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Brigitte Pérol (Traducteur)Tristan Macé (Traducteur)
EAN : 9782070748891
480 pages
Éditeur : Gallimard (13/01/1999)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 14 notes)
Résumé :

Les auteurs de l'Antiquité parlent souvent de la lumière étincelante et très rapide qui illumine notre âme quand, dans un éclair, nous avons l'impression de toucher du regard les choses divines. C'est précisément cette "lumière de la nuit", projetée en nous par les grands mythes de l'humanité, qui fait l'objet de ce livre. D'autres époques et d'autres civilisations ont également fait resple... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
mireille.lefustec
  11 août 2011
Je l'ai lu en V.O.;_italien_et je devais être attentive.Il y a plus de 12ans
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
karamzinkaramzin   10 septembre 2020
...
Au moment où le rideau de « La flûte enchantée » s'apprête à se lever, le souffle de la musique insinue, chez les spectateurs, l'attente de quelque chose d'unique. Sur la scène rocheuse et boisée arrive simplement un prince en fuite, poursuivi par un dragon. Il arrive ici, dans ce pays sans nom qui mêle l’Égypte, l'Autriche et l'Italie, venu du lointain Orient. Nous ne savons pas comment il est arrivé : si son père l'a envoyé sur les terres de la reine pour explorer le domaine de la nuit, ou si les dieux, qui président à ses destinées, lui ont fait perdre son chemin afin qu'il pût rencontrer son destin. Quoique Tamino vienne de si loin, nous le connaissons fort bien. Il est le héros de l'époque de Schiller : le héros jeune et ingénu, noble et pur, qui ne connaît encore ni lui-même ni le monde, plein d'élan, de ferveur, d'aspirations élevées et indéterminées.

A peine trois dames lui ont-elles montré le portrait de Pamina qu'il ne voit plus rien, n'entend aucun des mots prononcés autour de lui : l'amour le tient. De même, Pamina s'éprend de lui sans le voir, lorsqu'on lui dit qu'un prince est amoureux d'elle. C'est l'amour des contes et des drames de Shakespeare. Ce mot parcourt tout le livret, il est répété par chaque personnage, même ceux qui l'ignorent comme Sarastro et Monostatos.
« Die Liebe » est le rêve de toute créature, la force qui rend la vie bienheureuse et adoucit tous les tourments : supérieure à la sagesse des prêtres, elle peut refermer le monde déchiré et divisé. Tout en obéissant aux lois de la nature, elle nous permet de parvenir jusqu'au seuil où se tient la divinité. Mais l'amour résonne en chaque cœur avec des accords différents. Dans celui de Tamino, c'est un feu extatique qui fait fondre sa poitrine et l'élève vers le ciel. Dans le cœur de Pamina, il rappelle la passion désespérée et ténébreuse de sa mère (la Reine de la Nuit). Personne ne parle avec les accents de la jeune fille des « heures de béatitude » qu'elle a à peine entrevues. Et elle connait, elle aussi, les douleurs d'un amour trop grand qui se croit repoussé et méprisé.

Les aventures de La Flûte enchantée sont celles des heures qui passent et se succèdent : de la lumière qui se fait ténèbres et des ténèbres qui reviennent à la lumière. Au début, tandis que Papageno sort du bois en chantant et jouant de son flageolet, c'est le matin ; et Sarastro descend de son char dans la chaleur de midi. Puis le jour décline lentement vers le crépuscule ; éclairs et tonnerre se déchaînent et l'univers est noyé dans une obscurité effrayante, au sein de laquelle commence le voyage de Tamino. Quelques heures s'écoulent. Dans l'enceinte des pyramides, le chœur des prêtres commence à invoquer la splendeur de la lumière ; et trois enfants descendent du ciel, annonçant que bientôt le soleil viendra parcourir à nouveau « sa carrière dorée ». Les embûches de la nuit ne sont pas encore surmontées. C'est seulement quand Tamino et Pamina auront traversé l'eau et le feu que le plein soleil, le soleil sans ombres ni taches, illuminera la terre dont il fera un spectacle radieux.

