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ISBN : 2707192198
Éditeur : La Découverte (13/10/2016)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 105 notes)
Résumé :
Le foyer, un lieu de repli frileux où l'on s'avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l'on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l'ardeur que l'on met à se blottir chez soi ou à rêver de l'habitation idéale s'exprime ce qu'il nous reste de vitalité, de foi en l'avenir.
Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
sguessous
  09 mars 2017
Qui se souvient de The Little House ? Ce ravissant court-métrage des années 1950, diffusé sur le Disney Channel, m'a durablement marqué. Une maison de campagne y accueille ses premiers habitants, une famille nombreuse et chahutante. Au loin, la gracieuse bicoque voit poindre avec insouciance les lumières de la ville, qui se rapprochent sans cesse.
Bientôt, ses premières voisines arrivent, de grandioses villas d'aristocrates, qui la toisent de haut. Au siècle suivant, la voilà cernée de « progrès », s'amuse le narrateur : de longs immeubles en briques et de poubelles renversées. Au-dessus de sa tête, des voisins excédés se balancent des noms d'oiseaux et des bouteilles de lait par fenêtres interposées.
C'est la débâcle. Pour la Little House, tout va de mal en pis, d'acier en béton armé, de vitrage miroir en lucarnes PVC, de bruits insidieux en cacophonie délirante, jusqu'au dénouement : le retour à la campagne qui apaise et met du baume au coeur. Nous sommes dans un Disney, après tout.
Mon lointain rêve de maisonnette vivante et bucolique vient-il de ce petit film antimoderne ? Peut-être.
Habiter sa maison vs Consommer sa maison
C'est le livre Chez soi de Mona Chollet qui me replonge dans ces souvenirs et réflexions sur l'habitat. Je l'ai refermé hier soir et depuis, je ne cesse de penser à toutes les maisons où j'ai vécu.
De ma chambre d'étudiante – neuf mètres carrés ! – à la maison de campagne de mon père, en passant par le riad mystérieux de mon enfance et tous les appartements, petits et grands, qui ont accompagné ma vie de jeune adulte… Ces intérieurs ont peut-être façonné la personne que je suis aujourd'hui. de quelle manière ? Je ne saurais le dire à ce stade embryonnaire de la réflexion. Je m'accorde un temps pour ruminer tout cela avant de vous en faire part – ou pas ! –
En attendant, je peux vous parler de l'essai passionnant de Mona Chollet, qui explore diverses facettes de la Home Sweet Home.
En ces temps de crise, c'est, pour beaucoup, un refuge, un lieu de repli où l'on se répare et se console comme on peut de la brutalité du monde. Un refuge souvent contaminé par cette même brutalité. Dès les premières pages, Mona Chollet affirme que de nos jours, « on n'a pas le droit d'habiter sa maison, sous peine de se heurter à une censure immédiate. »
Habiter au sens d'imprégner son lieu de vie, de faire corps avec lui, de le laisser infuser lentement en soi.
À l'inverse, ce qui est toléré et encouragé, c'est de consommer sa maison. Y accumuler des monticules de gadgets, de meubles et de robots, les remplacer frénétiquement, à la moindre craquelure, ou dès qu'un vague à l'âme inexplicable s'empare de nous. Y faire régner un ordre obsessionnel, la transformer en brochure Ikéa vivante, en temple fonctionnel et moderne, miroir de notre sacrosainte efficacité.
« On retrouve là le double standard moral dont notre société est prisonnière : dureté envers soi-même, exigence de rendement, mortification et sacrifice dans la plupart des domaines de la vie ; satisfaction immédiate de tous les désirs, réconfort et consolation dans le seul domaine de la consommation », écrit l'autrice.
