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EAN : 9782493311085
136 pages
Bouclard Editions (01/09/2023)
3.86/5   33 notes
Résumé :
Dans une brasserie, Fabrice Chillet se fait voler un livre, L’Été, deux fois, publié aux Éditions de Minuit à la fin des années 1980. Notre auteur part en quête de ce roman qui se révèle peu à peu aussi insaisissable que fascinant. Entre portes closes et chausse-trappes, tout semble un temps se dénouer grâce au mystérieux Daban, gardien du temple et ultime propriétaire d’un roman unique et introuvable dont l’auteur – Christian Costa – paraît sans cesse se dérober. A... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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« Tout le monde était passé à côté de ce livre et moi seul je l'avais découvert. »

Quiconque a fait de la lecture une de ses activités favorites sait que, progressivement, son rapport au subjectif ne fait que croître au fur et à mesure que sa maîtrise littéraire progresse. le rationnel s'oppose à l'affectif dans un combat sans juge et épuisant.

Le livre L'Été, deux fois, de Christian Costa est assurément un chef d'oeuvre. Méconnu du plus grand nombre certes, mais cela n'est pas grave. Car ceux qui savent, savent. Alors lorsque Fabrice Chillet le découvre puis se le fait voler à une table des Initiés - café rouennais bien nommé – la perte est immense et se doit d'être réparée.

C'est de ce postulat que démarre la quête de Fabrice Chillet dans N'ajouter rien, petite fugue littéraire au charme fou qui, mélangeant réalité et fiction, va entraîner l'auteur sur les traces de Costa et de ses exemplaires disparus, pour retrouver le Graal et en démonter la légende.

« le temps travaille pour la perte, quoi qu'on puisse espérer. Il en va des livres comme des hommes. Si l'on veut entretenir la flamme, il faut forger sans cesse d'autres rebondissements. Construire des catastrophes, des accidents, des troubles. »

Au-delà de cette quête, c'est toute la quatrième dimension de la littérature et de la lecture que Chillet explore ; celle irrationnelle qui voit l'affectif déborder de l'activité intellectuelle et, parfois, entraîner le lecteur dans une forme de démesure que d'aucuns comparent à de l'addiction.

Ode au livre, à sa matière vivante et intemporelle, mais aussi à l'écriture dans toutes ses dimensions jubilatoires comme expiatoires, N'ajouter rien est un délice de lecture dont l'apparente humilité narrative cache un gros talent. Pas étonnant, il est Rouennais ! On peut donc se précipiter.

Et ne pas oublier : « Un livre qu'on aime doit se tenir debout. Droit. » N'ajouter rien
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Le livre le plus dangereux de la rentrée littéraire. Oui j'ai bien dit dangereux. Car il est capable de vous faire virer à l'obsession. de vous transporter dans le monde des tocs littéraires qui font que Guillaume Dalban passera trente ans à tenter de faire rééditer un livre méconnu des éditions de Minuit. La vie est un livre de Fabrice Chillet. La comédie humaine s'agite devant les palabres de lecteurs aux lubies incessantes. « La réalité dépasse la fiction » n'est pas un mythe.

L'été, deux fois, 1989, Christian Costa. Vous n'avez sûrement pas lu son roman et vous ne connaissez pas cet auteur mais vous risquez d'acheter deux livres à la fin de cette chronique. L'un était épuisé il y a quelques mois et a été réédité tant on a senti qu'un mystère littéraire se cachait derrière lui et que j'attends de recevoir avec impatience. le second, de Fabrice Chillet est brillant dans sa construction de mise en abîme incessante. Tout débute par un vol du livre de Christian Costa sur une table de café. (N'imaginez pas que cela vous arrive, vous allez passer une mauvaise journée). Une absence légère aux toilettes, le roman disparaît et l'enquête modianesque que vous trouverez au coin de la table ne vous laissera pas indifférent. Entre fiction et réalité, entre faux semblants et évidences, Fabrice Chillet livre l'écrin le plus précieux qui soit. S'y trouve un roman dans le roman, un personnage dans le personnage, une poupée russe de poupée russe. N'ajouter rien fait partie de ces romans où l'amour des mots revêt une importance singulière, celle de faire parler l'auteur sans en avoir l'air. Il s'agit ici de traverser la difficulté d'écrire, de n'être parfois qu'un écrivain fantôme ou de ne pas penser avoir assez de talent pour passer après Stendhal et Perec.

