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Critique de Kirzy


°°° Rentrée littéraire 2023 #7 °°°

Delafeuille, éditeur parisien, est sommé par sa directrice commerciale de trouver LE livre de la rentrée, « un bon texte est un texte qui se vend » lui dit-elle. Il se met alors en quête de dénicher la perle rare, celle qui sera compétitive et saura se démarquer de la mêlée. Jusqu'à passer quelques jours chez un écrivain misogyne qu'il suit depuis longtemps et lui propose son dernier roman centré sur sa femme Delphine, pas du tout dans l'air du temps post MeToo, mais qui l'attire contre toute logique commerciale … tout autant que Delphine le fascine au point d'en tomber amoureux.

Ceux qui connaissent l'auteur seront enchantés de retrouver son héros récurrent Delafeuille, après L'Espion qui venait du livre et le Dernier thriller norvégien. Les autres découvriront un auteur d'une grande facétie qui joue de façon jubilatoire avec le lecteur tout en le faisant réfléchir sans prise de tête.

Un écrivain qui porte le même prénom que lui, Luc, et dont les romans portent les mêmes titres que ceux de Chomarat. Des fausses maisons d'édition parfaitement identifiables. Une fausse autofiction qui, par sa folie douce, fait penser au film Dans la tête de John Malkovitch. Par une mise en abyme malicieuse en diable et un procédé du livre dans le livre astucieusement utilisé, l'auteur alterne ou superpose plan fictionnel et plan réel pour construire un roman gigogne dans lequel tout se mélange jusqu'à fusionner en une joyeuse métafiction.

C'est déstabilisant au départ parce qu'on sent bien que quelque chose cloche, mais une fois entré pleinement en lecture, on se marre beaucoup et on se laisse charmer par l'absurde et le ton décalé du récit. Les scènes sur le monde éditorial sont croustillantes d'ironie, entre les piques sur les attentes supposés des lecteurs, la tambouille business des maisons d'édition très éloignée de toute prétention qualitative ou encore les écrivaillons de confinement qui se prennent pour des génies ( « tous ces gens qui écrivaient et qui ne lisaient pas. le peer to peer, on y était presque. Un lecteur par auteur. » )

On se marre, oui, mais sans pour autant que Luc Chomarat ne verse dans le cynisme gratuit. Mais derrière cette désinvolture apparente, se dessine une réflexion tous azimuts sur le processus créatif. Par exemple, comment écrire sur une femme quand on est un écrivain homme ? Comment se mettre dans sa peau en évitant le male gaze et de se laisser aller à une « masculinité débridée » … surtout si on appartient à une génération pour laquelle comprendre les transformations de son époque dans le domaine relations hommes-femmes ne va pas de soi ?

Et puis il y a un très bel hommage à la littérature, celle qui fait voyager chaque lecteur dans sa propre imagination avec son magie enivrante donnant l'impression que tout est possible, avec notamment le personnage de Delphine « une femme unique comme on n'en rencontre qu'une seule fois dans une vie, ou, ainsi qu'il l'avait précisé, comme il n'en existe qu'en littérature , « une femme dont on tombe amoureux dès l'enfance » ( j'adore cette phrase ! ).

Un exercice de style effervescent mené avec intelligence et tendresse.

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