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EAN : 9782377316953
312 pages
Sarbacane (25/08/2021)
4.46/5   148 notes
Résumé :
Velma et Harold sont le frère et la sœur d’Annie.
Annie est « différente ». C’est comme ça que les gens polis disent. Elle a un chromosome en plus. Et de la gentillesse, de la fantaisie, de l’amour en plus, aussi. Elle a un travail, des amis et une passion : les majorettes.
Et Annie est très heureuse parce que, pour la première fois, sa troupe aura l’honneur de défiler lors de la fête du printemps de la ville.
Mais voilà, l’entraîneuse ne veut p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (61) Voir plus Ajouter une critique
4,46

sur 148 notes
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sylviedoc
  08 mai 2022
Annie a 17 ans, des yeux qui pétillent, un grand sourire, et une famille qui ferait tout pour elle. Dans cette famille, il y a Harold, le grand frère tout juste majeur, et Velma la petite soeur de 15 ans. Et Solange, la maman, Jérôme le papa, Marie-Claire la mamie, del la tatie, et Kathy l'autre mamie. Mais Kathy, justement, elle vient de mourir, et c'est à son enterrement que nous faisons connaissance avec les Desrochelles. Les trois jeunes vont chacun à son tour (et à sa manière) raconter au lecteur le quotidien de cette famille si unie en apparence, mais dont les failles apparaissent très vite.
J'ai oublié de mentionner un minuscule détail, qu'il faudrait un microscope électronique pour déceler : Annie a un chromosome en plus, ce qu'on appelle communément une trisomie 21. Et toute la vie de la famille s'articule autour de la particularité d'Annie, afin qu'elle se sente toujours aimée et intégrée, que ce soit chez elle ou à son travail à la supérette de Mme Chowa, le Little Asia Mini market. Elle fait également partie des Joyaux, la troupe de majorettes de Couronnes (la ville où habite la famille Desrochelles). Et elle se réjouit de participer bientôt au défilé du printemps. C'est une jeune fille heureuse qui remplit son existence de petits bonheurs simples, qui aime danser, chanter, et qui voue une véritable adoration à Velma et Harold.
Mais voilà que le couperet tombe : Elodie, l'entraîneuse des Joyaux, a décrété qu'Annie ne participera pas au défilé, trop mal coordonnée, trop dodue, bref, pas conforme !
La famille tente de construire une solution de rechange pour épargner une trop grande déception à Annie. Mais chacun d'entre eux a ses propres soucis, entre Harold qui leur cache tout un pan de sa vie et Velma qui se sent tellement insignifiante que ses chapitres sont imprimés dans une toute petite police. Maman Solange "craque" aussi, entre ses propres conflits non résolus avec sa mère (pour le moins déjantée !) et cette vie qu'elle a plus ou moins sacrifiée pour mieux se consacrer à sa cadette. Quant à papa Jérôme, entre un boulot très prenant et sa difficulté à communiquer avec son fiston, les choses ne sont pas simples pour lui non plus.
Le vernis craquelle de toute part, mais chacun tente de faire front, pour Annie, parce qu'on l'aime, même si par moment on est au bord d'avouer que, si elle n'était pas là, la vie serait quand même plus facile... Ils sont si vrais, si humains tout simplement, ces personnages de roman, qu'on a parfois l'impression de les avoir déjà croisés. Et c'est ce réalisme, cette imperfection avouée de chacun, qui m'ont vraiment fait fondre dans cette histoire. Il se trouve que je côtoie depuis de longues années de jeunes trisomiques, je les ai vus grandir, devenir ados puis adultes, travailler, faire du théâtre, tomber amoureux... je sais à quel point c'est parfois difficile pour l'entourage de suivre, de faire front, d'encaisser les regards en biais, les "petites" remarques mielleuses. Et Je sais aussi l'amour inconditionnel des parents, les sacrifices, les innombrables consultations parce qu'il y a aussi les multiples problèmes de santé à gérer, l'ingratitude parfois aussi...
Emilie Chazerand a parfaitement su traiter tous les aspects de la vie avec un enfant différent, avec son humour que j'avais déjà tant apprécié dans "Fourmi rouge". Et elle se glisse aisément dans la peau de chacun des trois jeunes de la famille Desrochelles, chacun avec son langage, ses particularités et ses difficultés.
J'ai juste eu un peu de mal avec la mamie Marie-Claire, un peu "too much" à mon goût, je l'ai trouvée moins crédible que le reste de la famille. En plus il se trouve que j'ai une tante Marie-Claire aux antipodes de cette vieille dame "indigne" ! Petite mention spéciale à la poule "Gigi lamoroso", et à Dalida, les guest stars de l'histoire !
"Annie au milieu" est un roman destiné en principe aux ados (à partir de 14 ans selon moi), mais l'écriture très agréable d'Emilie Chazerand saura séduire bien des adultes. Et chacun se trouvera sans doute des points communs avec l'un ou l'autre des membres de la famille Desrochelles...
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Ichirin-No-Hana
  11 décembre 2021
Immense coup de coup de coeur pour ce roman qui est un véritable uppercut d'émotion. Après l'hilarant Fourmi Rouge et le touchant falalalalalalala, Emilie Chazerand devient une autrice incontournable pour moi !
Dans ce roman, nous suivons une famille composée d'une fratrie de trois enfants, un grand frère et deux plus jeunes soeurs, Annie, c'est la soeur du milieu. Jeune adolescente trisomique, Annie est choyée dans sa famille. Nous suivons leur quotidien parfois difficile, mais rempli d'un amour sincère.
Annie n'attend qu'une chose dans sa semaine : son cours de majorette. Cependant, alors que le club de majorette est sélectionné pour le concours départemental, l'entraineuse décide d'éjecter Annie. Décidant de se battre pour leur soeur et pour toutes les discriminations qu'elle peut subir, la famille va décider de monter leur propre spectacle !
Émilie Chazerand nous propose un roman plein d'émotion et de questionnements hyper crédibles. Alors que la famille aime la petite Annie d'un amour sincère, le quotidien n'en est pas moins difficile, plein de contrariété et de pression sur les deux autres enfants. Sans trop en dire, le roman traite de nombreuses thématiques de façon extrêmement juste et émouvante, le tout entrecoupé de passages hilarants ! Impossible d'en ressortir indemne ! Véritable déclaration d'amour aux familles atypiques et pleine de courage, Émilie Chazerand nous émeut et nous marque.
Annie ne vous laissera pas non plus de marbre !
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domi_troizarsouilles
  18 octobre 2021
C'est une copinaute qui m'avait intriguée en parlant de ce livre sur un forum, je l'ai acheté bien rapidement sur sa recommandation… mais il a fallu attendre qu'un défi dans un challenge me demande explicitement de lire un livre avec un personnage principal porteur de handicap pour que je m'y mettre réellement ! Et, très franchement, malgré les notes dithyrambiques que ce livre a récoltées, pour moi ce n'est pas un coup de coeur. Certes c'est une belle histoire, certes c'est plein d'émotions, mais si ces éléments suffisent à faire un (très) bon livre, alors un grand paquet de romances, par exemple, pourraient prétendre au même succès, or ce n'est pas le cas ! Alors, certes, ça parle de handicap (certaines des romances auxquelles je pense, aussi…), d'acceptation de l'autre qui est « différent », un thème très à la mode – et c'est une bonne chose ! mais vraiment, est-ce pour cette seule raison qu'on peut dire d'un livre qu'il est si bon ? Qu'est-ce qui a donc tant plu/ému dans ce livre ? (et pourquoi, moi, suis-je à peu près passée à côté ?)

