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EAN : 9782021399479
Éditeur : Seuil (30/11/-1)
Résumé :
Automne 2015. Alors qu’une chaleur inhabituelle s’attarde sur l’Europe, une femme se rend en Autriche pour écrire un article sur les conditions d’accueil des réfugiés. Elle se prénomme Sarah. Elle est aussi psychologue, vit à Paris avec Paul, un intellectuel connu pour ses écrits sur la fin du monde, avec qui elle a un enfant. À Vienne, elle rencontre Richard, un musicien mondialement célébré. Ils se voient. Ils s’aiment. Elle le fuit puis lui écrit, de retour en Fr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  16 mars 2019
C'est un roman coup de poing! On en ressort assommé, et il faut un peu de temps pour s'en remettre.
Il faut dire que ce que l'auteur nous confie au cours de ces pages est loin d'être anodin. Certes même si, pour citer Tolstoï,
"Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon."
Le malheur au malheur ressemble et se fonde le plus souvent sur le fonctionnement complexe voire pathologique de ces groupes inventés par la civilisation que sont les familles. Traumatisme de l'enfance, fondé sur des malentendus ou des trop bien entendus, lestés par la maladie, l'hérédité et les flèches du hasard?. Dans ce roman, tout y est, avec comme couvercle de plomb la maladie mentale qui frappe inexorablement les femmes générations après génération. le miroir est monstrueux, superposant à l'infini les portraits féminins.
Mais ce n'est pas là que se situe la prouesse.
Elle est dans l'écriture, riche, juxtaposant les procédés, des lettres, avec leurs révélations violentes, des dialogues , bien ancrés dans le réel, des fragments de conférence, dont le contenu collapsologique crée une mise à distance drastique de tout ce qui constitue la trame du roman, à savoir les blessures individuelles,.
Elle est aussi dans la façon dont est retranscrit le tourbillon des idées et des réflexions qui vont de l'intime à l'universel. Et le lecteur est emporté dans ce maelström vertigineux, qui met en abyme les tourments individuels. Ce qui pourrait être nombrilisme devient partie du tout.
Et le plus étonnant c'est que ce récit n'est pas sombre, il offre une lueur d'espoir, par la voix de la femme qui ose jeter un sort à la malédiction, en l'attaquant avec ses propres armes puisqu'elle devient psychanalyste. Sans oublier que le dernier chapitre est intitulé une fin heureuse.
Lecture forte et marquante.
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michfred
  07 juin 2019
Pour parler des Enténébrés il faudrait y voir un peu clair.
Ça commence mal, cette critique, mais je n'y peux rien: le livre tout entier se perd dans les ténèbres du mal, il  commence mal, finit mal, s'ouvre sur des abysses de mal.
Trop c'est trop. Pour reprendre un apophtegme qui m' a valu les foudres divines,   il y a peu:  tout ce qui est excessif est insignifiant.
Difficile de trouver la sortie du labyrinthe, d'exhumer le message d'un  chaos de feu, de cendres et de sang.
 Or, tout dans les Enténébrés est excessif: la passion amoureuse, le délire des sens, la généalogie -compliquée à loisir dans un récit volontairement désordonné- d'une tare mentale portée comme une malédiction familiale, les plongeons dans le passé -la solution finale testée et validée sur les malades mentaux-  les ouvertures vers le futur -l'apocalypse écologique consécutive à la crise climatique en action-,   les irruptions de l'actualité -terrorisme , guerres et génocides, comme s'il en pleuvait.
 
J'ai bien une petite explication à tant de noirceur et à ce maelstrom de ténèbres.. .mais vous me direz que j'ai mauvais esprit: la culpabilité de la narratrice. 
Elle qui a réussi un miracle de résilience , échappant à la fatalité qui a poussé toutes les femmes de sa famille dans la maladie mentale, en retournant à Sainte-Anne, mais du côté des thérapeutes,  dont elle est, on l'a compris, une des plus brillantes représentantes, elle qui a résisté à la mort prématurée d'un père qu'elle n'a pour ainsi dire pas connu, qui a su dépasser et pardonner les mauvais traitements d'une mère toxique, en épousant un homme équilibré,  aimant, la tête sur les épaules, qui l'a faite mère d'une fille adorée,  élevée avec amour, voilà t'y pas que cette femme exceptionnelle, belle, intelligente, lucide, courageuse, aimante - n'en jetez plus!-   rencontre un musicien ( elle qui ne comprend rien à la musique), qui a l'âge d'être son père -tiens, tiens, tiens...- et qu'elle en tombe éperdument amoureuse.
