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EAN : 9782070297689
254 pages
Gallimard (04/10/1977)
4.23/5   132 notes
Résumé :
Ce qu'il faut détruire dans l'homme, c'est sa propension à croire, son appétit de puissance, sa hantise d'un dieu. Il est impérieux, pour y parvenir, de faire à la paresse une place parmi les vertus cardinales et au scepticisme parmi les églises et les polices. E.M. Cioran a écrit dans un style somptueux un livre à la fois pessimiste et tonique qui se débat dans une sorte de sagesse, faite de ricanement, de résignation et de rage.
Toute idée devrait être neut... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Unhomosapiens
  25 mars 2018
Ce premier livre écrit en français, à la fin de la seconde guerre mondiale, est le fruit de son exil forcé pour fuir le stalinisme qui s'installe en Roumanie. Il laisse sa famille et ses amis dont plusieurs seront torturés pour les relations épistolaires qu'ils entretiendront avec lui.
Cioran vient donc d'arriver à Paris, déçu de tout, de lui-même, en proie au pessimisme et à la dépression la plus noire.
Ce livre est donc composé de ses réflexions sur son ressenti, sa souffrance d'exilé. On y découvre déjà le lyrisme et l'ironie qui seront la marque de son écriture pour assèner ses vérités dérangeantes, mais d'une grande lucidité, sur l'espèce humaine.
Le premier (en français) d'une longue série de variantes, tant le thème semble inépuisable. Un essai "choc" à lire pour découvir un penseur essentiel.
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alzaia
  04 mai 2015
Découvert de Cioran, entre d' autres "grands" auteurs dans un petit livre de bachotage "L'écrivain et son moi" de Yves-Alain Favre... Des courts morceaux choisis pour illustrer le titre, Cioran était placé au chapitre 31 "Haro sur la vie intérieure" ... J'aurais continué longtemps à reporter cet auteur sans ce petit opus dégotté chez un bouquiniste... C'est une très bonne surprise (presque "bien évidemment!) ... A ce que j'en ai lu, je le trouve plus lucide que nihiliste et j'aime sa manière de démonter tout le décorum de nos successifs passes passes sociétaux... je livre aussi un passage de la critique de Yves-Alain Favre, je cite : " Rien ne résiste à l'acidité corrosive de sa pensée; il met bas tous les masques et dévoile la vanité de tout. (...) Il refuse toute philosophie, tout langage, toute foi; il dénie toute valeur au temps et à l'univers. Il nous invite, puisque tout est néant, à rester immobiles et inutiles, à abdiquer totalement. Il faut aboutir au vide et à la liquidation de l'aventure du "je"....
Comme ce style "corrosif" est sa pâte par excellence il me semble, je ne lis pas ce livre d'une manière linéaire mais au grès de certains titres qui m'attirent en premiers plus que d'autres... Même si ces écrits peuvent paraître noirs et sans espérances, on sourit souvent à la lecture car il y a comme un détachement dans tout ce qu'il évide par son écriture. On relève aussi souvent les yeux des ces pages, et on médite sur les désillements qu'implique une telle pensée...
Cioran nous est pourtant quasi contemporain, mort il y a vingt ans à peine, et pourtant qui écrirait aujourd'hui dans un style aussi précis et libre sur la manie humaine de s' abreuver d'illusions et de croyances ?
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Cronos
  08 novembre 2021
J'adore l'auteur, son pessimisme me fait sourire mais il me fait surtout réfléchir. Dans ce précis de décomposition, la foi y tient une grande place, publié en 1949 époque où la religion était encore bien ancrée dans les moeurs, je ne suis pas croyant et j'avoue être assez d'accord avec ses prises de positions, même si de nos jours c'est plus courant.
Cioran y traite aussi beaucoup de la mort, et de la vie, à lire seulement si vous avez un bon moral sinon vous allez vous retrouver comme moi avec l'humeur dans les chaussettes. La mélancolie m'a plus touché que le thème de l'exil car je suis en plein dedans pour commencer mais aussi car c'est quelque chose de vécu, contrairement à l'expatriation. J'adorerais lire une analyse complète de ce bouquin en particulier, car même si c'est compréhensible, j'ai bien conscience de louper des pans importants vu que je n'ai jamais eu de cours de philosophie. J'aimerais par exemple savoir comment il en est venu à ces pensées nihilistes, il manque peut-être une petite biographie dans mon édition même si Jean-Paul Enthoven y exprime déjà beaucoup de sujets propres à l'auteur.
