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EAN : 9782251380971
350 pages
Éditeur : Les Belles Lettres (12/05/2009)
3.64/5   7 notes
Résumé :
Lors de sa parution voici dix-huit ans, Chronique des derniers païens fut salué à la fois par la critique universitaire la plus prestigieuse – Pierre Vidal-Naquet, Pierre Chaunu, Paul Veyne, Michel Tardieu –, et par un large public qui en fit un des livres les plus lus de sa catégorie. L'auteur avait en effet fait le choix de raconter le triomphe du christianisme dans l'Empire romain en se plaçant du côté des vaincus, les « païens », sans complaisance à leur égard e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
NewHorizon
  18 août 2017
L'ouvrage de Pierre Chuvin nous donne les clefs de la disparition du paganisme dans l'Empire romain. Une première partie met en avant les faits chronologiques menant à cette extinction tandis qu'une deuxième partie tente d'expliquer les changements de mentalité. Quels ont été les rapports entre les païens et les chrétiens à l'aube de cette nouvelle ère ? Comment le christianisme a t-il pu remplacer les anciennes croyances ?

S'il est aisé de trouver les débuts du christianisme, repérer la fin du paganisme se révèle bien plus compliqué. Le basculement des anciennes croyances vers la nouvelle religion aura été long et complexe.
L'auteur revient sur le sens du mot « païen » qui peut renvoyer à deux sens, les deux étant de connotation péjorative : « Hellène » et « paganus ». Le premier, qui est un mot grec, renvoie à la mesure prise par Caracalla en 212 de donner la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'Empire. Alors qu'ils étaient des Romains, renvoyer les païens au mot Hellène permettait de les exclure de la romanité en les affiliant aux Grecs. C'est le mot latin « paganus » qui a donné en français les mots « païens » et « paysans ». Ces deux mots renvoient à deux conceptions quelque peu différentes. Cela pourrait être dû au caractère étranger plus important de la religion chrétienne à l'Ouest. En effet, l'Eglise compose alors généralement en langue grecque jusqu'au IIe siècle. Un savant allemand propose aussi un troisième sens à ce mot : « civil » en opposition à « militaire » : les chrétiens du IIIe siècle étant censés être les soldats du Christ, cependant seul le Mithracisme peut se targuer d'avoir été une religion militaire dans l'antiquité tardive. En tout cas, le mot « paganus » renvoie à un homme enraciné dans son terroir qui perpétue les anciennes traditions à l'inverse des « alieni » qui sont des étrangers, c'est-à-dire des chrétiens. Toutefois, il ne s'agit pas seulement d'une notion inscrite dans la ruralité, elle est aussi parfaitement ancrée dans les cités.
« Etre pieux, c'est « croire aux dieux de la Cité » ». Le paganisme est diversifié et est une mosaïque de religions. Il s'agissait donc de respecter les dieux locaux et la conduite des individus semblait plus importante que la foi.
En 311, Constantin promulgue des édits de tolérance concernant les chrétiens qui ne seront jamais remis en cause, pas même par l'empereur Julien l'Apostat. En 310, Constantin a une vision dans un temple d'Apollon en Gaule, Dieu lui apparait accompagné de la Victoire. Il était alors rattaché à Hercules, mais suite à cet évènement il se tourne vers Apollon, le dieu-soleil. Juste avant la bataille du pont Milvius en 312 contre Maxence, Constantin fait un rêve dans lequel il voit le Christ lui promettre la victoire, il prend alors le monogramme du Christ comme symbole. L'Edit de Milan en 313 autorise la pratique de toutes les religions mais donne une place privilégiée aux chrétiens. Si dès 313 des symboles chrétiens apparaissent sur les monnaies, on trouve des symboles apolloniens encore en 317, le culte du dieu-soleil n'est donc pas abandonné. Par ailleurs, sur l'arc de Constantin situé à Rome, ce n'est pas le Christ qui y est figuré mais Apollon. De même, une loi de 321 déclare le dimanche jour de repos car jour du soleil et il en est de même pour les chrétiens car jour du Seigneur. A partir de Constantin, le pouvoir se détache de la foi tout en voulant préserver l'ordre. C'est pourquoi les fêtes païennes sont autorisées alors que les cultes sont interdits. Les chrétiens ont pu obtenir des fonctions importantes assez tôt, mais au IIIe siècle ont lieu des persécutions notamment sous Dioclétien. Il s'agissait alors d'unifier un Empire tandis que la citoyenneté romaine avait été accordée par Caracalla en 212.
C'est Justinien qui, en 529 interdira non seulement le culte mais aussi les croyances païennes. Il joue un rôle majeur dans la disparition du paganisme. Justinien va durcir la législation contre les païens. Si les Juifs ne pouvaient plus avoir d'esclaves chrétiens depuis Constance II, cela est désormais étendu aux païens. Ces derniers doivent désormais se signaler et se faire instruire de la nouvelle religion, ceux qui refusent n'ont plus le droit de posséder des biens. Il est désormais interdit d'enseigner une religion autre que le christianisme. Si un fils se converti au christianisme, il n'est plus sous autorité paternelle ; si un fils se convertit au paganisme, il ne peut plus hériter de son père. Pour Justinien : pour les Hérétiques « C'est déjà bien assez de vivre ». Des procès sont rendus contre des personnages importants païens, avec des condamnations à mort. Justinien persécute en premier lieu l'aristocratie car c'est dans cette couche qu'à Constantinople, le paganisme tente de survivre. Vers 529-532, Justinien fait fermer l'école néoplatonicienne d'Athènes. Le paganisme philosophique était alors encore présent à Athènes. Sous le règne de Justinien, le paganisme se voit rejeté et évincé.