« Un boiteux ne révèle son infirmité que lorsqu'il marche. Sinon, il ressemble à tout le monde. Mais dès lors qu'on sait qu'il est boiteux, on le voit claudiquer quand il est assis ».

La fascination littéraire opère avec le mystérieux Guillaume Daban, dernier propriétaire du seul roman de Christian Costa. Auteur à un seul roman, n'étant pas gage d'absence de qualité, sosie officiel de Gerard Depardieu dans Les Valseuses et Dennis Wilson, le batteur des Beach Boys, sur une planche de surf, Christian Costa est une sorte de chimère insaisissable qui ne demande qu'à rester cachée. Si son éditeur n'avait plus de nouvelles de lui, le mystère continue de s'épaissir pour notre grand bonheur. Pour l'une des rares fois dans ma vie, je ne souhaitais pas savoir. Je ne souhaitais pas réellement connaître tous les détails. Effleurer le mystère suffisait pour ne pas être déçu. En jouant sur les introspections respectives, Fabrice Chillet saisit par la pureté de son style où chaque mot s'imbrique comme une résolution d'énigme d'un roman de P.G Wodehouse. En trompant son monde avec différents artifices subtils, le narrateur et/ou l'auteur prennent le parti des losers magnifiques, de ceux qui par leur pugnacité arriveront peut-être à se libérer de leurs chimères.

« Je crois qu'il faut du temps pour comprendre l'espèce humaine. Davantage encore pour s'y accoutumer et s'immuniser contre les virus qu'elle est capable de générer.
Il en faut beaucoup moins pour s'en éloigner. »

En neuf chapitres, « N'ajouter rien » incarne toute la beauté romanesque que tout lecteur aime découvrir. Vous serez d'autant plus séduits par la qualité de l'ouvrage, du livre objet toujours aussi soigné du côté des artisans Bouclard. Des rabats aux couleurs du roman de Costa, mettent en valeur celui de Fabrice Chillet. Vous détenez à présent un petit trésor littéraire, qui, s'il vient à être épuisé dans 30 ans, sera tout aussi savoureux (mais je vous le vendrai bien trop cher). Parce que l'auteur maîtrise la formule de style avec parcimonie en touchant sa cible à chaque saillie. Ce roman est élégant, délicat, au style inimitable, ne se vole pas, se savoure, s'offre, se donne et se partage.
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Tout débute par un vol.
À une table de son troquet favori, le héros se voit subtiliser un roman
de Christian Costa dont il vient de commencer la lecture. Il a trouvé le dit roman dans une boite à livre, fortement intrigué par l'homme qui l'y déposa, et, après une vingtaine de pages lues ses premières impressions l'identifient tellement à Costa que la perte de ce livre devient vite dramatique.

Le drame s'épaissit quand le narrateur réalise que trouver de nouveau, même d'occasion, ce premier roman paru chez Minuit à la fin des heighties va se révéler quasiment impossible, ce qui à l'heure de Rakuten, Momox, ABE Books ou tout autre site pour bibliopathes est un comble, n'est-il pas ?
S'ensuit une nouvelle intrigue enchâssée dans le récit : celle (véridique) de Guillaume Daban, admirateur inconditionnel et infatigable défenseur de ce premier roman. Il trouve que cette oeuvre n'a pas reçue l'écho qu'elle méritait, ce sentiment vire rapidement à l'obsession et donc il… Ben non les cocos, je ne vais ici vous dévoiler cette quête !
Et là, nous plongeons dans l'univers de ces « petits Messieurs », dixit Fabrice Chillet et que je décris plus bas ; ils sont férus de littérature contemporaine, Minuit semble être une des rares étoiles qu'ils regardent dans la grande constellation littéraire, leurs stars se nomment Echenoz, Chevillard, Toussaint ou les deux Christian : Gailly et Oster.
Les thèses de doctorat dédiées à cette nouvelle scène commencent à s'empiler, Toussaint ne fait aucune signature (un peu comme Manset qui ne monte jamais sur scène), et tous ces noms me ramènent à mes débuts de libraire dans la seconde moitié des années 80, ce qui me permets de formuler l'unique et bien maigre critique : Fabrice Chillet ne mentionne jamais les libraires ; et pourtant, nous fûmes nombreux à se battre pour ce type de premiers romans, notamment ceux publiés tout en haut des escaliers raides de cet ancien bordel de la rue Bernard-Palissy.
Et celui de Christian Costa en particulier.
Nous les aimions et les défendions, car de plus ces auteurs nous ressemblaient, ils étaient ouvriers dans le sud, kiosquiers avenue des Flandres ou encore saxophonistes, mais je n'ajoute rien : c'est un roman pas un documentaire.

