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EAN : 9782070371365
192 pages
Gallimard (19/09/1979)
3.68/5   19 notes
Résumé :
Un homme vient de mourir, le vieux Seigneur. Avec lui meurt toute une époque. L'un de ses fils, Driss Ferdi, s'était jadis révolté contre lui, avait fui sa famille, son pays, brûlant de mordre à même la civilisation occidentale, de s'en nourrir, d'élargir son horizon humain. Or le jour où il s'aperçoit que la transplantation ne lui a apporté qu'angoisse, solitude, déséquilibre, il reçoit un télégramme de Casablanca lui apprenant la mort de son père. Il prend l'avion... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
araucaria
  17 mai 2018
Un auteur que je ne connaissais pas et une intéressante découverte en lisant ce roman, qui met en avant différentes questions, politiques, sociétales ou familiales. A la période où le Maroc devient indépendant, un vieil homme riche décède. Les enfants sont alors confrontés à la succession qui se fait d'une façon moderne par la lecture d'une bande magnétique enregistrée par le défunt. C'est un dernier contact avec le père, et il diffère d'un enfant à l'autre, puisqu'ils ont tous évolué différemment, et ont aussi des caractères opposés. Cela va du fils demeuré, à celui qui s'est installé en France et à contracté un mariage mixte, jusqu'à celui qui ne pense qu'à la réussite sociale et à l'argent, en passant par la brute épaisse qui fait agir sa force plutôt que sa pensée, et celui qui a fait un mariage dégradant et vit comme un paria dans un bidonville... Pour cette famille la succession est ouverte, mais elle l'est aussi pour le pays qui tourne la page et doit s'émanciper.
Un style très particulier, un peu déroutant au début du roman, mais une lecture que j'ai appréciée.
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sylvaine
  23 octobre 2021
Au début des années 60, Driss Ferdi rentre au Maroc. Voilà 15 ans qu'il n'y est pas retourné. Il aura fallu le télégramme et la mort du Seigneur pour qu'il fasse le voyage.
Le Seigneur c'est le Père, celui qu'il a fui. Peur, volonté d'indépendance, appétit d'Occident, rejet de l'Orient , ce voyage sera t'il pour Driss l'occasion de faire enfin le point, de découvrir qui il est , ce qu'il cherche, de faire la paix avec lui-même et le monde dans lequel il a choisi de vivre? Trouvera t'il enfin où creuser son puits?
Un roman publié en 1962, l'Indépendance du Maroc est encore récente, le monde a changé mais si peu semble t'il. Un roman qui permet à tout un chacun de mieux comprendre qui est celui qui vit à ses côtés , cadeau inestimable.
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cldtte
  10 mars 2012
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   17 mai 2018
Quand le soleil fut englouti, quand il n'y eut plus à l'horizon qu'un sillon d'émeraudes, de rubis et d'opales, Madini poussa un soupir et dit :
- Les morts sont morts, Driss. Et, ceux-là, personne ne songe à les interroger. Ils sont morts, tu comprends?
Il se tourna vers moi avec des yeux de chien battu.
- Mais il y a ceux qui restent, reprit-il, ceux qui sont encore vivants et qu'on peut interroger. Explique-moi, Driss. Je voudrais savoir pourquoi tous ces gens qui étaient là tout à l'heure et qui savent ce qu'est la souffrance humaine, je voudrais juste savoir pourquoi ils deviennent des animaux. Si tu m'expliquais cela, je te jure que je me coucherais ici et que je n'en bougerais plus jusqu'à ce que je devienne un squelette.
Il saisit mon bras à deux mains et il se mit à le secouer comme un levier de pompe.
- Je voudrais comprendre, comprendre, comprendre pourquoi ces gens, il n'y a pas si longtemps, ont attrapé un vieux Juif dans la rue, un pauvre type qui passait par là, l'ont arrosé d'essence et l'ont brûlé vif. Tu comprends, Driss? Ce ne sont pas les conseils de mon père que j'ai dans la tête, c'est le cri atroce de ce Juif. Dis, mon frère, toi qui es instruit, toi qui a lu beaucoup de livres, tu peux m'expliquer, dis?