Acheter et racheter toujours plus neuf, plus luisant, plus grisant, désespérément. Jusqu'à en oublier que notre identité se construit par touches lentes et appliquées, qu'elle implique d'après le philosophe allemand Hartmut Rosa de « s'approprier les choses progressivement, voire de s'attacher à elles. »
Pour Mona Chollet, loin de « flatter nos aspirations domestiques », la société de consommation « entrave notre capacité à habiter. »
Assouvir nos besoins de repli, de solitude, d'évasion
« La maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix. Il n'y a pas que les pensées et les expériences qui sanctionnent les valeurs humaines », écrit Gaston Bachelard dans La Poétique de l'espace. le philosophe français a réconcilié l'autrice de Chez soi avec ses besoins profonds de « repli, de solitude et d'évasion », lui a offert des mots salvateurs pour affronter les « injonctions à se secouer, à se faire violence, à ne pas s'écouter. »
Des mots que Mona Chollet s'approprie, recompose pour les offrir à son tour à mes sens assoiffés et reconnaissants : « Il faudrait pouvoir émerger en douceur d'une nuit de sommeil qui vous déposerait sur la grève du jour comme le ressac d'une mer calme, au lieu de subir l'élancement au coeur, la déchirure du rêve que provoque la stridence du réveil. Il faudrait pouvoir rester encore un peu allongé, bien au chaud, à écouter les bruits les plus ténus dans la maison et au-dehors, à rêvasser, à contempler le plafond et à passer en revue les mille bonnes raisons de se lever, à réfléchir à ce que l'on projette de faire, à se pourlécher en composant le menu du petit-déjeuner (…) Alors l'élan nécessaire pour repousser la couette d'une ruade, pour renouer avec la verticalité et poser le pied par terre, répondrait à une nécessité intérieure irrésistible, le coeur battant d'impatience, plutôt qu'à ce sursaut de courage et de résignation mêlés par lequel on se boute soi-même hors du lit. »
Je vois quelques sourcils se froncer là-bas, au fond. J'entends des voix réprobatrices mugir : « Mais c'est de la paresse enrobée dans de la poésie ! » C'est sûr que si on envisage son existence comme une succession d'objectifs et de résultats à atteindre, à améliorer, à valoriser, on ne risque pas d'apprécier la beauté étrange, luxueuse et gratuite du Non faire. Une quiétude que trop de gens (re)découvrent, sidérés, parfois à leur corps défendant, après un burnout ravageur.
Assiégés jusque dans nos canapés
« Comment restaurer la dignité d'un temps qui se présente à nous comme le déchet de celui mis sur le marché ? », s'interroge Mona Chollet. Se réaproprier ce temps pour vivre, pour être soi-même, sans obligation de performance, peut s'avérer ardu, tant les distractions et les stimulations sont grandes. Dans le chapitre Une foule dans mon salon, la journaliste confie ses efforts pour ne pas devenir « l'esclave des flux » Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest, etc.
Difficile de restituer en une seule note ce livre dense, plein de couloirs, de tiroirs et de cachettes secrètes. J'ai adoré m'y perdre, y dissiper mes illusions, notamment sur le mouvement des Tiny Houses – « les adeptes du small living occupent exactement la place qu'un ordre social inique leur assigne. Ils se contorsionnent pour entrer dans le placard qu'on veut bien leur laisser et prétendent réaliser par là leurs désirs les plus profonds. » –
J'ai aimé me lover délicieusement dans certains de ses interstices. Je songe particulièrement au dernier chapitre, Des palais plein la tête, imaginer la maison idéale, dans lequel Mona Chollet aborde l'architecture et son impact indélébile sur nos vies. Pourquoi ce sujet nous indiffère-t-il tant ? Pour le philosophe Alain de Botton, s'y intéresser revient à réaliser avec consternation que les mauvaises architectures nous assombrissent la vie. « Si une pièce peut modifier notre état d'âme, si notre bonheur peut dépendre de la couleur des murs ou de la forme d'une porte, que nous arrivera-t-il dans la plupart des lieux que nous sommes contraints de regarder et où nous devons habiter ? », écrit-il dans L'Architecture du bonheur.