Le même voyage se produit dans l'esprit de chaque homme, qui pourrait répéter le cri de Tamino : « Ô nuit éternelle, quand disparaîtras-tu ? Quand mon œil reverra-t-il enfin la lumière ? » Mais la victoire que le soleil célèbre chaque matin sans effort devient pour nous un effort douloureux : une pénible et secrète initiation. Les premières épreuves que subit Tamino ― l'obligation du silence, la tête masquée par un sac ― sont celles que l'on traversait dans les cérémonies des « mystères » grecs : le grave « silentium mysticum » que Lucius et Psyché doivent observer dans Les Métamorphoses . Et pourtant ces dures épreuves nous semblent, dans la Flûte enchantée, légères et presque futiles. Dans la première partie du voyage, Tamino a pour compagnon Papagano, qui ne sait pas garder la bouche fermée, qui a peur du noir, fait semblant d'avoir la fièvre, rêve de massepains et de sa Papagena. Ainsi, grâce à Papageno, même ce qui est grave, profond et douloureux nous apparaît simplement comme une délicieuse farce plébéienne.

La grande épreuve est encore à venir : cette fois aucun Papageno ne peut l'égayer de ses jeux. Vers la fin de la nuit, à l'heure la plus terrible où, disait Baudelaire, « l'âme imite les batailles de la lampe et du jour, l'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient ... et les agonisants dans les hospices poussent leur dernier râle en hoquets inégaux », Tamino arrive devant deux montagnes. De l'une d'elles descend une cascade tumultueuse, qui répand une bruine noirâtre à l'horizon, tandis que de l'autre jaillit une source de feu, qui rougit d'un soupçon d'aube la partie opposée du ciel. Il devra traverser « le feu, l'eau, l'air et la terre » comme, dans Les Métamorphoses d'Apulée, Lucius est conduit « à travers les éléments ». Nous nous demandons si Tamino, si jeune et inexpérimenté, pourra surmonter seul la terrible épreuve. C'est alors que, mûrie par la douleur, Pamina vient le rejoindre. Elle le prend par la main et lui dit : « En tous lieux, je serai près de toi. Je te conduis. L'amour me guide. » La femme, fille de la nuit et de ses passions, que Sarastro et ses prêtres considéraient comme un être inférieur, délivre le novice prince d'Orient des dangers de la nuit et de la mort. Peu importe que, dans la Flûte enchantée, Isis reste enfermée dans ses temples ou perdue dans ses cieux constellés. Toute la force amoureuse et maternelle de la femme s'est concentrée dans cette jeune fille blonde aux yeux noirs qui devient sans le savoir « l'éternelle rédemptrice du genre humain. »

Tandis que les éléments sauvages se déchaînent, Pamina invite Tamino à jouer de la flûte. Les accents de la musique nocturne résonnent sur le théâtre, et ce son ténu dompte l'ardeur du feu, le grondement des cascades, le hurlement des vents. Après un instant d'attente, Tamino et Pamina sortent indemnes des flammes comme Cariclée qui, dans un autre roman à mystères situé dans un cadre égyptien, monte sur le bûcher et voit les flammes s'écarter de ses pas. Par ce geste, Tamino et Pamina ont défié la terreur et le péril de la mort, s'approchant jusqu'aux « frontières de la mort » (Les Métamorphoses, XI, 23). Comme le dit Saint Paul, en entrant dans l'eau, ils ont été ensevelis avec le Christ, dans sa mort, et avec lui ils ont ressuscité, et marchent désormais avec lui dans une vie nouvelle (Épitre aux Romains, 6, 2-5). La dernière épreuve est accomplie. Les éléments ont purifié Pamina et Tamino, qui sont à la fois des initiés d'Isis et de vrais chrétiens conformément à cette conjonction des religions qui enflammait les imaginations dans les dernières années du XVIIIe siècle.

