AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2253151017
Éditeur : Le Livre de Poche (05/09/2001)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 196 notes)
Résumé :
Lors d'un voyage en Chine, l'auteur retrouve le peintre Tian-yi, connu autrefois, qui lui remet ses confessions écrites. Tian-yi a vécu l'avant-guerre dans une Chine en plein bouillonnement. Plus tard, dans les années 1950, il est allé en Occident, où il a découvert une autre vision de l'art et de la vie.
De retour dans son pays soumis aux bouleversements de la révolution, il a voulu retrouver deux êtres chers : Yumei, l'amante, et Haolang, l'ami.
Mais... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  12 mai 2018
Que de poésie dans ce livre de François Cheng : « Le Dit de Tian-yi », qu a reçu le Prix Femina en 1998.
François Cheng est un écrivain, un poète et un calligraphe né en Chine, naturalisé Français en 1971. A présent, il est membre de l'Académie Française et ses ouvrages sont nombreux (j'ai d'ailleurs fait une liste récemment pour une quarantaine d'entre eux mais je n'avais pas pu tout publier).
Pour ce livre proposé par mon club de lecture, j'ai commencé par relever en page 7 :
« Durant la première moitié des années cinquante, j'avais eu, à plusieurs reprises, l'occasion de rencontrer Tian-yi. J'avais été frappé par son visage « anxieusement ouvert » et par sa peinture. (…) C'est presque un quart de siècle après, en 1979, que je reçus de façon totalement inattendue une brève lettre de Tian-yi, me demandant de reprendre contact avec lui … La Chine venait de sortir de la Révolution culturelle et tentait, tant mal que bien, de panser ses plaies. On assistait à une période de « repentance » et d' »ouverture ».
Ce Dit de Tian-yi peut-être lu comme une biographie puisque l'auteur, dans les pages 441 à 442, écrit :
« Enfin je vois Tian-yi transporté par camion militaire jusqu'à une immense bâtisse, genre d'asile pour malades mentaux et handicapés physiques, dans la ville de S. A partir de là, il devient anonyme. (…) Je le vois s'accrocher, comme à une planche de salut, à de gros rouleaux de papier qui servent à tous les usages. Sur ces papiers grossiers, qui sentent la terre et l'herbe, il se met à écrire nuit et jour, laissant le rouleau se dérouler indéfiniment sous sa main pareil à un long fleuve qui n'en finit plus de s'écouler, à une de ces peintures anciennes sur rouleaux qui portent le titre : le Fleuve Yangzi sur dix mille li. Il consigne par écrit tout ce qu'il a vécu sur terre, une terre inouïe de dénuement, inouïe de richesse. (…) En restituant morceau par morceau les événements d'une existence, cet être nommé Tian-yi, si banal, si singulier, finit par permettre au courant d'une eau vive de retirer ses parties séparées, lesquelles étaient en réalité d'un seul tenant ».
Je reconnais que cette explication peut paraître un peu longue mais je l'ai trouvée nécessaire car, pour moi, c'est ce que signifie le mot « Dit » qui m'importait. En genre littéraire médiéval il était celui de « Poésie » mais ce n'est pas facilement définissable. Dans cet ouvrage, apparemment, il veut dire plus clairement « Récit ».
A présent, il me reste à écrire quelques mots sur ce livre d'un genre à part.
L'auteur se fait donc le porte-parole de Tian-yi pour ce roman très poétique mais qui comporte aussi une grande philosophie. D'un côté c'est la vie de Tian-yi vue par lui-même et d'un autre, ce sont les événements politiques qui ont fait bouger la Chine et le monde également au XXème siècle.
Mais c'est aussi l'histoire d'un amour mêlé de passion et d'amitié. Les trois personnages concernés sont Yumei dont Tian-yi est amoureux mais une idylle se noue avec le troisième, Haolong que Yumei va d'ailleurs préférer tout en gardant aussi son amour pour Tian-yi : affaire bien compliquée et qui plonge ce dernier dans le plus grand désarroi si bien qu'il préfère partir.
