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EAN : 9782070324071
142 pages
Gallimard (03/03/1987)
3.78/5   60 notes
Résumé :
Seul un monstre peut se permettre le luxe de voir les choses telles qu'elles sont. Mais une collectivité ne subsiste que dans la mesure où elle se crée des fictions, les entretient et s'y attache. S'emploie-t-elle à cultiver la lucidité et le sarcasme, à considérer le vrai sans mélange, le réel à l'état pur ? Elle se désagrège, elle s'effondre. D'où pour elle ce besoin métaphysique de fraude, cette nécessité de concevoir, d'inventer, à l'intérieur du temps, une duré... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
FredMartineau
  20 juillet 2019
Histoire et utopie ne décevra pas les amateurs de Cioran. Pessimiste, désabusement, mise en lumière de la laideur humaine, plus proche de la vérité que tous les bons sentiments, l'empathie, le pardon, la quête d'un âge d'or et d'une société idéale qui ne sont que les revers naïfs d'une médaille noire, rarement grise foncée... j'ai trouvé certaines de ses analyses d'une lucidité froide et d'un modernisme historique étonnant...je me suis noté de le relire pour approfondir certains passages.
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Tandarica
  08 décembre 2019
Cioran n'aime pas du tout les utopies, qu'il considère comme stupides : la nature humaine étant ce qu'elle est, la société ne peut guère être autrement.
Le pessimisme de Cioran n'est manifestement pas surfait. Rien n'est sûr, grosso modo, à part la mort et le vice.
La principale caractéristique des utopies est de créer des êtres-marionnettes, incapables de la moindre réflexion et dépourvus du plus petit trait psychologique.
Cependant, le scepticisme de Cioran n'est pas intégral ; il accorde tout de même un léger avantage à la société capitaliste.
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Unhomosapiens
  11 février 2018
Alors que dans "La chute dans le temps", Cioran se recentrait sur l'individu, il se place ici au niveau du collectif, du temps historique. Pour cet ouvrage aussi, il s'agit de plusieurs feuillets rassemblés par l'éditeur, ce qui donne une succession de plusieurs textes centrés sur des thèmes particuliers. On commence par une comparaison entre la société capitaliste et communiste sous la forme d'une lettre adressée à un ami roumain pour en arriver à des réflexions sur le pouvoir et la marche de l'Histoire. L'Histoire, qui d'ailleurs, ne mène à rien et n'a aucun sens, selon Cioran. Pour résumer très grossièrement, c'est toujours le plus fort de la meute qui prend le pouvoir.
On retrouve toute la misanthropie de Cioran dans un style toujours très lyrique, mais précis. Cependant, j'ai eu parfois bien du mal à comprendre où il voulait en venir. Ses idées sont tellement contraires à la pensée dominante, qu'on reste souvent bouche bée, les yeux écarquillés devant ses assertions. C'est d'ailleurs ce qui me plait dans ses livres. Il n'hésite pas à dénigrer l'homme, l'humanité et lui-même, mais son nihilisme est parfois déroutant, presqu'inquiétant. Attention à ne pas se laisser submerger !
Pour amateurs éclairés.
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tristantristan
  06 septembre 2021
Publiés pour la première fois en 1960 par Gallimard, les six chapitres qui constituent "Histoire et utopie" sont à la fois un tour d'horizon des tyrannies, des démocraties, des utopies et des religions, une manière de nouveau "Le Prince" - en écho à celui de Machiavel- et enfin une vision implacable de l'individu social et de tous ses défauts. Court, bien écrit et pertinent cet ouvrage donne à penser et à réfléchir. Juste un bémol concernant l'évocation de l'URSS et de ses satellites qui est forcément datée, à l'inverse des considérations sur l'âme slave et sur les tyrans de l'Est.
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Fx1
  10 septembre 2014
Cioran c'est définitivement un esprit trés particulier. La découverte fait parfois trés mal , mais il est vrai qu'une cure de Cioran fait parfois du bien . Attention pour lecteurs avertis . Comme l'intégralité de l'oeuvre de Cioran . Ce qui en fait tout l'intéret .
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Citations et extraits (70) Voir plus Ajouter une citation
UnhomosapiensUnhomosapiens   06 février 2018
Chaque civilisation croit que son mode de vie est le seul bon et le seul concevable, qu'elle doit y convertir le monde ou le lui infliger. On ne fonde pas un empire seulement par caprice. On assujettit les autres pour qu'ils vous imitent, pour qu'ils se modèlent sur vous, sur vos croyances et vos habitudes ; vient ensuite l'impératif pervers d'en faire des esclaves pour contempler en eux l'ébauche flatteuse ou caricaturale de soi-même.
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FredMartineauFredMartineau   20 juillet 2019
Nous n'agissons que sous la fascination de l'impossible ; autant dire qu'une société incapable d'enfanter une utopie et de s'y vouer est menacée de sclérose et de ruine.
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okkaokka   03 mars 2017
p.119.