D'abord, le synopsis est accrocheur mais quelque peu mensonger. Cette histoire de majorettes, qui a l'air tellement centrale et qui fait vendre (waouh ! le handicap et les majorettes : ça va être génial, non ?) n'apparaît qu'après plus du premier quart du livre ! Ce n'est jamais amené, jamais même évoqué, dans ces (longues) pages d'introduction, même Annie n'en parle pas ! Et tout à coup ça sort du chapeau de l'autrice, mais même à ce moment-là on ne voit pas cette « passion » annoncée par le quatrième de couverture : oui Annie s'y plaît, oui elle y a des amis et y rencontre des gens moins sympathiques… mais comme un peu partout où elle a l'une ou l'autre activité au final, ce n'est pas vraiment transcendant.
Mais justement, revenons à ce premier quart du livre…
L'histoire nous est présentée en alternance à trois voix : celle d'Harold, 18 ans, le frère aîné d'Annie, en complet décrochage scolaire mais bon cuisinier ; celle de Velma, 15 ans, ado mal dans sa peau mais passionnée par l'art ; et Annie bien sûr, 16 ans trois quarts, trisomique. Et d'emblée, on s'intéresse à ces personnages, on ressent une première forme d'émotion, mais ce n'est pas de l'attachement.
Harold par exemple, pour quelqu'un qui prétend qu'il sait à peine lire (et on sait, malheureusement, que ça existe, ces jeunes qui sont arrivés jusqu'en terminale en passant à travers les mailles du filet, mais qui sont restés à la limite de l'illettrisme), il a quand même un vachement bon niveau de français à l'écrit, utilise à peine quelques expressions « de jeune » alors qu'il a une mentalité qui, à mon sens, ne « rend » pas ses 18 ans, il a l'air à peine pubère par moments ! Je ne dis pas que l'autrice aurait dû retranscrire les mots de quelqu'un qui ne sait pas former 3 lettres, et fait autant de fautes à chaque mot ! mais en l'état, ce personnage n'est pas cohérent. En outre, il présente d'emblée une surenchère de problèmes… et là on n'est qu'au tout début (mais je ne dirai pas plus, ce serait du spoil !). L'autrice laisse entendre que tout ça, c'est « à cause de » Annie – avec toutes les réserves de mise : mon interprétation première était que les parents, tellement accaparés par Annie, ne voient pas leurs deux autres enfants ; la copinaute citée plus haut, voyait plutôt là le fait qu'Harold comme Velma auraient spontanément minimisé, caché même leurs problèmes, pour ne pas peser davantage sur leurs parents, qui ont déjà bien assez à faire avec Annie… La vérité se situe sans doute quelque part entre les deux façons d'approcher le personnage d'Harold ?
En parlant d'effacement… Velma en est l'image, et je dois dire qu'elle m'a beaucoup plus convaincue que son frère (même si je ne me suis pas vraiment attachée à elle non plus) ! le détail est poussé jusque dans la typographie : quand c'est Velma qui s'exprime, les caractères sont plus petits, et dans une police toute serrée, qui accentue cet effet « je suis là mais on ne me voit pas ». Quoi qu'il en soit, elle apparaît bien davantage comme une ado de son temps, particulièrement discrète et effacée ; elle a bien l'air d'en souffrir (un peu) et se réfugie dans le dessin… ce qui ne m'a pas choquée, ce n'est pas propre à une adolescente-soeur-d'une-trisomique, j'ai moi-même été cette ado (sauf que le dessin… euh, non ! pour moi c'étaient les mots : lecture et écriture).
On l'a compris : les parents sont présentés comme le stéréotype de la famille BCBG un peu coincée, qui fait tout ce qu'il faut pour l'enfant handicapée, et qui parle du bonheur de l'avoir parce que ça se fait, mais qui au fond n'y a jamais vraiment cru… le père seul continue de travailler, on ne sait pas trop dans quoi mais peu importe ; c'est le pater familias avec des idées arrêtées, notamment sur l'avenir des enfants – les deux « normaux » doivent briller à l'école et passer le bac pour ensuite faire de hautes études. Malgré le fait que sa vie ait été bouleversée par un enfant différent, il semble n'avoir jamais rien remis en question par ailleurs – est-ce bien réaliste ? La mère quant à elle, est l'image de la femme-sacrifice, qui a tout arrêté (en l'occurrence : une brillante carrière d'architecte) pour se consacrer à temps plein à sa fille différente. Elle ne se plaint jamais, pète de temps en temps un câble, adore ses enfants mais est tellement accaparée par Annie qu'elle semble ne même pas « voir » les deux autres. Alors, là encore : oui c'est sans doute réaliste, mais à ce point ?? J'ai le sentiment que l'autrice a poussé le cliché à l'extrême, comme si une famille dont un enfant est « différent » ne pouvait être que dysfonctionnelle derrière une façade de « tout va bien », et vraiment ça m'a désolée, ça donne une image faussée des choses, très stéréotypée !
