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ISBN : 2070379027
Éditeur : Gallimard (22/01/1988)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 152 notes)
Résumé :
Deux fils racontent leur mère, à laquelle ils vouent un merveilleux amour. Le plus jeune d'abord, dans le Maroc des années 30. Menue, fragile, gardienne des traditions, elle est saisie dans des gestes ancestraux, et vit à un rythme lent, foetal. Radio, cinéma, fer à repasser, téléphone deviennent des objets magiques, prétexte d'un haut comique. Puis Nagib, le frère aîné, prend le relais. Durant les années de guerre, la mère s'intéresse au conflit, adhère aux mouveme... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Krout
03 janvier 2016
Ce livre restera pour moi comme un pont entre 2015 et 2016 et dans ma mémoire un pont jeté entre Orient et Occident et à sa parution entre tradition et modernité. Petit récit de 150 pages balancé en son milieu entre Etre et Avoir, les deux fortement imprégnés en filigrane d'un avoir tété omniprésent dans la narration. Et si ce n'est point l'été, ce souffle chaud exhalé du Maroc m'aura réchauffé le coeur.
Dans une famille aisée marocaine, fin des années trentes, deux frères vont s'unir pour sortir leur mère de son enfermement. La première partie, racontée par le plus jeune, est pleine d'humour avec l'apparition d'un magicien dans une boîte qui parle, poignante aussi, avec la découverte, à près de trente ans, des arbres, de l'herbe et d'un ruisseau durant cette première sortie hors de la maison. Après le départ du petit loustic pour la France, la seconde partie retraçant l'émancipation de cette femme et la conquête de sa liberté nous est narrée par Nagib, l'aîné, avec beaucoup de tendresse et en attirant aussi, avec autant de délicatesse, notre attention sur le déchirement du père vivant l'effondrement des traditions sur lesquelles il avait bâti sa vie.
Par une triple mise en parallèle de la sortie de la seconde guerre mondiale, de la sortie du Maroc du concordat sous la tutelle de la France et de la prise en main de sa propre destinée par cette mère admirable, Driss Chraïbi nous invite à nous interroger sur les efforts, risques et renoncements nécessaires pour acquérir notre affranchissement. Sous un faux ton de légèreté, passé la distanciation d'un humour très présent, au-delà même de l'amour filial il y a beaucoup de profondeur et une main tendue à trouver des réponses aux questions que nous devrions nous poser.
Ainsi devrait se terminer ma chronique dans le ton léger, loin de tout pathos, propre à ce petit livre plein d'humanité et de bon sens. Hélas ! Quelques barbus disséminés s'arrogent le droit par l'usage des armes de vouloir nous faire faire le chemin à l'envers et reconduire les femmes à l'enclos, sous le joug. L'Histoire nous prouve que les hommes apportent l'amer, alors que, depuis toujours, chaque femme porte la mère. Lisez ce livre, car l'hiver est en train d'arriver ! Au moins vous mesdames, lisez-le et exercez ce qu'il vous reste temporairement de liberté, car le sang qui a commencé à couler est le vôtre à n'en point douter et encore et toujours sans qu'ils ne vous aient rien demandé. De Barbarie, je me souviens que ma grand-mère, qui endura deux guerres mondiales, n'aimait rien d'autre que les figues...
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najnaje
24 mars 2014
Magnifique roman qui raconte l histoire d une mère orpheline très tôt, adoptée pour servir de bonne et mariée trop tôt à un homme beaucoup plus vieux qu elle. Cette mère simple, menue, fragile, gardienne des traditions dans le maroc des années 30. Ce livre raconte le fulgurant changement de cette mère grâce à ses fils. Petit à petit des objets "magiques", radio, téléphone, vont entrer dans son quotidien de femme seule, le mari est souvent en déplacement et les fils à l école. Au début, ses fils pour ne pas la brusquer lui font croire que la radio fonctionne grâce à la magie, parce que parler d électricité serait trop brutal pour elle et de toute manière elle ne comprendrait pas. Comme une petite fille elle y croit, qu un homme, un magicien, habite la radio, elle lui donnera à manger, lui parlera. Ensuite par amour pour leur mère, ses fils vont petit à petit lui inculquer leur savoir, ce ne sera pas facile pour ses ados de retranscrire ce savoir en arabe mais ils y arrivent. Ils décident ensuite de la faire sortir de la maison, lui faire voir le monde, au début elle a peur, elle n ose pas parce que ça ne se fait pas et tout ça dans le dos du mari bien évidemment. Elle va apprécier cette liberté acquise que trop tardivement, elle devient insatiable, comme l aveugle qui recouvre la vue. Elle decide d aller à l école, plus rien ne l arrête. Elle prends tellement goût à sa nouvelle vie qu elle se met à transmettre son savoir à toutes les femmes qu elle côtoie, devient une féministe engagée au péril de sa vie. Elle se mêle de politique, elle veut changer le monde. C est un livre très bien écrit je regrette qu il ne soit pas plus connu. Lu après le livre d Albert Cohen le livre de ma mère, ce dernier m a paru très fade. Je préfère de loin cette histoire de deux fils qui par amour pour leur mère vont l affranchir et il est là le véritable amour.
