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EAN : 9782253151012
442 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (05/09/2001)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 227 notes)
Résumé :
Lors d'un voyage en Chine, l'auteur retrouve le peintre Tian-yi, connu autrefois, qui lui remet ses confessions écrites. Tian-yi a vécu l'avant-guerre dans une Chine en plein bouillonnement. Plus tard, dans les années 1950, il est allé en Occident, où il a découvert une autre vision de l'art et de la vie.
De retour dans son pays soumis aux bouleversements de la révolution, il a voulu retrouver deux êtres chers : Yumei, l'amante, et Haolang, l'ami.
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
enjie77
  10 avril 2020
« La vraie vie est une vie vécue et recréée et repensée par l'Ecriture » Marcel Proust
« Avec cette écriture à la manière de Proust, tout d'un coup, je sens que je peux recréer toute cette vie perdue et recommencé à vivre » François Cheng.

Né de l'imaginaire de l'auteur (je suppose), Tianyi, cet ami peintre dont François Cheng nous relate l'histoire, possède une petite part intime de François. de même, François est aussi à l'image de Tianyi bien qu'à un instant de la narration, l'auteur évoque une divergence de chemin, de destinée.Tout en lisant cette fiction, j'avais le sentiment de découvrir la personnalité de François. L'auteur se dévoile dans ce récit au travers des réflexions philosophiques de Tianyi, de ses interrogations face à l'existence, de sa quête spirituelle, hanté par la question du mal. J'ai ressenti l'exilé dans les profondeurs du récit, un amour de la Chine bien qu'il soit à même de raconter son pays sans omettre les atrocités qui s'y sont déroulées. L'écriture enchanteresse, poétique, sensuelle ne peut masquer un chant perceptible au lointain, une mélopée venue du plus profond de l'âme de François. Il tient à coeur de nous faire découvrir son pays. Les mémoires de son ami Tianyi relatent les pérégrinations à travers cette immensité chinoise marquée par les années de guerre civile entrecoupées de huit ans de guerre sino-japonaise pour évoquer en dernier la terrible Révolution Culturelle. Un demi siècle d'histoire défile sous nos yeux où la grande et la petite histoire s'interpénètrent mutuellement, se répondent, et où la terre chinoise imbibée de larmes, de souffrance, s'apparente à un champ de bataille où toute vérité est violée et toute valeur humaine piétinée. Et malgré cela, tout au long de ses cinq mille ans d'histoire, le peuple chinois n'a jamais renoncé à son instinct de survie totalement habité par l'esprit de Confucius ! le parcours de Tianyi que je qualifierai "d'errance" est un véritable enseignement pour moi, occidentale.
« L'univers tyrannique est plein de fureurs, de frayeurs et de failles. L'humain profite de la moindre brèche laissée par l'inhumain pour germer et croître » page 338.
On y retrouve l'Amante sous les traits de Yuméi, l'amitié sous les traits de Haolang. Cette relation à trois créera des liens inextricables et comme dans « l'Eternité n'est pas de trop », l'Amour est passion, absolu, mystique, renoncement. Et le nombre Trois ici prend tout son sens symbolique : conciliateur des oppositions nécessaires et fécondes, le Nombre 3 ramène à l'Unité.
« Me crois-tu ? Un jour tu me croiras. Tu es celui que j'aime le plus au monde. Tu es mon innocence, tu es mon rêve. Maintes fois dans ma nuit, j'ai rêvé de toi, comme à une éternelle enfance. Je suis ta soeur, je suis ton amante. Mais dans cette vie, nous ne seront pas un couple ». Page 185
Parue en 1998, ce livre a reçu le Prix Femina. Cette oeuvre est remarquable, riche de sens cachés, fascinante, je pense la relire. Mais ne vous y trompez pas, si la plume est ensorcelante, poétique, ce récit passionnant est cruel, notamment, dans sa troisième partie où rien n'est épargné au lecteur mais tout doit être DIT.
