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EAN : 9782070379026
180 pages
Éditeur : Gallimard (22/01/1988)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 205 notes)
Résumé :
Deux fils racontent leur mère, à laquelle ils vouent un merveilleux amour. Le plus jeune d'abord, dans le Maroc des années 30. Menue, fragile, gardienne des traditions, elle est saisie dans des gestes ancestraux, et vit à un rythme lent, fœtal. Radio, cinéma, fer à repasser, téléphone deviennent des objets magiques, prétexte d'un haut comique. Puis Nagib, le frère aîné, prend le relais. Durant les années de guerre, la mère s'intéresse au conflit, adhère aux mouvemen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
najnaje
  24 mars 2014
Magnifique roman qui raconte l histoire d une mère orpheline très tôt, adoptée pour servir de bonne et mariée trop tôt à un homme beaucoup plus vieux qu elle. Cette mère simple, menue, fragile, gardienne des traditions dans le maroc des années 30. Ce livre raconte le fulgurant changement de cette mère grâce à ses fils. Petit à petit des objets "magiques", radio, téléphone, vont entrer dans son quotidien de femme seule, le mari est souvent en déplacement et les fils à l école. Au début, ses fils pour ne pas la brusquer lui font croire que la radio fonctionne grâce à la magie, parce que parler d électricité serait trop brutal pour elle et de toute manière elle ne comprendrait pas. Comme une petite fille elle y croit, qu un homme, un magicien, habite la radio, elle lui donnera à manger, lui parlera. Ensuite par amour pour leur mère, ses fils vont petit à petit lui inculquer leur savoir, ce ne sera pas facile pour ses ados de retranscrire ce savoir en arabe mais ils y arrivent. Ils décident ensuite de la faire sortir de la maison, lui faire voir le monde, au début elle a peur, elle n ose pas parce que ça ne se fait pas et tout ça dans le dos du mari bien évidemment. Elle va apprécier cette liberté acquise que trop tardivement, elle devient insatiable, comme l aveugle qui recouvre la vue. Elle decide d aller à l école, plus rien ne l arrête. Elle prends tellement goût à sa nouvelle vie qu elle se met à transmettre son savoir à toutes les femmes qu elle côtoie, devient une féministe engagée au péril de sa vie. Elle se mêle de politique, elle veut changer le monde. C est un livre très bien écrit je regrette qu il ne soit pas plus connu. Lu après le livre d Albert Cohen le livre de ma mère, ce dernier m a paru très fade. Je préfère de loin cette histoire de deux fils qui par amour pour leur mère vont l affranchir et il est là le véritable amour.
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Krout
  03 janvier 2016
Ce livre restera pour moi comme un pont entre 2015 et 2016 et dans ma mémoire un pont jeté entre Orient et Occident et à sa parution entre tradition et modernité. Petit récit de 150 pages balancé en son milieu entre Etre et Avoir, les deux fortement imprégnés en filigrane d'un avoir tété omniprésent dans la narration. Et si ce n'est point l'été, ce souffle chaud exhalé du Maroc m'aura réchauffé le coeur.
Dans une famille aisée marocaine, fin des années trentes, deux frères vont s'unir pour sortir leur mère de son enfermement. La première partie, racontée par le plus jeune, est pleine d'humour avec l'apparition d'un magicien dans une boîte qui parle, poignante aussi, avec la découverte, à près de trente ans, des arbres, de l'herbe et d'un ruisseau durant cette première sortie hors de la maison. Après le départ du petit loustic pour la France, la seconde partie retraçant l'émancipation de cette femme et la conquête de sa liberté nous est narrée par Nagib, l'aîné, avec beaucoup de tendresse et en attirant aussi, avec autant de délicatesse, notre attention sur le déchirement du père vivant l'effondrement des traditions sur lesquelles il avait bâti sa vie.
Par une triple mise en parallèle de la sortie de la seconde guerre mondiale, de la sortie du Maroc du concordat sous la tutelle de la France et de la prise en main de sa propre destinée par cette mère admirable, Driss Chraïbi nous invite à nous interroger sur les efforts, risques et renoncements nécessaires pour acquérir notre affranchissement. Sous un faux ton de légèreté, passé la distanciation d'un humour très présent, au-delà même de l'amour filial il y a beaucoup de profondeur et une main tendue à trouver des réponses aux questions que nous devrions nous poser.
