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ISBN : 2357070331
Éditeur : La Fosse aux Ours (17/08/2012)
Résumé :
Un homme sur une moto, à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante, traverse la campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission.
Le voyage de Gouri est l'occasion pour lui de retrouver ceux qui sont restés là et d'évoquer un monde à jamais disparu où, ce qui a survécu au désastre, tient à quelques lueurs d'humanité.
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Critiques, Analyses et Avis (98) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  25 janvier 2013
Le sujet est grave et pourtant quelle douceur dans le partage de ce voyage nocturne aux côtés de Gouri et de ses compagnons d'infortune, quel enchantement que cette errance nocturne dans les terres inhospitalières et empoisonnées d'Ukraine après la tragique catastrophe de Tchernobyl !
Deux ans après l'embrasement de la centrale, Gouri décide de revenir sur les lieux qu'il a été contraint d'évacuer, quand le bonheur familial simple et heureux qui constituait son existence a basculé dans l'horreur et l'incompréhension une nuit d'avril 1986 avec l'incendie du réacteur.
Si Gouri a été jusqu'alors épargné, il n'en a pas été de même pour sa fille Ksenia, gravement contaminée par les retombées radioactives comme beaucoup d'êtres peuplant ces terres devenues le théâtre de la ruine, de la décrépitude et de l'abandon. C'est pour elle, pour récupérer un objet de leur ancien appartement chargé de souvenirs, que Gouri a entrepris le voyage de retour à Pripiat, en « zone interdite ».
Parti de Kiev où il est écrivain public, une remorque attachée à sa moto, Gouri traverse un paysage de plus en plus dépeuplé, de plus en plus désertique et dévasté.
Pourtant, dans les vestiges des villes fantômes, dans les émanations inodores de la pollution nucléaire, la vie rayonne encore ça et là, malgré le sentiment d'abandon et la résignation, malgré l'irradiation et la confrontation à la maladie, malgré le milieu corrompu et infecté dans lequel les êtres tentent tant bien que mal de subsister, dans une sorte d'hébétude, comme rivés à l'attente d'un temps qui ne reviendra plus.
Cette petite vie persistante qui s'accroche comme une fleur d'espoir, passe par une soirée chaleureuse arrosée de vodka avec les amis d'antan dans un village à demi-déserté où Gouri a fait halte avant de reprendre la route.
En compagnie de camarades demeurés dans cette campagne parasitée par un mal invisible, l'on se souvient, l'on parle à mi-mots de la catastrophe, des jours qui ont suivis, des villes évacuées et enterrées par les bulldozers, des liquidateurs, ces héros malgré eux qui ont tenté de stopper l'incendie sans aucune protection, de ce mélange de stupeur, d'angoisse, de fascination trouble et de beauté délétère qu'offrait alors la vision foudroyante de cette petite apocalypse.
Iakov que la radioactivité ronge chaque jour davantage, Vera, Kouzma, quelques autres encore, jalonnent la route de Gouri jusqu'à Pripiat. Un voyage qui sous le ciel pigmenté d'étoiles, éveille un sentiment de vide écrasant comme un tableau de fin du monde mais offre aussi la perspective d'une humanité conviviale et chaleureuse désireuse de faire renaître la vie dans cette partie du monde que l'homme a profanée.
26 ans après la tragédie, Antoine Choplin nous fait le don d'un texte scintillant d'humanisme, d'empathie, de sensibilité, si bien qu'à la tristesse ressentie, viennent se greffer des touches d'espoir rendant lumineux ces lieux redevenus sauvages, où la nature a repris ses droits comme si rien ne s'était passé. Et pourtant…s'il faut, pour se convaincre encore des nécessités de l'exil, « flairer la réalité de ces puissances cruelles, imperceptibles et assassines, préservant si étrangement l'apparence du monde », l'état de Iakov dont la chair en lambeaux se détache du corps, la maladie de Ksenia, les maisons englouties sous les mâchoires des bulldozers, les villes si effroyablement vide de présence humaine, ne peuvent démentir l'ampleur du drame qui s'est joué là et dont on a trop longtemps occulté les terribles répercutions.