Au point de tout f..en l'air, et pas seulement sa paire de gambettes avec celles de son partenaire.
A part ce qu'il lui fait au lit, on ne voit pas bien comment ce papy autrichien peut déclencher un tel cataclysme auprès d'une héroïne si belle, si intelligente...mais je crois que je me répète.. .
Car cette autofiction, pour être romanesque, a le son du vrai: Sarah Chiche vit , a vécu,  sûrement, une passion adultère destructrice pour tout son entourage.
Acte manqué ou maladresse, elle met, effectivement, toute sa vie en l'air.
Alors, rien de plus efficace qu'un bon cataclysme universel pour noyer son impuissance à choisir, à épargner ses hommes, sa fille. À peine suffisant pour venir à bout d'un ego aussi surdimensionné.
Non? J'exagère? Ah bon...
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Afleurdelivres
  07 avril 2019
🌪Turbulences psychogénéalogiques, historiques, sentimentales et climatologiques.
L'écriture de Sarah Chiche, percutante, flamboyante, nerveuse, excessive et hypnotique laisse à bout de souffle et entraîne des pauses respiratoires.
La narratrice, psychanalyste et journaliste, vivant avec l'homme qu'elle aime, père de sa fille, est irrésistiblement attirée par un violoncelliste de renom, plus âgé, rencontré lors d'un séjour professionnel à Vienne. Attraction partagée.
Impossible de lutter, il envahit son coeur, son corps, sa psyché. La dépendance à l'autre s'installe. le don de soi atteint des extrêmes.
Ils s'aimeront passionnément en parallèle de leurs histoires conjugales respectives de Vienne à Paris.
Engluée dans cette relation adultère, ce double amour va durer et la consumer, elle se morcelle peu à peu.
Mais le roman ne se résume pas à cette passion amoureuse, il est bien plus riche.
L'auteure part enquêter en Autriche sur l'Aktion T4 et son programme d'extermination d'enfants dans les décombres de l'hôpital psychiatrique Otto Wagner.
La Grande Histoire, de la Shoah à la crise politique ivoirienne, va alors se mêler à la sienne. Folie de l'humanité et folies plus intimes entrent en résonance car resurgit sa lourde histoire familiale avec des figures maternelles bancales, frappées de maladie mentale et des profils d'hommes destructeurs (son grand père notamment, ancien déporté).
Elle souffre du mal de mère et du manque de père, décédé alors qu'elle était très jeune.
On discerne aussi la peur de la transmission transgénérationnelle de la folie, sorte d'inconscient familial dont on hériterait et dont l'exploration mènerait à la connaissance de soi et serait un moyen de lutte contre cet atavisme.
Le tout sur fond de dérèglement climatique paroxysmique conséquence des activités humaines semant le chaos dans un monde à l'agonie avec des descriptions ahurissantes de ses effets.
A signaler quelques scènes de sexe trash qui peuvent déranger mais ajoutent assurément de l'intensité à ce récit tourbillonnant et incandescent proche de la transe qui nous emporte de bout en bout dans un vortex d'images et de mots directs et ardents.
Magnétique.

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hcdahlem
  24 juin 2019
Le puzzle reconstitué
Dans son nouveau roman Sarah Chiche explore les failles de l'intime et celles du monde. Une plongée vertigineuse de l'écologie terrestre à l'écologie psychique qui se lit comme l'assemblage d'un puzzle. Fascinant!
Au moment d'écrire «quel extraordinaire roman», je me prends à douter. Peut-on vraiment parler de roman? S'agit-il plus précisément d'autofiction? Mais dans ce cas alors Sarah Chiche ne nous cacherait rien de sa vie la plus intime… À moins que finalement la romancière ne vienne prendre le pas sur la biographe pour transcender le réel, l'enrichir, le nourrir de fantasmes, de lectures. C'est cette variante que je crois la plus proche de la vérité, notamment après avoir entendu Sarah Chiche parler de ce roman lors d'une rencontre en librairie.
Sarah mène une vie de famille assez ordinaire, entourée d'un mari qu'elle aime et d'une petite fille adorable. Elle travaille comme psy dans dans un hôpital et aime se plonger dans les livres et écrire. Elle se passionne notamment pour l'oeuvre de Fernando Pessoa. Seulement voilà, ce bel équilibre va soudain être remis en question par les soubresauts de l'Histoire. Quand l'intranquillité, pour reprendre un terme cher à Pessoa, vient bousculer «l'écologie terrestre et l'écologie psychique».
