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André Vornic (Traducteur)Christiane Frémont (Traducteur)
ISBN : 2253057819
Éditeur : Le Livre de Poche (01/09/1991)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 147 notes)
Résumé :
Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant: seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le strict minimum nécessaire pour vivre.
La vraie pensée ressemble, elle, à un démon qui trouble les sources de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte les racines mêmes.
Penser à tout moment, se poser des problèmes capitaux à tout bout de champ et éprouver un doute permanent quant à son ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  20 mars 2014
De la lassitude à l'exaltation, de la critique au lyrisme, du dégoût à la passion, Emil Cioran parcourt toutes les contradictions qui le constituent et que ses veilles nocturnes ont révélé, pareilles aux éclairs de lucidité de l'homme illuminé. S'il a pu gravir les Cimes du désespoir plutôt que de mener l'existence plus classique d'un étudiant parisien planchant sur des thèses et se limitant aux digressions intellectuelles en trois parties -thèse– antithèse, synthèse-, Emil Cioran le doit à sa maladie : l'insomnie. Peu importe que personne ne considère vraiment cela comme un mal. La maladie a des charmes captieux qu'il suffit de désirer ne serait-ce que partiellement pour en être touché.

« Il n'est personne qui, après avoir triomphé de la douleur ou de la maladie, n'éprouve, au fond de son âme, un regret –si vague, si pâle soit-il. […] Lorsque la douleur fait partie intégrante de l'être, son dépassement suscite nécessairement le regret, comme d'une chose disparue. Ce que j'ai de meilleur en moi, tout comme ce que j'ai perdu, c'est à la souffrance que je le dois. Aussi ne peut-on ni l'aimer ni la condamner. J'ai pour elle un sentiment particulier, difficile à définir, mais qui a le charme et l'attrait d'une lumière crépusculaire. »

L'activité d'écriture d'Emil Cioran apparaît alors comme un moyen de dépasser ses terribles insomnies qui l'écartèrent de toute existence conventionnelle et lui firent connaître les nuits solitaires ou marginales de Paris. le dépassement de cet état maladif constitue une attitude que Nietzsche n'aurait pas reniée et pourtant, Emil Cioran s'écarte des conclusions de son prédécesseur et choisit de ne pas exalter la puissance pure mais sa forme désenchantée : la mélancolie.

« Les éléments esthétiques de la mélancolie enveloppent les virtualités d'une harmonie future que n'offre pas la tristesse organique. Celle-ci aboutit nécessairement à l'irréparable, tandis que la mélancolie s'ouvre sur le rêve et la grâce. »

Emil Cioran reste trop humain en acceptant ses fléchissements. S'il est probable que Nietzsche ait connu une apathie aussi virulente que lui, son combat contre les sentiments compassionnels lui aura refusé d'en relater le moindre récit personnel. Emil Cioran ne revendique quant à lui aucune volonté de la sorte. En dehors de lui-même, le mal et le bien n'existent pas. Ne sont réelles que les luttes contradictoires qui se mènent dans son âme à la fois exaltée et fatiguée. Les paragraphes courts font s'alterner des voix qui ne semblent pas toujours émaner du même individu, si le goût pour la transcendance désenchantée de leur auteur ne constituait pas le refrain lancinant de leurs variations. Emil Cioran reconnaît une apathie des plus funestes, traduisant l'intérieur d'un homme dévitalisé –malade de l'insomnie, et malade de la refuser.

« En ce moment, je ne crois en rien du tout et je n'ai nul espoir. Tout ce qui fait le charme de la vie me paraît vide de sens. Je n'ai ni le sentiment du passé ni celui de l'avenir ; le présent ne me semble que poison. Je ne sais pas si je suis désespéré, car l'absence de tout espoir n'est pas forcément le désespoir. »

Il reconnaît aussi le vertige qui saisit l'homme enivré de son ascension, celui qui, ayant dépassé la plupart des autres hommes dans un parcours de solitude et de désespoir, se rend compte que abîmes menaçants qui l'entouraient n'avaient jamais été une menace pour son âme invincible.

