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Simone Boué (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070749355
1008 pages
Éditeur : Gallimard (04/11/1997)
4.52/5   33 notes
Résumé :
Cahiers d'exercices où s'accumulent les notations les plus diverses : souvenirs de lectures, impressions musicales, portraits ou plutôt esquisses d'amis et d'ennemis ; évocations de balades, fréquentes, dans Paris et à la campagne, d'où ce "philosophe de la rue" rapporte toujours quelque anecdote ou image frappante.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
blanchenoir
  11 mai 2014
Cet ouvrage est celui que je préfère de Cioran, et je m'étonne de ne pas en avoir fait déjà la critique...
Si certains essais sont plutôt difficiles à lire, il n'en est rien de ce "journal", écrit entre 1957 et 1972. Un journal qui ne relate pas le quotidien d'un homme mais des impressions, des pensées, des souvenirs de lectures, des balades...
On y croise les amis de Cioran, tels Ionesco ou Beckett.
Les anecdotes dont Cioran nous fait part nous rapprochent de la singularité du penseur.
Si Cioran est en révolte contre le monde et contre dieu, il l'est aussi contre lui-même, c'est ce que nous montrent généreusement ses Cahiers.
Le style est vivant, et associé à un contenu souvent teinté d'humour, il donne de l'énergie au lecteur.
Pessimiste Cioran ?
Pas seulement, et pas si sûr...
Je dirais plutôt tragique, et ironique...
"Il n'y a qu'une manière de tout posséder : ne rien désirer."
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pierre31
  22 janvier 2021
Cioran, ce pessimiste, lucide, désabusé, contradictoire, victime de son tempérament, de ses humeurs en dents de scie, ce raté de l'absolu cherchant un point fixe, une terre ferme dans le marais du scepticisme, cet ironiste par nécessité, ce solitaire. Cioran, un des écrivains qui me parle le plus.
Nous lisons les écrivains dont nous nous sentons proches. Ce sont les ressemblances que nous cherchons, que nous aimons, amour-propre et solitude obligent. Mais une des fonctions de la littérature — et pour moi peut-être sa fonction la plus profonde — est la découverte de ce qui est justement différent de nous même, d'une autre singularité que la nôtre, tout aussi irréductible et unique. Par la littérature, nous pensons connaître et comprendre ce qui nous est étranger. Bien sur, c'est d'une certaine manière un leurre : chaque individu est au fond irrémédiablement insaisissable, seul. Il n'empêche : par elle, nous pouvons approcher de la vérité d'un être.
Quand je lis Cioran, c'est presque comme si je discutais avec un vieil ami : je commente, l'approuve ou le désapprouve, l'admire, me moque, l'engueule, ris ou compatis. Je suis de plein-pied avec lui, même si certains pans de sa personnalité me sont assez étrangers, notamment son côté masochiste, excessif, frénétique, exprimé dans un style pourtant classique, clair, un peu poseur romantique parfois bien que sincère.
Ces cahiers sont un mélange de pensées, d'impressions, d'observations, de souvenirs parfois, de journal intime, d'anecdotes, de notes de lecture, etc. Les lire, c'est moins comprendre des idées — encore moins un système — que découvrir une sorte de métaphysique émotionnelle, une philosophie pointilliste qui par petites touches peint un rapport singulier au monde, à la vie, au fait même d'exister. Cette vie intérieure, si riche, et subtile malgré sa radicalité, ne plaira pas à tout le monde : trop particulière, trop à rebours du temps présent ou plutôt en-dehors du monde. Et c'est justement ce pourquoi Cioran restera : il est atemporel.
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Jeanraphael
  05 février 2018
ça c'est vraiment un livre superbe.
ce qui me plait chez Cioran, c'est la précision du propos, dans une oeuvre ou l'objet principal est l'auteur, tout l'auteur, rien que l'auteur. Et pourtant c'est jamais égocentrique, jamais nombrilleux, ni pédant ni démonstratif. On y admire l'amertume rageuse et sublime d'un auteur qui ne fait qu'écrire ce qui lui passe par la tête, avec l'obsession de refuser tout autre style que celui qui dit le plus fidèlement les choses.
Ouvrir un livre de Cioran, celui-ci en particulier, c'est regarder par la fenêtre.
sacré Emile !!
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Citations et extraits (108) Voir plus Ajouter une citation
blanchenoirblanchenoir   26 février 2014
Il m'est absolument impossible de savoir si je me prends ou non au sérieux. Le drame du détachement, c'est qu'on ne peut en mesurer le progrès. On avance dans un désert, et on ne sait jamais où l'on est.
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pierre31pierre31   28 novembre 2020
Pour certains, la perspective de mourir (Proust, Hitler...) les pousse dans une rage d’activité : ils veulent/tout/terminer, conclure leur œuvre, s'éterniser par elle ; plus un instant à perdre, ils sont stimulés par l'idée de leur fin — pour d'autres la même perspective les paralyse, les amène à une sagesse stérile, et les empêche de travailler : à quoi bon ? L'idée de leur fin flatte leur apathie, au lieu de les secouer, alors que chez les autres elle excite toutes les énergies, les bonnes comme les mauvaises.
