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ISBN : 270114860X
Éditeur : Editions Belin (15/09/2013)

Note moyenne : 3.2/5 (sur 5 notes)
Résumé :
La catastrophe extrême a été le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994, accompagné du massacre de Hutu considérés comme traîtres à leur « sang ». Les efforts de reconstruction sont visibles, parfois même spectaculaires. Mais, depuis vingt ans, les violences dérivées n ont pas cessé dans la région, notamment dans l Est du Congo.
L objet de ce livre se situe dans une longue durée, jusqu au temps présent, mais surtout en amont de la crise des années 1990, afin de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
YvesParis
  02 octobre 2014
Belin a eu la main lourde dans le choix du titre de cet ouvrage. Dérouté par un intitulé trop philosophique, le non-spécialiste, curieux du Rwanda, lui préfèrera d'autres ouvrages aux titres plus accrocheurs, à l'occasion de la célébration du vingtième anniversaire des événements de 1994. Il aurait tort. L'ouvrage de Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda constitue en effet la présentation la plus claire de l'idéologie qui a conduit au génocide.
C'est Ernest Renan qui a forgé le terme « hamitique » pour désigner des populations qui n'étaient ni sémites ni nègres. le terme est dérivé du nom de Cham, le fils maudit de Noé dont une longue tradition remontant à l'Antiquité fit l'ancêtre de la race noire. Mais les anthropologues et les ethnologues du XIXème siècle font des Hamites une race à part. Il s'agit pour les épigones de Gobineau ou de Vacher de Lapouge, fascinés par les classifications raciales, de Sémites venus civiliser l'Afrique centrale depuis la vallée du Nil et l'Ethiopie, de « faux nègres » ou « d'Européens sous une peau noire », abâtardis à force de métissage, mais ayant conservé des traits distinctifs : alors que le Bantou a la taille petite, le cheveu crépu, les narines épatés, la mâchoire prognathe, le Sémito-Hamite, qu'il soit Tutsi, Maasaï ou Dinka, a une silhouette élancé, un nez fin, le cheveu lisse, le port aristocratique. le premier est cultivateur, le second éleveur.
L'un des auteurs, Jean-Pierre Chrétien, expliquait dans la revue "Vingtième siècle" le décalage qu'il avait ressenti entre ces constructions intellectuelles européennes et la réalité du terrain, caractérisée par l'imbrication de populations parlant la même langue, partageant la même religion et la même culture. Bien avant le génocide, d'abord au Burundi – où jeune agrégé d'histoire il était parti faire son service national en 1962 – puis au Rwanda, il s'était employé à dénoncer cette idéologie. Une idéologie qui avait survécu à la décolonisation en en intervertissant les indices de valeur : du statut de « race supérieure », les Tutsi étaient passés à celui de minorité turbulente.
Cette dérive reproduisait les mêmes schémas mentaux que l'antisémitisme des années 30. Comme le protocole des sages de Sion fabriqué par la police tsariste, les ultras du Hutu power ont forgé de toutes pièces un « plan de la colonisation tutsi au Kivu et région centrale de l'Afrique » (sic) pour galvaniser la haine du Tutsi. Cette assimilation de l'antisémitisme et de l'anti-hamitisme avait conduit Jean-Pierre Chrétien à dénoncer au lendemain du génocide un « nazisme tropical ». La formule avait frappé les esprits.
Chrétien et Kabinda n'évoquent guère le génocide proprement dit, déjà largement documenté dans leurs précédents ouvrages. Mais ils ne ménagent pas leur critique contre une littérature florissante qui, au nom du débat toujours recommencé de la responsabilité de la France, reproduit les mêmes clichés éculés de cette idéologie racialiste. Auteur en 2005 de "Noires fureurs, Blancs Menteurs" et en 2010 de "Carnages", Pierre Péan est le premier visé. Force est de dire qu'il le mérite.
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Woland
  07 novembre 2013
ISBN : 9782701148601

Merci aux Editions Belin.com qui, en échange de notre avis sur ce livre dans le cadre de l'une des "Masses Critiques" de Babélio, nous ont gracieusement envoyé un exemplaire de cet ouvrage.

Le Rwanda et son génocide - qui ne fut pas le premier, soit dit en passant - des années quatre-vingt-dix, qui ne s'en souvient ? Comme tant d'autres personnes, accablées sous le poids des ouvrages qui furent - et continuent d'être - consacrés à cette question, je suis toujours à la recherche de quelque chose qui pourrait m'éclairer. Plus précisément, du point de vue intégralement impartial qui pourrait le faire. Il est évidemment très difficile d'écrire sans s'emporter sur un tel sujet, et ceci que se soit dans un sens ou dans l'autre de la balance. Mais enfin, le lecteur et l'amateur d'Histoire espère toujours : il y a toujours en lui, que voulez-vous, et ceci quel que soit l'âge qu'il a atteint, un peu du Candide de Voltaire ...
