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EAN : 9782707192196
320 pages
La Découverte (13/10/2016)
  Existe en édition audio
4.21/5   305 notes
Résumé :
Le foyer, un lieu de repli frileux où l'on s'avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l'on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l'ardeur que l'on met à se blottir chez soi ou à rêver de l'habitation idéale s'exprime ce qu'il nous reste de vitalité, de foi en l'avenir.
Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
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sur 305 notes
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Patsales
  23 décembre 2021
Mona Chollet est en train de prendre une place à part dans l'édition française et on ne va pas s'en plaindre car la dame a la plume alerte et un certain talent pour synthétiser les problématiques dans l'air du temps.
Ah et puis zut, si, quand même, on va s'en plaindre (un peu).
Monet Chollet est une journaliste de gauche, ca c'est certain, mais pour qui écrit-elle ? Son premier chapitre se veut une vengeance contre ceux (notamment ses collègues et son compagnon) qui se moquent de son tempérament casanier. Mais la valorisation de l'aventurier ne vaut que pour un petit milieu, le sien. Aimer sa maison, n'accepter de s'en éloigner que pour un temps circonscrit et un exotisme limité est le choix d'une majorité de Français qui n'ont aucune envie de ressembler à Nicolas Bouvier.
Mona Chollet écrit donc pour ses pairs et son discours ressemble parfois et sans mauvais jeu de mots à un plaidoyer pro domo. le 2nd chapitre ressemble assez à cet égard aux conversations d'une soirée de copines: j'ai-encore-trop-regardé-Instagram-mais-j'ai-quand-même-réussi-à-finir-mon-article. Eh bien, on est content pour elle, mais en gros on s'en fiche.
Écrire pour ses pairs, pourquoi pas? Reste la posture.
Souvent, Chollet fait dans la connivence et l'auto-dérision, c'est assez drôle: « Moi, en revanche, je reste toujours admirative devant un salon cosy ou une décoration de Noël réussie. Je pourrais fonder un nouveau courant du féminisme : le courant « poule mouillée ». Mais il y a déjà beaucoup de livres de « bonnes copines » et on attend autre chose d'une journaliste du « Diplo ».
On attend l'acuité d'un regard neuf et la balle tirée contre son camp, parce qu'on ne lit pas uniquement pour se satisfaire de certitudes béates. Souvent, là encore, Chollet fait mouche. Quand les tenants de la sobriété heureuse vantent la tiny house et le refus de tout superflu, elle les renvoie dans les cordes d'une pichenette: « Les adeptes du small living occupent donc exactement la place qu'un ordre social inique leur assigne. Ils se contorsionnent pour entrer dans le placard qu'on veut bien leur laisser et prétendent réaliser par là leurs désirs les plus profonds. »
Mais au fur et à mesure que les chapitres défilent, il faut bien avouer qu'on lit surtout ce qu'on veut entendre (quand on vote à gauche). Il faudrait pouvoir travailler moins. Les hommes font moins souvent le ménage que les femmes. La colocation, c'est bien. Il faut une politique sociale du logement. le thé, c'est chouette, Desesperate housewives c'est nul. Il ne faut pas avoir peur des squatteurs, d'ailleurs mon frère en est un.
Et de fait , on lit beaucoup ce qu'on a envie de lire et surtout on lit ce qu'on sait déjà. La bibliographie est copieuse mais à la manière de Wikipedia. Des références universitaires, un peu, et beaucoup d'articles (Le Monde, Libération, Elle). En y cherchant ce que je pourrais lire de vraiment consistant, je ne suis tombée que sur des valeurs sûres: Bachelard, Woolfe, les Pinçon-Charlot…
Et je me suis fait la réflexion que Mona Chollet, pour les professions intellectuelles intermédiaires, c'était comme le blog de Mimi Thorisson pour les mères de famille : un idéal presque accessible. On pourrait presque faire la même tarte aux pommes après s'être promené dans les bois en cueillant des champignons si on n'avait pas un Picard au coin de la rue. On pourrait presque faire le même livre que « Chez soi » avec un bon fil rss si on n'utilisait pas son ordinateur surtout pour vérifier que les amis sur Babelio nous ont bien likés. Mona Chollet, finalement, c'est la copine qui a réussi. Si j'ose dire: c'est nous, en mieux.