Qui à raison, où est le bon sens ? Il est difficile de le dire, d'autant plus que les deux réactions se justifient. Tout dépend de nos inclinations, de notre nature. Pour connaître quelqu'un véritablement, il faudrait savoir ce que /déclenche/ en lui la pensée de sa fin : est-elle exaltante ou engourdissante ? Heureux ceux qui se mettent à besogner parce qu'ils pensent qu'ils vont mourir, qui trouvent dans cette idée une impulsion des plus dynamique ! Moins heureux ceux qui déposent les armes et attendent, car ils ont /trop/ de temps pour envisager leur terme. Ils meurent pendant tous les instants qu'ils consacrent à l'idée de la mort : ce sont des moribonds au sens plein du mot, des moribonds /inépuisables/.
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nadejdanadejda   04 octobre 2015
7 juillet 1967
Tout présent est déjà mort. Il n’y a de vivant que l’avenir. Cela est si vrai qu’on ne peut agir qu’en oubliant l’aujourd’hui pour ne songer qu’à demain. Le remords, tourné vers le passé, est le grand ennemi de l’acte.
Le secret de l’ici-bas, je dirais le miracle, ce n’est pas l’espoir, c’est la possibilité d’espérer. La vie s’épuise dans cette possibilité, la vie est cette possibilité même. p 518
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nadejdanadejda   26 juillet 2015
11 janvier 1960
En jugeant sans pitié ses contemporains, on risque d'avoir raison et de faire aux yeux de la postérité figure d'esprit incisif et clairvoyant. Mais du même coup on renonce au côté aventureux de l'admiration, aux erreurs chaleureuses qu'elle suppose. Oui, l'admiration est une aventure, d'autant plus belle qu'elle se trompe presque toujours. Il est effrayant bien que raisonnable, de n'avoir aucune illusion sur personne.
Rien de plus lamentable que d'avoir inéluctablement raison. p 46
(...)
Mes admirations, pour passionnées qu'elle soient, conservent toujours un rien de poison. Je n'ai pas l'étoffe d'un panégyriste. p 47
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pierre31pierre31   06 décembre 2020
Le français et l'esprit d'Utopie. La facilité avec laquelle le Français construit un système social, la passion qu'il met à en ériger un, sans tenir compte des données concrètes, irréductibles, est simplement stupéfiante. Alors qu'il manque d’imagination métaphysique (les grands systèmes à l'allemande, il y est tout à fait impropre), il fait en revanche preuve d'invention dès qu'il s'agit de /repenser/la société : là plus rien ne l'arrête, aucune considération d'aucun ordre, aucun rappel à la « réalité » ; il se déchaîne, il délire en raisonnant, il va jusqu'au bout de ses divagations sans se soucier de l'expérience. Il a du « bon sens » en métaphysique, c'est-à-dire qu'il n'est pas métaphysicien ; il n'en a presque pas dans ses visions « sociales » ; c'est pourquoi il y fait facilement figure de novateur, et d'irresponsable, puisqu’il peut y avancer n'importe quelle insanité « généreuse ». Obsédé par l'/égalité/, c'est pourquoi il est si tenté par l'utopie, car qu'est-ce que l'utopie, sinon construction pure, en soi, /à partir/ ou /en vue/ de l'égalité instauré.
L'idée centrale des systèmes utopiques n'est pas la /liberté/ mais l'/égalité/. Si c'était la liberté, la construction utopique serait difficile, voir impossible.
Au fond toute utopie est une série de postulats auxquels souscrit seulement l'utopiste (et les naïfs qu'il réussit à convaincre)
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Dumitru Tsepeneag Un Roumain à Paris - éditions P.O.L : où Dumitru Tsepeneag tente de dire de quoi et comment est composé son nouveau livre, "Un Roumain à Paris", traduit du roumain par Virgil Tanase, son journal des années 1970 à Paris, et où l'on croise notamment Roland Barthes, Eugène Ionesco, Emil Cioran, Paul Goma, Nicolae Breban, Michel Deguy, Gabriel Marcel, Leonid Dimov, Paul Otchakovsky-Laurens, Alain Robbe-Grillet, Robert Pinget, où il est aussi question de la parution de ses premiers livres dans la collection Textes chez Flammarion, de sa déchéance de nationalité roumaine, de la revue "Les Cahiers de l'est", de Chine et de Roumanie, de jeux d'échecs et de courses de chevaux, de l'onirisme et du surréalisme, à l'occasion de sa parution aux éditions P.O.L, à Paris le 4 février 2021. Dumitru Tspeneag - Dumitru Tepeneag - Ed Pastenague "un român la Paris"
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>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Philosophes et psychologues : biographies (91)
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