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EAN : 9782070728558
120 pages
Gallimard (24/09/1993)
4.28/5   16 notes
Résumé :
livre charnière de Cioran, le bréviaire des vaincus a été écris de 1940 à 1944, à Paris, en roumain.
Cioran se veut désormains parisien "Je me repose dans les nonchalances de la France et je m'adoube chevalier de la langueur. Mais il n'arrive pas à se sentir français "Y avait -il boulevard Saint-Michel un étranger plus étranger que moi ?"
Alors, déchiré, sans espoir, il cherche un semblant de consolation en habillant sa pensée mortuaire dans les haill... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
ibon
  27 juillet 2015
Comme il pleuvait depuis 2 semaines en Bretagne (entre les éclaircies) , j'ai pensé qu'une lecture revigorante occuperait les journées d'intérieur...
En lisant les premières pages, je m'aperçois que Cioran, même jeune, est d'un pessimisme rare. Des nuages noirs m'auraient donc suivi jusqu'à mon abri?
Ce qu'il écrit ferait déprimer une mouette rieuse pendant la saison des amours.
C'est sans espoir. Mais cette pensée mortuaire est ornée des plus belles pages de poésie. Et c'est avec en plus quelques aphorismes bien venus qu'il expose ses pensées.
Aucune religion n'échappe à son glaive (Ah intéressant!), il insulte même sa Roumanie natale, mais la décadence de Rome, la poésie et la violence des côtes bretonnes trouvent grâce à ses yeux et la musique- le largo du Concerto pour deux violons de Bach- l'a rendu souvent à la vie:

"Car il y a dans ce largo un attendrissement du néant dont le frémissement atteint la perfection".
Oui, finalement Cioran met si bien des mots sur les maux que l'on peut y revenir, parfois.



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colimasson
  29 octobre 2015
Tout quitter en Roumanie par épuisement pour ces « Valaques, et leur ricanement mielleux de maquignons mal dégrossis dans les salons », « Mille ans de défaites ont engendré des crapules infatuées, à la roublardise stérile et, chez le paysan épuisé par la peine de tous les jours, une vue du monde bornée à la glèbe et au tord-boyaux- et aux croix de bois tordues qui veillent sur des morts sans fierté ». de quoi faire naître une insatisfaction assez puissante pour réclamer la réanimation des tyrans antiques. On tuait, certes, on souffrait, certainement, mais rien de pire pour Cioran que l'atermoiement qui fige « doucetement » ses compatriotes. On peut faire une lecture politique de ce Bréviaire des vaincus si ça nous chante, et continuer à vilipender Cioran pour ses flirts fascistes. Facile. On peut aussi se demander quelle est la nature de la défaillance qu'il a goûtée tout au long de sa jeunesse au point de croire qu'un carnage vaut bien mieux que l'assoupissement des âmes.

Reste cependant qu'arrivé à Paris, Cioran rédige ce Bréviaire des vaincus en langue roumaine. Il ne se sent pas chez lui non plus en France. Il crache sur le christianisme et dorlote l'idée de la mort pour ne pas désespérer totalement. Tiraillé entre un désir d'absolu et les fulgurances vitales qui lui donnent plus de forces qu'une simple vie de parisien n'en nécessite, il se lamente sur son âme trop pleine. A défaut de trouver une pitance suffisante dans ce monde trop modeste, Cioran est obligé de se dévorer lui-même, petit estomac digérant ses propres cellules : « Rien de ce qui appartient au monde ne m'a laissé indifférent et je n'en ai rien dénigré. Aussi ai-je glissé, fébrile et appliqué, dans son vide. L'appel et le chant de la terre perçaient jusque dans les pensées qu'elle désertait. J'étais, tel l'apôtre, enseveli avec Jésus en Dieu, mais la moindre oeillade d'une passante suffisait pour m'arrimer aussitôt dans le temps ».

On connaît Cioran, léger et percutant lorsqu'il écrit en français. Défaut de traduction ou inclusion dans la série des premiers écrits, ce Bréviaire des vaincus se montre plus plombant que de coutume mais plus dense aussi, riche d'une poésie qu'Antonin Artaud n'aurait pas reniée.
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alzaia
  14 avril 2015
Il crut par la mort nous rendre serfs et nous vouer à son service. Or, ce fut à petites gorgées que nous nous accoutumâmes à la vie.
Vivre : se spécialiser dans l'erreur.
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Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
ibonibon   23 juillet 2015
Mes semblables, je les connais. J'ai lu plus d'une fois dans leurs yeux absents et vides la déraison de mon destin, quand je ne reposais pas mes révoltes dans les sommeils de mon regard.
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colimassoncolimasson   18 novembre 2015
Rien de ce qui appartient au monde ne m’a laissé indifférent et je n’en ai rien dénigré. Aussi ai-je glissé, fébrile et appliqué, dans son vide. L’appel et le chant de la terre perçaient jusque dans les pensées qu’elle désertait. J’étais, tel l’apôtre, enseveli avec Jésus en Dieu, mais la moindre œillade d’une passante suffisait pour m’arrimer aussitôt dans le temps.
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colimassoncolimasson   14 mars 2017
Dévoré par le péché de la nouveauté, j’aurais bien retourné le ciel comme un gant. Je plantais mes dents dans les replis de la chair, je lançais mes idées dans des gigues abstraites, et les mystères mouraient dans ma bouche et dans mon cerveau. Où est le suc du devenir qui pourrait revigorer le pouls de l’esprit et du cœur ? Il n’y a plus derrière moi que des gouttelettes défuntes, qui ensemencent mon passé comme une Voie lactée de l’inutile.
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colimassoncolimasson   15 janvier 2017
« Si Rome n’avait pas vécu avec autant d’intensité, si elle ne s’était pas dépensée aussi vite, la ruine de son orgueilleuse magnificence serait survenue plus tard et la loi chrétienne serait restée l’apanage peu enviable d’une secte. Nous aurions eu alors la chance de connaître une autre foi, plus sensuelle, plus poétique, artiste dans la cruauté, consolatrice dans la vanité.
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colimassoncolimasson   28 février 2017
De l’enfance, tu as sauté à pieds joints dans la philosophie, et les années ont accru ton horreur de la sédentarité. Depuis, tes pensées courent par monts et par vaux. Le besoin d’errer hante les notions. Les quatre murs te pèsent. Tu ne respires –philosophe des routes et des rues- qu’aux carrefours. Dehors, toujours dehors –il n’y a pas de lit dans l’univers !
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Vidéo de Emil Cioran
Avec Obsolescence des ruines publié aux Éditions Inculte, l'auteur Bruce Bégout se meut en une forme de grand architecte de la conscience lorsque son regard se pose sur les ruines de notre temps et les constructions urbaines de notre époque. Dans son essai, Bruce Bégout dresse une typologie des ruines qui démontre, à travers l'urbanisme, la distorsion violente et permanente entre le passé et le présent, qui modifie notre rapport aux souvenirs à l'histoire et qui révèle l'ambivalence de nos mondes urbains face au futur. En 2016, Bruce Bégout a reçu la prestigieuse bourse Cioran du Centre national du livre pour son projet d'essai intitulé « La Grande fatigue. Aphorismes pour la fin des temps ».
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