Pendant ce temps, sur la scène de la Flûte enchantée, se produit l'événement que la terre attendait depuis des milliers d'années. L'antique scission touche à son terme. Le prince venu des pays du soleil embrasse la fille de la reine des ténèbres ; la lumière et la nuit, le principe masculin et le principe féminin se rencontrent dans l'amour. « L'harmonia mundi » vit finalement parmi nous. Tout le théâtre est un soleil, Sarastro se tient dans les hauteurs et la joie des trompettes célèbre le triomphe de la lumière céleste. Mais que signifie ce triomphe ? La nuit a-t-elle vraiment été « anéantie » ? Malgré les apparences, le règne viril et maçonnique de Sarastro touche à sa fin, avec ses chaînes, ses esclaves et la force destructrice du « cercle solaire ». Tandis que Tamino et Pamina accomplissaient leur voyage, la lumière du soleil se nourrissait aux sources abondantes de la nuit : elle absorbait ses trésors ― la musique, la passion amoureuse, la douleur, la nature, les jeux des hommes-oiseaux ― ; elle les purifiait et les illuminait en même temps qu'elle se purifiait elle-même. Ainsi la Reine de la Nuit a perdu son antique richesse. Il ne lui reste que fureur et vengeance ; et, au milieu des éclairs et du tonnerre, le triste papillon de nuit sombre dans l'abîme dont il ne pourra plus ressortir.

Sur la scène, un nouvel âge commence ; une nouvelle création s'éveille : quelque chose que personne n'avait jamais connu, pas même quand le père et la mère régnaient sur la terre. Si l'homme et la femme s'aiment, et si la justice et la vertu bordent le sentier de notre existence, si une douce quiétude descend dans notre cœur, « alors la terre est un royaume céleste et les mortels sont semblables aux dieux ». Comme dans les « mystères » hellénistiques, Pamina, Tamino, Sarastro, ses prêtres, et nous tous qui en lisant et écoutant avons partagé leur destinée, sommes devenus semblables à Isis et Osiris.

Inquiet, errant, effleuré par l'aile de la mort tandis qu'il promenait ses doigts sur le clavier, tenait sa baguette de chef d'orchestre ou, dans les derniers jours de sa vie, suivait par la pensée la lointaine représentation qui se donnait sans lui, Mozart crut-il vraiment à ce rêve impossible ? L'harmonia mundi ? Les hommes égaux aux dieux ?

La Flûte enchantée est un conte pour les enfants et une parabole destinée aux créatures angéliques qui traversent l'obscurité et la lumière en tenant une palme à la main. On ne pose pas de questions aux contes et aux paraboles, et on n'en reçoit pas de réponses ; ou bien on en reçoit toutes les réponses.
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Cyril_lectCyril_lect   23 novembre 2016
Si nous scrutons presque trente siècles d'art européen, nous rencontrerons à chaque époque le poète apollinien et le poète hermétique : deux formes de l'esprit, qui ont engendré la littérature d'Occident et vivent encore parmi nous, cachées sous mille déguisements.
Voici le poète cher à Apollon : nourri de lumière absolue et de ténèbres absolues, de joie et de mort, il aime la tragédie, la forme pure, la noblesse du style, la distance intellectuelle, la vérité nue ou voilée et l'harmonie. Et voici le poète d'Hermès : ce petit démon nocturne, à l'esprit multiple, coloré et scintillant, qui préfère la comédie, le mensonge, les rêves, le hasard, Éros, la tendresse et la légèreté, et qui peut succomber ou nous faire succomber, à un charme mélodieux plus terrible que n'importe quelle mort. La littérature est faite presque uniquement de cela. Il n'y a qu'Apollon et Hermès, Hermès et Apollon : leur tension, leur face-à-face et parfois, leur profonde harmonie
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Marc21Marc21   02 juillet 2011
Le signe de notre noblesse, c'est le manque : la faim qui nous torture, la bonté dont nous sommes dépourvus, la vérité que nous ne connaissons pas, la beauté à laquelle nous aspirons, le silence qui nous dissimule, les ténèbres qui nous enveloppent.
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Marc21Marc21   02 juillet 2011
La seule connaissance que nous puissions avoir de Dieu, est la conscience que nous ne pouvons le connaître.
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Marc21Marc21   02 juillet 2011
Ô toi le premier né, créateur de l'univers, aux ailes d'or.
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