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sguessous
  09 mars 2017
Qui se souvient de The Little House ? Ce ravissant court-métrage des années 1950, diffusé sur le Disney Channel, m'a durablement marqué. Une maison de campagne y accueille ses premiers habitants, une famille nombreuse et chahutante. Au loin, la gracieuse bicoque voit poindre avec insouciance les lumières de la ville, qui se rapprochent sans cesse.
Bientôt, ses premières voisines arrivent, de grandioses villas d'aristocrates, qui la toisent de haut. Au siècle suivant, la voilà cernée de « progrès », s'amuse le narrateur : de longs immeubles en briques et de poubelles renversées. Au-dessus de sa tête, des voisins excédés se balancent des noms d'oiseaux et des bouteilles de lait par fenêtres interposées.
C'est la débâcle. Pour la Little House, tout va de mal en pis, d'acier en béton armé, de vitrage miroir en lucarnes PVC, de bruits insidieux en cacophonie délirante, jusqu'au dénouement : le retour à la campagne qui apaise et met du baume au coeur. Nous sommes dans un Disney, après tout.
Mon lointain rêve de maisonnette vivante et bucolique vient-il de ce petit film antimoderne ? Peut-être.
Habiter sa maison vs Consommer sa maison
C'est le livre Chez soi de Mona Chollet qui me replonge dans ces souvenirs et réflexions sur l'habitat. Je l'ai refermé hier soir et depuis, je ne cesse de penser à toutes les maisons où j'ai vécu.
De ma chambre d'étudiante – neuf mètres carrés ! – à la maison de campagne de mon père, en passant par le riad mystérieux de mon enfance et tous les appartements, petits et grands, qui ont accompagné ma vie de jeune adulte… Ces intérieurs ont peut-être façonné la personne que je suis aujourd'hui. de quelle manière ? Je ne saurais le dire à ce stade embryonnaire de la réflexion. Je m'accorde un temps pour ruminer tout cela avant de vous en faire part – ou pas ! –
En attendant, je peux vous parler de l'essai passionnant de Mona Chollet, qui explore diverses facettes de la Home Sweet Home.
En ces temps de crise, c'est, pour beaucoup, un refuge, un lieu de repli où l'on se répare et se console comme on peut de la brutalité du monde. Un refuge souvent contaminé par cette même brutalité. Dès les premières pages, Mona Chollet affirme que de nos jours, « on n'a pas le droit d'habiter sa maison, sous peine de se heurter à une censure immédiate. »
Habiter au sens d'imprégner son lieu de vie, de faire corps avec lui, de le laisser infuser lentement en soi.
À l'inverse, ce qui est toléré et encouragé, c'est de consommer sa maison. Y accumuler des monticules de gadgets, de meubles et de robots, les remplacer frénétiquement, à la moindre craquelure, ou dès qu'un vague à l'âme inexplicable s'empare de nous. Y faire régner un ordre obsessionnel, la transformer en brochure Ikéa vivante, en temple fonctionnel et moderne, miroir de notre sacrosainte efficacité.
« On retrouve là le double standard moral dont notre société est prisonnière : dureté envers soi-même, exigence de rendement, mortification et sacrifice dans la plupart des domaines de la vie ; satisfaction immédiate de tous les désirs, réconfort et consolation dans le seul domaine de la consommation », écrit l'autrice.