« Je ressens en ce moment un impérieux besoin de crier, de pousser un hurlement qui épouvante l'univers. Je sens monter en moi un grondement sans précédent, et je me demande pourquoi il n'explose pas, pour anéantir ce monde, que j'engloutirais dans mon néant. Je me sens l'être le plus terrible qui ait jamais existé dans l'histoire, une brute apocalyptique débordant de flammes et de ténèbres. »

Peu importe que ces deux attitudes s'excluent -excepté dans le caractère extrême de leurs descriptions- car elles ne convaincront peut-être pas qui refuse le chaos en soi, mais sauront faire abdiquer celui qui accepte de le connaître ou celui qui l'a déjà connu.

« Ceux qui n'ont que peu d'états d'âme et ignorent l'expérience des confins ne peuvent se contredire, puisque leurs tendances réduites ne sauraient s'opposer. Ceux qui, au contraire, ressentent intensément la haine, le désespoir, le chaos, le néant ou l'amour, que chaque expérience consume et précipite vers la mort ; ceux qui ne peuvent respirer en dehors des cimes et qui sont toujours seuls, à plus forte raison lorsqu'ils sont entourés –comment pourraient-ils suivre une évolution linéaire ou se cristalliser en système ? »

Nietzsche craignait d'exalter la fatigue vitale en relâchant l'autorité qui cadenassait en lui tout instinct compassionnel ; Emil Cioran, au contraire, reconnaît cette pitié comme un tendre laxisme qui redonne de la confiance à une âme que la fatigue ne se permettrait de toute façon jamais d'épargner. La fougue au charme captieux d'Emil Cioran semble alors le souffle épique qui accompagne et enchante celui qui se dirige vers les Cimes du désespoir.

« Comment oserait-on encore parler de la vie lorsqu'on l'a anéantie en soi ? J'ai plus d'estime pour l'individu aux désirs contrariés, malheureux en amour et désespérés, que pour le sage impassible et orgueilleux. »