Dans la famille d'Annie, clairement il ne fait pas bon vivre, on parle beaucoup d'amour mais on ne le sent pas ; tout est tellement exagéré dans le cliché que ça devient gênant.
Heureusement, il y a au moins quelques personnages qui sauvent l'ensemble.
Bien sûr, il y a Annie, « au milieu »… Avec elle, on est dans le vrai, dans l'authentique, dans le réaliste mais gentiment. L'autrice lui donne la parole un peu à la façon d'un flux de pensées, sans trop tenir compte des convenances de la syntaxe, cependant ça reste tout à fait lisible – l'exercice n'était pourtant pas évident, là je dis bravo ! En outre, je pense que le personnage d'Annie est tout à fait plausible, avec un degré dans son handicap qui la rend juste assez acceptable pour sa famille, mais juste pas assez pour l'extérieur… En mots un peu crus peut-être : ce n'est pas elle qui aurait brillé dans « le huitième jour », mais elle ne doit pas non plus être placée en institution, elle a même un petit emploi et elle a appris à lire un minimum ! C'est une personnage extrêmement attachante, touchante. Ses émotions sont directes et elle les transmet de façon très vraie ; ce personnage sonne juste, tout simplement !
À côté de ces trois personnages principaux, et leurs parents que j'ai mis sur le même pied même s'ils n'ont pas le droit à la parole, on a toute une galerie de personnages secondaires forts, dont certains m'ont paru plus intéressants que les principaux, c'est dire ! Je pense en particulier à Mamie Marie-Claire, qu'on voit en soixante-huitarde qui est toujours restée à cette époque, qui se fout des conventions et des bien-pensants – l'exacte opposée de sa fille Solange, la mère-sacrifice du trio narrateur. On passera la surenchère, niveau problèmes cumulés dans cette famille, qu'on attache à cette Mamie Marie-Claire en plus des soucis scolaires (et autres) d'Harold et de l'invisibilité de Velma - comme s'il y avait vraiment besoin d'ajouter encore une couche dans les malheurs !? ; on retiendra en revanche le petit côté déjanté qu'elle apporte, le peps aussi, et au final c'est sans doute l'un de mes personnages préférés !
Ainsi, de façon générale, je quitte ce livre avec un sentiment mitigé. Il est plutôt bon, et certains passages sont réellement touchants ou émouvants, d'ailleurs j'ai même versé une petite larme ici ou là. le personnage d'Annie est excellent et très bien présenté, sans parler de l'immense mérite qu'il a eu d'oser mettre un scène une jeune fille porteuse de handicap, qui n'en reste pas moins avant tout une jeune-fille-tout-court, avec ses rêves, ses craintes, ses amours – et cet aspect est rendu de façon tout à fait remarquable.
En revanche, l'entourage familial d'Annie pêche de façon excessive par son côté dysfonctionnel qui ne se voit pas trop mais qui pèse sans cesse sur l'ensemble. On vit ensemble sans se parler, le handicap a pris toute la place, ou bien les différents membres de cette famille lui ont laissé toute la place, mais en tout cas l'approche paraît artificielle et très stéréotypée, avec une surenchère de problématiques diverses et variées, qui à mon sens n'ajoutent rien à l'histoire d'Annie ! C'est très dommage, car ça donne un résultat à trois voix où une seule semble vraiment fonctionner…
Quant à cette affaire de majorettes, elle est certes bien sympathique mais c'est surtout une histoire-prétexte qui va servir à exacerber les tensions avant de les débloquer, au moins en partie, mais elle est bien moins centrale que ne laissait espérer le synopsis, et clairement on n'est pas dans une « ambiance majorettes », mais dans une ambiance familiale qui apprend à se connaître… sauf qu'on n'y croit pas tout à fait.