On assiste aussi à toute une série d'événements importants : le régime communiste – les souffrances endurées ainsi que les pires humiliations. L'amour fou de Tian-yi pour Yumei est d'une grande intensité : « « Dès notre première rencontre, en mon for intérieur j'appelle Yumei « l'Amante ». J'éprouve l'étrange sensation que j'ai toujours vécu en sa compagnie, qu'elle m'est consubstantielle, plus intime que mon propre corps ».
C'est une formidable fresque que nous livre François Cheng, mêlant la passion dévorante - les descriptions de vie avilissantes – l'amitié - l'art (avec la peinture occidentale) – les Gardes Rouges qui régissent les camps de détention – la douleur… En fait, c'est l'existence d'un être particulier et l'Histoire avec un grand « H ».
On retient peut-être surtout cette étonnante histoire d'amour, ce que Tian-yi appelle « notre destin à trois ». On découvre les fondements de l'enseignement taoïste, la Voie…
L'écrivain a voulu donner une version romanesque mais certains faits ne peuvent pas être cachés. Ainsi, dans sa vie d'homme terrestre, Tian-yi ne peut pas connaître la plénitude, mais il démontre dans son récit qu'on peut l'atteindre sur le plan de la fresque, ce qu'il fait avec « l'oeuvre de sa vie ».
Le style de l'ouvrage est agréable à lire malgré les complexités de certaines réflexions.
J'ai eu un peu de mal à « entrer » dans ce livre (car je passais d'un thème littéraire à un tout autre bien différent) mais une fois chose faite, je n'ai pu qu'être intéressée par tous les développements qui en découlent dans cette Chine de Mao alors que grondent la guerre sino-japonaise et la Révolution culturelle.
C'est une oeuvre très riche et complète mais qui demande beaucoup d'attention. Tout est important. Il ne faut pas seulement s'attacher à la grande histoire d'amour qui règne dans toute la lecture mais il faut aussi faire attention à l'Histoire : la grande et la petite sont étroitement liées.
Je préfère ne pas en raconter plus pour laisser place à tout ce mystère et je laisse la conclusion à l'auteur avec les dernières lignes qui donnent une excellente leçon :
« En attendant, il suffit au témoin qui n'a plus rien à perdre, toutes larmes ravalées, de ne pas lâcher la plume, de ne pas interrompre le cours du fleuve. L'invisible souffle, s'il est de vie, ne saurait oublier ce qu'il a connu sur cette terre, fureurs et saveurs confondues. Il porte en lui assez de nostalgie pour qu'il n'effectue pas, lui aussi, sa marche du retour, quand il voudra, où il voudra ». (page 443).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          360
araucaria
  10 septembre 2012
Très beau roman, ou se mêlent amour et amitié. Ce texte très fort nous fait faire une incursion dans la civilisation chinoise du 20 ème siècle. On y découvre notamment la vie des camps de rééducation construits au moment de la révolution culturelle. Malgré des descriptions parfois très dures et bouleversantes on retrouve la belle plume poétique de François Cheng. Un livre qui a bien mérité son Prix Femina.
Lien : http://araucaria.20six.fr
Commenter  J’apprécie          590
Lune
  06 février 2012
Le « Dit de Tian-yi est un livre à part.
Écrit en français, il contient toute la délicatesse, la subtilité de la poésie chinoise que l'on perçoit dans les descriptions nuancées de la nature.
Elles pourront apparaître redondantes ou trop denses pour certains mais elles témoignent d'une approche différente où l'être humain se confond intensément dans les nuages, la brume, les sentiers, les montagnes.
C'est un livre de rencontres sur lesquelles l'auteur disserte : sa plume devient pinceau et la peinture des relations entre parents d'une même famille, entre homme et femme, entre amis, entre artistes est parfaitement exécutée, toutes les nuances que peuvent prendre ces échanges intenses sont rendues dans leur moindre recoin.
C'est le livre d'un pays sur fond de guerre sino-japonaise puis de révolution culturelle, c'est un pays meurtri et meurtrissant sa population dont le chant traverse les générations et vient parfois se briser dans l'incompréhension extrême-occidentale.