Roman oui, mais à la construction et au rythme parfaitement maîtrisés et travaillés. Roman à tiroirs, où l'auteur dans une habile mise en abyme nous plonge dans ses propres souvenirs, ceux d' « un petit Monsieur », sorte de double du mystérieux Daban. Ces trois hommes, le Daban, l'auteur et le héros, sont d'éternels étudiants, normaliens sans teint, éternels Khâgneux, on les imagine aisément fréquenter le premier étage du Café de la Mairie à Saint-Sulpette et connaître les prénoms des préposés du « bureau du centre » de la Salle Labrouste de la bibliothèque Sainte-Geneviève (mais ils les vouvoient, bien sûr). Ils portent des trench et des vestes de costard par tout temps et pourraient figurer dans un film de Truffaut… « Vieux avant que d'être » chantait le Grand Jacques, seule la littérature et son étude semblent les animer…

Bref « N'ajouter rien », dont je vous laisse découvrir le sens de ce titre à la lecture est un formidable roman, véritable ode à la littérature, penchant pour notre plus grand plaisir vers le fétichisme littéraire.
Quant à l'objet-livre : mais quel bonheur : une belle couverture vert-Empire dans une texture toilée, un beau papier, une maquette élégante et une police de caractère crée exclusivement pour cette jolie Maison d'Éditions du pays nantais.
Merci les non moins formidables éditions Bouclard !

Bon, je vous laisse, j'entends Elli & Jacno : je dois retourner dans le salon danser avec Pascale Ogier…
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Brillant!
Un réel plaisir de lecture, pour ce court roman.
Le narrateur se fait voler, alors qu'il était aux toilettes d'un bar, un livre "L'été, deux fois" de Christian Costa paru aux éditions de Minuit, qu'il venait de récupérer dans une boîte à livres. Qu'importe, il pourra bien en racheter un exemplaire ailleurs, sauf que...le livre est introuvable! Epuisé en librairie, et à consulter sur place en bibliothèque...S'ensuite une (en)quête autour de ce livre, de son auteur mystérieux...
L'auteur joue avec beaucoup de finesse sur la frontière entre fiction et réalité, et entreprend finalement une réflexion plaisante et profonde sur le métier d'écrivain, sur la littérature, mais aussi sur la vie et notre rapport aux autres.
Le récit est un brin loufoque, mais conserve un certain sérieux, qui confère à l'oeuvre une forte originalité.
L'écriture est fine, et la construction sacrément intelligente.
Très prenant, et très agréable à lire.
Une seule envie maintenant, lire "L'été, deux fois"!
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Fabrice Chillet est un écrivain spécialiste des pas de côté (littéraires)... qui se dit in-capable d'inventer toute une histoire, mais tout à fait capable de mentir ! Et justement Bouclard a une collection à la mesure de son travail d'auteur : "Tout est vrai ou presque".
À la page de l'achevé d'imprimer il est indiqué : Cette quête a été publiée... pas "ce roman", "cette quête" !

Quand on lit N'ajouter rien on est chahuté d'un bout à l'autre entre vérité et fiction ; le mieux est de se laisser faire, de ne résister pas.
À la fin vous pourrez vouloir recoller les morceaux, ou pas. Moi, j'étais plutôt pour.

Le narrateur habite Rouen, oui et alors ? Il est plume au cabinet du maire, oui et alors ? Il a rêvé d'être écrivain et croule aujourd'hui sous les corvées administratives, oui et....
L'écrivain Chillet se nourrit de son vécu : ce n'est pas très original, mais jusqu'où, c'est ça la question ?

Mais laissons ça et revenons à l'histoire de ce lecteur rouennais qui lui ressemble et qui vient de trouver un roman dans une boîte à livres.
Au café où il s'installe pour commencer à le lire, il se le fait voler... (presque) sous son nez.
Il est furieux mais accrocheur : il se met à courir librairies, médiathèques et bouquinistes.
Peine perdue, il doit se rendre à l'évidence, "son" livre est épuisé, introuvable. Il enrage et a bientôt pour unique obsession de retrouver un exemplaire de L'Été, deux fois de Christian Costa publié en 1989, jamais réédité.
À force de s'agiter en tous sens, il tombe enfin sur une piste. le journaliste Alexandre Fillon lui ouvre une porte :
Guillaume Daban est son homme !