Le choc a lieu en Autriche le 28 septembre 2015: «La gare centrale de Vienne, où je me trouvais cette nuit-là, cette gare n'était plus une gare. C'était le ventre débondé, crevé, excrémentiel de la route des Balkans, recrachant sans cesse, sur ces quais balayés par le vent, des milliers de gens qui descendaient des trains et titubaient hagards, tels des automates, leurs enfants dans les bras, sous les applaudissements des Viennois venus les accueillir, leur porter à manger dans des cantines de métal, ou des plats enveloppés dans du papier d'aluminium, leur distribuer des vêtements, des brosses à dents et des couvertures. Leur bonté, comme l'éclaircie dans l'orage, comme un souffle frais et paradoxal dans le brasier qui s'écroule sur lui- même, ne dura qu'un temps.»
Dans la construction de son roman, Sarah Chiche a choisi de nous livrer les pièces d'un puzzle qui, au fil du récit, vont s'assembler pour nous donner une vision d'ensemble, mais aussi pour démontrer combien une vie s'imbrique dans celle des autres, au fil des rencontres et au fil des événements, des émotions qu'ils suscitent, des failles qu'ils mettent à jour ou, au contraire, qu'ils cicatrisent. Une manière aussi de reprendre la théorie du chaos chère à Edward Lorenz et son effet papillon. Et de l'illustrer. Car si en 2010 le climat de la planète n'avait pas commencé à se dérégler, Sarah ne se serait pas retrouvée dans une chambre d'hôtel à tromper son mari avec Richard, un célèbre violoncelliste. La voici prise au piège, la voici affublée d'une part d'ombre, la voici «enténébrée» à son tour. La romancière a eu jolie formule pour résumer cette liaison: «Sarah et Richard, c'est la rencontre de deux fantômes et de deux fantasmes».
Car ce roman-gigogne nous l'indique dès son titre: tous les personnages que nous allons croiser ici sont des enténébrés qui mènent une double-vie, qui derrière leur façade respectable, ont leur part d'ombre, de souffrance, quand ce ne sont pas des pulsions plus morbides. On voit alors les réfugiés d'aujourd'hui se télescoper avec les déportés d'hier, l'Histoire broyer les destins individuels et laisser des marques indélébiles de génération en génération. Oui les fantômes sont bien présents. Ceux qui viennent hanter la mère de Sarah qui a perdu son mari trop jeune et n'a jamais pu se guérir de cette perte, ceux de ces centaines de victimes ayant servi à des expériences menées par les nazis et qui ont fini dans les sous-sols d'un hôpital, ceux imaginés par Elfriede Jelinek et Robert Musil
Sarah Chiche réussit un roman d'une rare densité. À la manière d'une équilibriste sur une corde raide, elle nous fait partager la peur, nous laisse imaginer que le prochain pas pourrait être fatal. La tension est extrême, mais la «fin heureuse» reste aussi une option.

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berni_29
  26 mai 2020
Dans Les enténébrés, l'écrivaine et psychologue Sarah Chiche nous entraîne dans les méandres d'un chemin tortueux et torturé.
Est-ce un roman ? Est-ce une autobiographie ? Est-ce un puzzle ? La narratrice s'appelle justement Sarah et elle est psychologue.
Parfois le chemin le plus court d'un point à un autre n'est pas toujours une droite.
C'est une exploration à la fois dans nos intériorités et dans les enjeux collectifs que nous offrent les blessures du monde : deux contrées abyssales...
Tout paraît dissolu au premier abord lorsqu'on accoste au bord de cet étrange territoire qui ressemble plus à des sables mouvants qu'à un livre.
J'ai peut-être l'âme d'un explorateur, bien qu'aimant aussi la tranquillité des forêts et des jardins un peu en friche. Ici le texte est violent, impudique, déstabilisant, déroutant, sauvage, il y a dans la violence parfois une rage étonnante. Parfois on voudrait tout de suite y trouver des réponses.
C'est notre erreur. Vouloir tout expliquer, tout comprendre aussi, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Mieux vaut l'errance à l'erreur...
J'ai trouvé le récit de Sarah Chiche d'une écriture magnifique et cela m'a aidé à poursuivre mon cheminement dans cette lecture parfois ardue. Il y a une infinie poésie dans cette écriture, autant dans les joies ivres que dans les déchirures douloureuses.
Je suis incapable de tenter, non pas un résumé, mais un semblant de démarrage de récit, tenter au moins une introduction, tant il y a d'histoires dans ce récit. Il y a même ici la grande Histoire.
