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Denise Laroutis (Traducteur)
ISBN : 2743614978
Éditeur : Payot et Rivages (26/01/2006)

Note moyenne : 3.2/5 (sur 5 notes)
Résumé :

19 novembre 1975 : à Madrid, le dictateur Francomeurt au terme d'une très longue agonie. Le même jour, la famille de l'industriel José Ricart prépare l'anniversaire du patriarche. Dans la maison certains s'inquiètent, d'autres se réjouissent tandis qu'à l'université, les étudiants s'agitent. 19 novembre 1975 : Madrid bruisse de femmes, Olga, Lina, Ava, Marga, Elisa, Lourdes. La bourgeoise, l'artiste, l'&#x... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
andman
  24 novembre 2013
En ce 19 novembre 1975, à part le vent qui vient de la sierra de Guadarrama, chacun à Madrid retient son souffle. Celui qui depuis quatre longues décennies dirige le pays d'une main de fer, le Généralisme Franco, n'en finit pas de mourir.
L'après-franquisme tant espéré par certains, tant redouté par d'autres, est dans tous les esprits, ainsi la famille de d'industriel madrilène José Ricart a bien conscience qu'une page de l'histoire espagnole se tourne.
Don José a 75 ans aujourd'hui mais la réception qui sera donnée ce soir en son honneur chez son fiston Tomás et sa belle-fille, la snobinarde Olguita, ne l'enchante guère. Un dîner au restaurant en tête à tête avec son ami le commissaire Maxi Arroyo aurait été plus convivial, au moins aurait-il pu en toute décontraction converser avec celui qui jour et nuit veille sur la protection rapprochée du caudillo.
Don José est un homme pragmatique, la fabrique de meubles qu'il a créée au sortir de la guerre civile fait vivre confortablement le clan Ricart mais le peu d'envergure de Tomás, maintenant gérant, l'inquiète.
L'aîné de ses deux petits-fils, Josemari, est le portrait falot de son père ; son frère Quini est d'une intelligence vive mais son intransigeance gauchiste l'interpelle.
En ces temps incertains don José s'interroge sur l'avenir mais malheureusement pour lui sa femme doña Amalia ne lui est d'aucun secours, elle a progressivement perdu la tête ces cinq dernières années.
A travers les états d'âme des membres de cette famille bourgeoise, Rafael Chirbes brosse un portrait de la société espagnole profondément marquée par quarante années de dictature franquiste.
Les petites gens ne sont pas oubliés dans « La chute de Madrid » comme Lurditas, la bonne d'Olguita, dont le compagnon Lucio vient d'adhérer à Avant-garde révolutionnaire, comme Lina, la maîtresse du commissaire Maxi, ou encore les étudiants agitant les drapeaux rouges et républicains dans les amphis.
Face à cette jeunesse surexcitée par les espoirs de changements, les forces réactionnaires veillent au grain : les phalangistes bien sûr, mais aussi les Guerriers du Christ Roi ces paramilitaires proches du carlisme ou encore les gars de l'Opus Dei loin d'être des enfants de choeur...
Ce roman, paru en France en 2003, m'avait bien plu à l'époque. Sa relecture m'a tout autant enthousiasmé cette semaine et je vous encourage à vivre avec ces nombreux personnages le dernier jour du régime franquiste, le dernier jour de cauchemar d'une Espagne coupée du monde, assoiffée de liberté et de démocratie.
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MarianneL
  05 décembre 2014
«Mon Dieu, que c'est difficile de mourir !»
19 novembre 1975 : tandis que toute l'Espagne attend l'annonce imminente de la mort de Franco, on s'apprête à célébrer le soir même les soixante-quinze ans de José Ricart, un riche homme d'affaires, en compagnie de Maximino Arroyo, son vieux compagnon de la Phalange devenu commissaire de la police franquiste, de sa belle-fille mondaine et snob, de ses deux petits-fils Quini et Josemari, adversaires politiques à couteaux tirés quoique frères, de leur père Tomas, aussi à l'aise dans sa propre famille qu'un chien dans un jeu de quilles, et de quelques autres membres de la famille, caciques du régime ou autres invités. Cette journée, apogée de l'incertitude avant une mort qui sera finalement annoncée à l'aube du 20 novembre 1975, est baignée dans la crainte ou l'espoir, selon la position de chacun.
«La Phalange, le Mouvement, les procureurs aux Cortes. Toute cette machinerie avait servi à instaurer un ordre, mais elle ne servait plus à rien maintenant. On avait écrit une partition avec, cette partition avait donné une certaine musique au pays pendant un certain nombre d'années, mais un autre concert allait commencer. le chef d'orchestre avait besoin d'autres interprètes pour attaquer une nouvelle partition. Il haïssait ces types plus que son fils ne les haïrait jamais. Mais il ne pouvait s'empêcher d'être fasciné devant la société nouvelle qui s'approchait et à laquelle il ne s'adapterait pas.»