À l'inverse, que se passerait-il si, au lieu de vivoter dans un intérieur insalubre, étroit ou désincarné, l'on habitait une maison à la fois apaisante et stimulante pour nos sens, où les escaliers nous emmèneraient de surprises en ébahissements, comme le suspens haletant d'un bon roman ? Car ces havres malicieux et amicaux existent. Ils possèdent « une qualité sans nom », comme l'appelle l'architecte anglais Christopher Alexander dans The Timeless Way of Building. Une âme, si j'ose dire.
Les Japonais, comme Terunobu Fujimori ou Shigeru Ban, excellent dans cet art de bâtir des maisons vivantes, véritables écrins de douceur et d'harmonie pour leurs habitants. Mona Chollet affirme que l'usage des matériaux naturels comme le bois, la terre, la pierre ou la paille y est pour quelque chose. Des matériaux qui s'usent, perdent lentement l'éclat de la jeunesse pour la patine gracieuse de l'âge et « rappellent le caractère transitoire de toute chose. » Cette vision subtile et poétique contredit celle d'architectes occupés, à grands renforts de béton, à construire des maisons donnant « l'impression qu'elles vont durer toujours. » « Conséquence : leurs bâtiments se délabrent au lieu de vieillir. »
Je vous laisse méditer ces sages paroles. J'espère vous avoir donné envie de découvrir ce livre – disponible depuis quelques mois en format poche – et vous dis à bientôt !
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IreneAdler
  28 janvier 2018
Challenge ABC 2017-2018
10/26
C'est assez drôle et je ne l'ai pas fait exprès, mais je lis ce livre en même temps que nous rénovons une maison. Et que les problématiques d'espace, de matériaux se posaient alors. Mais aussi celle du ménage, parce que autant ne pas le cacher, passer d'un appartement à une maison pose la question de l'augmentation de la surface à nettoyer et ranger et je ne vous fais pas un dessin de qui va devoir batailler pour que les tâches soient effectuées (c'est drôle, je n'ai pas de problème pour convaincre mon compagnon de prendre l'aspi, mais il semble aveugle à la saleté...). Fin du point "Je raconte ma vie". Mais quand même c'est drôle, même si je voulais le lire depuis longtemps.
Que faut-il pour se sentir chez soi ? Déjà, un espace qui nous plaise. Simple, non ? Eh ben pas forcément si on tient compte du fait qu'il faut avoir des moyens suffisants, des logements disponibles, du temps pour chercher. Mais aussi du... temps. Eh oui ! En fait, habiter est un acte éminemment politique et sociétal. La division du travail capitalistique, la construction du stéréotype de la-femme-au-foyer-fée-du-logis, les architectes qui ne veulent construire que des choses belles de l'extérieur sans penser aux usages, sans parler du manque de moyen d'une très large partie de la population parquée dans des clapiers minuscules.... tout cela contribue à un malaise dans le logement. Or des solutions existent, comme l'on montré plusieurs expérimentations en Suisse de constructions sociales entre espaces privées et espaces communautaires, ou encore le logement coopératif en France ou en Allemagne.
Chollet explique cela de manière très claire et documentée, en s'étonnant de ce que personne ne se soit encore réellement emparé du sujet. Après tout le logement est quelque chose de primordial pour la survie, mais peut-être pas à n'importe quel prix, qu'il soit écologique, psychologique ou économique... Elle évoque des modèles alternatifs, qui demandent un changement radical de mode de pensée ; tout en ayant l'honnêteté de se demander si elle-même en est capable (vivre dans les squats genevois par exemple est dessus à la fois de ses capacités et de ses forces). Elle cherche aussi la source de notre mode de vie actuel, avec un détour par les pays du sud de l'Europe et de notre histoire depuis la Renaissance, période de forts bouleversements sociaux et culturels (imprimerie, redécouverte des auteurs antiques, apparition du protestantisme...) et par la volonté des architectes de laisser une empreinte qui a peu à voir avec les usages qui sont fait des logements dans la vraie vie de tous les jours ; finalement, les personnes les moins consultées lors de la constructions de grands ensembles sont les futurs locataires, qui doivent se couler dans un moule penser pour eux mais pas avec eux. Et tout le monde n'a pas les moyens de s'engager dans le logement participatif. Mais les pouvoirs publics ont le pouvoir de changer de point de vue et de voir ce qui se fait ailleurs...