Lien : http://colimasson.over-blog...
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FredMartineau
  25 septembre 2016
Me dire que ce livre est le produit de la pensée d'un homme de 22 ans a quelque chose d'effrayant, tant le désabusement, l'absurdité de la vie et la vision proposée paraissent devoir éviter la jeunesse, son enthousiasme, sa soif de pommes vertes et juteuses. Cioran dit lui-même dans la préface que, Sur les cimes du désespoir fut libératoire et l'empêcha sûrement de mettre fin à ses nuits d'insomnies...Je me suis retrouvé, en plongeant dans sa noire lucidité, à quelques moments de mon éphémère existence quand l'écriture agissait aussi comme une thérapie. Mais, le talent sans doute m'a manqué pour un tel essai et je me suis contenté de romancer mes souffrances ; à moins qu'il ne faille descendre plus profond dans les abysses de son âme... J'ai aimé et suis curieux de découvrir le travail de cet auteur à d'autres périodes et mesurer peut-être, si les expériences, la maturité ou la sagesse ont influencer et faire évoluer sa pensée.
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araucaria
  26 mars 2018
Un livre de jeunesse, écrit par un homme qui semble avoir vraiment de gros problèmes existentiels. Je n'adhère pas à tout, mais certains passages m'ont beaucoup parlé. Un livre à déconseiller aux personnes un peu déprimées naturellement... mais à conserver sous le coude, pour en relire des chapitres de temps en temps.
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MissSugarTown
  22 mars 2013
Un essai philosophique mesdames et messieurs, ça faisait longtemps ! Et j'ai l'impression que mon cerveau a plus envie de se distraire en ce moment qu'autre chose, mais j'ai réussi néanmoins à placer un essai philosophique au milieu de mes lectures !
Cioran est un philosophe roumain (prononcer Tchoran), qui a écrit ce petit bijou à l'age de 22 ans, au cours des années 1930, pendant une période d'insomnie qu'il traversait à l'époque. Sillonnant les ruelles désertes jusqu'à pas d'heure, son cerveau était en pleine ébullition et ce jeune esprit brillant a eu la merveilleuse idée de coucher ses précieuses idées sur une liasse de papier et ainsi les partager avec l'humanité jusqu'à la fin des temps.
Avant de commencer ce voyage, on m'a prévenue d'une vague de tristesse voire même de dépression qui risquait de s'abattre sur moi après seulement quelques pages... Quelques minutes plus tard, j'étais au meilleur de ma forme, inondée de joie et de bonheur. Cioran me comblait !
Comme tout philosophe qui se respecte, Cioran est hanté par une infinité de questions existentielles qu'il s'amuse à décortiquer dans tous les sens, et j'use bien du verbe s'amuser parce qu'il semblait plus y prendre du plaisir plutôt que de souffrir d'une réelle angoisse. du moins, il exprime clairement son envie de folie et d'évasion métaphysique sans pour autant tomber dans la dépression. J'ai beaucoup aimé plusieurs passages philosophiques très joyeux, je n'en ai pas souvent croisés chez d'autres auteurs je dois dire...
Dans cet essai il aborde plusieurs sujets : l'existence, la vie, la mort, la tristesse, la mélancolie, le suicide, le bonheur, la religion, la foi... etc.
C'est un essai qui est plutôt abordable, il fait 127 pages, et est fractionné en plusieurs petits textes, chacun relatif à un sujet précis. On n'est donc ni essoufflé ni étouffé comme on pourrait le craindre avec ce genre de lectures.
Je l'aurai plus savouré si je l'avais lu à 22 ans qu'aujourd'hui, donc si vous traversez votre période questions existentielles, foncez, vous passerez un bon moment avec ce jeune philosophe qui peut même être drôle parfois et ça fait du bien dans ce genre de récits.
Lien : http://laculturehajarienne.b..
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Fx1
  10 septembre 2014
Cioran c'est au final l'équivalent d'une leçon réaliste sur la vie . Quand l'on se penche sur les liens entre le réalisme cynique de la vision de Cioran et le constat de l'étude de la vie , l'on découvre que Cioran est au fond l'un des rares à étre en phase avec ce qui constitue la réalité de l'existence . Une plongée au coeur de l'oeuvre de Cioran c'est une prise de contact avec le réalisme de la vie . Cela n'est pas compatible avec toutes les sensibilités , mais l'expérience est profitable au final .
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Citations et extraits (130) Voir plus Ajouter une citation
LudvikLudvik   21 septembre 2013
Les hommes travaillent généralement trop pour pouvoir encore rester eux-mêmes. Le travail : une malédiction que l’homme a transformée en volupté. Oeuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer de la joie d’un effort qui ne mène qu’à des accomplissements sans valeur, estimer qu’on ne peut se réaliser autrement que par le labeur incessant — voilà une chose révoltante et incompréhensible. Le travail permanent et soutenu abrutit, banalise et rend impersonnel. Le centre d’intérêt de l’individu se déplace de son milieu subjectif vers une fade objectivité ; l’homme se désintéresse alors de son propre destin, de son évolution intérieure, pour s’attacher à n’importe quoi : l’œuvre véritable, qui devrait être une activité de permanente transfiguration, est devenue un moyen d’extériorisation qui lui fait quitter l’intime de son être. Il est significatif que le travail en soit venu à désigner une activité purement extérieure : aussi l’homme ne s’y réalise-t-il pas — il réalise.
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araucariaaraucaria   26 mars 2018
Le non-sens du devenir