Mais la quête ne s'arrête pas là, même une fois le narrateur en possession du livre.
Il passera encore par les affres de la paranoia, se croira poursuivi, calomnié, moqué.
Il entrevoit toutefois la solution pour ne plus être un rédacteur-fantôme englué dans une routine administrative paralysante et retrouver le plaisir de l'écriture.
Arrivera-t-il à réaliser son rêve secret ? Trouvera-t-il autre chose ou quelqu'un d'autre, au bout de sa quête ?

Fabrice Chillet, lui, a atteint son but. Il nous a amusés, instruits, intrigués, ravis.
Dur de s'empêcher d'aller vérifier les infos qu'il nous a données sur Guillaume Daban et Christian Costa, voire d'en trouver de nouvelles !
Difficile de résister à la lecture de L'Été, deux fois (réédité aux Éditions de Minuit, septembre 2023)...

** mention spéciale beau bouquin aux éditions Bouclard pour qui la beauté et la qualité du livre comme objet ne sont pas de vains mots. Au toucher comme à l'oeil.
La couverture à rabats de N'ajouter rien est exceptionnelle, avec des fac-simile qui illustrent le contenu du livre de façon originale.



Lien : https://tillybayardrichard.t..
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critiques presse (1)
LeMonde
21 décembre 2023
A la fois humaine et littéraire, cette « quête » délicate, fondée sur des faits et des personnages authentiques, propose un fascinant jeu de mise en abyme et de miroirs entre les protagonistes, où la question du rapport à l’écriture est centrale.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
« En littérature, les histoires de manuscrits perdus sont un lieu commun. Les livres, devenus objets de désir, engendrent un supplément d’imaginaire et d’aventure. On entame des quêtes et des enquêtes. On s’engage dans des poursuites, des duels. Contrepoint apparent, les histoires de manuscrits retrouvés sont aussi peu singulières. Les deux recettes se valent. Avec Daban, pour une fois, le même homme était à la source de la disparition et du retour de l’œuvre. Comme s’il avait prémédité et administré la perte pour profiter davantage de la satisfaction de devenir le sauveteur et le protecteur du texte. Enfin, une variation originale. »
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Dans le train du soir, je retrouvai Daban. J’avais branché un casque sur mon téléphone. Je fermai les yeux. Seul, délesté du trac de la matinée. Je goûtais chaque confidence, chaque vérité dévoilée. Et le raffinement de la langue. Phrases courtes. Mots choisis. Mesure du temps. Daban parlait juste. L’élégance est rare. Plus séduisante que la beauté car elle s’exprime avec davantage de variété. Jusque dans les silences. Et l’absence encore. Un immense espace à combler de pensées, de réflexions et de rêveries.
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"Un seul homme peut vous aider à récupérer ce livre. Il se nomme Guillaume Daban ”. Une adresse mail était associée à ce message. Un lien direct.
Il ne me manquait donc plus rien. Le reste n'était qu'une affaire de transaction commerciale. Un vendeur, un acheteur. Je n'aurais qu'à régler la somme et bientôt le livre me parviendrait par la Poste. Cela ne prendrais pas plus d'une semaine.
Brusquement, tout devenait ordinaire. Médiocre. Ma belle histoire, mon joli complot, s'effondraient tout à coup. J'aurais bien bataillé encore un peu. J'étais presque déçu d'avoir remporté la victoire si vite. Un homme me délivrait de ma frustration, Guillaume Daban, lui seul et pas un autre.
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Incipit :
Je dirais que c’était un vol. Quoi d’autres ? Certainement pas une étourderie ou une négligence de ma part. Je serais plutôt d’un naturel inquiet et prudent. Certains diraient méfiant. Tout est parfaitement clair dans mon esprit. Je conserve une image très précise de la scène. Le décor, les personnages, la météo. 
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Il m’arrivait aussi d’abandonner une phrase au bas d’une feuille comme on oublie une cocotte sur le bord d’une cuisinière à bois, pour un ragoût. Au matin, les saveurs et le fumet s’étaient évanouis. Mon projet se réduisait à une suite d’hésitations, de tentatives, d’échecs et de perpétuelles reprises.
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