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Scriba
12 septembre 2009
Livre très drôle dans sa première partie où la mère découvre peu à peu la civilisation grâce à ses deux fils. Il y a dans ce roman des scènes d'anthologie sur l'utilisation du téléphone, l'apparition de l'électricité dans la maison ainsi que du "génie" de la télé à qui elle porte un repas chaque soir, pensant que le monsieur de la télé le mange !
Dans la seconde partie du livre, c'est à une femme libérée et cultivée qu'on a à faire, mais une femme qui est aussi consciente de tout ce qu'elle a raté dans sa jeunesse. Très beau portrait d'une mère marocaine.
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MicheleP
11 août 2012
Pourquoi n'avais-je jamais vu ce livre ? pourquoi ne l'ai-je découvert qu'au hasard du commentaire d'une copine. C'est une merveille, grâce à cette délicieuse dame qui donne tous les soirs à dîner...au magicien qui parle dans son poste de radio, qui utilise la cuisnière comme coffret à maquillage, qui trouve génial le système qu'on a inventé pour suspendre les fers à repasser par la prise et par le fil... Lu un bon quart du livre en me disant : "Mon Dieu, mon Dieu, faites qu'il ne finisse jamais. C'est trop bien"
Dommage, la seconde partie est plus convenue
Que tous ceux qui ne l'ont pas lu l'achètent immédiatement. C'est trop poétique, c'est trop beau...Nous aurions tous aimé avoir cette mère, nous aurions toutes voulu avoir ses fils
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Patsales
30 mars 2015
Le pitch, comme on dit: Une mère marocaine s'émancipe, portée par l'amour de ses fils.
Les dernières pages du roman font pourtant douter du programme... Qu' elle s'émancipe comme femme, peut-être. Mais les hommes qui l'entourent ne lui laissent pas oublier qu'elle est mère à jamais: alors qu'elle décide de larguer les amarres pour découvrir le monde, elle s'aperçoit que son fils s'est invité dans ses bagages et a bien l'intention de lui servir de chaperon.
Chraïbi veut nous vendre ça pour de l'amour filial.
C'est une façon de voir les choses.
En réalité, je n'ai pas attendu les dernières pages du roman pour m'agacer. J'aime les personnages, pas les symboles.
J'ai donc beaucoup aimé la femme décrite dans les 50 premières pages, celle qui tond les moutons avec plus d'empirisme que de compétence, celle qui apprivoise les fers à repasser et se plaint que son fils la salue en français.
Mais ensuite, le roman vire à l'apologue. le personnage s'éclipse et ne reste que le porte-drapeau-de-l'émancipation-de-la-femme-nord-africaine. Nettement moins chaleureuse, beaucoup plus convenue... Et sous la fantaisie, voilà que pointe -hélas!- l'allégorie.
Un exemple parmi beaucoup d'autres: l'héroïne entreprend de tracer la carte du monde pacifique et, petit à petit, elle découpe tous les territoires belliqueux jusqu'à ne plus rien posséder que le pôle sud.
C'est typiquement le genre de scène qui me fait grimper aux rideaux. de quoi veut-on me convaincre? Que la guerre c'est mal? Des fois que l'information ne me serait pas encore parvenue?
Je ne pense pas qu'une femme de chair et d'os se soit jamais amusée à un tel jeu et si l'épisode est vrai, alors l'auteur n'a rien fait pour le rendre vraisemblable.
Et puis c'est une vieille règle connue au moins depuis "Candide": si c'est un apologue qu'on veut écrire et non pas un roman, il faut qu'il soit sec comme un coup de trique et renonce au pathos.