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Bazart
  20 août 2021
Velma et Harold sont le frère et la soeur d'Annie, une jeune fille différente des autres, dotée d'un un chromosome en plus et d'une passion folle : les majorettes.
Annie se réjouit que la première fois, sa troupe aura l'honneur de défiler lors de la fête du printemps de la ville, sauf que la cheffe des majorettes ne veut plus d'elle du fait de sa différence.
Pour sa famille, malgré cet écueil, Annie défilera quoiqu'il en coute, avec une contre parade un peu brinquebalante mais pleine d'hhumour et d'humanité.
C'est belle histoire d'amour familiale racontée à trois voix ( les trois membres de la fratrie) avec énormément de poésie et d'humour que nous propose Emilie Chazerand ( déjà remarquée avec la fourmi rouge) .
e. Team Annie ! » qui envoie du tonnerre !!!
Harold, Annie et Velma raconte cette histoire avec un style différent mais toujours avec tendresse et humour.
Foncez découvrir cette famille dysfonctionnelle (on pense un peu au chef d'oeuvre du cinéma indépendant américain Little Miss Sunshine) mais en même temps, tellement aimante pour bien commencer la rentrée !
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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FreiheitDR
  21 août 2021
J'ai encore un peu de mal à parler de ce roman. C'est le premier Sarbacane que je lis en LC, accompagnée par une partie des autres partenaires, et c'était bien chouette de pouvoir partager nos sentiments face à notre lecture, mais aussi nos expériences. C'est également le premier roman que je lis qui propose un personnage atteint de trisomie 21 et auquel on donne la parole. Parole qui se décline aussi avec deux autres personnages : le frère Harold et la soeur Velma. Trois points de vue qui se complètent et qui m'ont serré le coeur.
Comme le dit si bien le titre, Annie est au milieu. Annie est omniprésente, presque étouffante. Harold et Velma ont les rôles secondaires dans leur propre famille, dans leur propre vie. Et ça a été très dur pour moi, de lire ça. On comprend totalement qu'un enfant tel que Annie va avoir besoin d'un double d'attention et que les parents ne peuvent pas non plus se diviser en 150. Pour autant, ça m'a formé une angoisse au fond de l'estomac qui ne m'a plus quitté. La force mentale qu'il faut pour mettre sa vie entre parenthèse pour s'occuper de quelqu'un, c'est clairement pas pour moi. Aussi, j'en voulais aux parents d'avoir fait certains choix, j'en voulais aux enfants de ne pas s'imposer davantage. Et j'étais partagée aussi en me disant que personne n'avait réellement choisi tout ça et qu'il fallait bien s'en accommoder. Mais je n'arrêtais pas de me dire « et si tu étais dans cette situation, tu ferais quoi ? Si tu étais mère, comment tu gèrerais ? »
Je n'ai pas réussi à me sentir proche des personnages car ils sont l'exact opposé de ma propre personnalité et pourtant, j'avais énormément d'affection pour eux. Tous éteints, résignés, comme condamnés, au sein de cette famille qui se déchirait de façon totalement silencieuse. Il n'y a finalement que la mamie qui soit pétillante, ainsi que la tante Del. Deux personnages que j'aurais aimé voir davantage parce qu'ils apportaient de la chaleur et de l'apaisement au sein de ce roman très étouffant pour moi. Très clairement, l'autrice a fait un travail considérable avec cette histoire, parce qu'on ressent vraiment ce que c'est que la vie avec une personne trisomique au sein d'une famille, l'ampleur que cela demande. C'est pourquoi je pense que ça dégage des émotions très distinctes chez chaque lecteur, en fonction de son empathie, son âge, sa situation familiale, sa vision de la vie, ses projets, ses rêves etc.. Pour moi, une vie comme celles des personnages n'est pas envisageable, en particulier à la place de la maman qui a tout arrêté pour s'occuper de sa fille. Aussi, cette histoire m'a mis face à de nombreuses craintes. Et chapeau à l'autrice pour avoir réussi ce défi, pour avoir permis aux lecteurs de ressentir tout ce panel d'émotion.