Je pourrais vous dire que c'est l'histoire d'une psychologue, Sarah, vivant à Paris avec Paul, ils ont un enfant, une fille et Sarah rencontre à Vienne un musicien célèbre, Richard, plus âgé qu'elle, ils vont vivre une passion dévorante, mais Sarah ne veut pas quitter Paul, veut les aimer tous les deux.
Je pourrais vous dire que les femmes de la famille de Sarah, sa mère, sa grand-mère, elle-même, vivent des troubles mentaux qui viennent questionner des sujets tels que la filiation, la génétique, l'héritage, l'environnement, l'histoire des familles.
Je pourrais vous dire que Sarah est attentive aux malheurs du monde que nous vivons plus que jamais autour de nous, le réchauffement climatique, le terrorisme, la crise des réfugiés...
Je pourrais vous dire que ce texte plonge aussi dans les affres de la grande Histoire, les camps de concentrations et le difficile retour des prisonniers, comment ils sont revenus à la vie, à la vraie vie si on peut dire les choses ainsi... Ou peut-être certains même vivants sont revenus à ce semblant de vie, comme le grand-père de Sarah...
J'ai eu le sentiment que ce texte me résistait à chaque instant, me séduisait en même temps à l'instant d'après, me parlait, me faisait peur aussi à l'instant suivant, et pour toutes ces raisons j'avais envie de continuer sa lecture, de trébucher, de me relever, d'aller jusqu'au bout du chemin, voir jusqu'au bout où tous ces mots voulaient m'entraîner. Pas seulement que des mots d'ailleurs, ce serait trop facile de réduire cela à une poignée de mots...
Ce texte parle de la famille, de nos héritages, des blessures enfantines... Forcément, ce texte remue. Il suffit parfois d'appuyer sur la touche « famille » pour déclencher des séismes...
Ce récit est un puzzle où il faut rassembler des fragments dispersés d'un itinéraire, peut-être aussi celui de nos vies. Ce qui nous fait mal peut-être dans cette lecture, une sorte de chemin avec des pierres où l'on marcherait pieds-nus, ce sont ici nos propres représentations qui sont interrogées aussi, les thèmes que ce récit cruel nous renvoie...
Parce qu'un moment, brusquement, tous les éléments du puzzle sont assemblés et il faut saisir la vie avec cela, avec cet ouragan, ce séisme, ce vide sidéral...
Même l'amour ici est violent. Même l'amour ici est violent physiquement. C'est la manière de Sarah, la narratrice de nous dire sa manière d'aimer deux hommes à la fois. Ce n'est pas le fait d'aimer deux hommes qui est violent, c'est l'amour physique au sens sexuel, sa manière de dire l'amour. La narratrice ne nous cache rien de sa sexualité, tant avec lui qu'avec l'autre... Cela est un morceau du puzzle, séparé du reste, pourrait paraître très impudique, et même pire, mais ramené à l'ensemble trouve son harmonie.
En définitive, peut-être une question vous taraude : ai-je aimé ou pas ce roman ? Je préfère vous répondre : avec un tel texte, je ne sais pas vous répondre à une telle question. Par contre il m'a touché. Et j'ai envie de vous entraîner vers sa lecture, même si elle est ardue... Comme un chemin épineux qu'on découvre enfin...
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critiques presse (4)
Liberation   09 juillet 2019
On peut reprocher à Sarah Chiche une structure narrative complexe [...] Pourtant, ce puzzle rayonne de mille éclats et donne tout son souffle à cette cavalcade hallucinée.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeDevoir   18 mars 2019
Les enténébrés, de Sarah Chiche, est un roman dense et touffu, une réflexion sombre et lucide sur l’amour qui ne nie surtout pas le tragique de l’existence.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaCroix   04 janvier 2019
Alors que sa vie conjugale est bouleversée par l’arrivée d’un amant, une psychanalyste laisse resurgir son histoire familiale.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   04 janvier 2019
Dans son nouveau roman, l’écrivaine et psychanalyste sonde les gouffres qui la constituent et livre un bloc de littérature et de vérité.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
LadybirdyLadybirdy   18 avril 2019
–Qu’est-ce que tu écris, maman ?
–Tu veux essayer de lire ?
–Non, je veux pas. Je sais pas lire. Je saurai jamais lire. Léa et Arwa, elles savent déjà, et moi, j’ai l’impression que je saurai jamais.
–C’est se priver de grandes joies de croire que c’est mal de ne pas savoir une chose. En réalité tu as beaucoup de chance.
–De la chance ?