Lucio, opposant qui rêve de révolution et d'égalité depuis de longues années et qui vient de rejoindre l'Avant-garde révolutionnaire, Lurditas son amie, employée de maison chez les Ricart, le Professeur Bartos exilé intérieur, engagé dans une opposition souterraine avec ses étudiants et surpris d'être convié à cette fête d'anniversaire, tous les personnages, hommes et femmes, soutiens ou opposants du régime, ont des liens qui se dévoilent peu à peu.
«Juan Bartos ne trouvait rien de drôle à cette invraisemblable invitation, et moins encore lorsque, ce matin-là, Quini lui avait décrit l'assistance : un vieil homme prétendument libéral, qui fêtait ses trois quarts de siècle, une paire d'amis du roi de la fête («très fachos, tu verras», avait précisé Quini), un petit-fils révolutionnaire (ledit Quini), un autre à moitié nazi, une mère amateur d'art et un père apparemment presque inexistant. Bartos s'était souvenu de Tolstoï et de son Anna Karenine : "Toutes les familles heureuses se ressemblent ; les malheureuses le sont chacune à leur façon."»
Sixième roman de Rafaël Chirbes, publié en 2000 et traduit en français en 2003 par Denise Laroutis aux éditions Rivages, «La chute de Madrid» condense en une journée le tableau d'une Espagne déchirée par des décennies de dictature, à cet instant de basculement où le temps semble se figer. Un roman magnifique dans lequel l'auteur est capable au sein d'une même phrase d'affronter passé et présent, et de brosser un tableau panoptique de l'Espagne par le biais d'introspections intimes, subjectives et complexes qui mettent à nu une foule de personnages liés entre eux comme les fils d'une toile.
«C'était là, dans cette église, que Lucio et Lurditas s'étaient connus en se disant va en paix et en recevant l'eucharistie ; dans la chapelle du Pozo, l'eucharistie n'était pas une hostie comme ailleurs, mais un morceau de pain et une gorgée de vin, les gens n'allaient pas communier avec l'air de respect qu'ils prenaient quand ils allaient communier dans les églises du centre, où ils fermaient les yeux, ouvraient la bouche et sortaient la langue avec vénération, non, au Pozo, ils prenaient eux-mêmes , camarades, hommes et femmes, ils prenaient de leur main le morceau de pain et le portaient à leur bouche, et ça ne faisait rien si des miettes leur tombaient dans le décolleté ou sur le devant de la chemise, parce que Dieu n'était pas dans les miettes qui étaient tombées, ce n'était pas comme à l'église du village de Lurditas, les rares fois où le curé avait laissé tomber un morceau d'hostie, il y avait presque eu un drame, le curé à quatre pattes, qui nettoyait le sol là où était tombé le morceau d'hostie, le purifiait, leur demandait de dire quelques prières de plus parce que le Christ, dans son humilité, n'avait pas hésité à se traîner dans la fange (tel quel, la fange, alors que le choeur était pavé de dalles de marbre, blanches et noires) ; bref, elle aimait mieux la nouvelle manière de communier ; on en avait moins plein la vue mais c'était plus sincère, n'empêche qu'elle savait que les gens du Pozo auraient ri si elle leur avait raconté qu'elle s'appelait Lurditas parce qu'on disait que la Vierge avait fait un miracle avec elle. Ces gens-là ne croyaient pas aux miracles, ils croyaient en la justice, que la justice n'existait pas : c'était toute leur foi. Lucio le lui avait dit le jour où ils s'étaient rencontrés.»
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JosselinP
  16 janvier 2016
Ce roman brosse le portrait d'une famille madrilène dont les membres divergent sur leur opinion vis à vis de la société espagnole au crépuscule du régime de Franco.
Ce roman m'a paru trop décousu. Son fil rouge, qu'est l'agonie de Franco et l'angoisse ou l'espoir que suscite cet événement imminent pour les membres de la famille Ricart, se révèle trop ténu dans ce roman.
Malgré quelques chapitres prenants, sa lecture ne m'a pas passionné.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
andmanandman   23 novembre 2013
Le style, c’est la personnalité, quelque chose qui va au-delà des objets qu’on possède et dont on se sert : c’est, si tu veux, une sorte de pull, de collant , de pyjama invisible qui colle au corps et qu’on se tricote soi-même, avec des mots, avec des gestes, avec des choses qu’on a, ou qu’on aime, et qui ne viendrait même pas à l’idée des autres d’aller chercher ; ou bien qu’ils rejettent et même qu’ils méprisent.