« En attendant, il suffit au témoin qui n'a plus rien à perdre, toutes larmes ravalées, de ne pas lâcher la plume, de ne pas interrompre le cours du fleuve » - « le mal se nicherait-il au coeur de la Beauté »
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nadiouchka
  12 mai 2018
Que de poésie dans ce livre de François Cheng : « Le Dit de Tian-yi », qu a reçu le Prix Femina en 1998.
François Cheng est un écrivain, un poète et un calligraphe né en Chine, naturalisé Français en 1971. A présent, il est membre de l'Académie Française et ses ouvrages sont nombreux (j'ai d'ailleurs fait une liste récemment pour une quarantaine d'entre eux mais je n'avais pas pu tout publier).
Pour ce livre proposé par mon club de lecture, j'ai commencé par relever en page 7 :
« Durant la première moitié des années cinquante, j'avais eu, à plusieurs reprises, l'occasion de rencontrer Tian-yi. J'avais été frappé par son visage « anxieusement ouvert » et par sa peinture. (…) C'est presque un quart de siècle après, en 1979, que je reçus de façon totalement inattendue une brève lettre de Tian-yi, me demandant de reprendre contact avec lui … La Chine venait de sortir de la Révolution culturelle et tentait, tant mal que bien, de panser ses plaies. On assistait à une période de « repentance » et d' »ouverture ».
Ce Dit de Tian-yi peut-être lu comme une biographie puisque l'auteur, dans les pages 441 à 442, écrit :
« Enfin je vois Tian-yi transporté par camion militaire jusqu'à une immense bâtisse, genre d'asile pour malades mentaux et handicapés physiques, dans la ville de S. A partir de là, il devient anonyme. (…) Je le vois s'accrocher, comme à une planche de salut, à de gros rouleaux de papier qui servent à tous les usages. Sur ces papiers grossiers, qui sentent la terre et l'herbe, il se met à écrire nuit et jour, laissant le rouleau se dérouler indéfiniment sous sa main pareil à un long fleuve qui n'en finit plus de s'écouler, à une de ces peintures anciennes sur rouleaux qui portent le titre : le Fleuve Yangzi sur dix mille li. Il consigne par écrit tout ce qu'il a vécu sur terre, une terre inouïe de dénuement, inouïe de richesse. (…) En restituant morceau par morceau les événements d'une existence, cet être nommé Tian-yi, si banal, si singulier, finit par permettre au courant d'une eau vive de retirer ses parties séparées, lesquelles étaient en réalité d'un seul tenant ».
Je reconnais que cette explication peut paraître un peu longue mais je l'ai trouvée nécessaire car, pour moi, c'est ce que signifie le mot « Dit » qui m'importait. En genre littéraire médiéval il était celui de « Poésie » mais ce n'est pas facilement définissable. Dans cet ouvrage, apparemment, il veut dire plus clairement « Récit ».
A présent, il me reste à écrire quelques mots sur ce livre d'un genre à part.
L'auteur se fait donc le porte-parole de Tian-yi pour ce roman très poétique mais qui comporte aussi une grande philosophie. D'un côté c'est la vie de Tian-yi vue par lui-même et d'un autre, ce sont les événements politiques qui ont fait bouger la Chine et le monde également au XXème siècle.
Mais c'est aussi l'histoire d'un amour mêlé de passion et d'amitié. Les trois personnages concernés sont Yumei dont Tian-yi est amoureux mais une idylle se noue avec le troisième, Haolong que Yumei va d'ailleurs préférer tout en gardant aussi son amour pour Tian-yi : affaire bien compliquée et qui plonge ce dernier dans le plus grand désarroi si bien qu'il préfère partir.
On assiste aussi à toute une série d'événements importants : le régime communiste – les souffrances endurées ainsi que les pires humiliations. L'amour fou de Tian-yi pour Yumei est d'une grande intensité : « « Dès notre première rencontre, en mon for intérieur j'appelle Yumei « l'Amante ». J'éprouve l'étrange sensation que j'ai toujours vécu en sa compagnie, qu'elle m'est consubstantielle, plus intime que mon propre corps ».
