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EAN : 9782718609096
223 pages
Galilée (28/08/2014)
3.94/5   8 notes
Résumé :
Ce livre a déjà été écrit par ma mère jusqu'à la dernière ligne. Tandis que je le recopie voilà qu'il s'écrit autrement, s'éloigne malgré moi de la nudité maternelle, perd de la sainteté, et nous n'y pouvons rien.
Je décide d'incruster dans cette construction qui désobéit à maman des feuillets tirés de sa sainte simplicité. Le livre par excellence serait plein de livres et de ces photos magiques que l'on voit s'animer sous le regard d'un lecteur passionné, i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
cedratier
  16 février 2015
« Homère est morte… » Hélène Cixous (Galilée, 215 pages).
Je n'avais jamais lu Hélène Cixous. Flottaient seulement dans ma mémoire ou mon imaginaire à son propos un nom taillé à la hache, une aura de grande intellectuelle impressionnante et de féministe, quelque chose des parfums de l'Algérie, et une coupe à la garçonne sur un visage émacié. Je savais par une critique survolée dans un magazine que son livre parle de la mort de sa mère, mais il a fallu que je l'aie entre les mains pour que le jeu de mot du titre me saute aux yeux (Ho, mère est morte…). Il y en aura d'autres, des jeux de mots.
Pas de quatrième de couverture pour ce livre étrange, c'est rare, est-ce un choix de l'éditeur ? Mais un prologue d'Hélène Cixous nous éclaire sur son objet. C'est l'histoire de l'accompagnement de sa mère en fin de vie dans sa cent troisième année… Mais non c'est idiot de dire cela, ça n'a rien d'une histoire. Ce serait plutôt le récit, ou le journal de … Mais non, ce n'est pas plus un récit, ni un journal, ni une chronique. Tout juste une longue, une immense plainte, oui, voilà, un cri de 210 pages, avec des saillies de lucidité et d'intelligence extraordinaire, éclairé de références qui parfois intimident mes lacunes « en culture », comme s'il s'agissait d'une adresse à quelques happy few possédant toutes les clés de la psychanalyse, de la mythologie... Un râle avec des pauses et des errances (un pas sur place, un pas de côté, deux pas en arrière, puisqu'il n'est plus question d'avancer, juste de retenir le temps en le trompant), tout cela sorti d'un cahier de notes, des notes qu'H.C. a reprises rapidement, qu'elle a reprisées comme on ravaude, apparemment en les retravaillant à peine (impression peut-être fausse), avant de jeter directement au lecteur la souffrance indicible de la perte qui vient, de la perte qui est. le cahier est le véritable troisième personnage de ce livre, le cahier-témoin du face à face fille-mère. Les mots de la fille incrustés des mots de la mère, dans une fusion inouïe. D'emblée, j'ai cru que le prénom « Ève » était un prénom inventé pour la mère d'adoration, celui de la première femme, de la mère de toutes les mères, de toutes les femmes et de tous les hommes, avant de saisir que c'était le vrai prénom de la mère d'Hélène Cixous.
Ce livre, c'est d'abord un grand foutoir qui déroute ; c'est un chantier, mais un chantier de déconstruction, et surtout de déconstruction du langage. Certaines phrases entamées ne se terminent pas, il n'y a pas de point final, c'est le style télégraphique qui se conserve dans cette réécriture du journal de bord. Mais ce n'est apparemment pas la seule volonté de maintenir la vérité de l'écriture immédiate, il y a souvent un effet recherché, l'emploi de nombreux néologismes (« l'odyssée souterrienne », « multitudineux », « surmourance »…), des phrases parfois construites de telle manière qu'il faut quasiment se mettre la tête à l'envers pour les saisir, et d'autres telles que même la tête dans tous les sens je n'ai pas réussi à les comprendre (et les points d'interrogation au crayon dans la marge ne sont pas tous effacés), et puis des phrases-bébés mises en bouche de l'aïeule, des majuscules qui interpellent, des tricotages de mots à tiroirs… toutes les règles de l'écriture sautent, ça donne parfois le vertige.