Malgré les interdictions, les traditions païennes continueront encore longtemps. Alors que les temples sont fermés, des sanctuaires païens continuent d'être créées et honorés. Mais pour les citoyens romains, le grand bouleversement a été le changement de religion du pouvoir, alors différente de la leur.
A partir du Ve siècle, les païens se font rares dans le milieu politique. Cependant certaines pratiques demeurent, comme la divination qui reste courante chez les païens (et moquée par les chrétiens), y compris au Ve siècle. La conversion de Clovis permettra la conversion des Francs alors restés fidèles aux cultes germaniques. Cette conversion aura pour conséquence l'expansion et la fortune des Francs en Europe et non plus sur le théâtre méditerranéen. Rome a alors perdu son statut de capitale d'Empire. Si le paganisme était encore très présent à l'Ouest dans l'antiquité tardive, les auteurs païens de langue latine se convertissent au IVe siècle. Au VIe siècle le paganisme se mue désormais dans un folklore rural : Les « Matres » deviennent des fées dangereuses, les fées sont les avatars des Parques. La tradition est rompue. A partir du VI e siècle il n'est plus possible d'écrire une Histoire des païens, les sources deviennent trop peu nombreuses.
La deuxième partie met surtout en avant l'évolution des mentalités dans l'Antiquité tardive, qui induira inévitablement à la christianisation des esprits. Ainsi l'on voit apparaitre progressivement une domination du dieu-soleil (symbole de vie) et du monothéisme au détriment des dieux enracinés. Les sacrifices sont de plus en plus rejetés, le déroulement de la prière change, le rôle des statues aussi. L'auteur note que « C'est l'intérieur même des monothéismes triomphants que les traditions païennes ont connu leur survie la plus tenace ». le christianisme aura donc mené le paganisme à sa perte, sans pouvoir totalement en ignorer certains aspects qui ont été assimilés.
Il s'agit d'un livre très riche et parfois laborieux à la lecture, avec des sauts chronologiques qui cassent la facilité de lecture. C'est toutefois un excellent ouvrage sur le sujet, même si sûrement un peu dépassé aujourd'hui (la première édition date de 1990).
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nathalie_MarketMarcel
  30 décembre 2018
Une première partie est chronologique. Son fil conducteur est celui de la réglementation. de Constantin qui autorise une liberté de culte à Théodose qui interdit tout exercice de culte païen, jusqu'à Justinien qui supprime la liberté de culte, en passant par toutes les nuances locales.
En effet, l'empire romain est grand. Dans certaines villes, les forces chrétiennes sont nombreuses, comme à Alexandrie où l'évêque peut compter sur les moines constitués en milice pour abattre les temples. Ailleurs, comme à Gaza, il convient de composer. Dans beaucoup d'endroits, les cérémonies dans les temples sont interdites, mais les fêtes et les processions, autant d'occasions de se réjouir pour le peuple, sont autorisées, avec plus ou moins d'accommodements.
Une seconde partie est plus thématique. Qui sont les croyants, les prêtres, les dieux, les rites de ces derniers païens ? Dans cet univers, la magie tient une place particulière. En effet, la magie est rapidement interdite pour toutes les religions : connaître le nom du futur empereur, ou gouverneur, représente en effet un enjeu d'État. de même, les païens les plus convaincus peuvent être sceptiques au moment de lire l'avenir dans les entrailles de je ne sais quel animal. de façon générale, les sacrifices sanglants font de moins en moins recette. A contrario, chrétiens et païens souhaitent avoir des enfants, séduire l'être aimé et se venger d'un ennemi…le saint ou le dieu le plus efficace aura droit à une amulette !
Chuvin montre bien que la religion ancienne des Romains est par essence une religion à la fois publique et officielle : les cultes sont salariés par l'État ou la Ville, les cultes des dieux et des empereurs vont de pair. Ce n'est pas une religion du for intérieur (on n'est pas marrane païen). Par conséquent, l'interdiction des cérémonies aux temples signifient quasiment sa disparition, surtout en Occident où ce sont les dignités ecclésiastiques qui couronnent une carrière et où une seule voie s'offre aux intellectuels : devenir clercs. En Orient, la situation est plus mêlée.
La religion ancienne est en revanche étroitement attachée à la culture lettrée, à la rhétorique, à la philosophie, aux sciences. Elle a donc continué à être familière à de nombreux membres de l'élite (hauts fonctionnaires, enseignants, poètes) sous cette forme édulcorée – alors même que plusieurs étaient chrétiens.
La réédition de 2011 livre des informations actualisées sur Hypathie d'Alexandrie, philosophe païenne, notable et enseignante, assassinée férocement.
Et bah c'était très intéressant !
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   30 décembre 2018
La notion d’une religion exclusive des autres était étrangère aux païens. Non qu’ils fussent réellement plus libéraux ou même plus tolérants, car il n’était pas question pour eux de désobéir aux usages ni de les critiquer. Ce qu’ils acceptaient n’était pas le libre examen mais la pluralité des conformismes. Ils avaient l’habitude des superpositions. Les obligations religieuses des hommes variaient, surtout selon leur naissance et le lieu où ils se trouvaient.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   30 décembre 2018
Les pagani/païens, ce sont donc tout simplement les « gens de l’endroit », en ville ou à la campagne, qui gardent leurs coutumes locales, alors que les alieni, les « gens d’ailleurs », sont de plus en plus chrétiens. L’explication… consacre le paganisme comme une religion de la cité et même, à travers ce terme qui veut en souligner le caractère borné, du terroir. Elle fait prévoir la diversité des pratiques et des croyances païennes.
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