Pour finir, c'est un essai accessible même sans aucune base, j'ai apprécié lire quelques pages qui constituent chaque petit chapitre pour ensuite penser, tout simplement. Cioran n'impose rien, il a beau être un bon philosophe, un classique, il laisse quand même de la place aux réflexions du lecteur. Mention spéciale pour l'auteur qui écrit dans un français soutenu alors que ce n'est pas sa langue natale.
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gaillard1
  25 septembre 2010
Excellent, notre bon vieux Cioran, déglingue tout ce qui bouge. Avec une une plume acérée... A tel point que c'est souvent drôle. Profond en tout cas.
Par exemple celle ci : "Il n'est pas difficile d'être profond, il suffit de se faire submerger par ses propres tares." (même si je ne sais plus d'où elle sort...)
La réflexion humaine pessimiste poussée à son extrémité.
Ça fait du bien.
Pleins d'extraits finement classifiés ci-dessous


Lien : https://filsdelapensee.ch/
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nicolab37
  22 septembre 2021
Noir c'est noir!
Que dire de ce chantre du suicide, d'un gars plus désespéré que Pascal sans la possibilité de Dieu, d'un apôtre de l'absurde pire qu'un Camus puisqu'il n'est pas question ici de se révolter.
On désespère d'être une merde dans le néant, de ne rien comprendre, de ne rien attendre d'une vie totalement inepte, on flotte sous la ligne de l'existence, n'y a-t-il finalement qu'une issue raisonnable là-dedans?
Le comble de cette prose toxique écrite en français par Cioran himself (alors qu'il est Roumain), c'est sa beauté funeste.
J'ai trouvé en Cioran un frère d'insomnie, une lumière froide et ténébreuse, un camarade dans la mélancolie, mais j'ai vite refermé le livre, avant d'avoir l'idée saugrenue de me jeter sous un train...
Neurasthéniques s'abstenir. Avec Cioran on saute mais sans élastique!
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Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
ValdimirValdimir   09 février 2017
Les grands exploits ont rejoint les contes de fées et les manuels. Les entreprises glorieuses du passé, comme les hommes qui les suscitèrent, n'intéressent encore que pour les belles paroles qui les ont couronnées. Malheur au conquérant qui n'a pas d'esprit ! Jésus lui-même, pourtant dictateur indirect depuis deux millénaires, n'a marqué le souvenir de ses fidèles et de ses détracteurs que par des bribes de paradoxes qui jalonnent sa vie si adroitement scénique. Comment s'enquérir encore d'un martyr s'il n'a pas proféré un mot adéquat à sa souffrance ? Nous ne gardons la mémoire des victimes passées ou récentes que si leur verbe a immortalisé le sang qui les éclaboussées. Les bourreaux eux-mêmes ne survivent que dans la mesure où ils furent bons comédiens : Néron serait oublié depuis longtemps sans ses saillies de bouffon sanguinaire.

Quand, aux côtés d'un mourant, ses semblables se penchent vers ses balbutiements, ce n’est pas tant pour y déchiffrer une dernière volonté, mais bien plutôt pour y entendre un bon mot qu’ils sauront citer plus tard afin d’honorer sa mémoire. Si les historiens romains n'omettent jamais de décrire l'agonie de leurs empereurs, c'est pour y placer une sentence ou une exclamation que ceux-ci prononcèrent ou sont censés avoir prononcée. Cela est vrai même pour les agonies les plus communes. Que la vie ne signifie rien, tout le monde le sait ou le pressent : qu’elle soit au moins sauvée par un tour verbal ! Une phrase aux tournants de leur vie, voilà à peu près tout ce qu’on demande aux grands et aux petits. Manquent-ils à cette obligation, ils sont à jamais perdus ; car on pardonne tout, jusqu’aux crimes, à condition qu’ils soient exquisément commentés.