Acheter et racheter toujours plus neuf, plus luisant, plus grisant, désespérément. Jusqu'à en oublier que notre identité se construit par touches lentes et appliquées, qu'elle implique d'après le philosophe allemand Hartmut Rosa de « s'approprier les choses progressivement, voire de s'attacher à elles. »
Pour Mona Chollet, loin de « flatter nos aspirations domestiques », la société de consommation « entrave notre capacité à habiter. »
Assouvir nos besoins de repli, de solitude, d'évasion
« La maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix. Il n'y a pas que les pensées et les expériences qui sanctionnent les valeurs humaines », écrit Gaston Bachelard dans La Poétique de l'espace. le philosophe français a réconcilié l'autrice de Chez soi avec ses besoins profonds de « repli, de solitude et d'évasion », lui a offert des mots salvateurs pour affronter les « injonctions à se secouer, à se faire violence, à ne pas s'écouter. »
Des mots que Mona Chollet s'approprie, recompose pour les offrir à son tour à mes sens assoiffés et reconnaissants : « Il faudrait pouvoir émerger en douceur d'une nuit de sommeil qui vous déposerait sur la grève du jour comme le ressac d'une mer calme, au lieu de subir l'élancement au coeur, la déchirure du rêve que provoque la stridence du réveil. Il faudrait pouvoir rester encore un peu allongé, bien au chaud, à écouter les bruits les plus ténus dans la maison et au-dehors, à rêvasser, à contempler le plafond et à passer en revue les mille bonnes raisons de se lever, à réfléchir à ce que l'on projette de faire, à se pourlécher en composant le menu du petit-déjeuner (…) Alors l'élan nécessaire pour repousser la couette d'une ruade, pour renouer avec la verticalité et poser le pied par terre, répondrait à une nécessité intérieure irrésistible, le coeur battant d'impatience, plutôt qu'à ce sursaut de courage et de résignation mêlés par lequel on se boute soi-même hors du lit. »
Je vois quelques sourcils se froncer là-bas, au fond. J'entends des voix réprobatrices mugir : « Mais c'est de la paresse enrobée dans de la poésie ! » C'est sûr que si on envisage son existence comme une succession d'objectifs et de résultats à atteindre, à améliorer, à valoriser, on ne risque pas d'apprécier la beauté étrange, luxueuse et gratuite du Non faire. Une quiétude que trop de gens (re)découvrent, sidérés, parfois à leur corps défendant, après un burnout ravageur.
Assiégés jusque dans nos canapés
« Comment restaurer la dignité d'un temps qui se présente à nous comme le déchet de celui mis sur le marché ? », s'interroge Mona Chollet. Se réaproprier ce temps pour vivre, pour être soi-même, sans obligation de performance, peut s'avérer ardu, tant les distractions et les stimulations sont grandes. Dans le chapitre Une foule dans mon salon, la journaliste confie ses efforts pour ne pas devenir « l'esclave des flux » Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest, etc.
Difficile de restituer en une seule note ce livre dense, plein de couloirs, de tiroirs et de cachettes secrètes. J'ai adoré m'y perdre, y dissiper mes illusions, notamment sur le mouvement des Tiny Houses – « les adeptes du small living occupent exactement la place qu'un ordre social inique leur assigne. Ils se contorsionnent pour entrer dans le placard qu'on veut bien leur laisser et prétendent réaliser par là leurs désirs les plus profonds. » –
J'ai aimé me lover délicieusement dans certains de ses interstices. Je songe particulièrement au dernier chapitre, Des palais plein la tête, imaginer la maison idéale, dans lequel Mona Chollet aborde l'architecture et son impact indélébile sur nos vies. Pourquoi ce sujet nous indiffère-t-il tant ? Pour le philosophe Alain de Botton, s'y intéresser revient à réaliser avec consternation que les mauvaises architectures nous assombrissent la vie. « Si une pièce peut modifier notre état d'âme, si notre bonheur peut dépendre de la couleur des murs ou de la forme d'une porte, que nous arrivera-t-il dans la plupart des lieux que nous sommes contraints de regarder et où nous devons habiter ? », écrit-il dans L'Architecture du bonheur.
À l'inverse, que se passerait-il si, au lieu de vivoter dans un intérieur insalubre, étroit ou désincarné, l'on habitait une maison à la fois apaisante et stimulante pour nos sens, où les escaliers nous emmèneraient de surprises en ébahissements, comme le suspens haletant d'un bon roman ? Car ces havres malicieux et amicaux existent. Ils possèdent « une qualité sans nom », comme l'appelle l'architecte anglais Christopher Alexander dans The Timeless Way of Building. Une âme, si j'ose dire.
Les Japonais, comme Terunobu Fujimori ou Shigeru Ban, excellent dans cet art de bâtir des maisons vivantes, véritables écrins de douceur et d'harmonie pour leurs habitants. Mona Chollet affirme que l'usage des matériaux naturels comme le bois, la terre, la pierre ou la paille y est pour quelque chose. Des matériaux qui s'usent, perdent lentement l'éclat de la jeunesse pour la patine gracieuse de l'âge et « rappellent le caractère transitoire de toute chose. » Cette vision subtile et poétique contredit celle d'architectes occupés, à grands renforts de béton, à construire des maisons donnant « l'impression qu'elles vont durer toujours. » « Conséquence : leurs bâtiments se délabrent au lieu de vieillir. »
Je vous laisse méditer ces sages paroles. J'espère vous avoir donné envie de découvrir ce livre – disponible depuis quelques mois en format poche – et vous dis à bientôt !