La fin du roman est très cool, plus colorée et positive à mes yeux. Il manque cependant des réponses à certaines questions. On tire l'histoire vers le haut, vers une possible fin heureuse pour Harold et Velma, pour une possible place premium dans leur famille. Ce roman est criant de réalisme. Il dépeint l'exemple typique d'enfants qui ont dû s'élever seuls, qui ont été plus vite autonomes par la force des choses. Des enfants qui, selon moi, vivent leur propre vie comme s'ils en étaient les personnages secondaires. Leurs points de vue sont les plus tristes à mes yeux, car ils sont parfaitement conscients de cela tout en voyant un véritable impact sur leur vie. Mais ils gardent l'espoir que leurs parents finissent malgré tout par donner une certaine importance à leur existence. On voit à travers eux la lucidité de la maman, qui rêvait d'autre chose mais qui a presque honte de l'admettre, le largage du papa qui semble avoir renoncé à tout… Et puis les vérités qu'ils peuvent balancer de temps en temps, petite pique pour rappeler qu'ils existent et qu'ils ne sont pas dupes.
Les points de vue de Annie sont ceux que j'ai trouvé les plus colorés, les plus vivants et, finalement, les plus agréables. On sent que l'autrice connaît son sujet, qu'elle s'est renseignée. D'après plusieurs lecteurs qui sont plus au point que moi sur la trisomie 21, Annie est très bien représentée. Elle est sensible, elle comprend ce qui l'entoure sans pouvoir pour autant mettre des mots sur toutes les situations. Bien évidemment, elle ne peut pas se rendre compte de tout, mais voir le monde à travers ses yeux était super intéressant. Tout paraît si simple, si facile. Elle aime le monde de façon pure et elle est très attachante. Comme tous les personnages, en soi. On a envie de les prendre dans nos bras, de les embrasser et de leur dire qu'ils sont beaux, essentiels, qu'ils comptent et compteront toujours.
Bien évidemment, ceci est mon point de vue. Pour avoir discuté avec d'autres lecteurs, rares sont ceux qui se sont focalisés sur ces éléments, qui ont ressenti cette angoisse. Beaucoup y ont vu de la positivité, de l'amour, de l'humour, de la couleur. Comme je le dis plus haut, j'imagine que cela dépend de chaque lecteur. Je suis donc très curieuse de savoir comment vous avez ressenti cette lecture, et il me tarde qu'il sorte en librairie pour lire tous vos avis !
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critiques presse (1)
LeSoir   08 octobre 2021
Après « La Fourmi rouge » et « Falalalala », Emilie Chazerand continue de nous épater avec « Annie au Milieu », tendre comédie familiale sur la différence.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
BdesBdes   27 juin 2022
Comment font les gens, tous ces gens qui se disent amoureux et qui n'ont pas du tout l'air aussi cramé que moi ?
Qui n'ont pas l'air de se consumer, de la prostate à la glotte, le bas du ventre chauffé à blanc et la langue brulante ?
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LivresdAvrilLivresdAvril   20 avril 2022
"Mais c'est vrai, mon chat : c'est terrifiant de donner la vie ! Quelle responsabilité... Il faut vraiment ne pas y penser, pour faire un enfant. Il faut se lance sans réfléchir. Tu imagines : tu jettes quelqu'un qui n'a rien demandé dans ce monde fou, tordu, violent... Tu l'obliges à vivre des émotions compliquées, des peines de coeur. Et s'il déteste ça ? S'il n'est pas de taille ? Tu risques de passer le reste de ton existence à te demander si tu as bien fait de lui donner la sienne. C'est comme pousser un type hors d'un avion, en pleine altitude, sans être sûr qu'il ait un parachute." (p.158-159)
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LivresdAvrilLivresdAvril   20 avril 2022
"Les enfants, c'est la fin de l'insouciance, Harold. C'est prendre cent kilos d'un coup. Cent ans, sans s'en rendre compte tout de suite. C'est comprendre que tu ne sais rien et que tu ne peux pas grand chose. Alors ce pas grand-chose-là, tu t'y accroches de toutes tes forces et tu deviens un peu ridicule. Un peu grotesque. Ce pas grand-chose, c'est l'homéopathie, les plan d'épargne-logement, les fenêtres sécurisées, les brassards à la piscine, les casques de vélo. Toutes ces protections de pacotille qui te donnent l'illusion que tu as un minimum de contrôle sur le destin. Et qui t'aident, un peu, à maîtriser la terreur."