Aujourd’hui, réconciliés avec le terrible, nous assistons à une contamination de l’utopie par l’apocalypse : la « nouvelle terre » qu’on nous annonce affecte de plus en plus la figure d’un nouvel enfer. Mais, cet enfer, nous l’attendons, nous nous faisons même un devoir d’en précipiter la venue. Les deux genres, l’utopique et l’apocalyptique, qui nous apparaissaient si dissemblables, s’interpénètrent, déteignent maintenant l’un sur l’autre, pour en former un troisième, merveilleusement apte à refléter la sorte de réalité qui nous menace et à laquelle nous dirons néanmoins oui, un oui correct et sans illusion. Ce sera notre manière d’être irrépprochables devant la fatalité.
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lilianelafondlilianelafond   18 mai 2020
chapitre V : Mécanismes de l’utopie
En quête d’épreuves nouvelles, et au moment même où je désespérais d’en rencontrer, l’idée me vint de me jeter sur la littérature utopique, d’en consulter les « chefs-d’œuvre », de m’en imprégner, de m’y vautrer. À ma grande satisfaction, j’y trouvai de quoi rassasier mon désir de
pénitence, mon appétit de mortification. Passer quelques mois à recenser les rêves d’un avenir meilleur, d’une société « idéale », à consommer de l’illisible, quelle aubaine ! Je me hâte d’ajouter que cette littérature rebutante est riche d'enseignements, et, qu’à la fréquenter, on ne perd pas
tout à fait son temps. On y distingue dès l’abord le rôle (fécond ou funeste, comme on voudra) que joue, dans la genèse des événements, non pas le bonheur, mais l’idée de bonheur, idée qui explique pourquoi, l’âge de fer étant coextensif à l'histoire, chaque époque s’emploie à divaguer sur l’âge
d'or. Qu’on mette un terme à ces divagations : une stagnation totale s’ensuivrait. Nous n’agissons que sous la fascination de l’impossible : autant dire qu’une société incapable d’enfanter une utopie et de s’y vouer est menacée de sclérose et de ruine. La sagesse, que rien ne fascine, recommande le bonheur donné, existant ; l’homme le refuse, et ce refus seul en fait un animal historique, j'entends un amateur de bonheur imaginé.
[...] L’air vous irrite : qu’il change ! Et la pierre aussi. De même le végétal, de même l’homme. Descendre, par-delà les assises de l’être, jusqu’aux fondements du chaos, pour s’en emparer, pour s’y établir ! Quand on n’a pas un sou en poche, on s’agite, on extravague, on rêve de posséder tout,
et ce tout, tant que la frénésie dure, on le possède en effet, on égale Dieu, mais personne ne s’en aperçoit, même pas Dieu, même pas soi. Le délire des indigents est générateur d’événements,
source d’histoire : une foule de fiévreux qui veulent un autre monde, ici-bas et sur l’heure. Ce sont eux qui inspirent les utopies, c'est pour eux qu’on les écrit. Mais utopie, rappelons-le, signifie nulle part.
Et d’où seraient-elles ces cités que le mal n’effleure pas, où l’on bénit le travail et où personne ne craint la mort ? On y est astreint à un bonheur fait d’idylles géométriques, d’extases réglementées, de mille merveilles écœurantes, telles qu’en présente nécessairement le spectacle d’un monde parfait, d’un monde fabriqué. [...]
La chose qui frappe le plus dans les récits utopiques, c'est l’absence de flair, d’instinct psychologique. Les personnages en sont des automates, des fictions ou des symboles : aucun n’est vrai, aucun ne dépasse sa condition de fantoche, d’idée perdue au milieu d’un univers sans repères.
[...] Pour mieux saisir sa déchéance ou celle d’autrui, il faut passer par le mal et, au besoin, s’y enfoncer : comment y arriver dans ces cités et ces îles d’où il est exclu par principe et par raison d’État ? Les ténèbres y sont interdites ; la lumière seule y est admise. Nulle trace de dualisme :
l’utopie est d’essence antimanichéenne. Hostile à l’anomalie, au difforme, à l’irrégulier, elle tend à l’affermissement de l’homogène, du type, de la répétition et de l’orthodoxie. Mais la vie est rupture, hérésie, dérogation aux normes de la matière. Et l’homme, par rapport à la vie, est hérésie au second degré, victoire de l’individuel, du caprice, apparition aberrante, animal schismatique que la société – somme de monstres endormis – vise à ramener dans le droit chemin. [...]
Rien ne dévoile mieux le sens physique de la nostalgie que l’impossibilité où elle est de coïncider avec quelque moment du temps que ce soit ; aussi cherche-t-elle consolation dans un passé reculé, immémorial, réfractaire aux siècles et comme antérieur au devenir. [...] Tout à l’opposé, celle dont procède le paradis d’ici-bas sera démunie de la dimension du regret
précisément : nostalgie renversée, faussée et viciée, tendue vers le futur, obnubilée par le « progrès», réplique temporelle, métamorphose grimaçante du paradis originel. Contagion ? automatisme ? cette métamorphose a fini par s’opérer en chacun de nous. De gré ou de force, nous misons sur l’avenir, en faisons une panacée, et, l’assimilant au surgissement d’un tout autre temps à l’intérieur du temps même, le considérons comme une durée inépuisable et pourtant achevée, comme une histoire intemporelle. Contradiction dans les termes, inhérente à l'espoir d'un règne nouveau, d'une victoire de l'insoluble au sein du devenir. Nos rêves d’un monde meilleur se fondent sur une impossibilité théorique. Quoi d’étonnant qu’il faille, pour les justifier, recourir à des paradoxes
solides ? [...]