Ainsi devrait se terminer ma chronique dans le ton léger, loin de tout pathos, propre à ce petit livre plein d'humanité et de bon sens. Hélas ! Quelques barbus disséminés s'arrogent le droit par l'usage des armes de vouloir nous faire faire le chemin à l'envers et reconduire les femmes à l'enclos, sous le joug. L'Histoire nous prouve que les hommes apportent l'amer, alors que, depuis toujours, chaque femme porte la mère. Lisez ce livre, car l'hiver est en train d'arriver ! Au moins vous mesdames, lisez-le et exercez ce qu'il vous reste temporairement de liberté, car le sang qui a commencé à couler est le vôtre à n'en point douter et encore et toujours sans qu'ils ne vous aient rien demandé. De Barbarie, je me souviens que ma grand-mère, qui endura deux guerres mondiales, n'aimait rien d'autre que les figues...
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Scriba
  12 septembre 2009
Livre très drôle dans sa première partie où la mère découvre peu à peu la civilisation grâce à ses deux fils. Il y a dans ce roman des scènes d'anthologie sur l'utilisation du téléphone, l'apparition de l'électricité dans la maison ainsi que du "génie" de la télé à qui elle porte un repas chaque soir, pensant que le monsieur de la télé le mange !
Dans la seconde partie du livre, c'est à une femme libérée et cultivée qu'on a à faire, mais une femme qui est aussi consciente de tout ce qu'elle a raté dans sa jeunesse. Très beau portrait d'une mère marocaine.
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MicheleP
  11 août 2012
Pourquoi n'avais-je jamais vu ce livre ? pourquoi ne l'ai-je découvert qu'au hasard du commentaire d'une copine. C'est une merveille, grâce à cette délicieuse dame qui donne tous les soirs à dîner...au magicien qui parle dans son poste de radio, qui utilise la cuisnière comme coffret à maquillage, qui trouve génial le système qu'on a inventé pour suspendre les fers à repasser par la prise et par le fil... Lu un bon quart du livre en me disant : "Mon Dieu, mon Dieu, faites qu'il ne finisse jamais. C'est trop bien"
Dommage, la seconde partie est plus convenue
Que tous ceux qui ne l'ont pas lu l'achètent immédiatement. C'est trop poétique, c'est trop beau...Nous aurions tous aimé avoir cette mère, nous aurions toutes voulu avoir ses fils
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Ellana04
  04 août 2015
Le roman "La civilisation, ma Mère !.." de Driss Chraïbi m'a plus et m'a beaucoup intéressé par de nombreux aspects.
Tout d'abord, j'ai trouvé le personnage de la mère très attachant. Suivre son évolution au cours de l'histoire permet de se rendre compte des multiples facettes que peuvent animer une seule personne. de plus, son ouverture au monde et sa "seconde naissance" montre l'importance du savoir, de la liberté et de l'ouverture au monde. le personnage de Nagib m'a aussi fait sourire à plusieurs reprises par son esprit engagé et toujours de bonne humeur. Pour ce qui en est du père, l'attachement a été plus long puisque il a subit un grand changement avec l'ouverture de sa femme. le narrateur de la première partie du livre m'a laissé quand à lui plus en retrait. En effet, je l'ai trouvé plus subjectif que Nagib dans l'évocation de l'histoire de sa mère. J'ai trouvais ses interventions dans l'histoire plutôt rares.
Ce roman m'a aussi fait ressentir plusieurs émotions. En premier lieu, j'ai apprécié le ton humoristique employé dans cette histoire engagée. Les passages qui m'ont le plus amusé étaient ceux où la mère découvrait la radio et apprenait à se servir du téléphone : "Tu veux dire qu'un magicien va venir et animer cette grande boite ?". En second lieu, j'ai ressenti de l'admiration pour cette mère qui s'est ouverte et a lutté de tout son être contre les guerres et l'absence de liberté des femmes. le passage où elle parle au soldat est selon moi le plus beau passage du livre puisqu'il montre la volonté de tous les Hommes confondus d'être libre et surtout égaux. J'ai aussi éprouvé du dégout et de l'indignation pour les maris des amies à la mère. Ces hommes puérils et égoïstes qui n'arrivaient pas à comprendre l'importance des femmes m'ont révolté. Pour finir, j'ai ressenti de la joie, quand tous les efforts de la mère ont aboutis à sa délivrance complète et à sa renaissance.