Intriguée par le sous-titre de l'ouvrage de Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda, cette "idéologie hamitique" dont je me demandais bien à quoi elle correspondait, j'ai donc postulé pour le lire. Un autre sous-titre cependant, dispensé et largement relayé, je m'en rends compte aujourd'hui, par nos très chers médias, me fit cependant froncer les sourcils. Il s'agissait ni plus ni moins que "Du Juif au Tutsi" ...
Mais ce n'était pas cela qui allait me faire reculer. Après tout, en toute chose, il faut juger sur pièce, n'est-ce pas ? et non chat en poche.
J'appris ainsi qu'on pourrait aussi bien écrire "idéologie chamitique", l'adjectif "hamitique" provenant en fait de la légende biblique qui affirme que le peuple noir descend en droite ligne de Cham, ce fils de Noé qui manqua, dit-on, de respect à son père et qui, de ce fait, dut subir - avec ses innombrables rejetons - la colère toujours aussi hargneuse et disproportionnée de Jéhovah. Depuis très longtemps, cette histoire avait permis de justifier plus ou moins le principe de la traite des Noirs, et ceci aussi bien aux yeux des Arabo-musulmans, les premiers à l'entreprendre, rappelons-le, qu'aux yeux des Européens et des Américains.
J'appris aussi que, lorsque nous autres, Blancs et Occidentaux, commençâmes vraiment à vouloir coloniser l'Afrique, certains pseudo-penseurs - probablement les descendants des justificateurs de l'esclavage des Noirs par le "péché" prétendu du Cham mythique - s'enthousiasmèrent pour la différence de traits et de couleur de peau enregistrées entre les peuplades littorales et, par exemple, celles qui sont proches du désert. Ainsi qu'il en est de même en Inde, où les membres des castes élevées comme les brahmanes ou les ksatryas (= guerriers) ont souvent les traits plus fins et la peau bien plus claire que, mettons, les Intouchables, pudiquement rebaptisés "Enfants de Dieu" par Gandhi, les différentes ethnies qui peuplent l'Afrique présentent de grandes disparités physiques. Nos pseudo-penseurs s'engouffrèrent avec joie dans la brèche ainsi ouverte et, sans songer apparemment un seul instant que, de même chez les Blancs, certaines différences se font jour entre un Scandinave et un Italien - pour ne citer que ces deux peuples - pondirent toute une théorie absurde comme quoi il y avait - citant ici les auteurs du livre, je vous remercie de ne pas me prêter des intentions racistes - "les vrais Nègres" et "les faux Nègres."
Pour un siècle qui, comme le XIXème, se voulait très féru de précision scientifique, l'idée était plutôt bizarre. D'autant que les mêmes finirent - en tous cas, je vous rapporte là les dires de Messieurs Chrétien et Kabanda - par déclarer doctement que les "faux Nègres", ceux à la peau plus claire et aux traits non négroïdes, n'étaient autres que les descendants d'une ancienne peuplade blanche - sans doute remontait-elle elle aussi au Déluge - qui, en raison de divers aléas, avaient subi un métissage plus ou moins appuyé avec les peuples véritablement autochtones, les "vrais Nègres", plus noirs que la suie et aux traits visiblement plus marqués.
Arrivée à ce stade de ma lecture - et on y arrive dès les premières pages - je ne savais plus très bien si je devais rire ou me lamenter. Mais après tout, et ce n'est pas notre époque qui me convaincra du contraire, les hommes sont capables des pires absurdités quand il est question de justifier leurs mauvaises actions. Alors, pourquoi pas ? ...
Là où le bât se mit soudainement à blesser la brave mule occidentale que je suis , c'est lorsque Messieurs Chrétien et Kabanda entreprirent d'affirmer comme vérité d'Evangile que cette théorie pour le moins fumeuse établie par les Blancs et utilisée par eux comme un moyen de pressurer les Africains et de les dresser les uns contre les autres se trouvait à l'origine du conflit Hutu-Tutsi, avec les sinistres conséquences dont tout le monde se souvient encore. Il est vrai que, à la toute fin du livre, les mêmes intercalent dans cette propagande une petite phrase qui précise tout de même que, bien avant l'arrivée des Blancs sur le continent africain, tout n'était déjà pas rose entre les Tutsis et les Hutus mais il faut vraiment lire le volume jusqu'au bout et demeurer vigilant pour la repérer.