C'est la description d'un chinois venu en France se former à la peinture d'autres maîtres, racontant ses impressions et perceptions devant les grands peintres de l'Europe.
C'est un homme à l'écoute intérieure perpétuelle, en recherches insatiables qui aboutiront à des rendez-vous manqués, en amour, en peinture et en politique.
Car ce livre est politique puisque tout acte, tout désir est lié et relié au monde qui entoure l'homme qui se débat dans les rets d'un système tortionnaire qui refuse à l'individu de s'exprimer.
Ce n'est pas un livre qui se donne facilement tant il est sinueux aussi bien dans l'écriture que dans le personnage.
Il y a des passages qui fouettent et d'autres qui arrachent.
Homme, artiste, amoureux : un seul être, une multiplicité de vies vécues, de vies entrevues, d'allers et de retours.
Nous sommes dans la pure tragédie, la vraie, pas question de théâtre. L'homme face à un destin dramatique auquel il ne peut échapper qu'en le racontant.
Ce livre a reçu le prix Fémina en 1998.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          360
Archie
  13 décembre 2017
Le Dit de Tianyi, roman gratifié du prix Femina en 1998, est l'oeuvre de François Cheng, poète, écrivain et calligraphe né en Chine en 1929, arrivé en France en 1949, naturalisé français en 1971, aujourd'hui membre de l'Académie Française. C'est par un ami, fidèle lecteur de mes chroniques, que j'ai été amené à m'intéresser à ses écrits.
Le personnage principal du roman, Tianyi, est un double de l'auteur. Comme lui, il est né en Chine, à proximité du mont Lu, un site renommé pour ses extraordinaires paysages escarpés où les brumes restent suspendues (Allez voir des photos sur Internet !). Comme lui, son enfance a souffert de la guerre civile entre nationalistes et communistes, puis d'une guerre d'expansion effroyable menée par le Japon Impérial jusqu'à son anéantissement en 1945.
Comme François Cheng, Tianyi se découvre une âme d'artiste. C'est dans la peinture qu'il exprime son talent, en premier lieu dans la calligraphie, un art pictural majeur dans un pays comme la Chine, dépositaire d'une civilisation millénaire fondée sur les signes.
Comme son créateur encore, Tianyi s'installe à Paris après la guerre. Mais alors que c'est pour fuir une guerre civile meurtrière que François Cheng et sa famille s'expatrient, c'est pour guérir un chagrin d'amour – sur lequel je reviendrai – et grâce à l'octroi d'une bourse, que Tianyi vient étudier la peinture européenne et la confronter à celle de son pays d'origine. Des motivations différentes entre l'auteur et son personnage, mais probablement le même regard désenchanté sur la grisaille du ciel et des immeubles de Paris, la même prise de conscience brutale de leur singularité physique d'asiatique, et le même ahurissement lors de la rencontre de beaux esprits parisiens prétendant connaître mieux qu'eux les traditions chinoises.
Tianyi ira jusqu'à Amsterdam et Florence pour approfondir sa connaissance de la peinture européenne et en découvrir les grands maîtres classiques. A Paris, il nouera une relation intime avec une musicienne française, Véronique, qui l'inspirera et facilitera son intégration.
A la différence de Cheng qui reste en France où il mènera le parcours que l'on sait, Tianyi repartira en Chine à la recherche de son grand amour perdu. Un Amour avec un grand A, un idéal spirituel qui avait autrefois uni « Trois êtres faisant Un » : Tianyi, l'Ami et l'Amante. Un idéal qui s'était fracassé sur les contingences concrètes, charnelles, d'une relation amoureuse classique, et qui ne retrouvera du sens que plus tard, lorsque l'un(e) des Trois aura disparu. Une disparition physique, et non spirituelle, car « Deux » ne peut être une fin en soi. Entre le Yin et le Yang, il y a un vide qui n'est ni l'un ni l'autre, à moins qu'il ne s'agisse d'un tout qui serait à la fois l'un et l'autre…
Retour en Chine, donc, mais dans des conditions difficiles. Tianyi découvre les turpitudes absurdes et criminelles du régime mis en place par Mao Zedong, dont le narrateur ne cite jamais le nom, et qu'il dépeint comme un tyran insensible à l'humain, ignorant de l'économie, préoccupé par son seul pouvoir personnel, ce qui, quelques années plus tard, le conduira à tenter de le renforcer par l'inepte politique de Révolution Culturelle.