Je n'ai jamais su répondre. Je suis resté là, à regarder ses yeux suppliants.
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araucariaaraucaria   14 mai 2018
Noir, froid, sans âme.
Moi l'étranger, pendant seize ans étranger, j'avais pendant seize ans tenu bon. On bâtit sa maison sur du roc, en ciment armé. Les vents peuvent souffler, les trombes d'eau tomber du ciel, rien ne pourra l'ébranler. Je vous dis que c'est du roc. Ainsi, en dépit des événements et des haines, pas un instant je n'avais perdu courage. Les événements passent et l'humain reste. Et c'était cela le pire : continuer d'avoir foi en l'homme, coûte que coûte, avec la rage de quelqu'un qui sait que tôt ou tard il va perdre la vue, continuer de disposer d'un capital d'amour envers des gens qui m'étaient hostiles, qui tuaient par bataillons, par avion, par idéal.
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araucariaaraucaria   17 mai 2018
Tu connais l'histoire du pot-au-feu? C'est un conte, une parabole. Eh bien, les enfants, c'est pareil. Tu prends une marmite, tu la remplis d'eau, tu y fais bouillir de la viande, des légumes, tu sales et tu poivres, tu épices. Et pendant que ça bout, tu te dis : je sais ce que j'y ai mis : tant de viande, tant de légumes, tels légumes, tant de poivre et de sel, tant d'eau et d'épices. Mais tu ne sais jamais ce que cela donnera une fois cuit. C'est peut-être trop salé, ou pas assez, ça n'a aucun goût ou bien ça t'emporte la bouche. Eh bien, les enfants c'est pareil. Tu les portes dans ton ventre. Tu les nourris. Tu veilles sur leur sommeil et sur leur vie. Tu leur apprends ce qu'est le bien et ce qu'est le mal. Et une fois grands, ils te sont étrangers.
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bohemesvidabohemesvida   20 décembre 2015
Voici: j'ai trouvé des gens, hommes et femmes, qui acceptaient le Nègre à la rigueur, mais pas l'Arabe. Ils en voyaient des échantillons défiler à la lisière de leurs villes et de leur société, en butte aux sévices policiers, au sous-emploi, à la faim du corps et de l'âme. Estropiés de corps et de l'âme depuis des siècles et des générations, de père en fils, avec une loi d'hérédité parfaite et immuable. Mais il ne leur venait pas à l'idée que ce pauvre, une fois nourri et vêtu, et traité d'égal à égal, pourrait leur ressembler comme un frère. Ils mâchaient leur dignité comme on mâcherait une botte de paille. Ils lisaient leurs journaux. Une presse mal informée et informant trop tard, après, longtemps après la mort d'un homme et d'un peuple.

Voici: j'ai trouvé des gens, hommes et femmes, qui s'en foutaient. Ils avaient démissionné depuis longtemps, démissionné de tout. " Et vous ne croyez pas que c'est partout la même chose?" disaient-ils." A quoi bon?" disaient-ils. " Il faut de tout pour faire un monde !" , disaient-ils. Mais ils devenaient mauvais quand on entamait leur petit monde fermé, qu'ils avaient mis des années à consolider et à clôturer de béton et de fil barbelé.

(pp. 38-39)
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araucariaaraucaria   16 mai 2018
Voici : je suis entré dans les cathédrales architecturales et j'ai entendu, j'ai vu, j'ai vibré. Rien ne m'autorisait à communier, mais j'ai communié. "Tu ne tueras point!" Et, de l'autre côté de la mer, le Coran affirmant en toutes lettres, en langue arabe claire et intelligible : "Tuer un seul être humain, c'est tuer tout le genre humain." Alors, que signifient ces religions des lendemains qui chantent? Le Christ, on le crucifie tous les jours. Quant à l'Islam, a-t-il jamais existé?