Mais c'est de ma faute. J'aurais dû savoir qu'un livre avec majuscule à Civilisation et majuscule à Mère allait me tomber des mains.
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Citations & extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
NanneNanne17 juillet 2011
Et ce faisant, elle soliloquait, fredonnait, riait comme une enfant heureuse qui n’était jamais sortie de l’adolescence frustre et pure et ne deviendrait jamais adulte, en dépit de n’importe quel événement – alors que, la porte franchie, l’Histoire des hommes et leurs civilisations muaient, faisaient craquer leurs carapaces, dans une jungle d’acier, de feu et de souffrances. Mais c’était le monde extérieur. Extérieur non à elle, mais à ce qu’elle était, mais à son rêve de pureté et de joie qu’elle poursuivait tenacement depuis l’enfance. C’est cela que j’ai puisé en elle, comme l’eau enchantée d’un puits très, très profond : l’absence totale d’angoisse ; la valeur de la patience ; l’amour de la vie chevillé dans l’âme.
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najnajenajnaje24 mars 2014
Au revoir, monsieur. Désolée, mais vous comprenez ? Je veux la vie et non les aéroplanes. A la porte, Tolstoï ! S' écriait elle en lançant à la volée des volumes à la tranche dorée. Tu as écrit des choses merveilleuses sur l amour et les femmes, mais tu as été un tyran dans ta vie privée, j ai contrôlé. A la porte, ouste ! A la porte , les poètes arabes à la poésie de cendres! Vous m avez fait pleurer en chantant le romantisme et parce que je ne savais rien du monde. S' il en ainsi, si vos vers sont vrais, pourquoi diable notre société est elle malade ? Pourquoi a-t-elle cloîtré les femmes comme des bêtes, pourquoi les a-t-elle voilées, pourquoi leur a-t-elle coupé les ailes comme nulle part ailleurs ?
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NanneNanne17 juillet 2011
C’est ainsi que le « magicien » s’installa dans la maison et l’anima du matin au soir. Déclamant, chantant, criant, riant. Ma mère était persuadée qu’il s’agissait d’un être vivant, en chair et en os, une sorte d’érudit doublé d’un devin qui avait beaucoup voyagé, beaucoup appris et, tel Diogène, se cachait dans une caisse à l’abri des horreurs de ce monde.
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KroutKrout02 janvier 2016
Ai-je dit que maman avait peur de qui que ce fût au monde ? Non, n'est-ce pas ! Elle n'avait pas peur non plus des mots. Derrière les mots, elle cherchait la vérité et, derrière l'altruisme, elle ne trouvait personne. Elle frappait comme un sourd à la porte des politiques : "Holà ! Il y a quelqu'un ?" On était obligé de lui ouvrir et, la porte ouverte, il fallait répondre à ses questions. Elle était capable de retourner les mots jusqu'aux entrailles, comme des peaux de lapins.
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ErnestineCErnestineC01 novembre 2015
Pa m’a dit :

– Prends la Bible, l’Ancien Testament, le Nouveau Testament. Prends le Talmud, le Coran, le Zohar, le livre des Hindous. Partout, dans toutes les religions, tu ne trouveras que des hommes. Pas une prophétesse, pas une seule envoyée de Dieu. Nous avons vécu avec cet ordre de choses depuis des siècles et nous n’avons pas eu à nous plaindre, nous, les hommes. Alors quand ta mère s’est mise un jour à remplacer les portes par les fenêtres, j’ai souri. Oui, j’ai souri devant tant d’enfantillage. Je me disais : c’est une mère de famille, mais elle est restée une enfant. Les enfants ont besoin de déverser leur trop plein d’énergie. […] Je me disais : ça lui passera. J’espérais même qu’elle ferait un faux pas, qu’elle se fourvoierait, qu’elle…[…] Or, rien ne lui est passé, elle a continué d’aller de l’avant et je n’ai pas eu à la consoler, à assumer mon rôle de protecteur comme je l’avais espéré. […] Non, mon fils, je n’ai pas eu à me consoler, comme tu dis. Mes yeux s’étaient ouverts, je m’étais brusquement rendu compte que ta mère était, à elle seule, la conscience d’un monde inconscient.
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"Toute ma vie et toute mon oeuvre n'ont eu qu'un seul et même thème: la trajectoire du destin. Le destin des êtres et des peuples.
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