Échafauder une société où, selon une étiquette terrifiante, nos actes sont catalogués et réglés, où, par une charité poussée jusqu'à l’indécence, l’on se penche sur nos arrière-pensées ellesmêmes, c’est transporter les affres de l’enfer dans l’âge d'or, ou créer, avec le concours du diable, une institution philanthropique. Solariens, Utopiens, Harmoniens1 – leurs noms affreux ressemblent à leur sort, cauchemar qui nous est promis à nous aussi, puisque nous l’avons nous-mêmes érigé en idéal.
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okkaokka   03 mars 2017
p.59.

Ce qu’ils souhaitent en secret c’est notre affaissement, notre humiliation et notre ruine. Assimilant notre réussite à une usurpation, ils réservent toute leur clairvoyance à l’examen de nos pensées et de nos gestes pour en publier le vide, et ne deviennent cléments que lorsque nous commençons à descendre la pente. Si vif est leur empressement au spectacle de notre dégringolade, qu’ils nous aiment alors tout de bon, s’attendrissent sur nos misères, fuient les leurs pour partager les nôtres et s’en repaître. Pendant notre élévation, ils nous scrutaient sans pitié, ils étaient objectifs ; maintenant, ils peuvent se permettre l’élégance de nous voir autres que nous ne sommes et de nous pardonner nos anciens succès, persuadés qu’ils sont que nous nous n’en aurons pas de nouveaux. Et telle est leur faiblesse pour nous qu’ils dépensent le plus clair de leur temps à se pencher sur nos difformités et à s’extasier sur nos carences.
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Videos de Emil Cioran (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emil Cioran
« […] Chestov (1866-1938) de son côté, tout le long d'une oeuvre à l'admirable monotonie, tendu sans cesse vers les mêmes vérités, démontre sans trêve que le système le plus serré, le rationalisme le plus universel finit toujours par buter sur l'irrationnel de la pensée humaine. Aucune des évidences ironiques, des contradictions dérisoires qui déprécient la raison ne lui échappe. Une seule chose l'intéresse et c'est l'exception, qu'elle soit de l'histoire du coeur ou de l'esprit. […] il dépiste, éclaire et magnifie la révolte humaine contre l'irrémédiable. Il refuse ses raisons à la raison et ne commence à diriger ses pas avec quelque décision qu'au milieu de ce désert sans couleurs où toutes les certitudes sont devenues pierres. […] »  […] pour Chestov l'acceptation de l'absurde est contemporaine de l'absurde lui-même. le constater, c'est l'accepter et tout l'effort logique de sa pensée est de le mettre à jour pour faire jaillir du même coup l'espoir immense qu'il entraîne. […] » (Albert Camus, le mythe de Sisyphe, Editions Gallimard, 1985)
« […] On trouve ainsi dans sa [Emil Cioran] correspondance : « Léon Chestov m'a rendu un service considérable : il m'a délivré de l'idolâtrie de la “philosophie”. Je devrais ajouter : de toutes les idolâtries. » (Lettre du 2 avril 1989 à Mme Alice L., in Les cahiers de l'Herne, Emil Cioran, Champs classiques, Éditions Flammartion, 2015)
« Les philosophes aspirent à expliquer le monde, de façon à ce que tout devienne clair et transparent et que la vie ne recèle plus rien (ou le moins possible) de problématique, de mystérieux. Ne faudrait-il pas au contraire s'attacher à montrer que cela même qui paraît aux hommes clair et compréhensible est étrange, énigmatique et mystérieux ? Ne faudrait-il pas s'efforcer de se délivrer et de délivrer les autres du pouvoir des concepts dont la netteté tue le mystère ? Les sources de l'être sont en effet dans ce qui est caché et non dans ce qui est découvert. » (Léon Chestov, Athènes et Jérusalem, in Marc-Alain Ouaknin, Les Mystères de la kabbale, Assouline, 2003)
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Référence bibliographique : Léon Chestov, Les grandes veilles, préface : 10 aphorismes, traduction anonyme, texte établi par la Bibliothèque russe et slave, 2012.
https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Chestov%20-%2010%20aphorismes.htm
Image d'illustration : https://www.amazon.com/Le%CC%81on-Chestov-philosophe-Cultures-socie%CC%81te%CC%81s/dp/2720403229
Bande sonore originale : The OO-Ray - The Warm Before The Storm The Warm Before the Storm by The OO-Ray is licensed under an Attribution-NonCommercial 3.0 International License.
Site : https://freemusicarchive.org/music/The_OO-Ray/The_Force_of_Water/The_OO-Ray_-_The_Force_of_Water_-_05_The_Warm_Before_the_Storm
#LéonChestov #LesGrandesVeilles #PhilosophieRusse
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>Sciences sociales>Science politique>Types d'Etats et de gouvernements (94)
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