Habiter, c'est politique et peut-être que les décideurs devraient lire un peu plus d'ouvrages comme celui-ci... Et les architectes avec.
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Apoapo
  12 février 2016
"Au départ, il y avait mon envie de défendre ces plages de temps où on n'est là pour personne [... en dépit de] l'incompréhension ou de la désapprobation [qu'elle suscite...] (chapitre 1). J'ai aussi voulu consacrer quelques pages à amender ma description des bienfaits de la réclusion domestique en tenant compte des chamboulements qu'y provoquent Internet et les réseaux sociaux, territoires où je déploie, comme beaucoup d'autres, une activité tout à fait déraisonnable (chapitre 2).
Mais dans la maison se projettent aussi certaines des problématiques les plus brûlantes auxquelles nous sommes confrontés. Avec la hausse vertigineuse qui s'est produite au cours des quinze dernières années, la quête d'un logement est devenue une entreprise qui expose la majeure partie de la population à la violence des inégalités et des rapports de domination. [...] (chapitre 3).
De façon moins évidente, mais également cruciale, ce qui manque pour pouvoir s'ancrer dans le monde n'est pas seulement l'espace, mais aussi le temps. [...] Or nous subissons la rigueur d'une discipline horaire impitoyable. de surcroît, nous avons intégré l'idée que notre temps était une denrée inerte et uniforme qu'il s'agissait de remplir, de valoriser et de rentabiliser, ce qui nous maintient sur un qui-vive permanent, la culpabilité en embuscade (chapitre 4).
Impossible, par ailleurs, de ne pas voir dans une habitation le lieu d'un rapport de forces féroce : celui qu'engendre la simple nécessité de l'entretenir. [...] Dans un pays où la domesticité a disparu - ou quasiment disparu -, ce travail incombe aux femmes de ménage, mais surtout aux femmes en général, depuis que le XIXe siècle a imposé du haut en bas de l'échelle sociale la figure de la 'fée du logis' (chapitre 5).
Plus largement, l'image d'une féminité vouée à l'animation de l'univers domestique, seul lieu possible de son plein épanouissement, conserve une prégnance et une capacité de renouvellement remarquables. Elle contribue à la perpétuation du modèle de la famille nucléaire comme seul type de ménage normal et souhaitable, alors même que les modes de vie évoluent et qu'un peu d'audace peut suffire à en forger de nouveaux (chapitre 6).
[...]
A tout âge, de nombreux êtres humains semblent éprouver le besoin de jouer avec des représentations d'habitations idéales, de se projeter dans des espaces imaginaires. [...]
[...] pour alimenter ses fantasmes, il faudra le plus souvent se contenter des magazines ou des émissions de décoration. de même, on rencontre peu d'occasions de débattre de la forme que pourrait prendre un habitat agréable, accessible et écologiquement viable, alors que les bâtiments où nous évoluons déterminent une large part de notre vie. J'ai donc tenté d'ébaucher ce qui pourrait représenter, à mes yeux au moins, une architecture idéale (chapitre 7)." (p. 11-13)
Ravissement d'avoir trouvé, sous la plume d'une personne estimée et grâce à la suggestion d'une amie, autant de sujets qui me tiennent à coeur, réunis dans le même ouvrage où je me serais contenté de trouver un simple réconfort de ma propre propension casanière.