Mais Antoine Choplin, par la simplicité d'un ton modéré et bienveillant, tout en retenu et mesure, réussit admirablement à irradier les coeurs et les esprits de chaleur humaine, à éclairer le texte de miséricorde et d'humanité, à apposer sur les brûlures radioactives le baume bienfaisant de la solidarité et d'un devoir de mémoire qui s'illustre sans rancoeur ni aigreur.
Après le gros succès public du Héron de Guernica, La nuit tombée fait palpiter notre dosimètre cardiaque dans les irisations d'une grâce pleine de naturel, de modestie et de lumière.
Simple et beau.
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Ladybird123
  14 novembre 2018
Un tout petit roman d'une incroyable douceur pour une virée à la nuit tombée dans la ville fantôme qu'est Tchernobyl.
Les souvenirs sont encore bien vivants pour Gouri. Il les partage avec ses amis victimes de la catastrophe nucléaire de 1986. Il décide de rejoindre la ville fantôme sur sa moto, accompagné de son ami. La nuit tombée, comme deux fantômes ayant peur du jour et de ce qu'ils pourraient découvrir.
Si tout est silence et vide dans la ville, Gouri tient à retrouver un semblant de vie et d'humanité. Peu de choses suffisent pour réanimer une ville échouée, le vol d'un oiseau, le vole d'un piano, le démontage d'une porte marquée de la taille de sa fille au fil des années.
Les descriptions sont belles, justes, comme un dernier hommage à Tchernobyl, comme une dernière virée de deux hommes vivants là où la vie a déserté faute au nucléaire, faute à un accident tournant à la catastrophe et dépleupant les rues.
Intime, essentiel, c'est à la tombée de la nuit que la lune projette toute son immensité.
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nameless
  21 août 2017
Le 26.04.86, la nuit tombait en effet sur Tchernobyl, sur Pripiat, sur l'Ukraine, et au-delà sur la planète entière, puisque 31 ans plus tard, nul, et surtout pas les experts dignes descendants de Pierre Pellerin, menteur d'Etat, n'est capable de dire ce qui se passe sous le sarcophage construit à la hâte sur la centrale toxique pour des centaines de milliers d'années.
Gouri a vécu le feu nucléaire, avec sa femme, sa fille Ksenia, aujourd'hui malade de l'atome. Ecrivain public à Kiev, deux ans après l'incident mondialement minimisé, il souhaite rentrer chez lui, dans son appartement, d'où il a été éjecté avec tous les habitants de cette ville-modèle. Il a emporté tout ce qu'il a pu, gonflant même ses poches jusqu'au dernier moment de babioles et de menus objets, flacon de parfum, canif, loupe, coquillage, calculatrice. Il veut récupérer un souvenir, qui a peut-être échappé aux pillards, et lui rappelle ainsi qu'à sa fille, ces journées de printemps, aux bruits joyeux de la fête qui se prépare, aux tenues légères des femmes parlant entre elles, aux auto-tamponneuses qui s'apprêtent à tamponner.
A bord d'une moto et d'une carriole, que le lecteur n'imagine pas comme le dernier modèle d'une marque anglaise ou japonaise, Gouri traverse la nuit, des forêts que la puissance évocatrice de l'auteur rend présentes, menaçantes, infectées au césium, rencontre des amis, des Samosioly, “ceux qui se sont installés d'eux-mêmes”, tels que les décrit Igor Kostine. La plume d'Antoine Chopin est légère et sensible. Ses images poétiques font mal, inversement proportionnelles au désastre subi et c'est bien là que se trouve tout son talent.
C'est bref, c'est fort, c'est émouvant, ça tire des larmes à ceux qui savent que le nucléaire entraîne le monde à sa perte. Merci à Antoine Choplin !