En résumé, je dirai que ce livre est bien fait - terriblement bien fait, même - qu'il regorge de statistiques, d'événements, de faits historiques qui n'ont pas été inventés mais qui, malheureusement, racontent non seulement le génocide rwandais mais aussi l'Afrique noire sous un seul éclairage, cet éclairage univoque né de la vogue démente de "la repentance à tous prix" qui veut que, avant l'apparition des Occidentaux en terre africaine, le vaste et prodigieux continent noir ait été une espèce de paradis terrestre qui ignorait les guerres, les rapports de force, l'exploitation des minorités, la traite des esclaves - le Mal en un mot.
Utopie que tout cela, si adroitement présenté cela soit-il. S'il y a bien une chose qui soude les hommes entre eux plus solidement que quelques légendes religieuses, bibliques ou pas, c'est le fait que l'homme est le seul animal capable de tuer seulement pour le plaisir et de mettre les siens en cage pour son seul profit. Donc, si vous voulez en savoir un peu plus sur le drame du Rwanda, lisez par exemple Pierre Péan - qui est d'ailleurs largement égratigné dans le livre de Chrétien et Kabanda - et reprenez votre bâton de lecteur-pèlerin en quête d'impartialité et de recul. La route est longue mais elle aura une fin. Et que le Grand Dieu Thôt, cet éternel protecteur des scribes et des lecteurs, Africains ou non, bénisse votre voyage. ;o)
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Chrystaalle
  10 novembre 2013
reçu dans le cadre masse critique
C'est un livre dense, écrit par des historiens qui prennent du recul par le biais de l'Histoire, pour tenter d'expliquer le contexte dans lequel le génocide de 1994 est intervenu.
Cette partie là de l'Afrique, cette région des Grands Lacs, riche et fertile n'a été découverte que très tardivement par les européens. Que ces derniers aient fait preuve de discrimination entre les populations à peau noire, entre les "beaux" et les "laids" ne fait pas de doute, mais que ce soit principalement à cause de cette discrimination que le génocide a eu lieu me laisse perplexe. Les différentes ethnies cohabitaient déjà sans se mélanger visiblement depuis des siècles. L'Histoire du Rwanda et des royaumes des Grands Lacs commence t elle au milieu du 19ème siècle? Que s'est il passé entre les temps Bibliques légendaires et le 19ème siècle ? Les auteurs mettent régulièrement ce Généocide en paralèle avec la Soah, mais aucun historien ne réduirait l'étude de l'origine de l'antisémitisme aux seules 100 dernières années qui ont précédées l'élection d'Hitler.

La prise de recul historique permet néanmoins , de voir tous les signaux annonciateurs du génocide, qui ont été ignorés par ceux qui allaient en être victimes parcequ'il était impossible pour eux de croire, de penser, d'imaginer qu'une telle atrocité puisse se produire. Et ce même si des massacres méthodiques de populations avaient déjà eu lieu par le passé, massacres justifiées parfois par des pretextes politiques, quant ils ne sont tout simplement pas ignorés.
La description du génocide de 1994 en lui même est assez éprouvante, les auteurs montrent bien l'organisation qui a été mise en place, jusqu'à l'utilisation de machette comme arme d'exécution massive pour faire croire à des émeutes inter ethnique et non à la mise en place d'un plan rigoureusement préparé.
Pour moi une lecture positive pour la part de devoir de mémoire nécessaire.
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bookaure
  01 novembre 2013
Le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 est l'une des grandes tragédies de cette fin de XXème siècle. Il continue aujourd'hui de susciter les passions et de faire couler beaucoup d'encre. Les documentaires,, films et autres témoignages sont nombreux et nous avons souvent l'impression de tout savoir sur ce qui c'est passé. Cependant, les sources, le déroulement des évènements et leurs conséquences restent encore grandement méconnus du grand public.
Avec Rwanda-L'idéologie hamitique et le génocide, Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda tentent de remonter aux sources du conflit, qui se situent dans l'idéologie hamitique, théorie ethnographique raciste, créée de toute pièce par les Occidentaux à la fin du XIXème siècle. Celle-ci a conditionné l'esprit de tout un pays, jusqu'à déboucher sur l'horreur que l'on sait.
Cette lecture fut pour moi très intéressante et instructive, mais je ne lui ai pas attribué la totalité des étoiles, tout simplement parce qu'il ne s'agit pas non plus d'un ouvrage qui m'a transporté. J'ai aussi eu à certains moments quelques difficultés à intégrer un vocabulaire trop spécialisé. Cependant, s'il ne s'agit pas d'un ouvrage de vulgarisation, je pense qu'un public initié peut trouver son bonheur dans cet ouvrage. de plus, il faut également lui reconnaître le mérite de nous rappeler des messages importants, sur la banalisation facile du racisme et ses dangers.
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