C'est une formidable fresque que nous livre François Cheng, mêlant la passion dévorante - les descriptions de vie avilissantes – l'amitié - l'art (avec la peinture occidentale) – les Gardes Rouges qui régissent les camps de détention – la douleur… En fait, c'est l'existence d'un être particulier et l'Histoire avec un grand « H ».
On retient peut-être surtout cette étonnante histoire d'amour, ce que Tian-yi appelle « notre destin à trois ». On découvre les fondements de l'enseignement taoïste, la Voie…
L'écrivain a voulu donner une version romanesque mais certains faits ne peuvent pas être cachés. Ainsi, dans sa vie d'homme terrestre, Tian-yi ne peut pas connaître la plénitude, mais il démontre dans son récit qu'on peut l'atteindre sur le plan de la fresque, ce qu'il fait avec « l'oeuvre de sa vie ».
Le style de l'ouvrage est agréable à lire malgré les complexités de certaines réflexions.
J'ai eu un peu de mal à « entrer » dans ce livre (car je passais d'un thème littéraire à un tout autre bien différent) mais une fois chose faite, je n'ai pu qu'être intéressée par tous les développements qui en découlent dans cette Chine de Mao alors que grondent la guerre sino-japonaise et la Révolution culturelle.
C'est une oeuvre très riche et complète mais qui demande beaucoup d'attention. Tout est important. Il ne faut pas seulement s'attacher à la grande histoire d'amour qui règne dans toute la lecture mais il faut aussi faire attention à l'Histoire : la grande et la petite sont étroitement liées.
Je préfère ne pas en raconter plus pour laisser place à tout ce mystère et je laisse la conclusion à l'auteur avec les dernières lignes qui donnent une excellente leçon :
« En attendant, il suffit au témoin qui n'a plus rien à perdre, toutes larmes ravalées, de ne pas lâcher la plume, de ne pas interrompre le cours du fleuve. L'invisible souffle, s'il est de vie, ne saurait oublier ce qu'il a connu sur cette terre, fureurs et saveurs confondues. Il porte en lui assez de nostalgie pour qu'il n'effectue pas, lui aussi, sa marche du retour, quand il voudra, où il voudra ». (page 443).
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araucaria
  10 septembre 2012
Très beau roman, ou se mêlent amour et amitié. Ce texte très fort nous fait faire une incursion dans la civilisation chinoise du 20 ème siècle. On y découvre notamment la vie des camps de rééducation construits au moment de la révolution culturelle. Malgré des descriptions parfois très dures et bouleversantes on retrouve la belle plume poétique de François Cheng. Un livre qui a bien mérité son Prix Femina.
Lien : http://araucaria.20six.fr
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PhilippeCastellain
  02 mai 2020
Je suis rarement en accord avec les choix de palmes d'or du festival de Cannes, de Césars ou d'Oscar, et guère plus avec les Goncourts ou les Feminas. Dans le cas de François Chang, je fais une exception.

A bien des égards, la méconnaissance qu'ont les Français de la Chine est plus qu'inquiétante. Ignorer tout d'un pays qui pèse un cinquième de l'humanité et domine son économie, c'est la taupe ignorant le tunnelier ! Surtout si l'on considère à quelle point l'histoire en question est unique. Quand on constate le nombre de gens n'ayant jamais entendu parler de la Révolution Culturelle ou du Grand Bond en Avant, à qui des slogans comme « la religion est l'opium du peuple » ou des mots comme « dazibao » ne disent rien, on approche du paniquant.

C'est pourquoi ‘Le dit de Tianyi' est peut-être ce qui a été écrit de plus important en France dans le dernier quart du XXème siècle. Au-delà de la simplicité et de la beauté de son histoire d'amour et d'amitié, on y découvre la vie de la paysannerie chinoise traditionnelle, l'anarchie de la période pré-communiste, la misère et le banditisme omniprésent. Plus tard la dictature omniprésente, omnisciente ; la folie totale du Grand Bond en avant, et ses vingt à quarante millions de morts ; le déferlement de violence hallucinant de la Révolution culturelle… Et l'aveuglement d'un certain nombre de Français, persuadés que la Chine était bien le paradis communiste que leur décrivait ‘L'Humanité'.