Considéré comme suspect par le régime, Tianyi passera plusieurs décennies en rééducation dans un camp dit de travail, copie conforme des camps de concentration nazis et soviétiques (je ne parle pas des camps d'extermination nazis que je mets sur un autre plan). Une vie de souffrances et d'avilissement dans le Grand Nord chinois, où une nature sauvage et des intempéries impitoyables ramènent l'homme qui veut survivre à son état primitif.
A l'insu de ses gardes, Tianyi réussira à peindre l'oeuvre de sa vie, une fresque clandestine qui consacrera l'accomplissement de son talent.
Il terminera ses jours dans une sorte d'asile, libre de relier à sa façon les pages éparses d'une existence tourmentée, alimentée d'espoirs et de nostalgies. Une vie semblable au cours d'un fleuve, symbole chinois du temps qui n'en finit jamais de s'écouler. Car pour finir, il ne reste que cela : écrire, pour que tout soit Dit.
Le Dit de Tianyi, roman imprégné de culture et de philosophie chinoise, est écrit dans une langue française très harmonieuse et poétique. C'est aussi un documentaire passionnant sur les événements de vingtième siècle en Chine. Quelques pages sont difficiles d'accès. Je devine en François Cheng, un amoureux de la beauté et de l'humanité, même si l'on ne peut empêcher le Mal de s'y dissimuler.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
Herve-Lionel
  24 mai 2014
N°326– Février 2009
Le dit de TianyiFrançois Cheng – Éditions Albin Michel [Prix Fémina 1998].
C'est une récit poignant par sa simplicité et surtout par son authenticité que nous offre François Cheng. C'est, la relation d'une vie tourmentée, celle de Tianyi [peintre né en 1925], ingrate, pauvre, visitée par la maladie et la mort. La Chine traditionnelle du début du XX° siècle est très attachée à la famille. La sienne est évoquée, avec ces éléments valeureux, qui marquent un enfant, et ceux qui le sont beaucoup moins. Il évoque son père, instituteur devenu écrivain public et calligraphe et qui mourra quand le narrateur a dix ans. Ce que je retiens plus volontiers, au lieu des images d'hommes, son grand-père et ses oncles dissemblables ou attachants, ce sont les figures féminines, sa jeune soeur morte tôt, sa mère, illettrée, dévouée et charitable qui « pratiquait les vertus d'humilité et de compassion » du bouddhisme, ses tantes dont l'une d'elles était demeurée célibataire parce que la vie avait étouffée chez elle cette espièglerie naturelle, une autre qui ne faisait que de courtes apparitions et qui avait vécu un temps en France, une autre enfin qui se pendit pour ne pas avoir connu sur terre et pendant son mariage le bonheur auquel elle estimait avoir droit. Ce qui retient cependant mon attention, c'est le personnage fulgurant de Yumei, que le narrateur retient sous le nom de « l'Amante » et qui l'impressionne par sa grande beauté et son sens de la liberté. L'adolescent qu'il est à l'époque ne peut rester insensible à son charme et il s'éprend d'elle en secret. Son amour ira grandissant avec le temps et l'absence et il finira par regarder la femme comme inaccessible. Cet attachement à la femme se vérifiera également dans la personne de Véronique, musicienne française rencontrée à Paris, torturée comme lui par la vie.
La seconde présence de ce roman est celle d'Haolang, l'ami d'enfance, communiste convaincu, le troisième élément du trio que le narrateur forme avec Yumei. Cette entente amicale à trois ne durera pas et, déçu par des gestes d'intimité qu'il surprend entre eux. Il en est bouleversé et déçu. A la faveur d'une bourse, il part pour la France où il mène une existence précaire, mais il trouve dans la peinture un baume à sa blessure mal fermée. Par Yumei, il apprend qu'Haolang est mort et décide de revenir en Chine, apprend que son amie s'est suicidée mais retrouve son camarade dans un camp de travail où il achève sa vie et lui confie ses écrits.