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MarianneLMarianneL   25 novembre 2014
C’était là, dans cette église, que Lucio et Lurditas s’étaient connus en se disant va en paix et en recevant l’eucharistie ; dans la chapelle du Pozo, l’eucharistie n’était pas une hostie comme ailleurs, mais un morceau de pain et une gorgée de vin, les gens n’allaient pas communier avec l’air de respect qu’ils prenaient quand ils allaient communier dans les églises du centre, où ils fermaient les yeux, ouvraient la bouche et sortaient la langue avec vénération, non, au Pozo, ils prenaient eux-mêmes , camarades, hommes et femmes, ils prenaient de leur main le morceau de pain et le portaient à leur bouche, et ça ne faisait rien si des miettes leur tombaient dans le décolleté ou sur le devant de la chemise, parce que Dieu n’était pas dans les miettes qui étaient tombées, ce n’était pas comme à l’église du village de Lurditas, les rares fois où le curé avait laissé tomber un morceau d’hostie, il y avait presque eu un drame, le curé à quatre pattes, qui nettoyait le sol là où était tombé le morceau d’hostie, le purifiait, leur demandait de dire quelques prières de plus parce que le Christ, dans son humilité, n’avait pas hésité à se traîner dans la fange (tel quel, la fange, alors que le chœur était pavé de dalles de marbre, blanches et noires) ; bref, elle aimait mieux la nouvelle manière de communier ; on en avait moins plein la vue mais c’était plus sincère, n’empêche qu’elle savait que les gens du Pozo auraient ri si elle leur avait raconté qu’elle s’appelait Lurditas parce qu’on disait que la Vierge avait fait un miracle avec elle. Ces gens-là ne croyaient pas aux miracles, ils croyaient en la justice, que la justice n’existait pas : c’était toute leur foi. Lucio le lui avait dit le jour où ils s’étaient rencontrés.
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MarianneLMarianneL   23 novembre 2014
Agonie. Il pensa à ses soixante-quinze ans, à sa femme qui errait, inconsciente, dans les couloirs de la maison, à la réception du soir. Agonie. Il ferma encore une fois les yeux et revit le dôme de l’église, mais cette fois il le contempla avec les yeux de l’innocence, alors qu’il ne cherchait plus à se rappeler son nom et que son angoisse s’était évanouie : le dôme, rien que le dôme, bleu, éblouissant, entouré de bleu ; il vit les boutiques de comestibles, les merceries, les quincailleries qui installaient leurs articles dans la rue, devant la porte, il entendit le bruit des roues ferrées des voitures à chevaux sur le pavé. Tout cela lui parvenait de loin mais s'offrait à lui, coloré et bruyant. Il se dit que si Franco était mort dans la Valence qu’il avait connue et qui lui revenait maintenant, on aurait entortillé dans un chiffon le marteau de l’entrée et on aurait étalé un tapis d’herbe fraîche et de paille devant la porte cochère : c’était ce que faisait les familles qui pouvaient se le permettre pour étouffer le fracas des charrettes qui passaient devant la maison et faire en sorte que l’agonisant n’eût pas à subir les coups de marteau des visiteurs et des fournisseurs. Il vit des roues de charrette s’enfoncer dans le tapis végétal et, se fondant avec cette image, le lit du Turia à sec, un poussiéreux après-midi d’été, et les bêtes qui paissaient sur les berges, il vit des images d’un jour de pluie sur une petite place délabrée, il entendit des voix d’enfants et le son des clochettes en terre cuite qu’ils tenaient à la main et agitaient pour les faire tinter.
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Alice_Alice_   05 octobre 2017
Don José avait la sensation qu'il vivait le début de la fin d'une époque dans laquelle l'homme dominait le monde parce qu'il dominait tout ce qui se passait entre les quatre murs de sa maison, ou de son entreprise, qui, au bout du compte, n'était qu'une partie de la maison, et qu'il lui était devenu soudainement impossible d'embrasser quoi que ce fût, que l'homme était devenu un jouet aux mains de forces démesurées.
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MarianneLMarianneL   25 novembre 2014
Classer mes livres est une tâche divine, je me sens un peu comme Saint-Augustin devant l'enfant qui voulait vider la mer avec une coquille.
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Vidéo de Rafael Chirbes
Rafael Chirbes - Sur le Rivage .Rafael Chirbes - Sur le Rivage aux éditions Rivages. Traduit de l'espagnol par Denise Laroutis. Rentrée littéraire janvier 2015. http://www.mollat.com/livres/chirbes-rafael-sur-rivage-9782743629489.html Notes de Musique : ?Polarity? (by HE-LUX). Free Music Archive.
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