J'ai trouvé le style de l'auteur facilement accessible même si il y a l'utilisation d'un langage plutôt recherché dans certains passages. L'histoire est également facilement compréhensible.
Ce roman m'a permis d'approfondir mes connaissances sur les conditions de vies au Maroc pendant la colonisation du pays mais aussi sur la vie restreinte des femmes dans ce pays où elles sont considérées dans tous les domaines comme inférieures aux hommes.
Ces connaissances ont entrainé une réflexion sur la condition et les stéréotypes auxquelles les femmes sont soumises depuis toujours. J'ai aussi réfléchi à l'égalité inexistante entre tous les Hommes.
J'ai trouvé ce livre intéressant et aussi important. Mon intérêt s'est porté sur le fait que ce livre engendre des réflexions sur plusieurs sujets. Je l'ai aussi trouvé important car les problèmes d'égalité existent encore et que je trouve important d'avoir des livres engagés comme celui-ci qui permettent de réfléchir et de se pencher sur les problèmes pour pouvoir peut-être enfin les élucider.
Pour l'ensemble de ces raisons, je conseille vivement ce livre, autant aux personnes qui aiment s'évader qu'à celles qui préfèrent s'instruire.
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
NanneNanne   17 juillet 2011
Et ce faisant, elle soliloquait, fredonnait, riait comme une enfant heureuse qui n’était jamais sortie de l’adolescence frustre et pure et ne deviendrait jamais adulte, en dépit de n’importe quel événement – alors que, la porte franchie, l’Histoire des hommes et leurs civilisations muaient, faisaient craquer leurs carapaces, dans une jungle d’acier, de feu et de souffrances. Mais c’était le monde extérieur. Extérieur non à elle, mais à ce qu’elle était, mais à son rêve de pureté et de joie qu’elle poursuivait tenacement depuis l’enfance. C’est cela que j’ai puisé en elle, comme l’eau enchantée d’un puits très, très profond : l’absence totale d’angoisse ; la valeur de la patience ; l’amour de la vie chevillé dans l’âme.
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najnajenajnaje   24 mars 2014
Au revoir, monsieur. Désolée, mais vous comprenez ? Je veux la vie et non les aéroplanes. A la porte, Tolstoï ! S' écriait elle en lançant à la volée des volumes à la tranche dorée. Tu as écrit des choses merveilleuses sur l amour et les femmes, mais tu as été un tyran dans ta vie privée, j ai contrôlé. A la porte, ouste ! A la porte , les poètes arabes à la poésie de cendres! Vous m avez fait pleurer en chantant le romantisme et parce que je ne savais rien du monde. S' il en ainsi, si vos vers sont vrais, pourquoi diable notre société est elle malade ? Pourquoi a-t-elle cloîtré les femmes comme des bêtes, pourquoi les a-t-elle voilées, pourquoi leur a-t-elle coupé les ailes comme nulle part ailleurs ?
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NanneNanne   17 juillet 2011
C’est ainsi que le « magicien » s’installa dans la maison et l’anima du matin au soir. Déclamant, chantant, criant, riant. Ma mère était persuadée qu’il s’agissait d’un être vivant, en chair et en os, une sorte d’érudit doublé d’un devin qui avait beaucoup voyagé, beaucoup appris et, tel Diogène, se cachait dans une caisse à l’abri des horreurs de ce monde.
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karamzinkaramzin   15 décembre 2019
Elle ne dit rien. Elle marche. L'air de la liberté, un rayon de soleil tintant sur un plateau de cuivre, ce qui jadis a été, a pu être son 'moi', sont choses à percevoir doucement, timidement, sans hâte ni intensité.
Derrière le marché couvert, il y a un parc. Le parc de mon adolescence où je faisais l'école buissonnière de temps à autre. Mon refuge. Le seul endroit où je pouvais lire les poètes qui m'ont nourri. Verlaine dans ce jardin n'eût pas écrit un mot. Peut-être. C'est là, voilà bien longtemps, que j'ai commencé à écrire. Parce que je ne vivais pas.