Drame de l'amour et de l'amitié sur fond de guerre sino-japonaise et de révolution culturelle chinoise, choc de deux civilisations entre l'occident qui ne pense qu'aux richesses et la Chine qui fait une grande place à la philosophie et à la religion, à l'équilibre du monde. La figure du moine taoïste qui apparaît dans la première partie du roman symbolise ces valeurs. Dans l'évocation de la Chine de Mao, qui forme en quelque sorte son pendant révolutionnaire, cette approche change pour laisser la place à la souffrance et à la mort. C'est donc un itinéraire intérieur et personnel, dans une trame historique, que nous livre l'auteur.
C'est aussi une quête impossible de la femme à travers les portraits esquissés de Yumei et de Véronique. Il oppose à sa propre vision du personnage féminin, magnifié à travers sa beauté, tissée notamment à travers la vision fugace de Yumei pendant ses ablutions, ces photos de femmes violées et cruellement humiliées pendant la guerre.
C'est également le mythe du retour qui est évoqué ici, retour douloureux vers cette Chine défigurée par le communisme avec, en filigranes la quête de Yumei qui se révélera vaine. En cela l'auteur semble nous dire que la femme est à la fois idéalisée et inaccessible. Sa recherche est promise à l'échec parce que le destin de l'homme lui-même débouche sur une impasse.
Pour autant, le narrateur enrichit son propos de développements passionnants notamment sur la peinture et la littérature occidentales. Il trouvera dans l'écriture, entendue à la fois comme une création et un acte de témoignage une manière de consolation à son mal-être intérieur.
L'écriture en est limpide, agréable à lire, poétique et nostalgique à la fois, attachante, par l'émotion que suscite ce récit. François Cheng, en spécialiste de la culture, communique à son lecteur attentif, au-delà même du récit, sa passion pour la connaissance, la profondeur de ses réflexions notamment sur le destin de l'homme, ce qui en fait un oeuvre profonde et d'une grande richesse, au confluent de l'orient et de l'occident. Il semble dire que la valeur de l'homme, la seule peut-être, réside dans l'art, dans cette extraordinaire faculté qu'il possède à la fois de porter témoignage de son vécu et donc de la condition humaine de le transcender pour en faire une oeuvre universelle et unique.

Hervé GAUTIER – Février 2009.http://hervegautier.e-monsite.com 
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   06 septembre 2012
A partir de la naissance, chaque visage est façonné par toute une vie de désirs refoulés, de tourments cachés, de mensonges entretenus, de cris contenus, de sanglots ravalés, de chagrins niés, d'orgueil blessé, de serments reniés, de vengeances caressées, de colères rentrées, de hontes bues, de fous rires réprimés, de monologues interrompus, de confidences trahies, de plaisirs trop vite survenus, d'extases trop vite évanouies. Chaque ride en porte la marque aussi sûrement que les anneaux d'un arbre. C'est tout cela que le visage révèle de la personne, à son insu, malgré l'effort surhumain qu'elle déploie quotidiennement pour le cacher.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1760
araucariaaraucaria   06 septembre 2012
Le jour de mon départ, le maître m'accompagna jusqu'à la croisée des chemins. Il s'arrêta et dit : " Ce que je pouvais te donner de mieux, je te l'ai donné. A partir de maintenant, suis la Voie, la tienne, et oublie-moi. Ne prends pas la peine de m'écrire. De tout façon, je ne répondrai pas. Je m'en irai d'ailleurs bientôt." Ces paroles, dures à entendre, furent dites non sur un ton sévère, mais avec une douceur paisible dont tout son visage était illuminé, un visage comme transfiguré. Puis le vieillard se retourna et s'en alla en direction de son ermitage. Sa robe flottait au vent, et son pas était léger.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          380
nadiouchkanadiouchka   26 octobre 2018
Le lendemain de sa déclaration, le poète inspiré me montra les vers qu’il venait de composer :

Quand te submerge la nostalgie
Repousse-la vers l’horizon extrême-occidentale
Oie sauvage fendant les nuages
Tu portes en toi la morte-saison
Roseaux gelés arbres calcinés
Ployés en bas sous l’ouragan
Oie sauvage délivrée des haltes
Libre enfin de voler, ou mourir…
Entre sol natal et ciel d’accueil
Ton royaume unique : ton propre cri !

