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Critique de MarionBookology


MarionBookology
  26 avril 2016
Ô surprise un essai fait son apparition au sein de Bookology mais attention pas n'importe quel essai, pas de ceux qui ferment les portes de l'imaginaire, en sclérosant notre rapport au réel, mais au contraire qui éclaire notre quotidien pour mieux nous en libérer.
Venons-en aux faits, Mona Chollet se penche sur nos intérieurs pour en révéler les incidences sociologiques, politiques, psychologiques, intimes qui se nichent là, dans notre manière d'habiter, sans pour autant être visibles. Avec l'objectif à demi-avoué que chacun se réapproprie ses envies à défaut d'en être toujours propriétaire.
Tout part d'un constat : Mona aime rester chez soi, mais se retrouve obligée de se justifier auprès de son entourage, voire mentir, pour assumer ce désir. Dans une société de l'immédiateté et de l'hyperconnexion, « qui oserait refuser une invitation en expliquant en toute simplicité qu'il est mieux chez lui ? » Dans cette interrogation s'enracine le projet du livre : en quoi y a-t-il subversion à vouloir rester chez soi, à faire paradoxalement de ses quatre murs un espace de liberté sans cesse renouvelée ?
Avec un verbe limpide et parfois lyrique, gorgé de références littéraires, artistiques, architecturales, historiques, etc. l'auteure éclaire d'un jour nouveau notre rapport à la maison. Son approche méthodique – parce qu'écrire c'est un peu comme faire le ménage, nous apprend-t-elle c'est ranger ses idées – fait dialoguer les plus grands penseurs et artistes, parmi lesquels Gaston Bachelard, Georges Perec, Chantal Thomas, Virginia Woolf en passant par de nombreux témoignages d'anonymes enrichissants.
Une farandole de questions débusque les faux-semblants qui s'invitent dans notre manière d'appréhender le chez soi. La véritable finalité du voyage n'est-elle pas d'enrichir notre quotidien une fois revenus à la maison ? La volonté de rester chez soi n'est-elle socialement acceptable qu'à condition d'être un artiste ? A l'heure des réseaux sociaux, peut-on encore se sentir en dehors du monde lorsqu'on est chez soi ? Une maison réduite à l'essentielle de ses fonctions (tiny house) est-elle un véritable refuge ? L'architecture ne privilégie-t-elle pas trop la fonction signe extérieure des bâtiments, notamment dans le cas des grandes commandes publiques, plutôt que l'usage de ceux qui vont les habiter ?
Une lecture politique inévitable se construit au fil des pages : Mona Chollet démontre que notre relation au chez soi est largement conditionnée par l'impératif productiviste auquel nous sommes soumis depuis la révolution industrielle. Nous sommes à la fois responsables et victimes de l'idée prégnante selon laquelle rester chez soi c'est mal parce que ce n'est pas créer de valeur pour la société – même dans le cas richement documenté et fouillé des femmes au foyer- dont le travail quotidien bien réel est constamment dénigré.
Forte de ce constat, l'auteure cherche à promouvoir d'autres manières d'habiter qui pourraient se conformer aux impératifs que nous partageons, écartelés entre la nécessité de gagner sa vie et le besoin d'avoir du temps pour soi (avec mais aussi sans ses proches).
Dans cette dialectique de l'ouverture et de la fermeture, au coeur de l'être humain, Mona Chollet réaffirme qu'avoir une maison digne de ce nom, et l'habiter suffisamment, est une condition essentielle pour exister en tant que personne.
Sans partager toujours les alternatives politiques évoquées par Mona Chollet, comme le revenu universel, ni comprendre son agacement concernant certaines figures de la féminité moins conservatrices qu'elles en ont l'air, comme la bloggeuse et entrepreneuse Mimi Thorisson sérieusement chahutée, partager au fil des pages l'itinéraire de pensée de l'auteure est une expérience franchement revigorante.
Lien : http://bookology.fr/chez-soi..
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