Dans la tranquillité de la contemplation, lorsque pèse sur vous le poids de l'éternité, lorsque vous entendez le tic-tac d'une horloge ou le battement des secondes, comment ne pas ressentir l'inanité de la progression dans le temps et le non-sens du devenir? A quoi bon aller plus loin, à quoi bon continuer? La révélation subite du temps, lui conférant une écrasante prééminence qu'il n'a pas d'ordinaire, est le fruit d'un dégoût de la vie et de l'incapacité à poursuivre la même comédie. Lorsque cette révélation se produit la nuit, l'absurdité des heures qui passent se double d'une sensation de solitude anéantissante, car - à l'écart du monde et des hommes - vous vous retrouvez seul face au temps, dans un irréductible rapport de dualité. Au sein de l'abandon nocturne, le temps n'est plus en effet meublé d'actes ni d'objets; il évoque un néant croissant, un vide en pleine dilatation, semblable à une menace de l'au-delà. Dans le silence de la contemplation résonne alors un son lugubre et insistant, comme un gong dans un univers défunt. Ce drame, seul le vit celui qui a dissocié existence et temps : fuyant la première, le voici écrasé par le second. Et il ressent l'avance du temps comme l'avance de la mort.
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colimassoncolimasson   01 février 2015
Quelle tristesse de voir les hommes passer à côté d’eux-mêmes, négliger leurs destinées au lieu de raviver en permanence les lumières qu’ils portent en eux, ou de s’enivrer de profondeurs ténébreuses ! Pourquoi ne pas extraire de la douleur tout ce qu’elle peut offrir, ou cultiver un sourire jusqu’à la profondeur où il prend source ? […] L’expressivité totale, fruit d’une transfiguration continuelle, fera de notre présence un foyer de lumière, si notre visage et, d’une manière générale, tout ce qui nous individualise y parviennent également. On rencontre des êtres dont la seule présence signifie pour autrui agitation, lassitude, ou bien illumination. Leur présence est féconde et décisive : fluide, insaisissable, il semble qu’elle vous capte dans un filet immatériel. Ceux-là ignorent le vide et la discontinuité ; ils ne connaissent que la communion et la participation que produit cette transfiguration permanente, dont les cimes sont autant de vertiges que de voluptés.
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araucariaaraucaria   13 mars 2018
J'ai écrit ce livre en 1933 à l'âge de vingt-deux ans dans une ville que j'aimais, Sibiu, en Transylvanie. J'avais terminé mes études et, pour tromper mes parents, mais aussi pour me tromper moi-même, je fis semblant de travailler à une thèse. Je dois avouer que le jargon philosophique flattait ma vanité et me faisait mépriser quiconque usait du langage normal. A tout cela un bouleversement intérieur vint mettre un terme et ruiner par là même tous mes projets.
Le phénomène capital, le désastre par excellence est la veille ininterrompue, ce néant sans trêve. Pendant des heures et des heures je me promenais la nuit dans les rues vides ou, parfois, dans celles que hantaient des solitaires professionnelles, compagnes idéales dans les instants de suprême désarroi. L'insomnie est une lucidité vertigineuse qui convertirait le paradis en un lieu de torture. Tout est préférable à cet éveil permanent, à cette absence criminelle de l'oubli. C'est pendant ces nuits infernales que j'ai compris l'inanité de la philosophie. Les heures de veille sont au fond un interminable rejet de la pensée par la pensée, c'est la conscience exaspérée par elle-même, une déclaration de guerre, un ultimatum infernal de l'esprit à lui-même. La marche, elle, vous empêche de tourner et retourner des interrogations sans réponse, alors qu'au lit on remâche l'insoluble jusqu'au vertige.
Voilà dans quel état d'esprit j'ai conçu ce livre, qui a été pour moi une sorte de libération, d'explosion salutaire. Si je ne l'avais pas écrit, j'aurais sûrement mis un terme à mes nuits.
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colimassoncolimasson   23 mars 2014
Qu’arriverait-il si le visage humain exprimait fidèlement toute la souffrance du dedans, si tout le supplice intérieur passait dans l’expression ? Pourrions-nous encore converser ? […]
Plus personne n’oserait alors se regarder dans une glace, car une image à la fois grotesque et tragique mêlerait aux contours de la physionomie des taches de sang, des plaies toujours béantes et des ruisseaux de larmes irrépressibles. J’éprouverais une volupté pleine de terreur à observer, au sein de l’harmonie confortable et superficielle de tous les jours, l’éclatement d’un volcan crachant des flammes brûlantes comme le désespoir. […] Alors seulement prendrions-nous conscience des avantages de la solitude, qui rend la souffrance muette et inaccessible. Dans le jaillissement du volcan de notre être, le venin accumulé en nous ne suffirait-il pas à empoisonner le monde entier ?
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