La plongée dans les camps laogai, ou « camps de rééducation par le travail » est également saisissante. On l'ignore aussi, mais c'est là que disparurent une bonne partie des 200 000 moines qui vivaient au Tibet avant l'invasion chinoise, ainsi probablement que quelques minorités qui ne rentraient pas dans la liste des 56 groupes officiels. Et aujourd'hui, un bon paquet d'Ouïghours. Chaque peuple et chaque pays a ses squelettes dans les placards ; dans le cas de la Chine, ils sont à la mesure de son histoire.
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Lune
  06 février 2012
Le « Dit de Tian-yi est un livre à part.
Écrit en français, il contient toute la délicatesse, la subtilité de la poésie chinoise que l'on perçoit dans les descriptions nuancées de la nature.
Elles pourront apparaître redondantes ou trop denses pour certains mais elles témoignent d'une approche différente où l'être humain se confond intensément dans les nuages, la brume, les sentiers, les montagnes.
C'est un livre de rencontres sur lesquelles l'auteur disserte : sa plume devient pinceau et la peinture des relations entre parents d'une même famille, entre homme et femme, entre amis, entre artistes est parfaitement exécutée, toutes les nuances que peuvent prendre ces échanges intenses sont rendues dans leur moindre recoin.
C'est le livre d'un pays sur fond de guerre sino-japonaise puis de révolution culturelle, c'est un pays meurtri et meurtrissant sa population dont le chant traverse les générations et vient parfois se briser dans l'incompréhension extrême-occidentale.
C'est la description d'un chinois venu en France se former à la peinture d'autres maîtres, racontant ses impressions et perceptions devant les grands peintres de l'Europe.
C'est un homme à l'écoute intérieure perpétuelle, en recherches insatiables qui aboutiront à des rendez-vous manqués, en amour, en peinture et en politique.
Car ce livre est politique puisque tout acte, tout désir est lié et relié au monde qui entoure l'homme qui se débat dans les rets d'un système tortionnaire qui refuse à l'individu de s'exprimer.
Ce n'est pas un livre qui se donne facilement tant il est sinueux aussi bien dans l'écriture que dans le personnage.
Il y a des passages qui fouettent et d'autres qui arrachent.
Homme, artiste, amoureux : un seul être, une multiplicité de vies vécues, de vies entrevues, d'allers et de retours.
Nous sommes dans la pure tragédie, la vraie, pas question de théâtre. L'homme face à un destin dramatique auquel il ne peut échapper qu'en le racontant.
Ce livre a reçu le prix Fémina en 1998.
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Citations et extraits (50) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   06 septembre 2012
A partir de la naissance, chaque visage est façonné par toute une vie de désirs refoulés, de tourments cachés, de mensonges entretenus, de cris contenus, de sanglots ravalés, de chagrins niés, d'orgueil blessé, de serments reniés, de vengeances caressées, de colères rentrées, de hontes bues, de fous rires réprimés, de monologues interrompus, de confidences trahies, de plaisirs trop vite survenus, d'extases trop vite évanouies. Chaque ride en porte la marque aussi sûrement que les anneaux d'un arbre. C'est tout cela que le visage révèle de la personne, à son insu, malgré l'effort surhumain qu'elle déploie quotidiennement pour le cacher.
