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ISBN : 2070708306
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 51 notes)
Résumé :
Dans tout livre où le Fragment est roi, les vérités et les lubies se côtoient d'un bout à l'autre. Comment les dissocier, comment savoir de qui est conviction et ce qui est caprice ? Tel propos, fruit de l'instant, précède ou suit tel autre qui, compagnon de toute une vie, s'élève à la dignité d'une obsession. C'est au lecteur de faire le départ, puisque aussi bien, dans plus d'un cas, l'auteur lui-même hésite à se prononcer. Aveux et Anathèmes étant une suite de pe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Nowowak
  12 juillet 2019
Se débarrasser de la vie, c'est se priver du bonheur de dire du mal des gens. Or les gens constituent une source inépuisable de déception d'où parfois éruptionne une agréable surprise qui donnera du relief à la morne irréalité de votre réalité. Lire Emil Cioran c'est le moyen le plus sûr de ne pas perdre la raison sur le champ car il rappelle que tout est irréel et le restera. Il tend une main absente qui se mêle au flou intarissable qui pique des épingles sur le mur déguisé de vos hyperboles qui n'ont pas de bol.
Chercher à comprendre, c’est chercher à désobéir. C’est aussi chercher à aimer. Pas besoin de captcha à géométrie variable pour valider la vacuité de mon existence dans ce domaine. Je sors de l’Église de l’Euthanasie où j’ai reçu la récompense suprême. Luc Poirier, premier prix à l’unanimité du jury. La «Momie d’Or », le Prix de la plus Grosse Dépression Nerveuse. Déjà l’an dernier j’ai remporté la palme. Je deviens un habitué. Je commence à faire des envieux. Nous sommes tous des névrosés mais il y a ceux qui sont au-dessus et ceux qui sont en dessous.
Nous étions cinq nominés, j’ai gagné haut la main. Georges a retracé le récit habituel du départ de sa femme avec son collègue et ce qu’il lui ferait si elle revenait à la maison. On lui a proposé de jeter un sèche-cheveux dans l’eau quand elle prendrait son bain ou pour son anniversaire de l’emmener à Quick. Madame Sonia Delhberg, émérite médaille d’argent, a évoqué sa famille déportée en 40 et la mort accidentelle de sa petite fille dans un récent accident de bus. C’était inspiré mais je crois moi qu’elle s’est suicidée. À neuf ans on a parfois le moral au ras des socquettes. Bien dire fait rire, bien faire fait taire. Monsieur Verdier a raconté son quarantième suicide raté. Pas un exemple pour la jeunesse. La dose de poison n’était pas assez forte et le médecin en chef de l’asile psychiatrique l’a supplié de changer d’établissement. Nous étions tordus de rire surtout Philippe Thomas dont la scoliose avancée l’oblige à être plié en deux même quand il dort.
Mademoiselle Lejeune a parlé de son viol à l’âge de douze ans par un chauffeur de bus. Les événements remontant à trop loin, nous avons essayé sans succès de conclure si c’était le même conducteur qui avait écrasé Rachel, la petite fille de Sonia Delhberg. Nous nous sommes stupidement appesantis sur les raisons qui poussaient son père à l’enfermer dans un placard sous l’escalier de la maison qu’ils avaient faite construire par un grand architecte. Rachel adorait lire, par simple cruauté il éteignait la lumière dès dix-huit heures. Elle ne pouvait guère se réconforter avec sa mère qui l’obligeait de porter les robes de son aïeule qui n’avait jamais été grande. Les robes étaient légèrement raccourcies : à mi-cuisse. Sa mère dont les idées étaient bien plus courtes et parfois tordues voyait dans cet exercice de couture un hommage vibrant envers celle qui avait connu Auschwitz. Quand mon tour est enfin arrivé, je me suis contenté de raconter ma vie en concluant qu’elle était aussi vide et brève que mon intervention.
J'avais préparé un petit discours très soigné, une véritable orgie de l'inanité. J'ai dit que j'avais tout donné à la vie sauf ma mort. Ils ne se sont pas rendus compte que j'avais paraphrasé Apollinaire qui avait écrit : « J'ai tout donné au soleil tout, sauf mon ombre ». La sphère de mon insignifiance n'échappait à personne. Face au micro, j'ai buté sur chaque mot, en me mouchant, en geignant, en pleurant à chaudes larmes sur l'estrade. Trop profondes pour êtes éclairées mes pensées adhésives rappelèrent au public que j’étais le dernier candidat à passer et qu’après moi ce serait le buffet précédant les délibérations. Les applaudissements furent aussi nourris que les envies de faire un sort aux crevettes-mayonnaise et aux tranches d’avocats sur leur lit de tomates-mozarrella.
Mon malaise était palpable, mon infirmité méritoire. N'être doué pour rien est la plus grande liberté, nous dit Cioran que j'ai cité plusieurs fois durant mon laïus. J'étais nul et inutile. Courbé de doutes. J'étais un frisson sans adjectif. Un paysan sans charrue. L'auditoire attendri ressentait ma souffrance comme si c'était la sienne. J'avais soigné les détails. Mes cheveux étaient peints en rouge. Mon nez coulait. Mes mains sortaient et rentraient de mon dos. Ma chemise à manches courtes dévoilait des tatouages de cercueils et d'ossements croisés. « Ils partiront au bout de deux ou trois douches » indiquait le mode d'emploi du magasin de farces et attrapes.