Les références nombreuses, éclairantes, inattendues, rendent le texte à la fois cohérent, unitaire et rebondissant.
J'ai eu quelques réticences à la lecture du ch. 1er, notamment à cause de mon antipathie pour Nicolas Bouvier, et du dernier, sans doute parce que je ne nourris pas les même fantasmes d'habitat que l'auteur, pas la même attraction pour l'architecture japonaise, et quelques perplexités sur les démarches conceptuelles de certains architectes "engagés" dans les problématiques écologiques et/ou politiques que j'ai pu connaître (très peu et de très loin, j'avoue).
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kathel
  11 octobre 2015
Ce livre dresse tout d'abord un éloge du casanier, de la manière dont il est perçu comme replié sur lui-même et peu ouvert aux autres, alors que c'est tout le contraire, nous dit l'auteure qui montre la place des nouvelles technologies dans l'univers domestique. Elle explique aussi comment nos sociétés contemporaines laissent peu d'espace, et surtout peu de temps pour « se poser » chez soi, elle parcourt un éventail de solutions pour trouver ce temps.
Le livre est parsemé de très nombreuses et intéressantes références, (il faudrait tout noter !) de Xavier de Maistre à Sophie Divry, de Nicolas Bouvier à Dorothy Parker, en passant par Gaston Bachelard et Bill Bryson.
Certaines pages parleront plus au grand lecteur comme celles sur les coins destinés à s'installer pour lire, celles sur les dessins de maisons dans la littérature jeunesse ou le cinéma : maison ambulante, Arbre-Maison qui font rêver petits et grands enfants.
D'autres pages sont tout aussi passionnantes sur la fascination d'Internet (« une foule dans mon salon »), l'intelligence collective des réseaux sociaux, le bovarysme immobilier, les micro-maisons ou la recherche de temps libre pour profiter enfin de son intérieur. D'autres pages m'ont un peu moins passionnée comme les réflexions sur le ménage, et qui s'occupe du dépoussiérage et autres joies ménagères, mais l'ensemble bien construit permet de s'attarder sur les chapitres qui trouvent le plus d'écho dans la vie privée ou l'imaginaire de chacun.
L'écriture est très accessible, la journaliste ne se place pas en juge, mais en observatrice, et n'hésite pas à partager ses propres expériences. Un livre à lire dans un petit coin douillet et confortable de son chez-soi, bien sûr !
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de
  03 juin 2015
Le strapontin dont je parlais, je l'ai déplié moi-même, sans attendre qu'on m'y autorise
« Or, dans une époque aussi dure et désorientée, il me semble au contraire qu'il peut y avoir sens à repartir de nos conditions d'existence ; à repartir de ces actions – à peine des actions, en réalité – et de ces plaisirs élémentaires qui nous maintiennent en contact avec notre énergie vitale : trainer, dormir, rêvasser, lire, réfléchir, créer, jouer, jouir de sa solitude ou de la compagnie de ses proches, jouir tout court, préparer et manger des plats que l'on aime ».
Si je ne pense pas que cela soit « à l'écart d'un univers social saturé » ou que « la maison desserre l'étau », je partage l'idée de « plages de temps où on n'est plus là pour personne ».
En introduction, Mona Chollet, parle du logement, de la violence des inégalités et des rapports de domination, du temps, « Pour se laisser dériver entre ses quatre murs, il faut disposer d'une quantité généreuse de temps, cesser de compter les heures et les minutes », du travail domestique assigné aux femmes, de perpétuation du modèle de la famille nucléaire, de « rêves de maison »…
Mona Chollet nous propose un livre d'autant plus intéressant qu'il brasse de nombreuses dimensions du « chez soi » et qu'elle s'y raconte en puisant dans ses souvenirs, vies et espérances. Dans ce foisonnement nécessaire pour rendre compte des différentes facettes et contradictions de « l'espace domestique », je choisi, subjectivement de n'évoquer que certains points.