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enjie77enjie77   05 avril 2020
Ce vieux pays, pour se sortir de là, devra passer, hélas! par bien des soubresauts et des tourments. Aucun des deux traducteurs émérites, (Fu Lei et Sheng Chenghua) n'atteindra l'âge de celui qui avait dit : "J'ai résolu d'être heureux", ni de celui qui avait prôné la "tardive sérénité d'un héros". A peine un quart de siècle plus tard, lors de la Révolutions culturelle, lorsque la campagne féroce contre la tendance bourgeoise occidentale battra son plein, Fu Lei verra tous ses livres et manuscrits dispersés ou brûlés devant lui. Sa maison ayant été perquisitionnée, lui et sa femme seront contraints de vivre dans une seule pièce étroite. Devenu "ennemi du peuple", il sera traîné nuit et jour devant les Gardes rouges pour subir d'interminables interrogatoires et sévices physiques. Finalement le couple décidera de mourir ensemble pour ne pas laisser de survivant. De son côté, Sheng Chenghua sera envoyé dans un camp de travail. En dépit d'une santé déficiente, il sera astreint à tous les travaux. D'abord à ceux de la construction même du camp, ensuite à ceux des champs, où à longueur de journée, il aura les jambes enfoncées dans l'eau boueuse des rizières, sans protection aucune contre les insectes qui attaqueront son corps de soixante ans brutalement exposé. Un jour, sous un soleil de feu, il s'affaissera en plein champ et enfouira sa tête dans l'eau sans un mot.

Fu Lei traducteur de Balzac, Voltaire et de Romain Rolland et Sheng Chenghua traducteur de Gide. Chaque année le prix Fu Lei récompense les deux meilleures traductions du français vers le mandarin publiées en Chine dans les catégories Essai et Littérature.

Page 83
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sagesse66sagesse66   26 mai 2020
Au milieu d'une grotte où nous étions entrés par hasard, nous fûmes saisis de stupeur et demeurâmes immobiles, cois.
Nous nous sentions enveloppés, aspirés, par ce qui s'animait tout autour : couleurs et formes représentant des scènes intimes ou grandioses, qui tapissaient entièrement les murs et les plafonds, la plupart depuis plus de mille ans, dans toute leur fraîcheur intacte..........
.........C'était la vie même qui ressuscitait, qui s'éveillait au contact de notre regard .
Miracle de l'instant. Le temps était mort; voilà qu'il renaissait, déployant devant nous, avec superbe, tout ce qu'il contenait de mémoire et de promesse.
Au coeur de l'espace clos, un espace d'outre-monde, jadis habité par tout un peuple d'adorateurs qui, avant de disparaître, avaient confié là, dans ces secrets abris, tous leurs trésors : leurs souffrances comme leurs joies, leur vécu comme leurs rêves, leurs amours, leur vérité, dans une sorte de glorification à la fois exaltée et sereine.
Un chant inouï émanant de cet espace portait le visiteur, le transportait, le poussait plus loin, vers une autre grotte, puis une autre encore ....
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araucariaaraucaria   06 septembre 2012
Le jour de mon départ, le maître m'accompagna jusqu'à la croisée des chemins. Il s'arrêta et dit : " Ce que je pouvais te donner de mieux, je te l'ai donné. A partir de maintenant, suis la Voie, la tienne, et oublie-moi. Ne prends pas la peine de m'écrire. De tout façon, je ne répondrai pas. Je m'en irai d'ailleurs bientôt." Ces paroles, dures à entendre, furent dites non sur un ton sévère, mais avec une douceur paisible dont tout son visage était illuminé, un visage comme transfiguré. Puis le vieillard se retourna et s'en alla en direction de son ermitage. Sa robe flottait au vent, et son pas était léger.
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enjie77enjie77   07 avril 2020
Je pensai à mon père qui m'apprit à tenir le pinceau, à le tremper dans l'encre et à calligraphier le premier caractère. C'était cela ma véritable naissance au monde.
A ce souvenir, vint alors se superposer à son image celle du vieux peintre calligraphe rencontré sur le chemin, en compagnie de Haolang.

Etais-je en train de vivre une de ces scènes tant de fois répétées dans l'histoire chinoise? Un jeune à la recherche de sa vérité rencontre, au détour d'une route déserte ou au fond d'une vallée obscure, un vieillard qui, en réalité, l'attendait là. Si le jeune ne sait pas voir, il passera son chemin. S'il sait voir, il entrera dans sa vraie vie. Le vieillard, avant de disparaitre aussi mystérieusement qu'il est apparu, délivre par quelques gestes ou par quelques paroles un message décisif. C'est ainsi que le signe du père continue ; c'est bien par ce signe, n'est-ce pas, que la Chine depuis tant de millénaires survit.

page 160
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