C'est pas rien comme mot, comme idée, la terreur. J'ai essayé de poser l'équation, vite fait. Ça doit revenir à de la peur puissance dix-mille. (p.158)
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IdeesLivresIdeesLivres   06 janvier 2022
Annie peut faire des crises horribles.
Elle devient sauvage, terrifiée et terrifiante. Proie et chasseur.
Elle pleure comme une folle, comme une veuve, une accidentée.
Elle me fait boire des tasses pleines à ras bord de peine salée.
J’ai l’habitude. Je sais gérer. J’ai une technique bien rodée.
Je m’assois face à elle et colle mes genoux aux siens.
On se fait bois, barque et paquebot.
Je balance de gauche à droite, l’entraîne dans mes flots.
Et son visage de lune grave et triste s’apaise toujours, doucement.
On s’embulle, mains sur les oreilles.
Et les sons, les mots, le monde à grandes dents ne mordent plus.

Je voudrais lui dire qu’elle n’a pas besoin d’écouter tout ça.
Que ce credo grave et un peu poisseux ne nous concerne pas.
Que je peux lui en fabriquer un autre. Un magique. Rien qu’à nous.
Car je crois, moi aussi, en des tas de choses.

Je crois que la plume se souvient avoir été oiseau, nuage et ciel.
Et qu’elle ne s’en remet jamais.