Mais peut-être n'est-ce pas si grave de ne pas toujours tout comprendre, car j'en découvre assez pour finalement ne pas me sentir exclu de cette pensée-là, de ce cheminement. Dans ce chantier, dans cette grande pagaille des mots et des émois sans mots, dans ce dévidoir des heures hors du temps, au fil des pages, partout des tournures font mouche, des pierres précieuses comme des évidences, des sentences incontestables traversent…
De cet amour filial insensé, de cette fusion revendiquée d'une fille dans sa mère, de cet accompagnement au quotidien d'une femme qui passe dans le passé, ou qui attend que sa fille soit prête à la laisser partir, tout nous est dit (la proximité de deux êtres, les soins d'escarre, le parcours des combattantes du pipi-caca, le corps sanglant qui se défait morceau par morceau, la bouche qui n'est plus bouche et refuse les aliments donnés à la cuillère mais tolère les baisers), sans que jamais l'on ne se sente voyeur ou pris en otage d'un pathos. C'est bouleversant, incompréhensible comme la mort, c'est la vie de la mort qui s'organise et se déploie sous nos yeux. Il y a des phrases sublimes, des paragraphes entiers que l'on voudrait apprendre par coeur, pour un amour hors de raison.
Un livre d'émotion brute, mais qui tend les bras pour d'autres rendez-vous, car tout est loin de s'épuiser à la première lecture.
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melina1965
  23 décembre 2014
Tant qu'il y a de la vie…

En retrouvant dans une malle les cahiers où sa mère, ancienne sage-femme, consignait ses cours d'accouchement sans douleur, Hélène Cixous comprend que c'est à elle de prendre le relais et de veiller sur elle avec l'attention qu'elle avait autrefois porté aux jeunes accouchées.
En parallèle des cahiers de sa mère s'écriront les siens, journal de l'accompagnement d'Eve, âgée de cent-trois ans, dans la traversée de sa dernière année de vie. Ces carnets donneront naissance à « Homère est morte », prix Marguerite Duras 2014.
C'est le récit d'une année de lutte et d'affrontement avec la mort ; c'est aussi le récit d'une année de vie et l'évocation d'une vie toute entière. Entre horreur et douceur, Hélène Cixous ne cache rien du quotidien et de la lente désagrégation d'Eve qui de mère est devenue l'enfant, qui de la force coule vers la faiblesse et l'impuissance.
Le lecteur est témoin d'une odyssée, d'un long voyage, le dernier qui conduit la fille au bord du gouffre et la mère sur les rives du Styx. du deuil et de l'après, il ne saura rien ou presque mais il a fait le chemin avec l'auteure et sa mère…
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allard95
  17 mai 2015
Quel livre difficile: Hélène Cixous a connu cette espérience: celle d'accompagner sa mère jsuqu'à sa mort, à l'âge de 103 ans. Elle voit cette femme, autrefois forte, sage-femme qui a mis jusqu'à 240 enfants au monde en un mois, qui a milité pour la cause féminine, décliner, s'affaiblir, jusqu'à ne plus être elle-même, s'approcher de la mort, d'abord ne pas mourrir, voir son corps changer, s'enlaidir, se déformer, et son esprit s'éloigner, divaguer. Elle nous présente cette évolution comme un mystère. Il y a de la poésie dans ce récit, beaucoup d'amour aussi, mais l'intellectualisme de l'auteur, le choix du style, la complexité des analyses, et aussi le caractère hyper réaliste des descriptions d'un corps en décomposition mais vivant pourront rebuter. J'admire le talent de l'auteure et sa puissance intellectuelle, mais j'ai du mal à la suivre. Que ce texte est douloureux !
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claraetlesmots
  09 décembre 2014
103 ans, c'est à cet âge lors du 1er juillet de l'année dernière qu'Eve Cixous la mère de l'auteure est morte. A l'heure où la mort des personnes âgées se déroule loin des domiciles familiaux, sa fille l'a voulue chez elle. Etre deux quand la mort commence à rôder, se féliciter de petites victoires, dire encore et toujours tout son amour à son mère, assister à la dégradation du corps, devenir la mère et Eve l'enfant, réconforter mais également "souffrir de cette fin sans fin".
la suite sur : http://claraetlesmots.blogspot.fr/2014/12/helene-cixous-homere-est-morte.html
Lien : http://claraetlesmots.blogsp..
