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ISBN : 2707320099
Éditeur : Editions de Minuit (06/09/2007)

Note moyenne : 3.41/5 (sur 80 notes)
Résumé :
Cet écrivain aime sa chambre, sa table, sa chaise, dans la pénombre : on l'envoie en Afrique où sont les lions, dans le soleil. Que va-t-il chercher là-bas ? Un grand poème, dit-il. Ou ne serait-ce pas plutôt l'inévitable récit de voyage que tant d'autres avant lui ont rapporté ? On l'a lu déjà, et relu. L'auteur va prétendre que des indigènes l'ont sacré roi de leur village. Il aura percé à jour les secrets des marabouts et appris de la bouche d'un griot vieux comm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Laurence64
  20 janvier 2013
L'écrivain en Afrique, tout anti-héros soit-il, qu'il se nommât Jean-Léon ici ou Oreille rouge là-bas, n'est guère parvenu à dérouiller mes zygomatiques malgré l'ironie de l'écrivain en France. L'écrivain au Mali dans les mots de l'écrivain de Minuit est pourtant épinglé comme un papillon exotique, aux ridicules ailes cloquées.
Fat à souhait, autocentré dans ses pauvres pérégrinations qui ne le conduisent qu'à peaufiner son image, n'apprenant rien à force de plaquer ce qu'il pense savoir, imperméable à tout sauf à sa propre transpiration, Oreille rouge a l'oeil voilé de celui qui ne voit que ce qu'il souhaitait trouver. Et encore, pas toujours. L'hippopotame se dérobe. L'éléphant entre dans sa valise (8 cm par 15).
De plus, le bonhomme est aussi couard que satisfait.
“Les touristes l'indisposent avec leurs gros sabots. Il va pied nus. Métaphoriquement, il va pieds nus, car il y a tout de même l'inquiétant grouillement des vipères et des scorpions dans la brousse."
Il n'est là que pour piller. Dans son carnet de moleskine noir les notes promettent le grand poème sur l'Afrique. "Tout ce qu'il est possible d'extraire, de puiser, de capturer, de cueillir, de produire en Afrique sera extrait, puisé, capturé, cueilli et produit puis précipité pêle-mêle dans son poème.”
Le retour le rend insupportable. A tous. "Ses doigts tambourinent sur les tables, sur le capot des automobiles, sur tout ce qui sonne". Tout est percussion pour lui. On doit le menotter pour qu'il cesse de nous tapoter le crâne."
Oui mais… Si le nom de l'écrivain voyageur importe peu (les marchandises maliennes), celui de l'écrivain de Paris m'importe davantage: Chevillard n'est pas Echenoz. Ironique, certes mais d'une ironie émoussée. La formule se délaie, s'obscurcit, peine. Il me manque cette fulgurance echenozienne, la nonchalance du dandy, le lapidaire brillant.
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Commenter  J’apprécie          370
Charybde7
  12 septembre 2013
Reprenant les mots de Beckett, Deleuze disait dans son abécédaire, à propos des intellectuels qui vont au bout du monde pour parler ou écrire : «On est con quand même, mais pas au point de voyager pour le plaisir». Éric Chevillard transforme cette assertion en une chose délectable et féroce, avec le voyage d'Oreille rouge au Mali.
L'homme est écrivain, invité en résidence d'écriture en Afrique. Il ne compte pas y aller, casanier, pleutre et ne connaissant rien, mais il jouit d'étaler cette perspective, se voit grand voyageur, le clame sur tous les toits.
«Négligemment lâchée dans toutes ses conversations, l'information fascine. Il en tire sans bouger tous les prestiges du voyageur. Voyons-nous l'hiver prochain, dit-il, puis ajoute à moins que je ne sois en Afrique. Je me demande si je ne vais pas faire un saut au Mali en janvier, murmure-t-il, songeur, comme pour lui-même. Écoute, je ne peux pas m'engager, il n'est pas impossible que je sois en Afrique à ce moment-là.
