamps
  03 novembre 2019
J'ai pris un plaisir extrème à piocher des « instants de lecture » dans les écrits d'Achille Chavée,
grâces soient rendues à Espace Nord pour avoir réalisé cette édition.
Ces textes sont intemporels, qui amènent à la réflexion sur ce que nous sommes, ce que nous pourrions être. Chavée n'a cessé d'être libre, de poursuivre les mots, d'en jouer, de vivre selon son obsession artistique, et ses mots en résonnent d'autant plus fort.
Ils sont d'actualité, toujours, touchent les gens, les jeunes, sont un terreau dans lequel tout un chacun peut puiser pour inspirer son travail, sa façon de penser.
C'est un plaisir et un réconfort d'avoir ces mots à portée de main, de pouvoir s'y plonger et y trouver de quoi se nourrir soi et sa vie, ou tout simplement jouir de leur sonorité, s'amuser de leurs assemblages.
Je vis en France mais je suis née et j'ai vécu 20 ans à 20 km de la Louvière, ensuite de nombreuses années encore en Belgique. le Belge est surréaliste, dans son quotidien même, à doses variables bien sûr. Je m'en rends mieux compte en vivant ailleurs, et c'est ce trait là qui me manque le plus.
Merci Monsieur Chavée.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
coco4649coco4649   29 juillet 2020
Vivre



Forcément on avance j’avance
drôle ou pas drôle c’est la vie
le mégot de la vie précieuse
à brûler avarement ses lèvres
de sale vie précieuse comme un sein
comme du vin dans un sein
comme une tirade de nain
éternel attouchement de plaies
sur le corps de la bien-aimée
Forcément on avance j’avance
avec ou sans regrets
avec ou sans étoiles
avec ou sans coups de chapeaux
pour crier malgré tout présence
quand le feu se brûle les ongles
quand la nuit s’ouvre pour être nuit
quand le temps crache ses poumons
dans des colères de forçat
quand il faut enfin que l’on arrive à temps
pour témoigner contre les dieux
contre la loi contre les grands
contre soi-même
contre la mendiante nature humaine
qu’il faut pourtant aimer comme le mal
en dialecticien du devenir
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karamzinkaramzin   19 décembre 2020
...
Les Traces de l'Intelligible

Il faut éteindre la lumière
pour ne pas injurier l'aurore

Il faut une attention princière
pour saluer comme un devin
la nuit de sang qui se retire

Il faut une grande misère
pour ne plus mesurer le temps

Il convient de demeurer seul
pour discerner dans le néant
les traces de l'intelligible

― 1957
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karamzinkaramzin   19 décembre 2020
...
Discipline

Je me suis pardonné sans faiblesse
car je m'étais trahi
ponctuellement

Et tous les autres hommes
étaient en moi
comme une excuse
ou un mirage

Je sais
et c'est à partir
de n'importe quoi
que j'ai retrouvé la trace

J'étais très bon
comme le mauvais riche
qui renie sa caste
je sentais que sûrement
je devais souffrir
pour des choses sans importance
avec lesquelles il faut compter

Un jour on reparlera de l'amour

― 1936
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Vidéo de Achille Chavée
Être bon, Achille Chavée lu par Jacques Bonnaffé
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