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mumuboc
  11 novembre 2021
Dès que j'ai eu connaissance de cet essai je savais que je le lirai car je suis une casanière, j'aime être chez moi, dans mon nid et dès que je le quitte je me sens un peu orpheline, en manque et n'ai qu'une envie le retrouver surtout depuis que je vis dans une maison dans le bocage entourée de nature et où le silence n'est rompu que par le chant des oiseaux. J'en avais rêvée, je l'avais construite dans mon imaginaire et même si elle n'a pas tous les critères espérés, je me sens chez moi.
Difficile de résumer un essai mais j'ai trouvé que Mona Chollet abordait le thème du foyer de façon très complète, avec ses différentes ramifications, évoquant tout ce qui est lié au "Chez soi" que ce soit en tant que choix de vie (en solitaire ou pas), espace, lieu de vie (ville ou campagne), isolement ou pas, confort, fonctionnement (répartition des tâches ménagères et du couple, chambre commune ou pas), façon d'y vivre avec en autre l'apport des nouvelles technologies type internet, mais aussi l'architecture etc.... Elle y inclut quelques évocations sur sa propre façon de vivre, ses propres choix et déculpabilise les lecteurs des leurs car chacun cherche à trouver son lieu idéal, en accord avec sa vie, ses loisirs et ses aspirations personnelles. 
Je m'y suis retrouvée, je m'y suis sentie chez moi, j'ai souri parfois dans les descriptions ou cas évoqués , elle me rassurait également sur la validité de mes choix (même si je n'avais pas besoin de cela pour savoir que j'avais fait, pour moi, les bons choix) mais qui me font parfois me poser des questions surtout à travers le regard des autres. Il est truffé de références littéraires (en particulier H.D.Thoreau avec Walden mais également Virginia Woolf avec son essai Une chambre à soi (ou un lieu à soi suivant la traduction) cette dernière évoquant si bien l'importance du lieu de vie, mais aussi d'études et enquêtes scientifiques pour appuyer ses propos. Elle évoque également les nouveaux modes d'habitation (en particulier les tiny houses dont c'était le début : première édition en 2016) mais sans les changements, bien sûr, qu'a opéré dans nos comportements la récente crise sanitaire, confortant ou pas les choix de certains. En féministe affirmée qu'elle est, elle ne peut éviter de défendre la place de la femme au sein du foyer, son rôle primordial et toujours majoritaire au bon fonctionnement de celui-ci.
C'est une lecture passionnante et instructive pour qui s'intéresse à son lieu de vie, à son évolution avec des pistes sur les nouveaux comportements plus écologiques, plus communautaires ou intergénérationnels mais également source de réflexions sur ce que représente notre rapport à notre maison, à notre nid, à notre refuge et sur ce que cela révèle parfois de nous. Cela se lit grâce au ton presque comme un roman celui de la recherche, parfois ardue, de concilier lieu, prix, espace surtout quand le marché de l'immobilier s'enflamme, rend la quête impossible ou oblige à se contenter de ce qui entre dans les possibilités mais aussi comme l'histoire de nos quotidiens, de nos vies.
Je le recommande bien sûr à ceux qui aiment leur "chez soi" ou qui rêvent de le trouver, qu'ils en rêvent ou en ont le projet, celui qui correspondra exactement à leurs aspirations, à leur façon de vivre, n'ayant pas besoin d'être grand, ni beau mais seulement être le "nid" confortable auquel ils aspirent.
J'ai beaucoup aimé.
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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IreneAdler
  28 janvier 2018
Challenge ABC 2017-2018
10/26
C'est assez drôle et je ne l'ai pas fait exprès, mais je lis ce livre en même temps que nous rénovons une maison. Et que les problématiques d'espace, de matériaux se posaient alors. Mais aussi celle du ménage, parce que autant ne pas le cacher, passer d'un appartement à une maison pose la question de l'augmentation de la surface à nettoyer et ranger et je ne vous fais pas un dessin de qui va devoir batailler pour que les tâches soient effectuées (c'est drôle, je n'ai pas de problème pour convaincre mon compagnon de prendre l'aspi, mais il semble aveugle à la saleté...). Fin du point "Je raconte ma vie". Mais quand même c'est drôle, même si je voulais le lire depuis longtemps.