Pour qui nous prend-il ?»
Piégé par la perspective qu'il a lui-même tracée, il s'apprête à partir, mais en fait des cauchemars. Continuant de se fabriquer un personnage idéal et grotesque, il fait l'acquisition d'un carnet de moleskine pour y consigner ses précieux écrits de voyage. Il rêve d'être l'élu, l'homme blanc dont la plume capturera l'essence de l'Afrique.
Le voyage finalement entrepris est un extraordinaire chapelet de poncifs et un portrait jouissif et ridicule du touriste écrivain voyageur, cristallisé autour du carnet de moleskine et de la quête d'Oreille rouge pour apercevoir des hippopotames ou autres bêtes sauvages depuis longtemps disparues.
Oreille rouge écrit dans son carnet de moleskine le titre de son grand poème sur l'Afrique car c'est tout ce qui lui vient. Et si les mots se font rares, c'est parce qu'il est le seul, à parfaitement saisir l'essence aride de l'Afrique. Oreille rouge se voit en homme libre en Afrique, car il écrit hors des lignes de son petit carnet. Mais homme gris et conformiste il est et restera, et tel un Adrien Deume, à son retour, il reportera tout sur des fiches bristol classées par thème dans un beau classeur neuf.
Oreille rouge est pathétiquement comique, une outre de clichés, un exploiteur inconscient, tourné en ridicule par les habitants du village, tel Toka qui prétend lui faire découvrir les hippopotames.
«Tout ce qu'il est possible d'extraire, de puiser, de capturer, de cueillir, de produire en Afrique sera extrait, puisé, capturé, cueilli et produit puis précipité pêle-mêle dans son poème.»
Et son retour en France ne pourra rien changer, car si cet homme s'est rêvé «polyglotte, piroguier, danseur, musicien», il demeure tel qu'il a toujours été, lourd et rabougri, simplement affublé d'une paire d'oreilles plus rouges.
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isabellelemest
  14 janvier 2013
Dans ce roman malicieux et rempli d'autodérision, l'auteur imagine un personnage d'écrivain, toujours désigné à la 3ème personne, à qui le hasard donne l'occasion d'effectuer un séjour au Mali et de sortir de sa prudente et casanière routine. Dans la droite ligne de l'ironie d'un Bouvard et Pécuchet, l'auteur présente les atermoiements, les angoisses, les dérisoires découvertes de touriste naïf, les vantardises, puis le désir de gloriole qui s'empare du héros une fois le voyage accompli. Il nous amène aussi à réfléchir, mine de rien, sur nos pitoyables expériences exotiques, si accessibles désormais à quelques heures d'avion, dans la méconnaissance parfois dramatique des vraies réalités du pays visité.
L'auteur, un habitué de variations littéraires remplies de virtuosité mais parfois gratuites, trouve ici un sujet plus intéressant, entre le culte dérisoire du moi et la découverte / occultation du réel . Une lecture pleine d'humour.
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hove
  20 décembre 2011
Eric Chevillard, à travers le personnage d' « Oreille rouge » nous montre sous la forme d'un roman provocateur, moqueur à souhait, l'individualisme, la supériorité supposée, les contradictions, l'égoïsme et l'hypocrisie de l'homme occidental en quête d'ailleurs. « Oreille rouge » se rend au Mali pour y puiser l'inspiration d'un poème sur l'Afrique. Il s'y rend plein de préjugés, en revient la tête pleines de certitudes et de fausses anecdotes tandis que là-bas on le baptise Maïga ce qui signifie en tamasheq « où est-il »… La plume de Chevillard, incisive, caustique décrit la vanité humaine avec une merveilleuse efficacité. Oeuvre à explorer.