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alzaiaalzaia   01 juin 2015
L'automate

Je respire par préjugé. Et je contemple le spasme des idées, tandis que le Vide se sourit à lui-même… Plus de sueur dans l’espace, plus de vie ; la moindre vulgarité la fera reparaître : une seconde d’attente suffit. Quand on se perçoit exister on éprouve la sensation d’un dément émerveillé qui surprend sa propre folie et cherche en vain à lui donner un nom. L’habitude émousse notre étonnement d’être : nous sommes – et passons outre, nous recouvrons notre place dans l’asile des existants. Conformiste, je vis, j’essaye de vivre, par imitation, par respect pour les règles du jeu, par horreur de l’originalité. Résignation d’automate : affecter un semblant de ferveur et en rire secrètement ; ne se plier aux conventions que pour les répudier en cachette ; figurer dans tous les registres, mais sans résidence dans le temps ; sauver la face alors qu’il serait préférable de la perdre… Celui qui méprise tout doit assumer un air de dignité parfait, induire en erreur les autres et jusqu’à soi-même : il accomplira ainsi plus aisément sa tâche de faux vivant. A quoi bon étaler sa déchéance lorsqu’on peut feindre la prospérité ? L’enfer manque de manières : c’est l’image exaspérée d’un homme franc et malappris, c’est la terre conçue sans aucune superstition d’élégance et de civilité. J’accepte la vie par politesse : la révolte perpétuelle est de mauvais goût comme le sublime suicide. A vingt ans on fulmine contre les cieux et l’ordure qu’ils couvrent ; puis on s’en lasse. La pose tragique ne sied qu’à une puberté prolongée et ridicule ; mais il faut milles épreuves pour en arriver à l’histrionisme du détachement. Celui qui, émancipé de tous les principes de l’usage, ne disposerait d’aucun don de comédien, serait l’archétype de l’infortune, l’être idéalement malheureux. Inutile de construire ce modèle de franchise : la vie n’est tolérable que par le degré de mystification que l’on y met. Un tel modèle serait la ruine subite de la société, la « douceur » de vivre en commun résidant dans l’impossibilité de donner libre cours à l’infini de nos arrières-pensées. C’est parce que nous sommes tous des imposteurs que nous nous supportons les uns les autres. Tel qui n’accepterait pas de mentir verrait la terre fuir sous ses pieds : nous sommes biologiquement astreints au faux. Point de héros moral qui ne soit ou puéril, ou inefficace, ou non-authentique ; car la vraie authenticité est la souillure dans la fraude, dans les bienséances de la flatterie publique et de la diffamation secrète. Si nos semblables pouvaient prendre acte de nos opinions sur eux, l’amour, l’amitié le dévoueement seraient à jamais rayés des dictionnaires ; et si nous avions le courage de regarder en face les doutes que nous concevons timidement sur nous-même, aucun de nous ne proférerait un « je » sans honte. La mascarade entraîne tout ce qui vit, depuis le troglodyte jusqu’au septique. Comme le respect des apparences nous sépare seul des charognes, c’est périr que de fixer le fond des choses et des êtres ; tenons-nous-en à un plus agréable néant : notre constituion ne tolère qu’une certaine dose de vérité… Gardons au plus profond de nous une certitude supérieure à toutes les autres : la vie n’a pas de sens, elle ne peut en avoir. Nous devrions nous tuer sur le coup si une révélation imprévue nous persuadait du contraire. L’air disparu, nous respirerions encore ; maisnous étoufferions aussitôt si on nous enlevait la joie de l’inanité

p151
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TuurngaqTuurngaq   13 février 2019
J'ai vu celui-ci poursuivre tel but et celui-là tel autre ; j'ai vu les hommes fascinés par des objets disparates, sous le charme de projets et de rêves tout ensemble vils et indéfinissables. Analysant chaque cas isolément pour pénétrer les raisons de tant de ferveur gaspillée, j'ai compris le non-sens de tout geste et de tout effort. Existe-t-il une seule vie qui ne soit imprégnée des erreurs qui font vivre? existe-t-il une seule vie claire, transparente, sans racines humiliantes, sans motifs inventés, sans limites surgies des désirs? Où l'acte pur de toute utilité : soleil abhorrant l'incandescence, ange dans un univers sans foi, ou ver oisif dans un monde abandonné à l'immortalité?