Que faut-il pour se sentir chez soi ? Déjà, un espace qui nous plaise. Simple, non ? Eh ben pas forcément si on tient compte du fait qu'il faut avoir des moyens suffisants, des logements disponibles, du temps pour chercher. Mais aussi du... temps. Eh oui ! En fait, habiter est un acte éminemment politique et sociétal. La division du travail capitalistique, la construction du stéréotype de la-femme-au-foyer-fée-du-logis, les architectes qui ne veulent construire que des choses belles de l'extérieur sans penser aux usages, sans parler du manque de moyen d'une très large partie de la population parquée dans des clapiers minuscules.... tout cela contribue à un malaise dans le logement. Or des solutions existent, comme l'on montré plusieurs expérimentations en Suisse de constructions sociales entre espaces privées et espaces communautaires, ou encore le logement coopératif en France ou en Allemagne.
Chollet explique cela de manière très claire et documentée, en s'étonnant de ce que personne ne se soit encore réellement emparé du sujet. Après tout le logement est quelque chose de primordial pour la survie, mais peut-être pas à n'importe quel prix, qu'il soit écologique, psychologique ou économique... Elle évoque des modèles alternatifs, qui demandent un changement radical de mode de pensée ; tout en ayant l'honnêteté de se demander si elle-même en est capable (vivre dans les squats genevois par exemple est dessus à la fois de ses capacités et de ses forces). Elle cherche aussi la source de notre mode de vie actuel, avec un détour par les pays du sud de l'Europe et de notre histoire depuis la Renaissance, période de forts bouleversements sociaux et culturels (imprimerie, redécouverte des auteurs antiques, apparition du protestantisme...) et par la volonté des architectes de laisser une empreinte qui a peu à voir avec les usages qui sont fait des logements dans la vraie vie de tous les jours ; finalement, les personnes les moins consultées lors de la constructions de grands ensembles sont les futurs locataires, qui doivent se couler dans un moule penser pour eux mais pas avec eux. Et tout le monde n'a pas les moyens de s'engager dans le logement participatif. Mais les pouvoirs publics ont le pouvoir de changer de point de vue et de voir ce qui se fait ailleurs...
Habiter, c'est politique et peut-être que les décideurs devraient lire un peu plus d'ouvrages comme celui-ci... Et les architectes avec.
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Apoapo
  12 février 2016
"Au départ, il y avait mon envie de défendre ces plages de temps où on n'est là pour personne [... en dépit de] l'incompréhension ou de la désapprobation [qu'elle suscite...] (chapitre 1). J'ai aussi voulu consacrer quelques pages à amender ma description des bienfaits de la réclusion domestique en tenant compte des chamboulements qu'y provoquent Internet et les réseaux sociaux, territoires où je déploie, comme beaucoup d'autres, une activité tout à fait déraisonnable (chapitre 2).
Mais dans la maison se projettent aussi certaines des problématiques les plus brûlantes auxquelles nous sommes confrontés. Avec la hausse vertigineuse qui s'est produite au cours des quinze dernières années, la quête d'un logement est devenue une entreprise qui expose la majeure partie de la population à la violence des inégalités et des rapports de domination. [...] (chapitre 3).
De façon moins évidente, mais également cruciale, ce qui manque pour pouvoir s'ancrer dans le monde n'est pas seulement l'espace, mais aussi le temps. [...] Or nous subissons la rigueur d'une discipline horaire impitoyable. de surcroît, nous avons intégré l'idée que notre temps était une denrée inerte et uniforme qu'il s'agissait de remplir, de valoriser et de rentabiliser, ce qui nous maintient sur un qui-vive permanent, la culpabilité en embuscade (chapitre 4).
Impossible, par ailleurs, de ne pas voir dans une habitation le lieu d'un rapport de forces féroce : celui qu'engendre la simple nécessité de l'entretenir. [...] Dans un pays où la domesticité a disparu - ou quasiment disparu -, ce travail incombe aux femmes de ménage, mais surtout aux femmes en général, depuis que le XIXe siècle a imposé du haut en bas de l'échelle sociale la figure de la 'fée du logis' (chapitre 5).