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cicou45
  21 novembre 2013
Une véritable merveille bien que les sujets abordés dans cet ouvrage ne soient guère réjouissants, bien au contraire !
Gouri, le personnage principal, revient, après deux ans d'absence, dans sa région natale de l'Ukraine, non seulement pour revoir ses amis, Iakov et Svetlana mais surtout parce qu'il a une mission à accomplir : celle de retourner dans Sa ville, celle où il a vécu heureux avec sa femme et sa fille, et qui est désormais en ruines afin de récupérer une porte. Vous allez croire que je raconte n'importe quoi mais lisez la suite et tout prendra peut-être sens pour vous ! Gouri s'est exilé à Kiev suite au 26 mai 1986. Cette date ne vous évoque-t-elle rien ? L'accident nucléaire de Tchernobyl bien évidemment ! Même si ce dernier n'est pas clairement mentionné par l'auteur, le lecteur, lui, lit entre les lignes puisqu'il parle de "zone", d'évacuation à grande échelle de villages entiers et, bien évidemment de plutonium. le rapprochement ne fait donc plus aucun doute. Et su Gouri tient tant à retourner dans cet endroit pillé, dévasté et surtout interdit, c'est pour se rendre à Pripiat, la ville dans laquelle où il habitait et de se rendre, illégalement bien entendu, dans son ancienne demeure pour récupérer la porte de la chambre de sa fille.
Pourquoi celle-ci et pas une autre ? Et dans quel but ? Je ne vais quand même pas vous dévoiler toute l'intrigue donc je m'arrête là, ne serait-ce que pour vous tenir sur votre faim...
En tout cas, je vous recommande vivement la lecture de cet ouvrage qui se lit très vite, qui est extrêmement bien écrit et très touchant. Il a d'ailleurs obtenu le Prix France Télévisions 2012, dans la catégorie "Romans". A découvrir absolument !
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Macha_Loubrun
  13 février 2014
Gouri part pour un voyage dans La nuit tombée, là où le temps est suspendu, figé dans la douleur, à Tchernobyl. La poésie des décors vides dans la nuit se mêle à la souffrance des survivants de l'effroyable catastrophe nucléaire.
Il vient de Kiev sur sa moto, pour récupérer un objet inattendu qui cristallise ses souvenirs familiaux dans l'appartement qu'il occupait autrefois. Mais la zone est désormais interdite. La quête de Gouri dans ce no man's land est bouleversante. En chemin, il s'arrête chez chez Eva et Iakov à Chevtchenko, dans un village contaminé. Ceux qui habitent encore là, ont perdu leurs illusions. Mais le temps d'un repas, on partagera une bouteille de vodka.
Son ami Kouzma le prévient : « Faut faire attention au plutonium, par ici. Un millième de gramme dans le ventre et t'es retourné en six mois. »
Un mot, un geste, un frisson dans la ville désertée, un oiseau qui vient se poser dans le silence assourdissant de la nuit, Antoine Choplin décrit subtilement les émotions de Gouri, comme de petites lucioles qui brillent dans la nuit, avec délicatesse et beaucoup d'humanité.
Des phrases courtes qui vont droit au coeur, une belle découverte.
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critiques presse (5)
Telerama   05 mars 2014
Ce qui frappe, dans l'écriture d'Antoine Choplin, c'est sa souplesse et sa retenue, sa précision et son humanité. Chez lui, les ruptures sont nettes mais jamais cassantes, la narration sèche et pourtant toujours chaleureuse.
Lire la critique sur le site : Telerama
Culturebox   12 octobre 2012
Voilà un roman qui ne s'autorise aucun temps mort, habité par une sorte d'urgence. Gouri risque sa vie pour pas grand chose mais on le comprend parfaitement. […] Cette histoire forte, ramassée, s'achève au lever du jour. On a le souffle coupé.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Lexpress   08 octobre 2012
Poétique et glaçant, ce livre dense est un chant crépusculaire d'une beauté saisissante.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress   23 août 2012
Le sujet est grave, poignant, mais Antoine Choplin évite l'écueil du mélo en laissant la parole à ses personnages : des mots simples, pudiques […].