J'ai voulu me défendre contre tous les hommes, réagir contre leur folie, en déceler la source ; j'ai écouté et j'ai vu - et j'ai eu peur : peur d'agir pour les mêmes motifs ou pour n'importe quel autre motif, de croire aux mêmes fantômes ou à tout autre fantômes, de me laisser engloutir par les mêmes ivresses ou par toute autre ivresse, ; peur, enfin, de délirer en commun et d'expirer dans une foule d'extases. - Je savais qu'en me séparant d'un être, j'étais dépossédé d'une méprise, que j'étais pauvre de l'illusion que je lui laissais... Ses paroles fiévreuses le dévoilaient prisonnier d'une évidence absolue pour lui et dérisoire pour moi ; au contact de son absurdité, je me dépouillais de la mienne... A qui adhérer sans le sentiment de se tromper, et sans rougir? On ne peut justifier que celui qui pratique, en pleine conscience, le déraisonnable nécessaire à tout acte, et qui n'embellit d'aucun rêve la fiction à laquelle il s'adonne, comme on ne peut admirer qu'un héros qui meurt sans conviction, d'autant plus prêt au sacrifice qu'il en a entrevu le fond.
Quant aux amants, ils seraient odieux si au milieu de leurs grimaces le pressentiment de la mort ne les effleurait pas. Il est troublant de penser que nous emportons dans la tombe notre secret - notre illusion, - que nous n'avons pas survécu à l'erreur mystérieuse qui vivifiait notre souffle, qu'en dehors des prostituées et des sceptiques tous sombrent dans le mensonge parce qu'ils ne devinent point l'équivalence, dans la nullité, des voluptés et des vérités.
J'ai voulu supprimer en moi les raisons qu'invoquent les hommes pour exister et pour agir. J'ai voulu devenir indiciblement normal, - et me voilà dans l'hébétude, de plain-pieds avec les idiots, et aussi vide qu'eux.
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pierre31pierre31   23 septembre 2021
Le conquérant rêveur est la plus grande calamité pour les hommes ; ils ne s'empressent pas moins de l'idolâtrer, fascinés qu'ils sont par les projets biscornus, les idéals nuisibles, les ambitions malsaines. Aucun être /raisonnable/ ne fut objet de culte, ne laissa un nom, ne marqua de son empreinte un seul événement. Imperturbable devant une conception précise ou une idole transparente, la foule s'exite autour de l'invérifiable et des faux mystères. Qui mourut jamais au nom de la /rigueur/? Chaque génération élève des monuments aux bourreaux de celle qui la précède. Il n'en est pas moins vrai que les victimes acceptèrent de bonne grâce d'être immolées du moment qu'elles crurent à la gloire, à ce triomphe d'un seul, à cette défaite de tous...
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pierre31pierre31   29 octobre 2021
Idolâtres par instinct, nous convertissons en inconditionné les objets de nos songes et de nos intérêts. L'histoire n'est qu'un défilé de faux Absolus, une succession de temples élevés à des prétextes, un avilissement de l'esprit devant l'Improbable. Lors même qu'il s'éloigne de la religion, l'homme y demeure assujetti ; s'épuisant à forger des simulacres de dieux, il les adopte ensuite fiévreusement : son besoin de fiction, de mythologie triomphe de l'évidence et du ridicule. Sa puissance d'adorer est responsable de tous ses crimes : celui qui aime indûment un dieu, contraint les autres à l'aimer, en attendant de les exterminer s'ils s'y refusent. Point d'intolérance, d'intransigeance idéologique ou de prosélytisme qui ne révèlent le fond bestial de enthousiasme. Que l'homme perde sa /faculté d'indifférence/ : il devient assassin virtuel ; qu'il transforme /son/ idée en dieu : les conséquences en sont incalculables. On ne tue qu'au nom d'un dieu ou de ses contrefaçons : les
excès suscités par la déesse Raison, par l'idée de
nation, de classe ou de race sont parents de ceux de
l'Inquisition ou de la Réforme.
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Videos de Emil Cioran (31) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emil Cioran
Avec Obsolescence des ruines publié aux Éditions Inculte, l'auteur Bruce Bégout se meut en une forme de grand architecte de la conscience lorsque son regard se pose sur les ruines de notre temps et les constructions urbaines de notre époque. Dans son essai, Bruce Bégout dresse une typologie des ruines qui démontre, à travers l'urbanisme, la distorsion violente et permanente entre le passé et le présent, qui modifie notre rapport aux souvenirs à l'histoire et qui révèle l'ambivalence de nos mondes urbains face au futur. En 2016, Bruce Bégout a reçu la prestigieuse bourse Cioran du Centre national du livre pour son projet d'essai intitulé « La Grande fatigue. Aphorismes pour la fin des temps ».
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