Ce poème, je l’appris une fois pour toutes par cœur. Je savais que par ces vers mon ami s’engageait définitivement dans sa voie.
P.104/105
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
sumitsukisumitsuki   24 mars 2012
"Brumes et nuages du mont Lu", si célèbres qu'ils s'étaient mués en proverbe pour désigner son mystère insaisissable, une beauté cachée mais ensorcelante. Par leurs mouvements capricieux, imprévisibles, par leurs teintes instables, rose ou pourpre, vert jade ou gris argent, ils transformaient la montagne en magie. Ils évoluaient au milieu des multiples pics et collines du mont Lu, s'attardant dans les vallées, s'élevant dans les hauteurs, maintenant ainsi un constant état de mystère. De temps à autre, subitement ils s'effaçaient, révélant alors au regard des hommes toute la splendeur de la montagne. Avec leurs corps soyeux et leur parfum de santal mouillé, ces brumes et ces nuées paraissaient tel un être à la fois charnel et irréel, un messager venu d'ailleurs pour dialoguer un instant ou longuement, selon ses humeurs, avec la terre. Certains matins clairs, elles pénétraient par les volets, en silence, chez les hommes, les caressaient, les enveloppaient de leur douceur intime. Pour peu qu'on veuille les saisir, elles s'éloignaient tout aussi silencieusement, hors de portée. Certains soirs, les brumes denses qui montaient, rencontrant les nuages en mouvement, provoquaient une précipitation et amenaient des ondées, qui déversaient leur eau pure dans les pots et les bocaux déposés par les habitants du village au pied des murs. C'est avec cette eau que ces derniers faisaient le meilleur thé du coin. Une fois les averses passées, rapidement, les nuages se déchiraient et, le temps d'une éclaircie, laissaient voir le plus haut mont. Entouré de collines, ce dernier ne conservait pas moins tout le mystère de son altière beauté, avec ses rochers fantastiques dangereusement dressés, qu'auréolait une végétation elle aussi fantastique, réverbérant sans entrave la lumière indécise du soir. Pendant ce temps, les nuages regroupés à l'ouest formaient une immense mer étale dont les flots portaient le soleil couchant comme un vaisseau de rêve scintillant de mille feux multicolores. Un instant après, le sommet se drapait de brume mauve, devenait à nouveau invisible. Comme il se doit, d'ailleurs, puisque c'est l'heure où le mont Lu effectue sa randonnée quotidienne en direction de l'ouest, pour rendre hommage à la Dame de l'Ouest des taoïstes ou pour saluer Bouddha. A ce moment, l'univers avait l'air de se révéler dans sa réalité cachée ; il était en perpétuelle transformation. Ce qui était apparemment stable se fondait dans le mouvant ; ce qui était apparemment fini se noyait dans l'infini. Point d'état fixe ni définitif. N'est-ce pas ce qu'il y a de plus vrai, puisque toutes choses vivantes ne sont que "condensation du souffle" ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
nadiouchkanadiouchka   06 juin 2018
Oui, le fleuve comme symbole du temps ; que signifie-t-il ? Voyons, comment répondre à cette question ? Son front se plissa derrière ses lunettes cerclées d’argent. Il faut bien parler de la Voie, n’est-ce-pas ?… Tiens, quelle coïncidence ! Demain, nous traverserons justement la région dont est originaire notre cher Laozi. Celui qu est, vous le savez bien, à l’origine du taoÏsme et qui a développé l’idée de la Voie, cet irrésistible mouvement universel mu par le Souffle primordial.
P.204
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          240
Videos de François Cheng (39) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Cheng
Une compilation des émissions « Albatros », par Gil Jouanard, diffusées en 1979 sur France Culture. François Cheng évoque avec passion l'histoire de la poésie chinoise.
autres livres classés : chineVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
767 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre
.. ..