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama   22 août 2012
Avec une économie de moyens très beckettienne, un sens du visuel méditatif digne de Tarkovski, et une grande tendresse pour ses personnages sortis d'un tableau de Chagall, Antoine Choplin signe un roman essentiel.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
KrisPyKrisPy   27 mai 2014
Comment dire. Au début, quand tu te promènes dans Pripiat, la seule chose que tu vois, c'est la ville morte. La ville fantôme. Les immeubles vides, les herbes qui poussent dans les fissures du béton. Toutes ces rues abandonnées. Au début, c'est ça qui te prend les tripes. Mais avec le temps, ce qui finit par te sauter en premier à la figure, ce serait plutôt cette sorte de jus qui suinte partout, comme quelque chose qui palpiterait encore. Quelque chose de bien vivant et c'est ça qui te colle la trouille. ça, c'est une vrai poisse, un truc qui t'attrape partout. Et d'abord là-dedans.
De son pouce, il tapote plusieurs fois son crâne.
Je sais de quoi je parle.
Gouri pose sa joue sur son poing fermé.
Moi, poursuit kouzma, des fois, je pense au diable et je me dis tiens, si ça se trouve, il a installé ses quartiers dans le coin et il est là, à bricoler. Il profite de l'aubaine pour se fabriquer un monde à lui. A son image. Un monde qui se foutrait pas mal des hommes. Et qu'aurait surtout pas besoin d'eux. ça colle le vertige, ça, quand on y pense. Un monde qui continue sans nous. Hein.
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litolfflitolff   30 mars 2013
La bête n'a pas d'odeur
Et ses griffes muettes zèbrent l'inconnu de nos ventres
D'entre ses mâchoires de guivre
Jaillissent des hurlements
Des venins de silence
Qui s'élancent vers les étoiles
Et ouvrent des plaies dans le noir des nuits
Nous voilà pareils à la ramure des arbres
Dignes et ne bruissant qu'à peine
Transpercés pourtant de mille épées
A la secrète incandescence
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caro64caro64   11 novembre 2012
Ca va te paraître étrange peut-être, mais cette zone, même avec sa poisse qui s’est fichue partout et qu’en finit pas de te coller à la peau, eh ben c’est un endroit que j’aime bien. Je m’y sens pas si mal. Sûr que c’est autre chose que le monde normal. Disons que c’est pas la même pourriture. Mais, à choisir, je crois que je préfère la pourriture d’ici. Elle est peut-être aussi vicelarde que l’autre mais, comment dire, avec elle tu valdingues quand même pas autant dans le caniveau.
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Ladybird123Ladybird123   14 novembre 2018
Il y a, dans le sombre des lieux, de curieuses trouées. Vers le haut, des fragments de ciel étoilé se faufilent parmi les frondaisons et c’est comme si l’univers dégringolait jusque là pour se mette à exister pour de bon, presque à portée de main.
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ZilizZiliz   09 mars 2014
A certains endroits, je me souviens, on n'arrivait même pas à croire ce qu'affichaient les dosimètres. Même, dans les jardins, tu voyais briller des taches violacées. Des flaques de césium, que c'était. (...)
Il tombait une drôle de pluie. C'est Pavel qui a remarqué ça. Il a dit t'as vu ça, la pluie. On dirait qu'elle est noire. Et j'ai regardé à mon tour et c'était exactement l'impression que ça faisait. La couleur noire de la pluie, ça, je m'en souviens.
(p. 37)
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Videos de Antoine Choplin (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antoine Choplin
Antoine Choplin, Prix Louis Guilloux 2017 Rencontre avec Antoine Choplin, lauréat du Prix Louis Guilloux 2017 pour son livre "Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar" paru aux éditions La Fosse aux Ours.
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