Sycomores, palmiers, cèdres, pins, eucalyptus, ma mère est allée de l'un à l'autre, a embrassé tous les arbres, à pleine bouche, les a étreint, leur a parlé. Et ils lui ont répondu, ont ri et pleuré avec elle - j'en jure par cet orchestre d'oiseaux qui chantaient du brasillement du couchant des cimes, entre ciel et terre, dans le concert des senteurs de thym, de terre et d'euphorbe. Tant de verdure ! Tant de verdure d'un seul coup ! Et toute cette liberté !
Nagib et moi, nous nous étions assis sur un banc, nous avons sorti un jeu de cartes et nous faisions une partie de poker, au ralenti, sans tricher, sans regarder une seule carte - les yeux attachés sur cette femme qui se déchaussait, se déplaçait sur la pelouse avec la légèreté d'un fantôme, vers le petit ruisseau, là-bas, qui trillait ses notes de perles entre les mimosas et les bourraches.
Ce fût là qu'elle s'assit, sur le gazon, les pieds dans l'eau. Et elle mangea de l'herbe, toute une poignée qu'elle arracha et mâcha, brin après brin, racines et humus compris. Et elle avait le regard étendu droit et loin devant elle, au-delà des massifs, des arbres et de l'horizon, derrière cet autre horizon qui s'était appelé son enfance. D'où elle avait émergé adulte à l'âge des jeux et des poupées. Poupée, on l'avait étranglée par la loi et dans le devoir. Et l'homme très intelligent qui l'avait épousée en pleine puberté, l'homme très efficace qui était capable de transformer un terrain vague en devises fortes et une civilisation pétrifiée en pétrole jaillissant, l'homme conservé dans la saumure de son époque, dans la morale et dans l'honneur, n'avait fait qu'appliquer la loi. Religieusement. L'avait enfermée dans sa maison depuis le jour des noces et jusqu'à cet après-midi-là où nous l'en avions fait sortir. Jamais elle n'en avait franchi le seuil. Jamais elle n'en avait eu l'idée.
Les oiseaux se sont tus, les arbres ont frissonné dans une longue étreinte, la bise du soir montée du fond de la mer vient caresser toute mélancolie, toute colère - apaise êtres et choses. Nous avons ramassé nos cartes, sans savoir qui avait gagné la partie de poker. Nous sommes allés chercher ma mère, nous l'avons aidée à se relever. Mais, avant de le faire, elle a bu un peu d'eau du ruisseau, dans le creux de sa main.
Nagib lui a remis un soulier, moi l'autre. Comme nous quittions le parc, les réverbères se sont allumés soudain le long de l'avenue, entre ciel et terre. Nous avons remarqué alors sur la robe de ma mère une tache verte, imprimée par l'herbe où elle s'était assise ...
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ErnestineCErnestineC   01 novembre 2015
Pa m’a dit :

– Prends la Bible, l’Ancien Testament, le Nouveau Testament. Prends le Talmud, le Coran, le Zohar, le livre des Hindous. Partout, dans toutes les religions, tu ne trouveras que des hommes. Pas une prophétesse, pas une seule envoyée de Dieu. Nous avons vécu avec cet ordre de choses depuis des siècles et nous n’avons pas eu à nous plaindre, nous, les hommes. Alors quand ta mère s’est mise un jour à remplacer les portes par les fenêtres, j’ai souri. Oui, j’ai souri devant tant d’enfantillage. Je me disais : c’est une mère de famille, mais elle est restée une enfant. Les enfants ont besoin de déverser leur trop plein d’énergie. […] Je me disais : ça lui passera. J’espérais même qu’elle ferait un faux pas, qu’elle se fourvoierait, qu’elle…[…] Or, rien ne lui est passé, elle a continué d’aller de l’avant et je n’ai pas eu à la consoler, à assumer mon rôle de protecteur comme je l’avais espéré. […] Non, mon fils, je n’ai pas eu à me consoler, comme tu dis. Mes yeux s’étaient ouverts, je m’étais brusquement rendu compte que ta mère était, à elle seule, la conscience d’un monde inconscient.
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"Toute ma vie et toute mon oeuvre n'ont eu qu'un seul et même thème: la trajectoire du destin. Le destin des êtres et des peuples.
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