Plus largement, l'image d'une féminité vouée à l'animation de l'univers domestique, seul lieu possible de son plein épanouissement, conserve une prégnance et une capacité de renouvellement remarquables. Elle contribue à la perpétuation du modèle de la famille nucléaire comme seul type de ménage normal et souhaitable, alors même que les modes de vie évoluent et qu'un peu d'audace peut suffire à en forger de nouveaux (chapitre 6).
[...]
A tout âge, de nombreux êtres humains semblent éprouver le besoin de jouer avec des représentations d'habitations idéales, de se projeter dans des espaces imaginaires. [...]
[...] pour alimenter ses fantasmes, il faudra le plus souvent se contenter des magazines ou des émissions de décoration. de même, on rencontre peu d'occasions de débattre de la forme que pourrait prendre un habitat agréable, accessible et écologiquement viable, alors que les bâtiments où nous évoluons déterminent une large part de notre vie. J'ai donc tenté d'ébaucher ce qui pourrait représenter, à mes yeux au moins, une architecture idéale (chapitre 7)." (p. 11-13)
Ravissement d'avoir trouvé, sous la plume d'une personne estimée et grâce à la suggestion d'une amie, autant de sujets qui me tiennent à coeur, réunis dans le même ouvrage où je me serais contenté de trouver un simple réconfort de ma propre propension casanière.
Les références nombreuses, éclairantes, inattendues, rendent le texte à la fois cohérent, unitaire et rebondissant.
J'ai eu quelques réticences à la lecture du ch. 1er, notamment à cause de mon antipathie pour Nicolas Bouvier, et du dernier, sans doute parce que je ne nourris pas les même fantasmes d'habitat que l'auteur, pas la même attraction pour l'architecture japonaise, et quelques perplexités sur les démarches conceptuelles de certains architectes "engagés" dans les problématiques écologiques et/ou politiques que j'ai pu connaître (très peu et de très loin, j'avoue).
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Citations et extraits (104) Voir plus Ajouter une citation
YANCOUYANCOU   01 mai 2016
"Aimer rester chez soi, c'est se singulariser, faire défection. C'est s'affranchir du regard et du contrôle social. Cette dérobade continue de susciter, y compris chez des gens plutôt ouverts d'esprit, une inquiétude obscure, une contrariété instinctive. Prendre plaisir à se calfeutrer pour plonger son nez dans un livre expose à une réprobation particulière. "Tout lecteur, passé et présent, a entendu un jour l'injonction : "Arrête de lire ! Sors, vis !"",constate Alberto Manguel. En français et en allemand, le mépris des "fous de livres", cette créature chétive et navrante, a donné naissance à l'image peu flatteuse du "rat de bibliothèque", qui, en espagnol, est une souris, et en anglais carrément un ver (bookworm), inspiré du véritable ver du livre, l'Anobium pertinax. C'est un fond irréductible d'anti-intellectualisme qui s'exprime là. Ce peu de confiance et de crédit accordé à l'activité intellectuelle se retrouve dans le milieu journalistique. Il explique cette tendance à minimiser l'importance du bagage personnel que chacun se constitue et enrichit continuellement - ou pas - et à faire plutôt du terrain une sorte de deux ex machina.
...
Les écrivains, ou les artistes en général, sont aussi les seuls casaniers socialement acceptables. Leur claustration volontaire produit un résultat tangible et leur confère un statut prestigieux, respecté (à ne pas confondre toutefois avec une profession, puisque la plupart gagnent leur vie par d'autres moyens). Il faut le bouclier de la renommée pour pouvoir déclarer tranquillement comme le faisait le poète palestinien Mahmoud Darwich : "J'avoue que j'ai perdu un temps précieux dans les voyages et les relations sociales, je tiens à présent à m'investir totalement dans ce qui me semble plus utile, c'est-à-dire l'écriture et la lecture. Sans la solitude, je me sens perdu. C'est pourquoi j'y tiens - sans me couper pour autant de la vie, du réel, des gens... Je m'organise de façon à ne pas m'engloutir dans des relations sociales parfois inintéressantes"."