–Oui, parce que tu ne sais pas encore. C’est merveilleux de ne pas savoir encore. C’est une promesse. Le jour où ça viendra, le jour où tu sauras lire, tu ressentiras une joie immense, la joie de te rendre compte que l’instant d’avant, tu ne connaissais pas encore une chose, et que soudain, tu l’as trouvée.
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hcdahlemhcdahlem   24 juin 2019
Je m’allonge. Le sang coule. De plus en plus fort. La douleur monte. Le jour tombe.
La douleur, atroce, me poignarde le ventre puis le dos, comme si mes os étaient comprimés dans un étau. Je me précipite dans la salle de bains, pliée en deux. Je saisis une serviette. Je mords dedans pour ne pas hurler. Je colle mon front contre l’émail froid de la baignoire. J’attrape le petit sac luisant qui vient de tomber de mon ventre. Je crois deviner l’esquisse d’une tête, la forme d’une main. Je le tiens serré contre moi. Longtemps. Je le remercie pour les six semaines passées ensemble où j’ai cru de toutes mes forces à la possibilité de son sourire. Mais cette chanson que je lui ai chantée avant de tirer la chasse d’eau, aujourd’hui encore je ne peux plus l’entendre, car malgré la merveilleuse petite fille qui est arrivée plus tard, il n’y aura jamais de mots pour dire cette horreur-là.
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PiatkaPiatka   02 mars 2019
Je ne me souviens pas de la voix de mon père, de son regard ni même de ce que pouvait bien être l’entendre rire ou partager un bon repas à ses côtés. C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai trouvé à loger mon squelette dans le corps des lettres tracées une à une dans des carnets puis dans des livres. Pour donner une représentation aussi imagée que possible de cette forme de vie : mon centre de gravité ne se trouve ni entre mes jambes ni dans ma tête, mais dans l’abîme où je flotte, jusqu’à devenir l’abîme lui-même quand j’écris ou que j’aime - ce qui, chez moi, revient d’ailleurs au même. Cet abîme n’a pas de genre ni de sexe. Je ne me considère pas comme une femme ni comme un homme. Tout au plus suis-je un personnage au sein duquel vivent d’autres personnages, tous parlant entre eux et formant une constellation dont je ne connais pas l’épicentre.
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LadybirdyLadybirdy   17 avril 2019
Peut-être avons-nous tous plusieurs vies. Il y a celle dont nous avions rêvé, enfant, et à laquelle nous pensons toujours, une fois adulte, et celle que nous vivons, chaque jour, dans laquelle nous nous devons d’être performants, responsables et utiles, et que nous terminerons jetés dans un trou.
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berni_29berni_29   21 mai 2020
C'était la conscience de ne rien regretter, que de la vie j'acceptais tout, le meilleur comme le pire, et que si c'était à refaire, je consentirais à revivre point par point tout ce que j'avais vécu, même si certaines de ces expériences m'avaient laissée pour morte, puisque j'étais tissée de tout cela, et que c'était bien tout cela, le pire comme le plus brûlant, le plus obscur comme le plus lumineux, le plus trivial comme le plus intense, et le choix de la solitude pour me tenir éloignée des critiques des uns comme des éloges des autres, qui m'avait donné la possibilité de flotter, paisiblement, dans le vide des choses, jusqu'à devenir moi-même ce vide dans lequel on se laisse démembrer par l'amour.
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En duplex de Londres – Lecture par Sarah Chiche
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Lauréate du prix Femina étranger 2020 pour son diptyque autobiographique, Deborah Levy nous livre, avec Ce que je ne veux pas savoir et le coût de la vie, un puissant récit sur l'émancipation féminine, l'écriture, l'amour et la maternité. Dans le premier volet, Deborah Levy fuit à Majorque pour réfléchir et se retrouver, et pense à l'Afrique du Sud, ce pays qu'elle a quitté, à son enfance, à l'apartheid, à son père – militant de l'ANC emprisonné –, aux oiseaux en cage, et à l'Angleterre, son pays d'adoption. À cette adolescente qu'elle fut, griffonnant son exil sur des serviettes en papier. Dans le second volet, elle est une anglaise de 50 ans qui s'est aménagé un cabanon pour écrire, seule boussole dans une vie qui peine à trouver une direction après la mort de sa mère. L'ellipse sur les décennies qui ont constitué son mariage n'est pas tout à fait anodine tant elles lui ont coûté.
À lire – Aux Éditions du sous-sol : Deborah Levy, Ce que je ne veux pas savoir et le Coût de la vie, trad.de l'anglais par Céline Leroy, 2020.
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