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Sio
  16 janvier 2012
Dans cette anti-aventure pseudo romanesque décapante, Eric Chevillard nous livre le portrait moqueur de l'occidental moyen en visite en terre étrangère: il sait tout, il a tout vu, il a tout fait. Tout est vu au travers de son prisme égocentrique et monocible. Sa quête d'ailleurs, mâtinée d'hypocrisie, d'individualisme, d'égoïsme (et autres mots désagréables en -isme) ne sert qu'à afficher la supériorité qu'il éprouve envers tous et toutes, qu'ils soient ses concitoyens, ou ses hôtes. Se prenant pour ce qu'il n'est pas (une star? un démiurge?), il erre (du moins le suppose-t-on) en affichant des airs de vieux routard rompu à toutes les vicissitudes de la vie, fin connaisseur du lieu qu'il arpente.
La plume caustique de l'auteur nous dépeint ce portrait grandeur nature d'un homme qui pourrait être n'importe lequel d'entre nous, parti en Afrique la tête pleine de fausses certitudes et d'a priori, revenant l'esprit farci des mêmes convictions.
Lien : http://encres-et-calames.ove..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
YassleoYassleo   06 juillet 2016
Lorsque l'Européen pose le pied sur le sol africain, il est d'abord désemparé. L'appareil des cinq sens en surchauffe se détraque : est-ce beau, est-ce laid? Est-ce infect ou savoureux? Parfums ou miasmes? On ne sait pas.
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brigetounbrigetoun   13 novembre 2009
Albert Moindre croyait avoir fait le tour de l’éléphant.
Il ne lui avait fallu pas moins de quinze années, sans jamais ralentir le pas. Mais cette fois il arrivait au bout de son périple. Ne commençait-il pas à reconnaître des choses qu’il avait vues déjà, des gens et des lieux ? Il continuait pourtant. Car dès qu’il prenait la décision de s’arrêter et de poser son sac, le doute s’insinuait en lui : et s’il ne s’agissait que de ressemblances, de similitudes fortuites ? Et il repartait. Il allait voir plus loin.
Le malheureux, il marche encore.
A-t-on jamais fait le tour de l’éléphant ? se demande Albert Moindre en allongeant le pas
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MusikantMusikant   02 mars 2010
Il retrouve Rouki et ses sœurs pour une promenade dans la savane. C'est un gri-gri, disent les enfants en désignant une corne enveloppée dans des bandes de tissu et de plastique suspendue à une branche de manguier à l'aplomb d'un crâne de mouton. Je l'aurais parié, dit Oreille rouge. On ne doit pas y toucher disent les enfants. Mais ils rient en approchant les doigts de la chose. Cependant, ils n'y toucheront pas.Lui, vous pensez s'il s'en moque, il s'est fabriqué un gratte-dos avec l'annulaire de Catherine de Sienne dérobé dans son reliquaire.
Mais il respectera les croyances locales.
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MusikantMusikant   02 mars 2010
Roulements de tambour. Applaudissements. Une femme arrive qui porte sur la tête un ballot de vingt ou trente calebasses emprisonnées dans un filet. Et telle cependant elle se fond dans la foule. Deux exploits impossibles pour Oreille rouge. Certaines portent l'eau, d'autres la terre ou le sable. Celles qui n'ont qu'un foulard soutiennent certainement le ciel. Longues et fines,ondulantes, elles défilent le long du fleuve, top-modèles sans rivales, la collection printemps-été en boule dans la bassine en fer blanc posée sur leur tête.
Oreille rouge défend avec ardeur la cause de la femme africaine en lorgnant ses fesses hautes d'un œil fou.
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MusikantMusikant   02 mars 2010
En attendant, il vient de recevoir son passeport. J’ai dû le faire refaire, dit-il. Mais c’est évidemment la première fois qu’il possède un passeport. Il attrape l’objet plat par un angle et l’agite devant son visage, puis tapote avec la paume de sa main gauche. Il caresse du bout des doigts la couverture lisse et luisante, très légèrement grenue. Jusqu’alors il n’avait connu ces sensations extrêmes qu’en dorlotant son livret de caisse d’épargne.
C'est pourtant le contraire. Finie l'économie mesquine.
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