La chambre, une chambre à soi, se poser malgré « une valorisation sociale plus générale du mouvement perpétuel et de l'arrachement à soi », développer un « univers personnel »…
L'auteure parle de voyages, « Une vision étonnamment réductrice de l'esprit humain laisse donc croire que le voyage suffit à faire un voyageur », des écrivains, de recul, de lenteur, de plénitude rêveuse, de cette injonction que les « grand-e-s » lectrices et les lecteurs connaissent si bien depuis l'enfance : « Arrête de lire ! Sors, vis ! ».
Individualisme et société de consommation, « Toute une industrie nous vend de la félicité domestique jusqu'à l'écoeurement », des artefacts pour survivre, des entraves à « notre capacité d'habiter », l'antre, la cachette…
Internet, la foule dans son salon, interminable divagation interactive, être esclave des flux, une attraction irrésistible, les face-à face avec l'écran, « J'ai muté. J'ai dans la tête un tumulte infernal », se dilater, des communications en pointillés, « la trace de mes visites régulières à divers bivouacs numériques »…
Habiter, avoir de l'espace, la vulnérabilité du sommeil, avoir un toit, les patrimoines immobiliers, les expulsions, « décider de tout balancer, ce n'est pas la même chose que de devoir tout balancer », les dettes, les sans-logis, « le délire de toute puissance que peut susciter la possession du moindre placard susceptible d'être mis en location », les coups dans la rue, les héritier-e-s, les ghettos des riches, la difficulté à se loger, les tâches quotidiennes, le logement ne se réduit pas un son aspect « pratique », le small living, le graal de la propriété, « la volonté de rendre les classes populaires propriétaires à tout prix vire souvent à l'entreprise criminelle », notre interdépendance fondamentale…
Le temps, « habitons-nous vraiment nos maisons, nos appartements ? », le travail domestique et l'estime de soi, toujours recommencer, « L'éléphant au milieu du couloir : le travail », le temps des horloges, le temps abstrait, le « quadrillage et la confiscation du temps », nos bulles temporelles, se poser et les verrous mentaux (« la morale de la mobilisation permanente »), nous sommes malades de l'efficacité, « Rêvasser,paresser, lire, écrire, écouter de la musique, regarder des films, jouer, dormir, faire l'amour, dessiner, converser… », le sommeil, « on est condamné soit à manquer de sommeil soit à manquer le sommeil », le temps des grèves et des paralysies de transports, la course folle et le sentiment d'immobilisme…
La patate chaude du ménage, ces tâches qui sont plus que des tâches, ce « travail long, répétitif, fatigant, salissant », faire et faire faire, « l'invisibilité à peu près totale exigée des domestiques », domesticité « cette exploitation féroce reste le sort banal de millions de femmes », les mal-nommés services à la personne, la création délibéré « des emplois de mauvaise qualité et d'une « utilité sociale médiocre » », ce travail qui ne se voit que quand il n'est pas fait, l'invention de dispositions innées, l'apprentissage d'un rapport spécifique au domestique, le souci des tâches, la gestion des relations avec les personnes employées « en oubliant que ce qui est sous-traité n'est pas son ménage à elle, mais bien celui du couple », le sexy et le viril, l'amour, la naturalisation de la famille mononucléaire…
Je ne partage pas ni les positions de l'auteure sur le revenu garanti, ni ses développements sur « la revendication d'un salaire ménager », mais elle bien raison de faire remarquer qu'« une grande partie des arguments formulés en faveur d'un salaire ménager recoupent ceux avancés pour défendre l'idée d'un revenu de base universel »…
Bonheur, famille, hypnose du bonheur familial, la construction des rêves de conformisme, vendre la famille aux femmes, travail domestique des femmes et carrière des hommes, le chantage au bien-être des enfants, les images des séries télévisées, revenir sur l'histoire de la séparation de la « sphère publique » et de la « sphère privée », l'invention du travail domestique « en tant qu'activité distincte et isolée », amour et cohabitation, « nos images du bonheur manquent d'audace et de diversité », l'habitat groupé, faire chambre à part, être âgé-e et conserver son domicile, « ne jamais se résigner à l'extinction des lampions »…