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Videos de Driss Chraibi (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Driss Chraibi
Driss Chraïbi au micro de José Pivin (1959 / France Culture). Production : José Pivin. Photographie : Driss Chraïbi © Stéphan Chraibi. Présentation des Nuits de France Culture : « Comment raconter son enfance au Maroc ? Driss Chraïbi, écrivain marocain de langue française, racontait au micro de José Pivin une partie de son enfance dans l'émission “Tous les plaisirs du jour sont dans la matinée”. Cet entretien a été diffusé pour la première fois le 14 novembre 1959 sur France II Régionale. L'entretien était illustré par des lectures d'extraits des œuvres de Driss Chraïbi. » Des extraits des romans de Driss Chraïbi, “L'Âne”, “Les Boucs”, “De tous les horizons” sont interprétés par Roger Coggio, François Darbon, Yves Péneau et Suzanne Michel. Driss Chraïbi (en arabe : إدريس الشرايبي), né le 15 juillet 1926 à El Jadida, au Maroc, et mort le 1er avril 2007 à Crest, dans le département de Drôme, en France, est un écrivain marocain de langue française. Il a également participé à des émissions radiophoniques pour France Culture pour qui il a dirigé l'émission “Les Dramatiques” pendant 30 ans. Connu pour son roman “Le Passé simple”, Driss Chraïbi aborde des thèmes variés dans son œuvre : colonialisme, racisme, condition de la femme, société de consommation, islam, Al-Andalus, Tiers monde, etc. Il se fait connaître par ses deux premiers romans, “Le Passé simple” (1954) et “Les Boucs” (1955) d'une violence rare, et qui engendrent une grande polémique au Maroc, en lutte pour son indépendance. “Le Passé simple” décrit la révolte d'un jeune homme entre la grande bourgeoisie marocaine et ses abus de pouvoir incarnés par son père, « le Seigneur », et la suprématie française dans un Maroc colonisé qui essentialise et restreint l'homme à ses origines. Le récit est organisé à la manière d'une réaction chimique. À travers la bataille introspective de ce roman par le protagoniste nommé Driss, le lecteur assiste à une critique vive du décalage entre l'islam idéal révélé dans le Coran et la pratique hypocrite de l'islam par la classe bourgeoise d'un Maroc des années 1950, de la condition de la femme musulmane en la personne de sa mère et de l'échec inévitable de l'intégration des Marocains dans la société française. Ce dernier point sera renforcé en 1979 dans la suite de ce livre, “Succession ouverte”, où le même protagoniste, rendu malade par la caste que représentent son statut et son identité d'immigré, se voit obligé de retourner à sa terre natale pour enterrer « le Seigneur », feu son père. C'est une critique plus douce, presque mélancolique, que propose cette fois Chraïbi, mettant en relief la nouvelle réalité française du protagoniste et la reconquête d'un Maroc quitté il y a si longtemps. “Succession ouverte” pose la question qui hantera l'écrivain jusqu'à ses derniers jours : « Cet homme était mes tenants et mes aboutissants. Aurons-nous un jour un autre avenir que notre passé ? » Question qu'il étend ensuite à l'ensemble du monde musulman. Dans “Les Boucs”, l'auteur critique le rapport de la France avec ses immigrés, travailleurs exploités qu'il qualifie de « promus au sacrifice ». C'est le premier livre qui évoque dans un langage haché, cru, poignant, le sort fait par le pays des Lumières aux Nord-Africains. Suivent deux romans épuisés aujourd'hui : “L'Âne”, dans le contexte des indépendances africaines, prédit avant tout le monde leur échec et les dictatures, « ce socialisme de flics ». “La Foule”, également épuisé, est une critique voilée du Général de Gaulle. Le héros est un imbécile qui arrive au pouvoir suprême, car, à son grand étonnement, la foule l'acclame dès qu'il ouvre la bouche. Une page se tourne avec la mort de son père, Haj Fatmi Chraïbi, en 1957. L'écrivain, en exil en France, dépasse la révolte contre son père et établit un nouveau dialogue avec lui par-delà la tombe et l'océan dans “Succession ouverte”. “La Civilisation, ma Mère!...” (1972) tente d'apporter une réponse aux interrogations de l'écrivain marocain. Le fils aide sa mère à se libérer du carcan de la société patriarcale et à trouver sa propre voie. C'est l'une des premières fois que la question de la femme est évoquée dans la littérature marocaine.
Sources : France Culture et Wikipedia
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