Se retrouver au même point chaque jour qui passe, fidèle à ses carences vous fait tournoyer bêtement comme une toupie. La joie de se perdre est salutaire. L'âme blette, l'esprit léché par une lèpre dont le quotidien s'accoutume, les croyances aussi subversives qu'un Journal de Treize heures, vous voilà engagé dans une obscurité qui étouffe. L'espoir est interdit de crainte que l'inconnu évanouisse l'habitude. Vermoulue de l'intérieur, ma chair malade s'effondre comme une vieille baraque qui attend son fossoyeur. Voilà le genre de niaiseries dont j'avais illustré mon simulacre, le premier prix était une somme rondelette, non sans oublier à la fin de remercier mes parents pour la merveilleuse angoisse de mort qu'ils m'avaient transmise. Grâce à eux j'ai passé le plus clair de ma vie à écrire des lettres d'injures et d'adieux. Se promener dans un cimetière est le médicament miracle.
Quand les vertiges vous agrippent à une foi intense et vous vouent aux clichés il faut avoir pitié des réserves de mépris qui bercent en somnambules dans la nonchalance. Évitez de dépendre de qui que ce soit. le principe du malheur réside dans cette seule phrase. Cioran ne cherche pas à discuter avec la douleur physique il sait que c'est impossible il prend donc sa chance avec la douleur métaphysique qui recèle plus de possibilités. Il fabrique du fulgurant. Sa mission est le contraire d'une mission. Il joue aux autos-tamponneuses avec les concepts. Lesquels ? Ceux qu'il invente. L'évidence de ne pas être évident s'impose au yeux de tous. Tout est compatible avec tout mais le bonheur n'est pas compatible avec la philosophie.
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mh17
  16 juillet 2019

Un livre d'aphorismes que j'ai eu beaucoup de plaisir à relire récemment. Cioran est pessimiste, ça oui, mais il n'est pas lugubre du tout !
"On meurt depuis toujours et cependant la mort n'a rien perdu de sa fraîcheur. C'est là que gît le secret des secrets."
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lDavidl
  25 septembre 2015
Il y a du bon et du moins bon dans ce recueil. Vous y trouverez toujours certaines perles, qui sont à trier parmi d'autres fragments un peu moins fins, un peu redondants parfois. Toujours est-il que c'est un livre à garder près de votre lit, afin de lire quelques fragments de temps en temps, et ainsi d'éviter de tout lire en bloc ce qui serait imbuvable.
C'est la première fois que je lisais une oeuvre de Cioran, et il est vrai que le pessimisme ambiant est assez dérangeant, bien que compensé largement avec un style très poétique et parfois très beau. Mitigé donc à la fin de Aveux et anathèmes, et j'attends la prochaine lecture d'une de ses oeuvres pour me faire un réel avis sur Cioran.
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MarielleBriffaux
  01 janvier 2016
Un langage clair, simple, percutant...
De l'humour dans le désespoir, quelle classe !
Une lucidité et une intelligence percutante !
A déguster de-ci, de-là comme une gourmandise.
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Duluoz
  10 octobre 2014
Le livre idéal à offrir ou à lire à un agonisant qui n'attendrait rien d'autre "que ça passe plus vite".
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
mh17mh17   16 juillet 2019
On apprend plus dans une nuit blanche que dans une année de sommeil. Autant dire que le passage à tabac est autrement instructif que la sieste.
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mh17mh17   16 juillet 2019
Ce matin, après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j'ai renoncé à faire ma toilette: à quoi bon se laver encore ?
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gaillard1gaillard1   25 septembre 2010
Bien plus que le temps, c'est le sommeil qui est l'antidote du chagrin. L'insomnie, en revanche, qui grossit la moindre contrariété et la convertit en coup du sort, veille sur nos blessures et les empêche de dépérir.
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KadjagoogooKadjagoogoo   13 mai 2016
Akhmatova, comme Gogol, n'aimait rien posséder. Elle distribuait les cadeaux qu'on lui donnait et on les retrouvait chez d'autres quelques jours après. Ce trait rappelle les mœurs des nomades, astreints au provisoire par nécessité et par goût. Joseph de Maistre cite le cas d'un prince russe de ses amis qui couchait n'importe où dans son palais et n'y avait pour ainsi dire pas de lit fixe, car il vivait avec le sentiment d'y être de passage, d'y camper en attendant de déguerpir.
...Quand l'Est de l'Europe fournit de tels modèles de détachement, pourquoi en chercher en Inde ou ailleurs ?
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Wertheimer05Wertheimer05   05 janvier 2014
Je ne suis heureux que lorsque j'envisage le renoncement et m'y prépare. Le reste est aigreur et agitation. Renoncer n'est pas facile. Cependant, rien que d'y tendre apporte un apaisement. Y tendre? Y songer seulement suffit à vous donner l'illusion d'être un autre, et cette illusion est une victoire, la plus flatteuse, la plus fallacieuse aussi.
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Videos de Emil Cioran (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emil Cioran
Dictionnaire amoureux des saints Christiane Rancé Alain Bouldouyre Plon, mars 2019 Collection Dictionnaire amoureux
Présentation des saints de la religion chrétienne. Leur histoire, leur parcours, leur rôle ainsi que leurs caractéristiques sont détaillés, de Jean-Baptiste de la Salle à Jean-Paul II en passant par Paul de Tarse, Thérèse de Lisieux ou François d'Assise. La notion de sainteté est abordée à travers le point de vue de ceux qui l'ont célébrée tels Emil Cioran, Jean Cocteau ou Georges Bernanos. ©Electre 2019
https://www.laprocure.com/dictionnaire-amoureux-saints-christiane-rance/9782259248624.html
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