Je crois que si mon pouce me démange, je vais avoir du courrier.

Je crois que chaque famille a quelqu’un qui fait office de soleil.
Et que les autres membres ne sont rien d’autres que ses satellites.
Ils tournent autour de lui, cœurs tambours et jambes cuites.

Je crois que les bonnes histoires commencent par un amour fou.
Même la mienne. Même si je suis accidentelle.
Même si j’ai été fabriquée pour la vitrine des Desrochelles :

« Tout va beau, nous allons tous très bien, nous vivons grand.
Nous n’avons pas peur. Nous n’avons jamais mal. Tout est normal.
D’ailleurs, on a fait Velma, après. On a fait Velma, exprès.
Une fille de rechange pratique, conforme, très adaptée.
Pas de chromosome surnuméraire, on vous rassure, on a compté. »

Oui, peut-être que ça s’est passé comme ça.
Que j’existe par et pour Annie. Que je suis l’enfant-béquille.
Celle qui prendra la relève lorsque les parents seront entamés.
Rabougris, oublieux ou décédés.
La voisine l’a dit à maman. « Une fille, c’est plus sûr.
Les garçons s’occupent moins de ces choses-là. Ils s’attachent pas.
Les filles ont le sens du sacrifice. Elles restent. C’est inné. »

Si c’est inné, à quoi bon lutter ?
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IdeesLivresIdeesLivres   06 janvier 2022
Mon tout premier souvenir, je crois, c’est celui du silence, immense, épais, qui a déboulé en même temps qu’Annie. Ce silence dérangé seulement par les pleurs rares d’un bébé qui ne recevait pas de visites. Les couleurs s’étaient estompées, l’air avait changé. Je crois que c’est à peu près dans ces eaux-là que mon enfance s’est noyée […]

Les gens m’aiment bien. Je ne me vante pas : je constate. Ils recherchent ma présence. Parce que j’ai l’air à l’aise partout où je vais. Je sais toujours quoi dire, comment me tenir, pour ne donner à personne l’impression qu’il est trop con ou trop moche à pleurer. Pas à sa place.

Et puis je suis solide. Pour me lever, je me déplie. Quand je marche, j’écrase le sol, j’avale les distances. Sans effort apparent. Et mon ombre fait de l’ombre.

Parfois je pose ma main sur la nuque de Maman. L’une est si grande, l’autre si fine. Ça fait comme un collier de phalanges et d’ongles. M’man frissonne à chaque fois. Elle se niche une seconde contre moi, sa tempe sur ma clavicule. Elle murmure que je ne suis plus sont tout petit garçon rien qu’à elle. Que j’ai grandi bien trop vite.

J’ai dû être son petit garçon rien qu’à elle deux minutes trente environ. Mais je lui dirai jamais. C’est trop tard pour une crise d’ado. Ce serait difficile : je suis quasi adulte.

D’ailleurs, je suis plus grand que Papa. Y a un truc qui coince, qui cogne et meurt, quand on peut voir le sommet du crâne de son père. Le mien est parfois tenté de me traiter comme un pote, du coup. Sauf qu’il n’a plus de pote depuis longtemps. Depuis Annie ? Je sais pas. En tout cas, il sait pas s’y prendre. Je joue le jeu, on se bagarre gentiment. Une prise de catch pour vieux, de-ci de-là. Il est content, il a l’impression qu’on est complices. Qu’il a fait son boulot. Qu’il m’a conduit du point A au point B comme il se devait. Et que l’alphabet s’arrêtait là.
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