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Alice_Alice_   12 août 2015
J'ai les moyens d'acheter des livres, mais moins de temps pour les lire. En contemplant les piles qui encombrent l'appartement, j'essaie d'évaluer de combien leur volume dépasse déjà la somme de temps que j'aurai jamais à leur consacrer. Je découvre avec soulagement qu'en japonais il existe un mot pour cela : tsundoku ("acheter des livres et ne pas les lire; les laisser s'empiler sur le sol, les étagères ou la table de nuit"). Auparavant, aucun essai ne me semblait trop ardu si le sujet m'intéressait: je m'installais à la table du salon et je laissais les heures s'écrouler sereinement, soulignant avec soin les passages marquants au crayon et à la règle. En protégeant ma concentration, la pièce autour de moi semblait me seconder dans mes efforts et partager l'émerveillement des révélations qu'ils me valaient. Désormais, la journée ayant épuisé mon énergie intellectuelle, je suis trop fatiguée le soir pour faire autre chose que regarder des séries télévisées. J'aime beaucoup les séries, mais je reste à la porte des révélations. Et un peu à la porte de chez moi aussi.
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Alice_Alice_   13 août 2015
Que l’on considère le temps comme une chose inerte, ayant vocation à être « occupée », « remplie » ou « utilisée », contribue à expliquer l’incompréhension à laquelle se heurtent les casaniers. Leur entourage présume qu’ils ne peuvent que s’ennuyer mortellement, alors que, en s’extrayant de la course folle du monde, ils font l’expérience de la nature et de la texture vivantes du temps. Ils sont parmi les derniers (avec les enfants, probablement) à s’y lover en toute confiance. Ils voient en lui un tapis volant accueillant, doté du pouvoir de les transporter vers des destinations imprévisibles à travers une variété infinie de paysages. Ils savent qu’il n’est pas uniforme, mais qu’il se compose d’une succession d’instants singuliers. Ces instants, il faut se faire suffisamment attentif pour les amener à livrer leurs secrets, à chuchoter ce qu’ils ont à nous dire, ce qui nécessite le courage d’une certaine passivité. Il faut se rendre disponible, au lieu de bafouer leur logique propre et de chercher à conjurer la peur du vide et de l’inconnu en les remplissant compulsivement avec n’importe quoi. Il faut les laisser se révéler l’un après l’autre, et agir en fonction des indications qu’ils nous soufflent, au lieu de vouloir à tout prix leur donner forme de l’extérieur – entreprise absurde, qui ne peut aboutir qu’à saccager ce que la vie nous tend.
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Alice_Alice_   12 août 2015
Avant d'être salariée, j'avais pris l'habitude, lorsque mon compagnon s'absentait pour quelques jours, de m'enfermer avec assez de provisions pour tenir un siège et de passer mes nuits à lire ou à écrire, n'allant me coucher que quand je tombais de fatigue. Je n'ai jamais oublié ma béatitude, un jour, en entendant résonner derrière le rideau, au petit matin, alors que je n'avais pas vu les heures filer, le chant flûté des oiseaux dans la cour - ce son magique, radieux, tellement lié au retour de la lumière qu'il est presque lui-même une lumière. Ce moment est resté pour moi le symbole d'une région de l'expérience où j'ai très peu de chances de retourner : pour pouvoir se l'autoriser, il faut disposer d'une amplitude temporelle difficile à déployer dans une vie de salariée, par définition très encadrée.
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Alice_Alice_   12 août 2015
J'aimerais bien que l'on accepte, dans le métier, d'abaisser un strapontin - ou même d'installer dans un coin une méridienne - pour les rêveurs fourvoyés tels que moi. J'aimerais bien que l'on reconnaisse leur compétence sur certains sujets, et leur contribution, même modeste, au déchiffrement de l'époque, au lieu de vouloir à tout prix les changer, comme autrefois les gauchers dans les écoles. Mais c'est une revendication peu audible, tant la mystique du terrain est puissante. Elle accrédite ce préjugé binaire: sortir c'est bien, rester assis sur sa chaise c'est mal. Le terrain garantirait la pertinence et l'ouverture d'esprit, alors que la sédentarité dénoterait un repli coupable menant inévitablement à l'erreur et à l'abrutissement. Ce qui reflète une valorisation sociale plus générale du mouvement perpétuel et de l'arrachement à soi.
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Videos de Mona Chollet (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mona Chollet
Dans le cadre du cycle ECHO et en partenariat avec Cap-Sciences. Rencontre avec Mona Chollet à l'occasion de la parution de son livre "Réinventer l'amour : Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles" aux éditions Zones. Entretien avec Sylvie Hazebroucq.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2544388/mona-chollet-reinventer-l-amour-comment-le-patriarcat-sabote-les-relations-heterosexuelles
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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Roland Barthes : "Fragments d'un discours **** "

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