Autrement, des palais plein la tête, nouveaux habitats, choix architecturaux et urbanistiques, l'écrasement de l'espace, l'usage de l'espace, le délabrement au lieu du vieillissement, détour par le Japon, construire et se construire, ville compacte et urbain diffus, aberrations urbanistiques, aspiration à l'individualisme et idéologie libérale…
« Un jour, la sorcière derrière la fenêtre, ce sera moi »
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Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
YANCOUYANCOU   01 mai 2016
"Aimer rester chez soi, c'est se singulariser, faire défection. C'est s'affranchir du regard et du contrôle social. Cette dérobade continue de susciter, y compris chez des gens plutôt ouverts d'esprit, une inquiétude obscure, une contrariété instinctive. Prendre plaisir à se calfeutrer pour plonger son nez dans un livre expose à une réprobation particulière. "Tout lecteur, passé et présent, a entendu un jour l'injonction : "Arrête de lire ! Sors, vis !"",constate Alberto Manguel. En français et en allemand, le mépris des "fous de livres", cette créature chétive et navrante, a donné naissance à l'image peu flatteuse du "rat de bibliothèque", qui, en espagnol, est une souris, et en anglais carrément un ver (bookworm), inspiré du véritable ver du livre, l'Anobium pertinax. C'est un fond irréductible d'anti-intellectualisme qui s'exprime là. Ce peu de confiance et de crédit accordé à l'activité intellectuelle se retrouve dans le milieu journalistique. Il explique cette tendance à minimiser l'importance du bagage personnel que chacun se constitue et enrichit continuellement - ou pas - et à faire plutôt du terrain une sorte de deux ex machina.
...
Les écrivains, ou les artistes en général, sont aussi les seuls casaniers socialement acceptables. Leur claustration volontaire produit un résultat tangible et leur confère un statut prestigieux, respecté (à ne pas confondre toutefois avec une profession, puisque la plupart gagnent leur vie par d'autres moyens). Il faut le bouclier de la renommée pour pouvoir déclarer tranquillement comme le faisait le poète palestinien Mahmoud Darwich : "J'avoue que j'ai perdu un temps précieux dans les voyages et les relations sociales, je tiens à présent à m'investir totalement dans ce qui me semble plus utile, c'est-à-dire l'écriture et la lecture. Sans la solitude, je me sens perdu. C'est pourquoi j'y tiens - sans me couper pour autant de la vie, du réel, des gens... Je m'organise de façon à ne pas m'engloutir dans des relations sociales parfois inintéressantes"."
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Alice_Alice_   12 août 2015
J'ai les moyens d'acheter des livres, mais moins de temps pour les lire. En contemplant les piles qui encombrent l'appartement, j'essaie d'évaluer de combien leur volume dépasse déjà la somme de temps que j'aurai jamais à leur consacrer. Je découvre avec soulagement qu'en japonais il existe un mot pour cela : tsundoku ("acheter des livres et ne pas les lire; les laisser s'empiler sur le sol, les étagères ou la table de nuit"). Auparavant, aucun essai ne me semblait trop ardu si le sujet m'intéressait: je m'installais à la table du salon et je laissais les heures s'écrouler sereinement, soulignant avec soin les passages marquants au crayon et à la règle. En protégeant ma concentration, la pièce autour de moi semblait me seconder dans mes efforts et partager l'émerveillement des révélations qu'ils me valaient. Désormais, la journée ayant épuisé mon énergie intellectuelle, je suis trop fatiguée le soir pour faire autre chose que regarder des séries télévisées. J'aime beaucoup les séries, mais je reste à la porte des révélations. Et un peu à la porte de chez moi aussi.