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critiques presse (2)
Telerama   24 septembre 2014
Les livres d'Hélène Cixous nous tiennent les mains, nous tiennent la tête, comme sa mère le fit si souvent aux parturientes et à leur enfant naissant. Ils nous tiennent en vie.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation   22 septembre 2014
Ce qui frappe sans doute, c’est qu’écrit dans l’énergie de cet affrontement avec la mort, le livre ne raconte aucun deuil, aucun pleur d’après. Seulement la vie.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
claraetlesmotsclaraetlesmots   09 décembre 2014
Finalement, c'était une belle nuit.
E.- Qu'est-ce qu'on peut faire, quand on est si vieux? Je ne suis plus rien.
H.- La nuit tu fais beaucoup de bruit.Beaucoup pipi.
E.- J'ai pas d'autre chose à faire. ( Un temps.) Dommage.
Dommage, ai-je pensé. Nous nous sommes battues cote à côte. Dans une autre pièce, le jour nous aurait trouvées allongées dan les bras l'une de l'autre, pensai-je.
Maintenant ma mère craint ma nuit. On voit rien. C'est pas très clair. Voilà que nous nous figurons tous les deux qu'"Elle" viendra la nuit.
"Tu me laisses pas tomber ! dit ma mère. Tu me laisses pas seule!" Maintenant j'ai aussi peur de la nuit que du jour. Je la laisse calmement endormie à 23 heures, je dors à une allure folle, à 5 heures je parcours le petit couloir, étroit conduit peuplé de spectre et d'illusions, je murmure "maman", que dis-je! "maman" c'est moi, si ma mère vit encore. C'est seulement si j'avais perdu mon vieil enfant que maman ce serait celle que j'appelle à mon secours pour me déterrer de cette enterrement vivante.
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NievaNieva   24 avril 2015
Ce matin c'est à la boîte à couture assise dans ton armoire que je me suis désaltérée. Je l'ai ouverte. Elle est pleine de ton fatras antique grands boutons jamais vains, écheveaux fatigués, deux dés, que je passe à mon doigt pour y retrouver ton doigt, vieille alliance en faïence. La boîte est extérieurement en bon état, vieux chien sage qui ne fait pas son âge. Dedans c'est un cerveau qui a perdu le sens de l'ouvrage du temps : on amasse des brins de fils, des épingles, une pression, des bouts de galons, comme si l'on s'attendait à une disette. Ou comme si l'on recueillait compulsivement de pauvres orphelins.
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NievaNieva   27 avril 2015
Je suis au bord du Temps comme un pêcheur, je surveille ma ligne. On doit cesser de dormir. Rien ne distingue l'heure des autres heures. Comment la reconnaître ? C'est une seconde d'oubli. Un clin d'heure. En vérité c'est celle qui n'a pas lieu. J'imagine qu'elle produit quand même un petit signe de reconnaissance. Je veux saisir l'éclipse. Je scrute. Je ne sais quoi.
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NievaNieva   27 avril 2015
La mort ! Je ne savais pas. Cet égarement, cette hagardise du temps, cette goutte qui tombera, la dernière fibre de la corde qui est en condition de rupture fibre à fibre depuis des années, la dernière fibre et c'est encore toute la vie et c'est déjà la mort, une minime oscillation, et l'on sent chacune des milliers de dernières secondes non pas passer, mais éclater, se briser. Ça va si lentement.
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NievaNieva   27 avril 2015
Lorsqu'on écrit Lord Jim ou Macbeth, ce n'est pas dans l'espoir d'inventer les mers multitudineuses pour laver la souillure. C'est pour ériger un monument à la faute, afin de ne pas la fuir dans le péché suivant, la deuxième lâcheté.
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Vidéo de Hélène Cixous
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Interventions de Abd al Malik, Dov Alfon, Charlotte Casiraghi, Barbara Cassin, Catherine Chalier, Hélène Cixous, Marc Crépon, Georges Didi-Huberman, Michel Eltchaninoff, Maria Galkina, Zoriana Haniak, Luba Jurgenson, Jean-Jacques Roche, Constantin Sigov et Raphael Zagury-Orly. Vous aussi pouvez faire un don sur philomonaco.com/ukraine #philomonaco
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