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Alice_Alice_   13 août 2015
Que l’on considère le temps comme une chose inerte, ayant vocation à être « occupée », « remplie » ou « utilisée », contribue à expliquer l’incompréhension à laquelle se heurtent les casaniers. Leur entourage présume qu’ils ne peuvent que s’ennuyer mortellement, alors que, en s’extrayant de la course folle du monde, ils font l’expérience de la nature et de la texture vivantes du temps. Ils sont parmi les derniers (avec les enfants, probablement) à s’y lover en toute confiance. Ils voient en lui un tapis volant accueillant, doté du pouvoir de les transporter vers des destinations imprévisibles à travers une variété infinie de paysages. Ils savent qu’il n’est pas uniforme, mais qu’il se compose d’une succession d’instants singuliers. Ces instants, il faut se faire suffisamment attentif pour les amener à livrer leurs secrets, à chuchoter ce qu’ils ont à nous dire, ce qui nécessite le courage d’une certaine passivité. Il faut se rendre disponible, au lieu de bafouer leur logique propre et de chercher à conjurer la peur du vide et de l’inconnu en les remplissant compulsivement avec n’importe quoi. Il faut les laisser se révéler l’un après l’autre, et agir en fonction des indications qu’ils nous soufflent, au lieu de vouloir à tout prix leur donner forme de l’extérieur – entreprise absurde, qui ne peut aboutir qu’à saccager ce que la vie nous tend.
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Alice_Alice_   12 août 2015
Avant d'être salariée, j'avais pris l'habitude, lorsque mon compagnon s'absentait pour quelques jours, de m'enfermer avec assez de provisions pour tenir un siège et de passer mes nuits à lire ou à écrire, n'allant me coucher que quand je tombais de fatigue. Je n'ai jamais oublié ma béatitude, un jour, en entendant résonner derrière le rideau, au petit matin, alors que je n'avais pas vu les heures filer, le chant flûté des oiseaux dans la cour - ce son magique, radieux, tellement lié au retour de la lumière qu'il est presque lui-même une lumière. Ce moment est resté pour moi le symbole d'une région de l'expérience où j'ai très peu de chances de retourner : pour pouvoir se l'autoriser, il faut disposer d'une amplitude temporelle difficile à déployer dans une vie de salariée, par définition très encadrée.
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Alice_Alice_   12 août 2015
J'aimerais bien que l'on accepte, dans le métier, d'abaisser un strapontin - ou même d'installer dans un coin une méridienne - pour les rêveurs fourvoyés tels que moi. J'aimerais bien que l'on reconnaisse leur compétence sur certains sujets, et leur contribution, même modeste, au déchiffrement de l'époque, au lieu de vouloir à tout prix les changer, comme autrefois les gauchers dans les écoles. Mais c'est une revendication peu audible, tant la mystique du terrain est puissante. Elle accrédite ce préjugé binaire: sortir c'est bien, rester assis sur sa chaise c'est mal. Le terrain garantirait la pertinence et l'ouverture d'esprit, alors que la sédentarité dénoterait un repli coupable menant inévitablement à l'erreur et à l'abrutissement. Ce qui reflète une valorisation sociale plus générale du mouvement perpétuel et de l'arrachement à soi.
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Vidéo de Mona Chollet
"Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n'avez pas réussi à brûler". L'essayiste Mona Chollet explique comment la sorcière, victime éternelle de l'ordre moral des hommes, est devenue une icône du féminisme.
Pour en savoir plus, écoutez les émissions de France Culture avec Mona Chollet : - Pour parler de son essai "Sorcières" à La Grande table : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/du-bucher-a-metoo-la-revanche-des-sorcieres - Aux côtés de Gloria Steinem dans Les Matins de France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/le-feminisme-face-a-la-menace-dune-regression
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